10 notions indispensables à connaître sur le climat

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Vous avez certainement entendu parler de ce truc-là, le changement climatique. Mais est-ce que vous en connaissez les bases ? Etes-vous sûr(e) de savoir l’expliquer, de savoir ce qui le provoque, d’en connaître les ordres de grandeur et les risques ?

Avant de souhaiter trouver les “bonnes solutions”, il faut s’assurer que le problème du changement climatique soit correctement compris. Pour s’y attaquer, voici une liste de 10 notions indispensables à connaître sur le sujet. Pourquoi 10 ? Parce qu’il fallait bien en choisir quelques-unes en priorité. Mais sachez que même après y avoir passé quelques centaines d’heures, vous continuerez à en apprendre tous les jours. Bonne nouvelle non ?

Sachez que ces notions sont accessibles à toutes et tous, que vous soyez sans diplôme ou que vous ayez deux doctorats. Rassurez-vous, vous m’auriez demandé d’expliquer les notions ci-dessous en 2015, je n’aurais pas pu répondre pour la moitié d’entre elles. L’objectif, c’est que tout le monde monte en compétences et ait envie de trouver des solutions.

Retrouvez les 10 notions ci-dessous. Il y aura une réponse ‘courte’, et une ‘réponse longue’, avec probablement un article spécifique à lire sur le sujet.

1/ Le forçage radiatif

Version courte : c’est une notion absolument fondamentale et pourtant très rarement évoquée. Pour la comprendre, voici la définition du forçage radiatif dans le rapport spécial du GIEC 1.5 :

le forçage radiatif est la variation du rayonnement net (différence entre le flux radiatif reçu et le flux radiatif émis, exprimée en W m-2) à la tropopause ou au sommet de l’atmosphère due à la variation d’un facteur du changement climatique, telle qu’une modification de la concentration de dioxyde de carbone ou du rayonnement solaire.

Le forçage radiatif contribue au déséquilibre énergétique de la terre. Dans les deux derniers rapports du GIEC, les scientifiques se sont concentré(e)s sur la contribution au réchauffement des différentes composantes du forçage radiatif.

Le graphique ci-dessous, issu du résumé pour décideurs du 1er volet du 6e rapport du GIEC, met bien en évidence que certaines composantes réchauffent, d’autres refroidissent : c’est la principale idée à retenir du forçage radiatif. Nous y retrouvons les gaz à effet de serre, les aérosols, mais aussi les causes naturelles, avec les variations solaires et les éruptions volcaniques. Nous constatons que le réchauffement observé depuis 150 ans est bien d’origine humaine.

Version longue : lire cet article sur le forçage radiatif

2/ La neutralité carbone

C’est probablement l’un des termes que vous lirez le plus lors des 30 prochaines années dans la presse lorsque le sujet principal sera le climat. Alors autant le maîtriser. Tout d’abord, sa définition : “un état d’équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine et leur retrait de l’atmosphère par l’homme ou de son fait“.

C’est l’article 4.1 de l’Accord de Paris qui marque la première inscription de l’objectif de neutralité en gaz à effet de serre (GES), ou neutralité, dans un accord international (Rankovic, A. et al., (2018). Cependant, une confusion persiste sur les termes zéro émission et le niveau net zéro. Ce que vise la neutralité carbone, c’est bien le niveau net zéro. Cela ne veut donc pas dire ne pas émettre, mais compenser autant que les émissions émises. Car oui, pour émettre 0 émission, il faudrait retirer 7.7 milliards de personnes de la Terre, et ce n’est pas vraiment au programme.

Illustration très simplifiée de la neutralité carbone. les émissions d’un côté, la compensation de l’autre pour trouver un équilibre. Source

Ainsi, vous pourriez potentiellement continuer à augmenter les émissions de gaz à effet de serre si vous trouviez un moyen de les compenser. C’est ici l’un des dangers de cette fameuse neutralité carbone 2050, atteinte par des innovations technologiques ou le fait de planter des arbres. Malheureusement :

En d’autres termes, la priorité absolue, c’est que tous les secteurs d’activités baissent leurs émissions de GES, et de compenser uniquement les émissions résiduelles.

