Comment les médias, politiques (et lobbies) ont accueilli le rapport du GIEC

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Le rapport du GIEC est sorti le 9 août et ENFIN, les médias et politiques ont été à la hauteur de l’évènement ! Ils ont pris la mesure de la gravité de la situation ! Les médias ne parlent que de ça depuis une semaine, les politiques ont pris des mesures fortes et ont arrêté les faux discours ! Ce réveil écologique est sans précédent… quel élan, quel espoir !

… Et puis c’est là que je me suis réveillé.

La couverture médiatique de la sortie du GIEC a été à la fois trop courte, pas assez précise, et a surtout disparu après 24H. Rare, très (trop) rares sont les médias qui ont été à la hauteur de l’évènement. Et que dire de la réaction des politiques ! Absolument minables. Pas un seul gouvernement n’a répondu d’une façon adéquate, se cantonnant tous à des discours de façade, quand ils n’étaient pas climatosceptiques.

Un festival de désinformation a également eu lieu. Les climatosceptiques et les climatorassuristes s’en sont donnés à coeur joie. Revenons sur cette semaine médiatique ensemble, en analysant les éléments de langage récurrents que nous risquons d’entendre encore longtemps.

NB : avant de lire la suite, il est indispensable de savoir comment fonctionne le GIEC, et quel fut le contenu du rapport du groupe 1 sorti ce 9 août 2021.

24h, et retour à l’anormale

J’ai attendu avec impatience la sortie de ce nouveau rapport du Groupe 1 du GIEC pour principalement deux raisons. Premièrement, c’est un travail formidable (synthèse de 14000 articles scientifiques !) et cela servira de référence dans les années à venir (de mon côté, notamment pour les articles avec le CNRS sur les idées reçues sur le climat). Deuxièmement, j’étais impatient de voir le traitement médiatique qui était réservé à la sortie de ce rapport.

Un timing difficile, disent certains. Le même jour que la mise en place du pass sanitaire, et le terrible meurtre d’un prêtre. De l’actualité instantanée, qui bien sûr, passe en priorité, comme c’est bien trop souvent le cas. “Imaginez” un instant que Lionel Messi soit sur le point d’arriver à Paris, et vous avez le cocktail pour mettre le changement climatique au second plan. L’oublier. Malheureusement, lui n’oublie et n’oubliera personne.

Avant de rentrer en détails dans les chiffres, effaçons très vite une idée de la sphère complotiste : le timing. Comme par hasard, le rapport du GIEC est sorti le 9 août. Comme par hasard, pile le jour du pass sanitaire, de l’arrivée de Lionel Messi, et l’assassinat d’un prêtre. Rappel : ces dates sont fixées par le bureau du GIEC et l’OMM. La date initiale était prévue en avril et a été repoussée de quelques mois, à cause de la Covid. De plus, plus tôt nous avons ce rapport entre les mains, mieux c’est, à la fois pour les négociations climatiques avant la COP26 en novembre, et pour nous en tant que citoyens, pour s’informer, et agir.

Des chiffres et des lettres

Ce qui est écrit dans ce rapport a une importance sans égal, tant sur le plan scientifique, politique, géopolitique qu’économique. Chaque phrase validée dans le résumé pour les décideurs (SPM) peut potentiellement avoir un impact de plusieurs milliards pour plusieurs pays. En effet, ce texte est un support objectif, complet, compréhensible et utilisable, afin de les guider, avec la société civile, dans leur choix des mesures à prendre pour limiter le réchauffement climatique et développer des stratégies d’adaptation.

Pourtant, le climat a eu moins de temps d’antenne que le transfert de Messi au PSG. Grâce à deux journalistes d’Arrêt sur Images, qui ont passé en revue 36h de BFM et CNEWS (merci, et bon rétablissement ?), nous apprenons que sur BFMTV, première chaîne d’information de France, le rapport du Giec et l’affolement climatique en cours obtiennent moins d’une heure d’antenne. Même chose sur CNEWS, moins d’une heure.

NB : notons tout de même que le Monde, Libération et la Croix ont bien mis en avant le sujet. Pas vraiment le cas des autres journaux, à l’instar du Figaro, qui a préféré mettre en avant un climatosceptique (nous y reviendrons).

