Non, l’Homme ne s’est pas toujours adapté

“L’Homme s’est toujours adapté”. Cet argument est très fréquemment utilisé, notamment par les rassuristes : ils admettent que le changement climatique est un problème, mais qu’il n’est pas si grave, car “l’Homme s’est toujours adapté”.

Répondre à cet argument n’est pas si simple, et vous fera tomber dans la loi de Brandolini. Il n’y a effectivement jamais eu de disparition de l’humanité, et le changement climatique ne menacera pas la survie de l’espèce, en tous cas d’ici la fin du siècle. Même avec un climat qui se réchaufferait de 5°C, il est possible qu’il y ait encore quelques humains pour jouer en ligne grâce à la 16G sur leur Iphone 42. En revanche, certain(e)s oublient (sciemment ?) de préciser que la variabilité naturelle du climat a, dans le passé, provoqué des bouleversements majeurs pour les sociétés humaines, avec de très nombreuses victimes. Un détail.

Il faut donc se poser les bonnes questions. Si nous ne pouvons pas parler de disparition de l’humanité, le changement climatique transforme et transformera profondément notre monde. Quelles en seront les conséquences, et pour qui ? Dans quel ordre de grandeur ? Tous les pays auront-ils les moyens de s’adapter assez vite pour y faire face ? Pourquoi sommes-nous en retard dans nos politiques d’adaptation, y compris en France ?

Nous y répondons avec l’aide de Magali Reghezza, géographe et membre du Haut Conseil pour le climat (HCC).

Avant-propos : qu’est-ce que l’adaptation ?

Pour le GIEC, « l’adaptation est une démarche d’ajustement à l’évolution du climat, actuelle ou attendue, et à ses conséquences. Bien que le changement climatique soit un problème planétaire, ses impacts sont ressentis différemment dans le monde. Les mesures prises sont souvent dictées par le contexte local, si bien que les populations s’adaptent de manière différente selon la région. La poursuite de la hausse de la température mondiale, qui passerait de 1 °C aujourd’hui à 1,5 °C ou plus par rapport aux niveaux préindustriels, accroîtrait la nécessité de s’adapter. La stabilisation du réchauffement à 1,5 °C exigerait un effort d’adaptation moindre qu’à 2 °C. En dépit de nombreuses réussites, les progrès sont embryonnaires dans bien des régions et inégalement répartis sur la planète. »

L’adaptation est ainsi le moyen par lequel sociétés et individus assurent leur résilience, c’est-à-dire sont capables de faire face à une perturbation et/ou de se relever après un choc. Une adaptation « juste » doit permettre à l’ensemble des populations de préserver leurs moyens de subsistance, sans voir leurs conditions de vie se dégrader, que l’on raisonne en termes de revenus, de santé, d’espérance de vie, etc.

Caractéristiques d’une adaptation inédite

Réussir l’adaptation au changement climatique d’origine anthropique, actuel et à venir, requiert quelques conditions, qui peuvent d’ores et déjà contredire l’idée que l’on y arrivera au motif qu’on y est toujours arrivés :

  • Étant donné la rapidité des changements et leur ampleur, les solutions techniques, à supposer qu’on maîtrise les technologies, ne pourront être efficaces que si l’on ne dépasse pas un certain niveau de réchauffement. S’adapter si le niveau de la mer ne monte que d’un mètre, est possible, à la condition de disposer des ressources financières et technologiques (mais c’est encore un détail). Si l’on atteint 2, voire 3 mètres, c’est déjà beaucoup plus compliqué, voire impossible.
  • Les capacités d’adaptation vont fortement varier d’un individu à l’autre, d’une entreprise à l’autre, d’un groupe social à l’autre, et la mise en œuvre des mesures de réduction des risques climatiques dépend largement des contextes locaux et nationaux (nous y reviendrons).
  • La réussite de l’adaptation peut être ‘favorisée par l’action nationale et infranationale, car les gouvernements centraux jouent un rôle important sur le plan de la coordination, la planification, la définition des priorités, l’affectation des ressources et l’assistance‘. L’anticipation est essentielle, malgré les incertitudes, mais elle n’est clairement pas au rendez-vous, même dans les pays les plus riches et les plus avancés technologiquement.
  • Dans de trop nombreuses régions du monde, la réflexion sur l’adaptation est à peine amorcée. Le GIEC s’interroge sur l’aptitude des populations les plus vulnérables à faire face à tout réchauffement additionnel à 1.2°C. C’est problématique, dans la mesure où nous devrions dépasser la barre des +1.5°C dans la décennie 2030+.

