Synthèse et analyse du nouveau rapport du GIEC

nouveau rapport du GIEC

Après plusieurs années d’attente (7 exactement), le nouveau rapport du GIEC est enfin sorti !

Le rapport du Groupe de travail I (WGI) est la plus grande mise à jour de l’état des connaissances scientifiques et de la compréhension physique sur le climat depuis la publication du rapport AR5 (WG1 en 2013), et son rapport spécial 1.5 (SR1.5). Il combine plusieurs sources de données provenant de la paléoclimatologie, des observations, de la compréhension des processus et des simulations climatiques mondiales et régionales.

Mettons tout de suite fin au suspense : les nouvelles ne sont pas très bonnes. Nous le savions déjà, mais là, c’est marqué sur 3949 pages. En revanche, le changement climatique d’origine anthropique a des conséquences irréversibles, et d’autres que nous pouvons encore limiter.

Cet article va se concentrer sur le SPM, le résumé à l’intention des décideurs, qui lui ne fait que 42 pages. Que vous soyez sensible ou pas aux enjeux climatiques, je n’ai qu’un conseil : lisez le résumé ! Si tout se passe bien, vous ne devriez pas rester indifférent(e) à l’état du monde et chercherez à en savoir plus, voire trouver des solutions.

Le sujet sera traité en 3 parties. D’abord, les points clefs à retenir. Ensuite, une deuxième partie où certains points seront un peu plus détaillés, avec toujours des sources pour approfondir. Enfin, une troisième partie d’analyse critique du rapport et du traitement médiatique qui l’a entouré.

Avant-propos

Avant de lire la suite, il est indispensable que vous sachiez ce qu’est le GIEC, comment sont sélectionnés les auteurs qui rédigent le rapport, quel est le processus de sélection des articles scientifiques, qui le finance, etc. Si vous le savez, tant mieux, sinon, lisez cet article synthétique.

Comme le rappelle Christophe Cassou, le premier rapport (ici étudié) traite de la compréhension physique du système climatique et du changement climatique. Le second portera sur les impacts, l’adaptation et la vulnérabilité des sociétés humaines et des écosystèmes au changement climatique, tandis que le dernier abordera les solutions globales à mettre en œuvre pour atténuer le changement climatique et ses effets. Les groupes 2 et 3 doivent approuver leurs rapports en février et mars 2022. Le rapport de synthèse est prévu pour fin septembre 2022.

A retenir tout de même :

  • Ce rapport est la synthèse d’environ 14000 papiers scientifiques. Les 234 autrices et auteurs principaux ont répondu à 78007 commentaires des gouvernements et d’experts (!!!!). Le SPM (résumé à l’intention des décideurs) a été validé ligne par ligne par les gouvernements (nous y reviendrons)
  • Il existe 3 versions :
    • le résumé à l’intention des décideurs (SPM,42 pages)
    • le résumé technique (TS,159 pages)
    • le rapport complet (FR, 3949 pages).
      Conseil : lisez le résumé, plusieurs fois s’il le faut, lisez le résumé technique si possible également. Le rapport complet doit plus vous servir d’encyclopédie : vous souhaitez approfondir un point ? -> plongez dans le rapport complet. Libre à vous de le lire entièrement bien sûr…
  • Le GIEC a une liste de qualificatifs utilisés, fonction du niveau de confiance (indiqué en italique dans les rapports, même vocabulaire que l’AR5) :
  1. quasiment certain (probabilité de 99 à 100 %)
  2. très probable (90 à 100 %)
  3. probable (66 à 100 %)
  4. à peu près aussi probable qu’improbable (33 à 66 %)
  5. improbable (0 à 33 %)
  6. très improbable (0 à 10 %)
  7. exceptionnellement improbable (0 à 1 %).
Source : https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2017/08/AR5_Uncertainty_Guidance_Note.pdf

Enfin, il faut se rendre bien compte des sacrifices que cela représente de s’engager dans la rédaction d’un rapport du GIEC. Les scientifiques travaillent bénévolement, prennent très souvent sur leur temps personnel, ont passé quelques soirées et nuits blanches pour que ce rapport puisse être le plus qualitatif possible et accessible à tout le monde, à travers notamment le SPM et le résumé technique.