Version longue :

3/ L’Accord de Paris

Version courte : ce n’est pas une notion “physique” à comprendre, mais vous en entendrez parler des dizaines de fois dans les années à venir. L’Accord de Paris est fondateur à bien des égards, et il très important d’en comprendre les tenants et aboutissants, notamment si vous souhaitez suivre les plans des Etats pour atteindre la neutralité carbone et les négociations complexes lors de chaque COP. Ainsi :

L’Accord de Paris est un traité international juridiquement contraignant sur les changements climatiques. Il a été adopté par 196 Parties lors de la COP 21 à Paris, le 12 décembre 2015 et est entré en vigueur le 4 novembre 2016. Son objectif est de limiter le réchauffement climatique à un niveau bien inférieur à 2°C, de préférence à 1,5 degré Celsius, par rapport au niveau préindustriel.

Pour concrétiser cet objectif de température à long terme, les pays visent à atteindre le plus rapidement possible le pic mondial des émissions de gaz à effet de serre afin de parvenir à un monde climatiquement neutre d’ici le milieu du siècle. L’Accord marche selon un processus itératif : les Contributions déterminées au niveau national (NDCs) sont prévues pour être de plus en plus ambitieuses, jusqu’à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Source : https://www.wri.org/ndcs

La justice climatique est l’un des éléments clefs de l’Accord de Paris. En effet, la responsabilité des émissions est commune, mais différenciée : l’Accord met en évidence que certains sont plus responsables que d’autres, et devront aider financièrement les pays les plus démunis/touchés par le changement climatique.

Version longue :

4/ Le budget carbone

Version courte : le terme ‘budget carbone’ peut avoir plusieurs significations. En général, cela signifie le montant net de CO2 que les humains peuvent encore émettre tout en limitant un degré de réchauffement spécifique.

Il y a donc un budget pour limiter le réchauffement planétaire à +1.5°C, un budget pour le limiter à +2°C, etc. C’est théoriquement très simple à comprendre, mais comme toujours, un peu plus compliqué quand vous regardez en détail. Nous avons aujourd’hui des estimations plus précises des budgets restants pour +1.5°C et +2°C, même si bien évidemment, ce n’est pas à la tonne de CO2 près. Les budgets restants sont faibles, nos émissions actuelles d’environ 40 GtCO2/an les réduisent rapidement, et sans réduction rapide, nous exploserons les budgets (et donc dépasserons les limites de +1.5°C et +2°C).

6e rapport du GIEC, figure FAQ 5.4

Aujourd’hui, nous savons que le réchauffement climatique est presque linéairement proportionnel à la quantité totale de CO2 que nous émettons (figure 10 du SPM).

Les autres budgets carbone ont également été intégrés dans le SPM. Le tableau SPM.2 donne un aperçu des dernières estimations, pour différentes limites de température et différents niveaux de probabilité :

Tableau SPM.2 | Estimations des émissions historiques de dioxyde de carbone (CO2) et des budgets carbone restants.

Version longue : cet article qui synthétise le 1er volet du 6e rapport du GIEC, avec analyses d’expert(e)s.

5/ Bilan carbone : empreinte carbone et émissions territoriales

Version courte : l’empreinte carbone est un calcul des émissions de GES associées à la consommation au sens large (demande finale intérieure) d’un pays, quelle que soit l’origine géographique de la production des biens et services destinés à satisfaire cette consommation. Cette approche se distingue de l’inventaire national du bilan carbone, qui mesure les émissions sur le territoire (appelé approche territoriale).

Le gouvernement donne cette définition : L’inventaire des gaz à effet de serre (GES) d’un pays donné est un tableau par grands secteurs qui présente les émissions sous une forme simple exploitable par toute personne qui souhaite un panorama objectif. Les inventaires sont réalisés en appliquant les principes méthodologiques définis par le GIEC.

Illustration : en France, comme nous importons plus de produits que nous n’en exportons, notre empreinte carbone est supérieure à l’inventaire national. En 2017, avec 633 Mt CO2 éq, l’empreinte carbone présente un niveau supérieur à celui de l’inventaire national. Voici le détail ci-dessous :

Version longue : cet article où vous pourrez simuler votre empreinte carbone en 5 mn avec des explications !

6/ Qu’est-ce que le GIEC ?

Version courte : Le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) a été créé en 1988 en vue de fournir des évaluations détaillées de l’état des connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques sur les changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions potentielles et les stratégies de parade. Le GIEC n’est pas une association de personnes physiques, mais une association de pays : ses membres sont des Nations. Les personnes qui siègent aux assemblées du GIEC ne font que représenter des pays membres.