Enfin, l’adaptation demande non seulement un large soutien sous forme d’aide technologique et financière (États, collectivités locales, entreprises, etc.), mais aussi un accompagnement des changements des comportements pour l’ensemble des parties prenantes (pas seulement les citoyens donc). Il ne suffira pas d’allumer la climatisation ou de dessaler l’eau de mer si le monde se réchauffe encore de quelques degrés. Il est donc indispensable de tordre le cou à l’idée d’une adaptation facile et sans casse.

Déconstruire l’adaptation

Historiquement, l’adaptation s’est essentiellement opérée localement, par ajustements réactifs et par apprentissage, les communautés tirant des leçons des événements catastrophiques et des erreurs commises. Si le développement de la science et des techniques a certes permis de mieux protéger, les extrêmes hydro-climatiques ont causé des centaines de milliers de morts au cours des siècles, soit directement, soit par les famines, disettes, troubles économiques et politiques engendrés. Transformer les sociétés et les habitats, modifier les pratiques, développer des solutions techniques a pris des siècles !

Le changement climatique d’origine anthropique est unique, tant par sa vitesse que son ampleur. Les humains n’ont jamais eu à s’adapter à de tels bouleversements. C’est en cela que dire “l’homme s’est toujours adapté” est faux, ou a minima fallacieux. Il s’est peut-être adapté, mais à quoi et à quel prix ?

Pourquoi parler d’adaptation lorsqu’on parle de sociétés humaines ?

L’adaptation est un concept scientifique utilisé dès le 19e siècle pour comprendre les relations entre les êtres vivants et leur milieu. Issu de la biologie, où l’adaptation est au centre de la théorie de l’évolution, le terme est rapidement repris pour étudier les relations des êtres humains à leur environnement. L’adaptation sert à critiquer l’influence du milieu sur les humains, qui, contrairement aux autres espèces, ont une liberté de choix et une capacité d’apprentissage, qui leur permettent de transformer les milieux naturels comme aucun autre animal n’a jamais pu le faire. Le rejet du “déterminisme mésologique”, c’est-à-dire le fait qu’un individu soit déterminé par son milieu naturel, alimente les réflexions des sciences sociales, notamment de la géographie, sur le statut et le rôle des sociétés humaines vis-à-vis des écosystèmes. Ces débats sont réactualisés aujourd’hui dans la notion d’anthropocène.

Affirmer que les êtres humains ne sont pas entièrement soumis à l’influence de leur milieu naturel, c’est reconnaître que les individus et les groupes sociaux sont capables à la fois de changer et de modifier leur environnement, pour en optimiser les ressources et se protéger des menaces. Sans nier les évolutions biologiques de l’espèce sur des millénaires, les sciences sociales mettent alors l’accent sur ce qui permet aux humains d’habiter des milieux a priori hostiles (déserts, hautes montagnes, forêts denses, zones sub-polaires, etc.)et qui explique que deux sociétés qui vivent dans des conditions climatiques, hydrologiques, topographiques proches, puissent être radicalement différentes.

L’adaptation rend ainsi compte de la coévolution entre les sociétés humaines et leur environnement. Réfléchir en termes d’adaptation permet de restaurer la capacité d’action individuelle et collective et de refuser le catastrophisme qui légitime le fatalisme et l’attentisme. Mais elle nécessite aussi une mise en perspective des conditions sociales, politiques et environnementales, qui permettent cette action, et de bien regarder les temporalités sur lesquelles elle se déploie et le prix à payer.