Les deux dernières semaines de séances plénières furent longues et intenses, comme en témoigne cette photo d’un des auteurs, Peter Thorne, qui a visiblement passé quelques nuits dans son bureau.

nouveau rapport du GIEC : les sacrifices des scientifiques...
Source : Peter Thorne

Merci à toutes et à tous, immense respect.

Les points clefs du nouveau rapport du GIEC

Avant de plonger en détails dans certains points, voici les principales conclusions du nouveau rapport du GIEC (synthèse SPM+TS). Si c’est votre première fois, assurez-vous d’être bien assis(e) :

L’état actuel du climat

  • Il est incontestable que l’influence humaine a réchauffé l’atmosphère, les océans et les terres. Des changements rapides et généralisés se sont produits dans l’atmosphère, les océans, la cryosphère et la biosphère.
  • 100% du réchauffement climatique est dû aux activités humaines. C’est aujourd’hui un fait établi, sans équivoque (pour comprendre ce qu’est le forçage radiatif, lisez cet article). Nous pouvons l’observer en comparant le réchauffement observé (a) et l’influence humaine en (b) :
FIG du nouveau rapport du GIEC
Figure SPM.2
  • L’ampleur des changements récents dans l’ensemble du système climatique et l’état actuel de nombreux aspects du système climatique sont sans précédent, de plusieurs siècles à plusieurs milliers d’années.
  • Pendant les trois derniers millénaires, le niveau des mers n’a jamais augmenté aussi rapidement que depuis 1900
  • Depuis la publication du 1er rapport du GIEC en 1990, 1000 milliards de tonnes de CO2 ont été émises. C’est presque la moitié de nos émissions depuis le début de toute l’ère industrielle.
Image
Source : GIEC
  • L’activité humaine a réchauffé le climat à un rythme sans précédent depuis au moins 2000 ans. Les changements climatiques récents sont généralisés, rapides et s’intensifient. Ces 10 dernières années ont été 1.1°C plus chaudes comparé à 1850-1900.
FIG 1 du nouveau rapport du GIEC
FIG 1 SPM
  • Le changement climatique d’origine humaine affecte déjà de nombreux phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes dans toutes les régions du monde. Les preuves des changements observés dans les phénomènes extrêmes tels que les vagues de chaleur, les fortes précipitations, les sécheresses et les cyclones tropicaux, et, en particulier, leur attribution à l’influence humaine, se sont renforcées depuis le cinquième rapport d’évaluation.
  • Une meilleure connaissance des processus climatiques, des données paléoclimatiques et de la réponse du système climatique à un forçage radiatif croissant permet d’obtenir une meilleure estimation de la sensibilité climatique à l’équilibre à 3°C, avec une fourchette plus étroite que celle de l’AR5.

Informations sur le changement climatique à venir et ses conséquences

  • Dans les scénarios d’augmentation des émissions de CO2, les puits de carbone océaniques et terrestres seront moins efficaces pour ralentir l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère
  • Le GIEC décrit l’évolution des températures à venir selon 5 différentes trajectoires socio-économiques (socio-economic pathways, SSP)
  • Dans tous les scénarios d’émissions (à l’exception du plus bas, le SSP1-1.9), nous dépasserons le seuil de réchauffement mondial de +1,5°C dans un avenir proche (entre 2021 et 2040) et resterons au-dessus de +1,5°C jusqu’à la fin du siècle.
FIG 10 du nouveau rapport du GIEC
Figure 10 SPM
  • Avec la poursuite du réchauffement, chaque région pourrait subir de façon différenciée plus d’évènements climatiques extrêmes, parfois combinés, et avec des conséquences multiples. Cela a plus de chance d’arriver avec un réchauffement à +2°C que 1,5°C (et d’autant plus avec des niveaux de réchauffement supplémentaires). Traduisez “combinés” par ‘plusieurs en même temps’ (canicule, suivi de mégafeux par exemple, comme au Canada en juin 2021).
  • Les points de bascule sont inclus dans le rapport car, bien qu’ayant une plus faible probabilité de se produire, ils pourraient avoir des conséquences dévastatrices. Les événements peu probables, tels que la fonte de la calotte glaciaire, les modifications brusques des courants marins (AMOC par ex.), certains événements extrêmes cumulés et un réchauffement nettement plus important que la fourchette de réchauffement estimé très probable, ne peuvent être exclus et font partie de l’évaluation des risques.
  • Les glaciers des montagnes et des pôles sont condamnés à fondre pour encore des décennies voire des siècles alors que la libération par dégel du carbone contenu dans le pergélisol, considérée sur une période de plus de 1000 ans, est irréversible.