Pour illustrer ce manque d’intérêt, je suis allé voir sur Google Trends. Quand nous disons que l’intérêt aura duré 24h, c’est bien 24h :

Intérêt pour le mot clef GIEC sur Google Trends dans la semaine qui a suivi la sortie du rapport

Nous constatons la même chose en comparaison avec les mots clefs “Messi” et “pass sanitaire” :

C’est la même chose aux Etats-Unis, où visiblement, la baisse d’intérêt des médias télévisés pour le GIEC a réalisé l’exploit de faire ce que devraient faire nos émissions de GES…

Etre en pleine urgence climatique et voir un tel traitement médiatique est assez décourageant. On préfère interviewer Jean-Michel qui attend Messi à l’aéroport que des scientifiques de Météo-France sur la sortie du rapport du GIEC. Priorité au direct, j’imagine. Le problème c’est qu’il y a toujours un sujet plus important que le climat, jusqu’au jour où les catastrophes vont s’enchaîner et les mêmes médias joueront les surpris.

On aimerait rappeler à tous ces médias que les feux et les inondations records continuent partout sur Terre et que malheureusement, ce n’est pas que pour 24H. L’apprentissage de ces sujets compliqués et complexes ne se fait et ne se fera pas en 24H.

Les ? Energies fossiles ? Jamais entendu parler

Avec ce nouveau rapport, nous avons eu la confirmation de deux choses : “Il est incontestable que l’influence humaine a réchauffé l’atmosphère, les océans et les terres” et “100% du réchauffement climatique est dû aux activités humaines“. Cela a été plutôt bien relayé dans la presse. Mais pourquoi ne pas prendre 10 secondes de plus pour indiquer que ce sont les énergies fossiles qui en sont la cause ?

Certes, les énergies fossiles ne sont pas mentionnées une seule fois dans le résumé pour les décideurs (dans un futur article, nous reviendrons sur les coulisses des négociations). Mais inutile d’avoir bac +10 en climatologie pour savoir parfaitement ce qui cause ce réchauffement : le charbon, le pétrole et le gaz. Si certains délégués (donc pays) ont bataillé pour que ce résumé ne mentionne pas les énergies fossiles, ce n’est pas une raison pour ne pas les évoquer, que ce soit à la télé ou dans la presse écrite. Trop peu de personnes iront jusqu’à lire le Technical Summary, ou le rapport entier qui fait plusieurs milliers de pages, pour y trouver des références. Nul besoin d’attendre les travaux des groupes 2 et 3 pour en parler.

Heureusement, certains sont tout de même montés au créneau, à l’instar d’Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies : “Le rapport des experts climat de l’ONU (Giec) devrait “sonner le glas” des énergies fossiles qui “détruisent la planète. Il a ajouté “Les pays devraient également mettre fin à toute nouvelle exploration et production de combustibles fossiles, et réorienter les subventions aux combustibles fossiles vers les énergies renouvelables“. Traduction : toute entreprise, banque ou assurance qui finance de nouveaux projets sont irresponsables, voire criminelles.

L’humain est responsable, mais pas tous au même niveau

Maintenant que nous savons que les humains sont responsables, il faudrait tout de même préciser une chose : oui, les 7.9 milliards d’habitants sur Terre émettent des émissions, mais sûrement pas au même niveau de responsabilité. Entre un Bill Gates à plusieurs milliers de tonnes, et la moyenne des Malgaches (qui je le rappelle, souffrent de famine à cause du changement climatique), il y a un monde.

N’oubliez pas de vider votre boîte email, merci

Si nous dépassons la limite d’un réchauffement mondial de +1.5°C, c’est bel et bien à cause d’une certaine population vivant bien au-dessus des limites planétaires, y compris les Français !

La redirection de la responsabilité est l’un des discours de l’inaction climatique : on noie le poisson, tout le monde est responsable, donc personne n’est responsable. Cette redirection est d’ailleurs un grand classique des lobbies pétroliers, comme Total, qui demande dans sa dernière campagne de pub ‘d’effacer vos emails pour faire votre part‘. Oui, les petits gestes sont importants, et non, ils ne suffiront pas face aux milliards engendrés par les pétroliers et gaziers qui réchauffent la planète. NB : Si vous pensez qu’ils le font parce qu’il y a une demande, lisez ce texte.