Ce que l’on sait de l’adaptation des sociétés du passé

L’étude des sociétés du passé montre que l’adaptation est un processus long, irrégulier, fait de bonds en avant et de retours en arrière. Les travaux des archéologues et des historiens prouvent que les transitions sur lesquelles repose l’adaptation, s’opèrent sur plusieurs décennies, sinon plusieurs siècles. Par exemple, les paysages révèlent, à qui sait les lire, le long travail de transformation des milieux : que l’on soit aux Pays-Bas, en Flandres ou sur les littoraux de l’Atlantique, on peut voir les digues, les ouvrages de drainages, les portes à flots. Le dessin des polders et des canaux, de plus en plus larges et réguliers, reflète la lente acquisition des techniques d’assèchement et de protection contre les crues. Pour que les pompes remplacent les moulins, il a fallu des siècles et … des dizaines d’inondations. Les archives des seigneurs locaux nous disent que la lutte contre la mer et la maîtrise de l’eau s’est opérée au prix des corvées des serfs.

L’adaptation a nécessité des transformations sociales : en Flandres par exemple, les associations wateringues, en charge de l’entretien des watergangs (ouvrages de drainages), datent du XIIe siècle et ont laissé leur nom dans la toponymie. Pourtant, encore dans une période récente, des événements meurtriers ont rappelé les limites de cette adaptation pluriséculaire. En 1953, une tempête en mer du Nord provoqua près de 1800 victimes dans les seuls Pays-Bas. Il a fallu près de 40 ans pour que le plan Delta, censé protéger le pays, soit achevé et il faut déjà penser à relever les digues pour préserver les polders hollandais de la remontée du niveau marin.

La diffusion des innovations sociales et technologiques est donc lente et hétérogène. Elle exclut des territoires, des groupes sociaux, des individus. Si elle n’est pas anticipée et accompagnée, elle a un coût humain, économique et social qui peut être très élevé. Les révolutions industrielles ou agricoles en sont de bons exemples.Alors oui, l’Humanité a su s’adapter à tout, mais au prix de millions de vies humaines perdues ou sacrifiées, et d’innombrables pertes matérielles.

Une adaptation réussie dans le passé ne présage en rien du succès de l’adaptation dans le futur

Le changement climatique en cours si rapide que la seule variabilité naturelle du climat ne pourrait en être la cause. Il n’existe pas d’exemple analogue dans l’histoire de l’Humanité. Mais des exemples historiques permettent de saisir la faiblesse de l’argument « les Hommes se sont toujours adaptés ». En 1815, l’éruption du volcan indonésien Tambora a éjecté dans l’atmosphère d’énormes quantités de cendres, poussières et gaz sulfurés. Les températures diminuèrent brutalement sur l’ensemble de la planète et l’année 1816 fut surnommée « l’année sans été ». Alors que l’hiver avait été doux dans l’hémisphère nord, dès le mois de mai, le gel détruisit les cultures.

Puis ce fut le tour des tempêtes de neige en juin, des pluies abondantes et des ciels couverts avec une faible luminosité. Les inondations se multiplièrent, les récoltes furent détruites, la famine s’installa, avec son lot de révoltes, de pillages, de troubles. En Chine, les récoltes de riz furent ravagées et là encore, la famine s’installa, les épidémies sévirent. Des milliers de personnes furent contraintes à l’exil et beaucoup périrent pendant le voyage. L’Humanité n’a pas disparu, mais les morts se sont comptés par milliers, y compris chez les plus riches, même si on observe une forte surmortalité chez les plus pauvres et les plus fragiles physiquement, enfants ou personnes âgées.

Contrairement aux hommes et aux femmes de cette époque, nous avons les moyens d’anticiper la catastrophe et de nous y préparer. Mais plus nous attendons, plus nous réduisons notre liberté de choix, notre capacité à compenser les coûts de la transition et à protéger les plus faibles. L’ « année sans été » montre que tous les êtres humains ne peuvent pas s’adapter à tout et que plus le changement est rapide, brutal, intense, moins il est possible d’y répondre.

De multiples avertissements à seulement +1.2°C de réchauffement global mondial

Le problème est que le climat change et qu’il change plus vite qu’attendu. Nous battons record après record de températures aux 4 coins du monde, et nous ne sommes qu’en 2021. Sécheressescanicules, inondations… les alertes sur la réduction de la biodiversité se multiplient, le coût humain et financier des catastrophes augmente, avec son cortège de drames individuels. Le climat change et nous savons que ses effets ne feront qu’empirer. Certaines parties du globe deviendront probablement inhabitables – sauf à engager des mesures dont le coût humain, financier et environnemental serait exorbitant, excluant de fait le plus grand nombre.