Limiter le changement climatique dans le futur

  • Pour limiter le réchauffement, il faudra des actions fortes, rapides et durables de réduction des émissions de CO2, de méthane mais aussi des autres gaz à effet de serre. Cela réduirait non seulement les conséquences du changement climatique mais améliorerait aussi la qualité de l’air.
  • Limiter le réchauffement mondial à +1.5°C ne sera plus possible sans une baisse immédiate et à large échelle des émissions de GES (voir les différents scénarios)
  • Si nous atteignons la neutralité carbone, le réchauffement climatique devrait s’arrêter (avec plus de certitude que dans le précédent rapport)
  • De nombreux changements dus aux émissions passées et futures de gaz à effet de serre sont irréversibles pendant des siècles, voire des millénaires, notamment les changements dans les océans, les calottes glaciaires et le niveau global des mers. Cependant, certains changements pourront être ralentis et certains arrêtés en limitant le réchauffement climatique.
  • Les estimations du budget carbone restant – une manière simplifiée d’évaluer la quantité de CO2  pouvant être libérée avant d’atteindre un niveau de réchauffement donné – ont été améliorées depuis les rapports précédents, mais le budget carbone reste globalement inchangé.

Clarification sur des points précis du nouveau rapport du GIEC

Dans les jours qui ont suivi la sortie du rapport du GIEC, il y a eu beaucoup de discussions autour de certains points du rapport, et parfois, beaucoup d’approximations, voire d’erreurs. C’est normal. Ce sont des sujets extrêmement compliqués et complexes, et si ce n’est pas votre sujet d’étude, il est impossible de maitriser toutes les notions.

Aussi, voici quelques clarifications sur certains points du nouveau rapport. Tous ces points méritent un travail conséquent, à la fois de compréhension et de vulgarisation. Bien sûr, les points ci-dessous représentent une liste non exhaustive (4349 pages !). Vous trouverez un article dédié sur chaque sujet sur Bon Pote, notamment dans les articles de notre série avec le CNRS ‘Idées reçues‘. Si l’article n’existe pas encore, ne vous inquiétez pas : c’est sûrement prévu !

Sensibilité climatique à l’équilibre

La sensibilité climatique à l’équilibre (Equilibrium Climate Sensitivity, ECS) représente (grossièrement) le nombre de degrés supplémentaires si nous doublons la concentration de CO2 dans l’atmosphère. C’est un sujet très important, car cela nous donne une vision beaucoup plus claire de notre avenir climatique.

Nous observons ici un rétrécissement de la fourchette de sensibilité du climat. Le nouveau rapport donne une fourchette de sensibilité climatique “probable” (67% de chance) de 2,5°C à 4°C, soit une réduction de 50% de l’incertitude par rapport à la fourchette probable donnée dans le AR5. La fourchette “très probable” (~90% de chance) du rapport AR6 est de +2°C à +5°C, contre +1°C à +6°C dans le rapport AR5 :

Cette nouvelle plage de valeurs, plus resserrée, est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Cela veut dire que les chances d’avoir un monde à +5 ou +6°C deviennent vraiment peu probables. En revanche, cela veut également dire que nous disons au revoir à un monde à +1°C. Le verre à moitié vide.

La figure TS.6 illustre l’évaluation de la sensibilité du climat , les concepts de résultats peu probables et de niveaux de réchauffement planétaire, la manière dont la température mondiale a changé et devrait changer, ainsi que les impacts correspondants :

Figure TS.6

Pour creuser sur le sujet, 2 articles : An Assessment of Earth’s Climate Sensitivity Using Multiple Lines of Evidence et un article sur les extrêmes qu’on ne peut pas enlever.

Va-t-on atteindre +1.5°C degré de réchauffement 10 ans en avance ?