Son travail se divise en 3 groupes. Le premier rapport traite de la compréhension physique du système climatique et du changement climatique. Le second porte sur les impacts, l’adaptation et la vulnérabilité des sociétés humaines et des écosystèmes au changement climatique, tandis que le dernier aborde les solutions globales à mettre en œuvre pour atténuer le changement climatique et ses effets.

  • Le GIEC ne fait pas de recherche, il passe en revue l’état des connaissances à partir de la littérature scientifique, technique et socio-économique.
  • Le GIEC ne développe pas les scénarios et ne fait pas de modélisation. Ce sont des activités de la communauté scientifique internationale, coordonnées par le World Climate Research Programme (WCRP). Il est donc incorrect de parler de “modèle du GIEC” ou “scénarios du GIEC”.
  • Le GIEC ne recommande RIEN. Il passe en revue l’état des connaissances à partir de la littérature scientifique, technique et socio-économique mais ne recommande pas, ne préconise pas. C’est d’ailleurs la même chose pour la façon de se nourrir (le GIEC ne recommande pas d’être végétarien ou végan).

Version longue :

7/ Attribution : est-ce la faute du changement climatique ?

Chaque canicule, sécheresse ou inondation, la question revient systématiquement : est-ce la faute du changement climatique ? Voici l’une des conclusions du GIEC :

Le changement climatique d’origine humaine affecte déjà de nombreux phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes dans toutes les régions du monde. Les preuves des changements observés dans les phénomènes extrêmes tels que les vagues de chaleur, les fortes précipitations, les sécheresses et les cyclones tropicaux, et, en particulier, leur attribution à l’influence humaine, se sont renforcées depuis le cinquième rapport d’évaluation.

Prenons l’exemple des canicules. Nous avons vu que le changement climatique augmente la fréquence des canicules. Mais des canicules se sont produites dans le passé et nous ne pouvons affirmer qu’une canicule donnée est due au réchauffement climatique.  On peut néanmoins affirmer que la probabilité d’occurrence de ces évènements météorologiques a fortement augmenté du fait du changement climatique anthropique.

L’attribution d’un évènement météorologique extrême individuel au changement climatique est très intéressante, et permet de se rendre compte de la rareté (ou pas !) de ce que nous vivons depuis deux décennies, et allons vivre dans celles à venir…

Pour aborder l’attribution d’un évènement, une notion est très importante : la période de retour (durée moyenne au cours de laquelle, statistiquement un événement d’une même intensité se reproduit). Celle-ci est toujours accompagnée de son intervalle de confiance, la fourchette de valeurs possibles, qui quantifie l’incertitude liée au calcul.

Comment procèdent les scientifiques ?

Le calcul est fait alternativement dans le monde factuel (incluant l’influence humaine, donc plus instable) et dans le monde contrefactuel (sans perturbation humaine du climat). Sont alors comparées les deux probabilités obtenues pour quantifier l’importance de l’influence humaine.

Le même procédé est utilisé pour évaluer l’impact sur l’intensité, cette fois-ci en raisonnant à probabilité d’occurrence donnée. Les climatologues s’interrogent enfin sur l’évolution future de ce type d’évènement en utilisant des projections climatiques, c’est-à-dire des simulations couvrant le futur (souvent le 21e siècle), en faisant une ou plusieurs hypothèses sur l’évolution des concentrations atmosphériques des gaz à effet de serre.

Le réchauffement climatique a ainsi rendu plus probable et plus intense la canicule au Canada en juin 2021, les inondations en Allemagne/Belgique de 2021, le 40°C en Angleterre en juillet 2022

Version longue :

8/ L’analyse de cycle de vie

Version courte : L’analyse du cycle de vie (ACV) est une méthode d’évaluation normalisée (ISO 14040 et 14044) permettant de réaliser un bilan environnemental multicritère et multi-étape d’un système (produit, service, entreprise ou procédé) sur l’ensemble de son cycle de vie.

Son but est de connaître et pouvoir comparer les impacts environnementaux d’un système tout au long de son cycle de vie, de l’extraction des matières premières nécessaires à sa fabrication à son traitement en fin de vie (mise en décharge, recyclage…), en passant par ses phases d’usage, d’entretien et de transport.

Source : CIRAIG

Pour tous les sujets, quoi qu’imparfaite, l’analyse de cycle de vie permet d’avoir les bons ordres de grandeur, que ce soit pour les aliments, pour la production d’électricité, les vêtements, les voitures, etc. Par exemple, le démantèlement des centrales nucléaires est prévu dans l’ACV (Analyse de Cycle de Vie). EDF a récemment présenté une analyse de cycle de vie du nucléaire français aboutissant à un résultat de 4g CO2eq/kWh émis.