Les événements récents devraient nous faire réfléchir sur la phrase ‘l’homme s’est toujours adapté‘. En moins de deux semaines, Le Canada, pays riche industrialisé, a connu un record de chaleur de température de 49.60°C, le village de Lytton en Colombie Britannique étant détruit par les flammes à près de 90%. Cette vague de chaleur a fait plus de 400 morts (nous y reviendrons). Tout cela, à seulement +1.2°C de réchauffement global.

Village de Lytton en feu, juin 2021. Crédit : Reuters

Nous l’avions expliqué dans notre article sur les canicules, nous ne pouvons normalement pas attribuer un événement météorologique extrême au changement climatique. Cependant, les travaux du World Weather Attribution (WWA) soulignent 3 points très importants :

  • “le réchauffement rapide du climat nous entraîne sur un territoire inconnu, avec des conséquences importantes sur la santé, le bien-être et les moyens de subsistance.” 
  • “L’adaptation et l’atténuation sont nécessaires de toute urgence pour préparer les sociétés à un avenir très différent. Les mesures d’adaptation doivent être beaucoup plus ambitieuses et tenir compte de l’augmentation du risque de vagues de chaleur dans le monde entier.”
  • Bien que la chaleur extrême touche tout le monde, certaines personnes sont encore plus vulnérables, notamment les personnes âgées, les jeunes enfants, les personnes ayant des conditions médicales, les individus socialement isolés, les sans-abris, les individus sans climatisation, et les travailleurs (en extérieur) (Singh et al., 2019).

Ce dernier point est fondamental.

Même dans les pays développés, un climat qui change tue

La vague de chaleur qu’a connu le Canada devrait servir d’avertissement pour les prochaines décennies et alerter sur le fait que même dans des pays riches, technologiquement très avancés, les extrêmes climatiques tuent. Les morts de la Colombie britannique sont un exemple de l’injustice climatique.

Si l’on sait que certains individus sont physiquement plus vulnérables aux épisodes de fortes chaleurs, du fait de leur âge ou de leur état de santé, les décès touchent les catégories sociales les plus défavorisées, celles qui n’ont pas les moyens de quitter la ville ou de se ruer dans les hôtels climatisés, complets pendant une semaine. Ajoutons que dans cette région, qui ne connaît pas ces températures extrêmes, les logements, les transports, les lieux de travail, n’étaient pas adaptés aux fortes chaleurs et le nombre d’espaces climatisés très faible. Les morts sont très majoritairement des personnes qui ne disposaient pas des ressources physiques, financières, familiales ou sociales, pour pourvoir faire face aux températures extrêmes.

La littérature scientifique sur les catastrophes a montré dès les années 1960, qu’il existait une corrélation étroite entre les inégalités liées à l’âge, au genre, aux revenus, à l’éducation, à la santé, et les capacités d’adaptation, que l’on se place au niveau de l’individu ou du groupe, qu’on regarde le local, national ou mondial. Sans l’instauration de politiques ambitieuses, volontaristes, proactives et anticipatrices, certain(e)s auront le privilège de pouvoir d’adapter, mais combien pourront en dire autant ?

Au-delà des pertes humaines, nous rappelons également que la faune et la flore n’auront pas non plus le temps de s’adapter en si peu de temps à de telles conditions. En effet, même dans les rêves les plus fous de Bill Gates, les plantes et les animaux n’ont pas la climatisation. La vague de chaleur aurait d’ailleurs tué 1 milliard d’animaux marins. C’est pour cela que le GIEC et l’IPBES indiquent que le climat et la biodiversité sont indissociables, et que l’atténuation et l’adaptation doivent former un tout. Et même si l’on a peu de considérations pour les autres espèces vivantes, notre survie et notre bien-être dépend des leurs.

L’adaptation pour tous ?

Nous l’avons vu, à l’échelle locale, il existe de grandes disparités quant à une possible “adaptation” aux aléas climatiques. Mais c’est aussi vrai à l’échelle nationale, et surtout internationale.