Réponse : pas vraiment. Dans ce super article de Realclimate.org, on apprend surtout que c’est une question méthodologique. “En résumé, lorsque l’on compare des pommes avec des pommes (c’est-à-dire les meilleures estimations des temps de dépassement fondées sur les scénarios), le SR1.5 et l’AR6 fournissent des chiffres remarquablement cohérents : 2034,5 contre 2035“. C’est important, et les auteurs du papier alertent sur la possibilité d’une exagération des médias, comme la réalité n’est pas très excitante (c’est-à-dire pas de surprise, les chiffres sont en ligne !).

Extrait du chapitre 4 du rapport AR6 du GIEC, indiquant le moment où le niveau de réchauffement de 1,5C sera franchi dans le cadre du scénario bas SSP1-1,9

Tous les scénarios prévoient que la planète connaîtra un réchauffement de 1,5°C

Tous les scénarios SSP prévoient que la planète connaîtra un réchauffement de 1,5°C. La projection d’émissions la plus ambitieuse prévoit que nous atteignons 1,5°C dans les années 2030, puis un pic de températures à +1,6°C, avant de redescendre à 1,4°C à la fin du siècle.

AR6 SPM

NB : quand vous rentrez en détails dans le scenario SSP1-1.9, il suppose une énorme quantité d’émissions négatives au cours du 21e siècle. Le “budget carbone” évalué pour limiter le réchauffement à 1,5°C dans le rapport du GIEC est d’environ 500 GtCO2 . Or, le scénario SSP1-1.9 émet 700 GtCO2 au cours du 21e siècle, dépassant largement le budget carbone restant. Dans le même temps, il déploie 430 Gt CO2 d’émissions négatives.

Commentaire de Zeke Hausfather : “Le fait de s’appuyer sur des émissions négatives permet au scénario d’avoir une trajectoire de réduction des émissions plus plausible ; un scénario similaire n’utilisant pas d’émissions nettes négatives nécessiterait probablement de parvenir à des émissions mondiales nettes nulles dans les années 2040.”

Le problème, c’est que nous savons que les technologies nécessaires pour avoir des émissions négatives dans ces ordres de grandeur n’existent pas, ou n’ont jamais été testées à cette échelle (nous y reviendrons). Le rapport du GIEC du 3eme groupe de travail qui sera publié en début d’année prochaine évaluera le réalisme des différents scénarios.

Quid des budgets carbone restants ?

Le terme ‘Budget carbone’ peut avoir plusieurs significations. En général, cela signifie le montant net de CO2 que les humains peuvent encore émettre tout en limitant un degré de réchauffement spécifique.

La très bonne nouvelle, c’est que les estimations sont aujourd’hui bien plus précises que dans le précédent rapport. Aujourd’hui, nous savons que le réchauffement climatique est presque linéairement proportionnel à la quantité totale de CO2 que nous émettons (figure 10 du SPM).

Les autres budgets carbone ont également été intégrés dans le SPM. Le tableau SPM.2 donne un aperçu des dernières estimations, pour différentes limites de température et différents niveaux de probabilité :

Analyse des budgets

Analyse de Joeri Rogelj, spécialiste du sujet depuis 10 ans, auteur principal du SR15 et du nouveau rapport du GIEC (AR6) :

  • Les estimations du budget carbone dans l’AR6 sont très similaires à celles publiées dans le rapport spécial 1,5°C en 2018, mais elles représentent une mise à jour importante du rapport de 2013 (AR5)
  • Si l’on tient compte des émissions survenues depuis les rapports AR5 et SR15, le budget carbone restant du rapport AR6 pour limiter le réchauffement à 1,5°C avec une probabilité de 50% est supérieur d’environ 300 GtCO2 à celui du rapport AR5, mais pratiquement identique à celui du rapport SR15.
  • Entre SR1.5 et AR6, chaque élément du budget carbone a été réévalué :
    • le réchauffement passé a été mis à jour (avec toutes les tonnes émises)
    • le niveau de réchauffement par tonne de CO2
    • le réchauffement qui se produirait une fois que nous aurions atteint le niveau net zéro de CO2
    • le réchauffement hors CO2 auquel nous nous attendons
    • réactions du système terrestre non couvertes par ailleurs

Dans l’ensemble, ces mises à jour signifient que les estimations du budget carbone restant de l’AR6 sont très similaires à celles de la SR1.5.