NON, on ne “savait pas tout depuis 50 ans”

Avant de passer aux réactions des politiques, revenons sur un point crucial de communication. On peut très souvent lire (pas seulement depuis une semaine) qu’ “on savait depuis 50 ans“. Certains ont même joué la surenchère, en prétextant qu’on savait depuis 109 ans :

Et bien, devinez quoi : c’est beaucoup plus compliqué que cela. Nous savions effectivement qu’il y avait un problème. Mais savait-on à quel point ? Et pour qui ?

Nous avons vu dans notre article sur les modèles climatiques qu’il y a eu d’énormes progrès depuis 30 ans et que cela a permis d’améliorer beaucoup d’éléments, dont la pertinence des résultats. Les modèles sont plus ‘crédibles’ aujourd’hui qu’ils ne l’étaient avant. Aussi, c’est une chose de convaincre les climatologues d’un problème, mais c’est totalement autre chose de convaincre l’opinion publique. Voyez aujourd’hui comme il est encore difficile de faire admettre à certains que le GIEC n’est pas un lobby réchauffiste. Imaginez en 1970, sans les milliers de papiers scientifiques publiés et les incertitudes de l’époque, s’il était facile de convaincre quiconque, surtout quand en face vous aviez déjà des personnes qui avaient tout intérêt à ce que rien ne change ?

Comme le souligne Sylvestre Huet dans un excellent papier, avant 1987, c’était une toute autre affaire :

Or, parmi les « oublis » spectaculaires du livre, se trouvent la série d’articles parus dans Nature, le 1er octobre 1987 par les équipes françaises de Claude Lorius et Jean Jouzel. Nul combat patriotard dans cette remarque (encore que l’incapacité de Nathaniel Rich à sortir du pré carré Etats-Unien tant pour la science que pour la géopolitique est assez agaçante). Le sujet est pure science : avant ces recherches conduites avec les carottes de glaces de l’Antarctique forées à la station soviétique Vostok, les climatologues ne disposaient d’aucune « vérité terrain » des relations entre teneur en gaz à effet de serre et températures de la planète sur les derniers centaines de milliers d’années.

Sans réalité du terrain, vous imaginez que les climatosceptiques s’en donnaient à cœur joie pour moquer les résultats des scientifiques (ce qu’ils ont continué de faire, à l’instar de Claude Allègre). Voici également un extrait du premier rapport du GIEC, qui illustre bien les incertitudes :

Extrait du rapport 1990 du GIEC : « Notre conclusion est la suivante : la température moyenne de l’air à la surface de la Terre a augmenté de 0,3 à 0,6 °C au cours des 100 dernières années…; La valeur de ce réchauffement concorde dans l’ensemble avec les prévisions fondées sur les modèles du climat, mais elle est aussi du même ordre de grandeur que la variabilité naturelle du climat. Si l’unique cause du réchauffement observé était l’effet de serre anthropique, la sensibilité du climat serait alors voisine des estimations les plus basses déduites des modèles. Par conséquent l’augmentation observée pourrait être due en grande partie à cette variabilité naturelle; d’un autre côté, cette variabilité et d’autres facteurs anthropiques pourraient avoir contrebalancé un réchauffement encore plus considérable dû à un effet de serre anthropique. Il se passera probablement au moins dix ans avant que des observations nous permettent d’établir de façon certaine qu’il y a eu un renforcement de l’effet de serre. »

Cette infographie de la FAQ du dernier rapport du GIEC (WG1) met également bien en évidence la progression de la science climatique au fil du temps :

Les rassuristes à l’affût

Pourquoi est-il indispensable de faire attention à la communication, notamment en annonçant des phrases comme “on savait tout depuis 50 ans”, ou “il reste 10 ans avant X ou Y” ?

Notamment pour deux raisons. La première, c’est que cela mène parfois à un comportement de doomiste, qui pense que “c’est trop tard” pour agir. La seconde, c’est parce que les climatosceptiques et climatorassuristes n’attendent que cela : une erreur (de communication) pour pointer du doigt les possibles exagérations et dire que finalement, on en fait trop, que c’est pas si grave.