En France, RTE a présenté dans le rapport Futurs énergétiques 2050 une comparaison des émissions en cycle de vie pour les différentes filières, et c’est intéressant pour comprendre à quel point le gaz, le pétrole et le charbon sont à éviter/bannir. Attention : toujours regarder qui a réalisé l’ACV, la zone géographique, et surtout la date (les chiffres sur le photovoltaïque sont par exemple bien meilleurs qu’il y a 10 ans…)

Version longue : rapport RTE Futurs énergétiques 2050, cette étude prospective de Pehl & al., et 3e volet du dernier rapport du GIEC (notamment pour comprendre pourquoi il vaut mieux avoir une voiture électrique que thermique, même dans un pays où l’électricité n’est pas aussi décarbonée qu’en France).

9/ Responsabilité historique / Emissions historiques

Version courte : Il est impossible de comprendre le changement climatique sans prendre en compte sa dimension historique. C’est ce que rappelle entre autres le deuxième volet du dernier rapport du GIEC :

B.2 : La vulnérabilité des écosystèmes et des populations au changement climatique varie considérablement d’une région à l’autre et au sein d’une même région (confiance très élevée, sous l’effet de schémas de développement socio-économique croisés, l’utilisation non durable des océans et des terres, l’inégalité, la marginalisation, les schémas historiques et permanents d’inégalité tels que le colonialisme, et la gouvernance (confiance élevée).

Dans une perspective historique, la France a un rôle très important dans l’accumulation du CO2 dans l’atmosphère. Elle atteint la 8e place, avec 2.34% des émissions mondiales depuis 1750.

Version longue :

10/ Adaptation et pertes et dommages

Version courte : Parmi les notions les plus importantes à connaître et à approfondir, l’adaptation est sans aucun doute l’une d’entre elles. Voici une définition proposée par le GIEC :

Pour les systèmes humains, démarche d’ajustement au climat actuel ou attendu ainsi qu’à ses conséquences, de manière à en atténuer les effets préjudiciables et à en exploiter les effets bénéfiques. Pour les systèmes naturels, démarche d’ajustement au climat actuel ainsi qu’à ses conséquences; l’intervention humaine peut faciliter l’adaptation au climat attendu et à ses conséquences.

L’adaptation est ainsi le moyen par lequel sociétés et individus assurent leur résilience, c’est-à-dire sont capables de faire face à une perturbation et/ou de se relever après un choc. Une adaptation « juste » doit permettre à l’ensemble des populations de préserver leurs moyens de subsistance, sans voir leurs conditions de vie se dégrader, que l’on raisonne en termes de revenus, de santé, d’espérance de vie, etc.

L’adaptation est importante pour réduire les impacts négatifs du changement climatique, mais ne sera jamais suffisante pour en prévenir totalement les conséquences. En revanche, plus la température mondiale augmentera, plus les conséquences seront lourdes. L’adaptation n’est pas un prétexte pour cesser les efforts d’atténuation. Au contraire. Plus le temps passe, plus le risque de voir dépasser des seuils irréversibles (en tous cas à l’échelle humaine) est fort.

En matière d’atténuation, chaque demi-degré compte. En matière d’adaptation, chaque année de retard compromet la survie et le bien-être d’un nombre toujours plus grand de personnes.

Version longue :

Bonus

Parce que ce fut un casse-tête de n’en choisir que 10, voici quelques notions ou articles également indispensables pour comprendre les enjeux.

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Commentaires

1 Comment

  1. Marion 15 September 2022

    Salut Thomas, je rebondis suite à une interview que tu as donnée à Usbek & Rica. Tu dis qu’il faut “convaincre ceux qui sont en dehors de la bulle de personnes averties”. Je voulais partager une anecdote qui nous a remués avec mon compagnon : il a pris en main le support “Inventons nos vies bas carbone” pour le proposer d’abord à nos cercles proches (avec qui le réchauffement climatique est un sujet fréquent), et lors des ateliers qu’il a animés, il a été surpris par les réactions virulentes de ceux qui estiment qu’ils en font déjà bien assez. On a pourtant tous des efforts possibles. Parfois, les personnes averties ont encore une mauvaise appréciation de l’échelle… merci de nous éclairer sur le sujet donc ! continue !

    Reply

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