Pour approfondir chaque point cité ci-dessus, voici une explication. Pour la version courte : les budgets restants sont faibles, nos émissions actuelles d’environ 40 GtCO2/an les réduisent rapidement, et sans réduction rapide, nous exploserons les budgets (et donc dépasserons les limites de +1.5°C et +2°C).

FAQ 5.4

Attribution évènements extrêmes

Des progrès très importants ont eu lieu depuis le dernier rapport du GIEC sur l’attribution. C’est la science qui permet de savoir si nous pouvons attribuer un évènement météorologique extrême au changement climatique. Nous en avons parlé dans tous les articles sur les extrêmes météorologiques dans notre série avec le CNRS (canicules, cyclones ou sécheresses, par ex). Voici ce que nous dit le GIEC :

Le changement climatique d’origine humaine affecte déjà de nombreux phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes dans toutes les régions du monde. Les preuves des changements observés dans les phénomènes extrêmes tels que les vagues de chaleur, les fortes précipitations, les sécheresses et les cyclones tropicaux, et, en particulier, leur attribution à l’influence humaine, se sont renforcées depuis le cinquième rapport d’évaluation.

Il est probable que la proportion mondiale de cyclones tropicaux majeurs (catégorie 3-5) ait augmenté au cours des quatre dernières décennies.

A retenir :

  • Il n’est plus nécessaire de parler de manière générale de l’influence du changement climatique sur tous les événements ; nous pouvons estimer dans quelle mesure, par exemple, une vague de chaleur donnée a été aggravée par l’activité humaine (voir également les travaux du World Weather Attribution)
  • Pour la première fois, le GIEC décrit une augmentation observée des événements extrêmes pour les ouragans. Auparavant, ces changements étaient trop incertains pour faire l’objet d’un consensus international. Les phénomènes météorologiques extrêmes s’aggravent désormais de manière mesurable sur toutes les parties de tous les continents (à l’exception du sud de l’Amérique du Sud, où les données étaient trop rares).

Voici une superbe infographie qui exprime la probabilité d’occurrence de différents évènements extrêmes selon les possibles réchauffements :

SPM 6

Régionalité du changement climatique

Le GIEC a vraiment mis l’accent sur les impacts régionaux du changement climatique. Nous le savons, un réchauffement mondial de +2°C par exemple n’a pas du tout les mêmes impacts selon l’endroit où vous vivez dans le monde.

Voici une infographie qui permet de voir, selon les évènements météorologiques extrêmes, quelles régions seront touchées et avec quel degré de confiance :

Figure 3 SPM

Le GIEC rappelle également que “les facteurs naturels et la variabilité interne moduleront les changements causés par l’homme, surtout à l’échelle régionale et à court terme, avec peu d’effet sur le réchauffement climatique centennal“. Ces modulations sont importantes à prendre en compte dans la planification de l’ensemble des changements possibles, et notamment pour la gestion des risques. Nous en avions parlé dans notre article sur les îles Fidji.

Avec les 2 températures mise en avant par le GIEC (+2°C et +4°C), nous voyons bien que cela ne se réchauffe pas de la même manière sur Terre. C’est l’un des éléments de la justice climatique, sujet mis en valeur par le travail du groupe 2 qui sera disponible début 2022.

Fig SPM 5

Bonus : le GIEC a mis à disposition un atlas interactif, je vous le recommande, c’est très parlant ! Et aussi cet outil issu d’une collaboration entre le GIEC et la NASA pour explorer les projection de niveaux de la mer au niveau local, avec une décomposition des sources de la montée du niveau des mers.

FAQ – Question rapide, réponse rapide

  • Pourquoi le rapport est sorti le 9 août ? -> la sortie du rapport a été retardée d’environ 3 mois à cause de la Covid. Ce n’est pas un complot mondial comme j’ai pu le lire de le faire sortir en plein mois d’août, ‘comme par hasard’. Sachez aussi que les négociations de la COP26 ont lieu en amont et que ce rapport sera déterminant. Plus tôt il sort, mieux c’est. Vous auriez préféré début septembre, à la rentrée scolaire ?
  • Pourquoi il n’y a pas de scenario à +3°C, ou un scenario entre le SSP2-4.5 et le SSP3- 7.0 ? Certains climatologues et experts se posent la même question. En effet, avec les promesses actuelles des Etats (NDCs), nous irions plutôt vers ce type de scenario. Il s’agissait d’un scénario moins prioritaire pour le CMIP6 (modèle climatique), et il n’y avait pas suffisamment de séries de modèles disponibles à temps pour l’inclure dans l’AR6.
  • Il y a une inertie climatique de 20 ans, voire 40 ans !-> c’est FAUX. Le GIEC vient de le confirmer dans le rapport. “Si nous réduisions les émissions à zéro demain, le monde cesserait probablement de se réchauffer. La question de savoir à quelle vitesse nous pouvons réduire les émissions de manière réaliste est une question de politique et d’économie, et non de science physique”, nous dit Zeke Hausfather, auteur de cet excellent papier.