Un exemple ? Bjorn Lomborg, un ‘économiste’ qui passe son temps à dire que le réchauffement climatique c’est pas grand chose et que les écologistes sont trop alarmistes :

Bien sûr, son compère Michael Shellenberger, l’intellectuel qui pense qu’il suffit juste de mettre la climatisation si la température augmente (ça serait drôle s’il n’avait pas 150k followers), n’est jamais loin. Nous avons les mêmes en France, à l’instar de Laurent Alexandre qui étale son climatoscepticisme chaque semaine, et qui continue d’être invité sur les plateaux télé. J’ai vu des centaines de commentaires comme celui ci-dessous depuis une semaine, et c’est la même chose depuis des mois/années. Conclusion : soyons autant que possible irréprochables dans la communication.

Le gouvernement français, des paroles et des (non) actes

Le jour de la sortie du rapport du GIEC, la communication des membres du gouvernement français a été absolument lamentable. Alors que le rapport était officiellement publié à 10H, Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué aux Transports, était déjà plein de certitude au micro de France Inter, 2 heures avant : “seule l’innovation technologique nous permettra de régler le changement climatique”. Comme à son habitude, la littérature scientifique ne l’intéresse pas. Notre ministre est trop occupé à tweeter pour se moquer des associations écologiques et nous vendre son avion vert qui volera à base d’huile de friture.

Les 24h qui ont suivi ont été sans surprise. La récupération politique du gouvernement a été sans limite. Les N’Golo Kante du climat. Le gouvernement Macron, dont la politique climatique est très insuffisante, et qui a en plus été condamné par le conseil d’Etat pour son manque d’initiatives, s’est tout de même permis de communiquer sur la loi Climat !

Oser parler de la loi Climat alors que ce sont les mêmes personnes qui ont tout fait pour la saborder et réduire à néant les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat, c’est avoir une éthique au niveau de celle de Manuel Valls.

Nous comprenons très vite que ces beaux discours ne seront pas suivis d’actes (discours numéro 7 de l’inaction climatique). Aucunement besoin d’attendre la COP26 en novembre pour agir. Peut-être que finalement, le bassin Méditerranéen en feu, le million de Malgaches qui souffre de famine ou encore les mégafeux en Sibérie, méritent qu’on attende quelques mois. L’écologie tranquille.

Le reste du monde n’est pas bien meilleur

Ces rapports du GIEC sont un réel dilemme pour les Etats. Nous sommes complètement dépendants des énergies fossiles, et la seule solution pour respecter les engagements climatiques de l’Accord de Paris, c’est de s’en passer rapidement. Ca n’arrange pas grand monde, surtout ceux à qui cela pourrait coûter des milliards d’euros de pertes. Faisons un rapide tour du monde des réactions des politiques à l’international.

Commençons par le premier ministre Australien qui pense que l’Australie en fait bien assez et refuse de revoir à hausse les ambitions climatiques de l’Australie. Ce n’est certes pas très étonnant lorsque l’on sait que de nombreux responsables politiques de son parti entretiennent des liens étroits avec l’industrie minière et nient l’existence du changement climatique ou cherchent à en minimiser les risques. Les feux en janvier 2020 et le milliard d’animaux morts n’ont visiblement pas ému ce criminel Scott Morrison, ni les médias australiens, qui continuent d’inviter des climatosceptiques sur les plateaux télé, sans contradiction en face.

Aux Etats-unis, Biden, que beaucoup de personnes annonçaient comme le sauveur du climat le 4 novembre, n’a visiblement pas lu le rapport du GIEC, puisqu’il a demandé à l’OPEP d’augmenter la production de pétrole ! Pourquoi pas Joe. Réjouissons-nous tout de même d’avoir les Etats-Unis comme boussole : ils font en permanence l’inverse de ce qu’il faut pour lutter contre le changement climatique.

Même Vladimir Poutine a fait semblant de s’intéresser à la question en déclarant “l’ampleur et la nature des catastrophes naturelles dans certaines régions sont absolument sans précédent. Il est important de nous engager de manière profonde et systématique à l’avenir dans le programme climatique et environnemental.

Heureusement, certains sont restés fidèles à eux-mêmes, à l’instar des Saoudiens, réputés pour nuire aux négociations climatiques. L’ancien ministre du pétrole s’est même fendu d’une série de tweets climatosceptiques :

Tweet 1 (effacé depuis), Tweet 2

Les climatosceptiques et climatorassuristes sont toujours là

Nous aurions pu penser qu’avec les conclusions très claires du nouveau rapport du GIEC, les climatosceptiques feraient amende honorable, reconnaissant qu’ils s’étaient trompés et qu’il était temps de passer à autre chose. Pas du tout. Comme à chaque sortie d’un rapport de cette importance, ils essayent toujours de rappeler qu’ils existent : “il faut débattre, on est pas sûrs“.