Le mot de la fin

Ce nouveau rapport du groupe du travail 1 du GIEC apporte beaucoup de confirmations, des mauvaises nouvelles… mais aussi des nouvelles encourageantes. Non, “tout n’est pas foutu, nous n’allons pas tous mourir“. Nous avons notre avenir climatique entre nos mains, il ne tient qu’à nous de réduire drastiquement nos émissions, rapidement, et de façon durable.

Je le répète : je conseille à tout le monde de lire au moins le résumé à l’intention des décideurs. Tout le monde doit se l’approprier et creuser les sujets. Les conclusions du rapport sont limpides et suffisamment claires pour être comprises par tout le monde. Une phrase doit au passage absolument retenir votre attention : chaque tonne émise participe au réchauffement. Si vous ne savez pas quelles actions ont le plus d’impact sur le réchauffement climatique, je vous conseille vivement de simuler votre empreinte carbone.

En outre, c’est la première fois dans l’histoire qu’un rapport scientifique a et aura autant d’importance, tant sur le plan scientifique, politique, géopolitique et économique. Ses conclusions seront entre autres déterminantes pour les négociations à venir de la COP26.

C’est ce que nous verrons dans le prochain article consacré à l’analyse politique (et médiatique) de la sortie de ce rapport, qui a d’ores et déjà fait couler beaucoup d’encre.

Mise à jour : le prochain article sur le traitement médiatique, les réactions des politiques (et lobbies) est en ligne !

Il existe également une version de ce rapport, spécialement pour les parents et enseignants !


Merci à Jean-Baptiste Sallée, auteur principal du nouveau rapport du GIEC, pour sa relecture
Merci à Yann Rozier pour les traductions des infographies (qui seront mis à jour lorsque le GIEC rendra une version officielle en FR)

BONUS : INFOGRAPHIES

Le contenu des infographies ci-dessous est le même. Il existe volontairement plusieurs formats et couleurs, pour que chacun puisse sauvegarder/imprimer ce qu’elle ou il préfère :

Les traductions en plusieurs langues sont disponibles ici, et bientôt en format PDF pour impression !

BONUS : 2 infographies des 20 points clefs (même contenu, 2 formats différents ) :

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Commentaires

28 Comments

  1. Arnaud 28 octobre 2021

    Bonjour Poto,

    merci pour ton boulot.

    Sais-tu s’il existe une version en français su SPM de ce dernier rapport ?

    Je n’arrive pas à la trouver, mais peut être qu’elle n’est pas encore sortie ?

    Répondre
  2. Anthony 22 octobre 2021

    Comme mentionné au début de votre synthèse, le rapport utilise un série de qualificatifs pour indiquer un niveau de confiance. C’est très intéressant pour comprendre quel est le niveau de doute ou d’incertitude sur les différentes conclusions.

    De là, je trouve que vous ne reflétez pas le rapport en résumant “qu’il est un fait établi” (..) que “100% du réchauffement climatique est dû aux activités humaines.”

    Sans vouloir rentrer dans le camp des climato-sceptiques, je n’ai pas vu le terme “virtually certain” associé à l’origine humaine de 100% du réchauffement climatique.

    Répondre
    1. Bon Pote 22 octobre 2021

      Il y a un hyperlien vers un thread de JB Sallée, qui est auteur sur le rapport, pour l’explication

      Répondre
  3. Kévin 28 septembre 2021

    Merci pour cet excellent travail ! Ca permet d’avoir une bonne vision de ce qui se raconte dans le rapport et personnellement ça me donne envie d’aller plus loin avec la lecture du résumé pour décideurs pour mieux comprendre certains points (la sensibilité climatique à l’équilibre là… j’ai pas compris grand chose ahah)

    Et je vais en profiter pour me lire quelques articles que j’avais en standby depuis un moment sur ton site 🙂

    Répondre
  4. Jérôme Gangneux 31 août 2021

    Maintenant que les constatations sont faites, et bien faites : passons au solution a apporter, (être force de proposition):
    -acculturation au matériel et système performant existant.
    -récuperation de chaleur (savoir repéré les sources chaudes et froides). Le recyclage des rejets thermiques et frigorifiques.
    – donner du temps pour régler les installations de chauffage et de climatisation, ou, prendre des contrats d’optimisation des performances énergétiques.
    Parler des puits canadien, climatisation solaire a ab-sorptions, climatisation adiabatique, de la thalassothermie, de la mise en microréseau de chaleur des entreprises qui rejette du chaud, et ceux qui en consomme pour économiser une chaudière et sa consommation d’énergie, Idem pour le froid;
    si les besoins chaud et froid s’ équilibre : boucle d’eau tempéré et pompe à chaleur.

    Répondre
  5. renaud 28 août 2021

    Bonjour Thomas,
    Merci pour ton super travail et ton engagement.
    Il y a 2 images/graphiques qui ne se chargent pas, si tu as moyen de réparer les liens c’est top 🙂

    Répondre
  6. Adrien 26 août 2021

    Merci pour ce travail de synthèse très clair. Pour l’infographie, existe t-il une version anglaise qui à étée traduite? Je fais du benevolat pour une ONG qui s’appelle Citizen Climate Lobby aux Etats Unis, et serait intéressé pour l’utiliser comme support (si possible) lors d’événements pour sensibiliser les gens au réchauffement climatique. Merci!

    Répondre
    1. Bon Pote 26 août 2021

      Disponible dans les 24h, à la fin de ce même article !

      Répondre
  7. Vianney 25 août 2021

    Bravo pour cette infographie !
    Si je puis me permettre une petite suggestion, il me semble qu’il serait plus clair de faire passer le message entre parenthèses du point 13 (infographie en 20 points) à la fin plutôt qu’à sa position actuelle.
    Bonne journée

    Répondre
  8. Véronique 24 août 2021

    “l’activité humaine a réchauffé le climat a un rythme sans précédent depuis au moins 2000 ans”
    est-ce qu’on est bien sûr ce que n’est pas plutôt “200 ans” ??

    j’ai du mal a croire que les chars romains avaient un impact comparable à l’automobile et toute l’industrialisation depuis le XIXe siècle …

    Répondre
    1. roland 24 août 2021

      il y a 2000 ans la population mondiale (estimation) était de 170 millions d’habitants
      il y a 1000 ans (estimation) elle était de 310 millions
      il y a 500 ans (estimation) elle était de 425 millions d’habitants
      en 1815 on atteignait le milliard
      en 1850 (révolution industrielle)
      en 1900 – 1.650 milliard
      en 1927 – 2 milliards
      en 1960 – 3 milliards
      en 1974 – 4 milliards
      en 1987 – 5milliards
      en 2011 – 7 milliards
      en 2016 – 7.5 milliards
      en 2021 on va passer à 8 milliards …

      je vous laisse deviner l’impact de la “révolution industrielle” et du capitalisme sur 150 ans …

      en parlant de réchauffement sur 2000 ans ça ne fait pas un peu “RASSIRISTE” ???

      cordialement

      Répondre
      1. roland 24 août 2021

        dsl “je voulait écrire RASSURISTE …

        Répondre
  9. grojambon 23 août 2021

    Excellent, comme d’hab
    merci pour l’effort et bonne continuation

    Répondre
  10. roland 17 août 2021

    Merci à Maxime pour “l’avant goût” de la version française.

    Cordialement

    Répondre
  11. Gabriel 17 août 2021

    Bonjour Bon Pote,

    Merci beaucoup pour cette article de synthèse.

    Je pense que la conclusion sur la notion « inertie climatique » est à nuancer. Certes, si l’on regarde sous l’angle de la température globale de surface, les derniers travaux scientifiques disponibles montrent que lorsque les émissions s’arrêtent alors la température arrête d’augmenter puis décroît. Mais ce ne sera pas le cas de la montée des eaux et de la fonte de la calotte glaciaire. Ces effets sont quasi irréversibles à l’échelle d’une vie humaine.