Malheureusement, certains ont encore trop de place dans les médias, et n’hésitent pas à étaler fièrement leur climatoscepticisme :

C’est vrai qu’entre écouter l’opinion de GW. Goldnanel et la synthèse de 14000 articles scientifiques, il faut absolument débattre pour savoir qui nous devons écouter.
Cependant, il a fallu attendre quelques jours pour avoir le pire. Le Figaro, via sa ‘journaliste’ Judith Waintraub, a donné une tribune à Benoit Rittaud, président d’une association de climatosceptiques :

Cette tribune a par ailleurs été immédiatement et unanimement condamnée par les climatologues, à l’instar de Valérie-Masson Delmotte (Co-Présidente du Groupe 1 du GIEC) et Jean-Baptiste Sallée (auteur principal du dernier rapport).

Retour du classement sans valeur

Dans la même continuité de désinformation, j’ai eu la mauvaise surprise de voir ressortir un classement sans valeur qui avait été partagé par tout le gouvernement Macron, où l’on apprenait que “la France est 4ème pays vert”. Ce classement repose sur des critères ridicules (tout est expliqué ici), mais cela n’a pas empêché certaines personnes de le repartager. Pourquoi ? Montrer que la France est un exemple, un leader climatique, un bon élève. “Vous voyez, nous sommes leaders ! Pas besoin de changer !”. Rappelons que l’article partagé par les membres du gouvernement provenait d’un site d’extrême-droite, et citait François Gervais comme référence, climatosceptique notoire…

Des milliers de partages ont encore désinformé les Français(e)s, qui méritent pourtant une information claire et précise concernant les efforts à fournir pour respecter nos engagements climatiques. Certains sont visiblement prêts à tout pour défendre leurs intérêts, quitte à ‘liker’ des climatosceptiques.

Gilles Babinet qui ‘like’ un tweet d’un climatosceptique

Emissions de méthane et lobbies en action

Dernier élément de désinformation. Pour la première fois, le GIEC a mis l’accent sur le méthane, l’un des gaz à effet de serre qui participent grandement au réchauffement climatique (2ème gaz le plus important, derrière le CO2). C’est l’un des points clefs du SPM, le résumé pour les décideurs :

Pour limiter le réchauffement, il faudra des actions fortes, rapides et durables de réduction des émissions de CO2, de méthane mais aussi des autres gaz à effet de serre. Cela réduirait non seulement les conséquences du changement climatique mais améliorerait aussi la qualité de l’air.

Pourtant, alors que les émissions de méthane ont eu une croissance démesurée depuis 20 ans, les personnes directement concernées sont venues nous expliquer que c’était pas si grave, par exemple, que “l’élevage ce n’était que 5% des émissions“. Ce discours est doublement dangereux. Non seulement c’est faux (car cela ne prend pas en compte les émissions indirectes), mais c’est surtout du whataboutisme, l’un des discours d’inaction climatique qui consiste à dire ‘oui moi c’est 5%, mais les autres c’est plus alors à eux de commencer d’abord”.

Bien sûr, les vendeurs de “gaz propre” ne sont pas en reste. Au même titre que les exploitants de mine de charbon, ils sont toujours très actifs pour semer le doute dans la population sur le rôle du gaz dans le réchauffement climatique d’origine anthropique. Le graphique ci-dessous rappelle pourtant bien une chose : tout le monde devra faire des efforts. Pas un par un, tous en même temps, et rapidement.

Les plus gros émetteurs de méthane, des vaches aux mines de charbon
Source : UNEP, The Global Methane Budget 2000–2017

Malheureusement, les médias et lobbies français n’ont pas l’exclusivité de cette désinformation. Hanna Daly a remarqué la même chose en Irlande, où les lobbies minimisent l’impact du méthane dans le réchauffement global et accusent parfois le GIEC d’être un lobby financé par X ou Y. Rappel : le GIEC a un budget très limité, et accuser les scientifiques bénévoles de faire de l’argent… est tout simplement ridicule.

Encore une fois, l’idée n’est pas de supprimer du jour au lendemain l’élevage, un argument avancé par certains lobbyistes qui se présentent en victimes. La première étape est déjà de reconnaître le problème, et d’ensuite aider collectivement à réformer.