    De plus l’inertie sociale et politique de la lutte contre le CC est bien réel puisque qu’on voit que même avec le scénario d’émission le plus optimiste, les 1,5°C de réchauffement seront dépassés. Bref j’ai peur que cette histoire d’inertie climatique ne donne des arguments aux climatol-rassuristes.

    De plus, JMJ avait donc tord ? Quid du fameux graphes avec la durée de vie du CO2 dans l’air ?

    Merci d’avance pour vos éclairages.

    Gabriel

    Répondre
    1. Olivier 25 août 2021

      bonjour j’avais le meme commentaire, notamment concernant le réchauffement des océans (et leur acidification), ou il y a me semble-t-il bien une inertie importante… je comprends aussi que l’on veuille faire passer un message simple “si on arrete cela s’arrete”

      Répondre
  12. roland 16 août 2021

    il est pas mal le rapport sur les émissions de CO2 mais personnellement j’aimerais avoir un rapport de l’incidence des milliers de tonnes de méthane que libèrent des miliers voir millions de km² de permafrost en dégel depuis des décennies …
    sachant que le méthane est un gaz à effet de serre 42 fois plus puissant que le CO² et que la température actuelle (irréversible) libère …

    1mégatonne de méthane = 42 mégatonnes de CO2

    une petit quelque chose ??

    cordialement

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    1. roland 16 août 2021

      DSL , j’oubliais de préciser que le méthane devient réellement toxique à une concentration de 5% dans l’air il est nocif pour l’agriculture et 5% est également le seuil d’explosion … quand on voit les grands incendies qui se profiles …
      Il suffit de voir en Australie les forêts d’Eucalyptus qui s’embrasent à fortes températures, du au gaz émanant de ces arbres, qu’en serra t-il avec un fort taux de concentration de méthane dans ‘air ?

      Cordialement

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  13. Sylvain 14 août 2021

    Bonjour,
    Un grand bravo pour ce que vous faites, c’est instructif et inspirant.
    Mon commentaire perso sur cette synthèse : alors que c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup, je la trouve trop longue et trop difficile/technique à lire. Oh je sais que c’est la synthèse d’un travail énorme et très technique mais je me pose une question simple : si moi, qui m’intéresse à la question depuis des années, je la trouve trop dur et longue, quid d’une personne lambda ?
    Merci encore et bravo.

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    1. Bon Pote 14 août 2021

      Merci pour votre retour Sylvain. Je prépare un article avec une version plus soft 😉

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      1. Emma Houel 14 août 2021

        Bonjour Bon Pote. Je suis depuis un moment vôtre travail que je trouve très intéressant et j’apprécie votre volonté d’objectivité. Comme le précédent lecteur, je me perds un peu dans ce résumé. Pourriez-vous faire une légende, pour les analphabètes comme moi, de ce que veut dire AR…5…6 / SSP2-4 … et bref toutes ces abréviations qui rendent la lecture très compliquée quand on a pas les codes … merci d’avance.

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    2. Ne t’inquiètes pas moi qui ne fait pas l’étude que tu pratiques, je sais lire. Et si je n’arrive pas à tout lire facilement, j’y reviendrai plus tard.
      La lecture aussi il faut l’apprendre.
      Enfant je animais pas ça à part les BD.
      Jmi

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  14. ENGLING 14 août 2021

    Un grand Merci Thomas pour cette analyse !! Merci pour tout ce que vous faites

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  15. Rossi serge 13 août 2021

    Un vrai travail d’utilite publique.

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  16. hugueninstep@gmail.com 12 août 2021

    bonjour
    peut on obtenir le rapport technique en français ?

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  17. Lucio 12 août 2021

    Super synthèse, très claire. Un grand merci à toi Bonpote pour ce gros travail. Le résumé à l’intention des décideurs va t’il être traduit en français ? Ça faciliterait grandement son accès et sa compréhension au grand public…
    Merci !
    Luc

    Répondre
    1. Bon Pote 12 août 2021

      Bonjour, oui une traduction officielle arrivera (au moins pour le SPM). Il faudra s’armer de patience… quelques semaines au moins !

      Répondre
    2. Maxime 13 août 2021
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