Le mot de la fin

Notre maison brûle, et nous regardons Messi arriver au PSG. C’est ainsi qu’aurait pu s’intituler cet article sur la couverture médiatique de la sortie du nouveau rapport du GIEC.

Nous sommes en pleine urgence climatique, et l’immense majorité des médias trouvent toujours quelque chose de plus important, plus immédiat, plus rassurant que de parler du changement climatique, ses causes et ses conséquences. Clairement, la couverture médiatique n’est pas à la hauteur. Je fais ce que je peux via Bon Pote, et suis absolument ravi que des personnes découvrent mon travail cette année et prennent à leur tour conscience des changements importants et rapides que nous devons effectuer pour respecter nos engagements climatiques.

Mais en ordre de grandeur, tant que les chaines d’infos en continu, les journaux de 13H et 20H, etc. ne feront pas un travail de communication correct sur les enjeux climatiques, les Français(es) continueront d’être mal ou pas informé(e)s, et la France en subira les conséquences. Comme nous l’avons précisé dans un article, la France n’est pas prête à faire face aux aléas climatiques, et le coût des réparations sera bien supérieur à celui de l’adaptation. Nous n’avons plus de temps à perdre. Nous devons conjointement réduire nos émissions ET nous adapter.

Le GIEC l’a rappelé : chaque tonne émise participe au réchauffement. Nous connaissons les causes de réchauffement, il ne reste plus qu’à passer à l’action.

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Commentaires

13 Comments

  1. cdg 3 septembre 2021

    C est un peu facile de critiquer nos dirigeants et nos politiciens. Mais lequel a envie de se suicider electoralement en reintroduisant des tickets de rationnement (par ex pour prendre l avion ou manger de la viande) ou l usage des automobiles a titre privé ?
    Meme un dictateur (genre Poutine) mettrait en danger son pouvoir avec ce type de mesure !

    La population sait qu il y a un rechauffement climatique mais n est pas prete a payer le prix pour l enrayer. C est pas plus compliqué que ca

    PS:
    – l attitude est pas complètement stupide. Si les problèmes arrivent en 2050, une bonne partie du corps electoral actuel (en gros tout ceux qui ont plus de 50 ans aujourd hui) sera mort . Apres nous le deluge comme disait la pompadour !
    – a Madagascar ils ne meurent pas de faim a cause du réchauffement climatique mais parce que le pays a été pillé par ses dirigeants depuis son indépendance. C est comme a Marseille : si les ecoles sont dans un etat lamentable c est grace aux electeurs qui ont voté Gaudin pendant 25 ans

    Répondre
  2. Jérôme Gangneux 31 août 2021

    Le problème c’est pas la constatation, le problème c’est la connaissance de l’ énergie (acculturation), et des systèmes performant existant, des synergies, des saisonnalité des différentes énergies renouvelables et leurs optimisations.
    Pour commencer faire régler les installations existantes, prendre des contrats d’ optimisation des performances énergétiques des chauffage, ou, a défaut donner des heures en plus du grattage des chaudières.
    Limiter géographiquement les chaufferie biomasse, qui est un facteur limitant de la décarbonation.
    Étudier et systématiser sur tous les littoraux, la mise en place de réseau de chaleur thalassothermique par pompe à chaleur, qui prend des calories a la mer (dc la refroidit) pour chauffer les gens, associer à des éoliennes qui ont la même saisonnalité, qui peuvent servir à stocker l’ électricité sous forme de chaleur, par jeu de surconsigne et effacement, ou, par du vrai stockage thermo-chimique.
    Dans le sud climatisation solaire a ab-sorptions et rafraîchisseur adiabatique (a eau), serait au moins a faire connaître, voire a installer massivement.
    En campagne les maisons, devrait être passive et autonome, et avoir d’ office un puit canadien ( ou provençal), voir une VMC double flux.
    Les rejets thermique des systèmes frigorifique, ne devrait pas être rejeté dans l’ air, mais réutiliser sur site pour le chauffage, l’ ECS, voir revendu au voisin via microréseau de chaleur, ou au pire du pire: stocker en partie dans le sol via sonde géothermique verticale.

    Répondre
  3. Justin 30 août 2021

    A noter que Greenpeace energie vend du gaz naturel russe en allemagne et donc fait partie du lobby climatosceptique comme les pétroliers à l’image de Totalenergies…
    A noter qu’en Autriche (model énergétique à suivre.. lol), je ne sais plus quel représentant a dit de ne pas demander trop d’efforts contre le réchauffement climatique lors de la COP sinon il faudra avoir recours à l’énergie nucléaire…

    Répondre
  4. Anger 25 août 2021

    L’arrivée de Messi au PSG était quand même une nouvelle plus importante. Non ?

    Répondre
  5. Yves Égal 19 août 2021

    Article qui confond tout et accuse tout le monde : rappeler que la France est peu émettrice (grâce au nucléaire) ce n’est pas être climatosceptique, ni se défausser sur les autres, mais faire preuve de rigueur scientifique, qualité qui manque cruellement sur le site Bon pote. Notamment dans l’article sur la démographie qui confond l’immédiat et le temps long : un seul enfant par femme, cela réduit peu la population à 10 ans, mais la divisé par deux en 30 ans et par 4 en 60 ans.

    Répondre
    1. Bon Pote 19 août 2021

      La France a une empreinte carbone moyenne par habitant de 9.9t CO2eq. Nous devons tous être en dessous de 2. Vous confondez mix électrique et mix énergétique et c’est moi qui manque de rigueur. Bonne continuation

      Répondre
  6. bdd13 18 août 2021

    Je partage ici un de mes posts sur le fb Janco :
    La relation politique/conscience collective est ambiguë, et procède un peu de la poule et de l’œuf. Je ne crois pas, en dehors d’un processus très très long, que la seule expression populaire (vote) puisse changer les choses, car cela suppose une majorité de gens bien informés (ce qui n’est pas le cas, notamment dans les quartiers populaires).
    Pour faire prendre conscience, il faut une “amorce” par la réglementation, et enclencher la “machine”.
    Pour l’instant, ni l’un ni l’autre ne fonctionnement.
    Les médias sont là pour vendre. Comme la “machine” n’est pas en route, eh bien il n’y a rien à vendre de ce côté là, et peut être même au contraire…
    Toute la responsabilité aujourd’hui est sur les épaules du politique et des industriels. Les médias ne font que s’adapter au contexte vendeur.
    D’ailleurs, peut-on considérer dans notre société que les médias aient officiellement un rôle éducatif ? (peut être les médias publics…)

    Répondre
  7. Daniel STOLL 18 août 2021

    Passer de 3 milliards d’habitants à presque 8 en 60 ans , on en parle ?

    Répondre
  8. Alexandre 18 août 2021

    Bonjour,

    Je m’excuse par avance pour le hors sujet total, et d’ailleurs si quelqu’un effectue une modération, l’idée est surtout de passer le message =)

    J’ai découvert Bon Pote il y a moins d’une semaine et ai pris plaisir à découvrir le ton employé sur ce blog. Ainsi, je trouverais cela intéressant que le site soit mieux référencé.

    Je voudrais juste vous conseiller de bien renommer vos images et d’y compléter la balise ALT. Le référencement google image représente (ou représentait) 10% du traffic organic et personne ne reche “image4” pour voir des données sur le rapport du GIEC.

    Bonne continuation dans ce que vous faites 🙃

    Répondre
    1. Bon Pote 18 août 2021

      C’est noté, merci 😉

      Répondre
  9. sanciaa 17 août 2021

    Arf, je ne regarde plus la TV et ne lis plus trop les news, je n’avais pas réalisé l’ampleur du désastre. C’est déprimant j’avoue. Est-ce que dans cette revue de presse, il y a quand même des choses positives qui sont ressorties ?
    Même reflexion que bdd13 sur l’article du Figaro : un jour, au même titre que l’incitation à la haine, l’incitation au déni de la réalité climatique sera un crime… du moins, j’aimerais bien je l’avoue.

    Répondre
  10. bdd13 17 août 2021

    Peut être un jour y aura-t-il un tribunal international des climatosceptiques, industriels et politiques qui auront mené à une situation humainement intolérable.
    Bien évidemment, cela ne fera pas revenir en arrière, comme pour tout criminel, et la justice aura fort à faire avec le nombre des prévenus !
    Pour autant, cette même justice devra s’exprimer un jour, car on ne peut laisser les crimes contre l’humanité impunis.

    Répondre

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