Dans son rapport SR15, le GIEC explicite les conséquences d’un réchauffement global à +1.5°C et ce qu’il arrivera si celui-ci dépasse cette température symbolique :

Différence entre +1.5°C et +2°C. SR15
Source : SR15

Certaines régions du monde seront plus touchées que d’autres par les sécheresses, par la hausse du niveau de la mer, les canicules, les cyclones, et l’acidification des océans qui, avec l’augmentation de la concentration de CO2, met en péril les récifs coralliens, qui pourraient intégralement disparaître à partir d’un réchauffement de +2°C.

Un exemple concret est la hausse du niveau de la mer. Environ 700 millions de personnes vivent aujourd’hui dans des zones côtières de faible altitude et sont vulnérables à l’élévation du niveau de la mer et aux tempêtes côtières. Ce nombre pourrait atteindre un milliard d’ici 2050. Des nations insulaires comme les Maldives, les Seychelles, Kiribati et d’autres pourraient être complètement anéanties par la montée des eaux et les tempêtes. Même une élévation de seulement un mètre, probablement inévitable aujourd’hui, déplacera des millions de personnes en Floride et le long de la côte du Golfe. Les dégâts se chiffreront en milliards, les pertes matérielles et humaines aussi.

En outre, la hausse du niveau de la mer n’est pas uniforme et varie fortement selon les endroits et la forme des littoraux. Les impacts sont d’autant plus importants que l’exposition et la vulnérabilité sont élevées. Nous avions par exemple expliqué les conséquences pour les Iles Fidji : alors que ces habitants sont parmi les habitants les plus sobres de la planète, ils vont subir de plein fouet les excès d’autres pays, et il est très peu probable que toute la population ait 1) envie d’être délocalisée 2) la chance de pouvoir le faire. L’argent ne permettra ni de ‘compenser’ les excès, ni de tout protéger et encore moins réparer. D’autant plus que cet argent peine à arriver par le Green Climate Fund, alors que c’était prévu dans l’Accord de Paris.

Qui prétend que “l’homme s’est toujours adapté” ?

Après avoir déconstruit l’affirmation que “l’homme s’est toujours adapté” et montré que l’adaptation au changement climatique actuel et à venir nécessite des actions rapides et une volonté et un portage politique, il est intéressant de comprendre qui sont les personnes qui utilisent cette idée fallacieuse.

En effet, malgré les alertes de la communauté scientifique, les multiples rapports de diverses organisations internationales comme le GIEC, l’IPBES, le WWA, etc., le refrain est toujours utilisé et la petite musique persiste dans l’opinion. Si elle ne résiste pas à l’examen scientifique, c’est donc qu’elle a une double utilité : politique et économique.

Tout d’abord, l’intérêt économique. Nous rappelions dans un texte sur ladite écologie punitive ceci :”“Le problème n’est donc pas de savoir si l’Humanité s’adaptera, mais quels seront les efforts à engager et qui devra payer.” En effet, certaines entreprises (et personnes) ont plus d’intérêt économiques à perpétuer le Business as Usual, c’est à dire, à ce que rien ne change. Il est certain qu’il existe des co-bénéfices pour de nombreux secteurs à adopter une adaptation proactive, mais tous les acteurs économiques seraient obligés d’opérer un changement radical de modèle pour cela. De la même manière, certain(e)s élu(e)s vont préférer investir dans d’autres domaines, soit parce qu’ils ont à gérer les urgences sociales et économiques de court terme, soit par pur intérêt électoral. Investir dans une adaptation à moyen/long-terme est ingrat puisque ce seront les suivants qui retireront les bénéfices des actions engagées par les prédécesseurs.

Ensuite, vient l’intérêt politique. De la même manière, avec la même logique court-termiste et de poursuite du Business as Usual, il est évident que dire “l’homme s’est toujours adapté” a un côté rassurant, rassuriste, évitant ainsi aux Français(es) de trop s’inquiéter, car c’est vrai que finalement, c’est pas vraiment un problème ce changement climatique ! Au même titre que l’expression écologie punitive, c’est à nouveau employé par des politiques de droite, d’extrême-droite, des libéraux, et des personnes qui pensent que nous trouverons quoi qu’il arrive des solutions techniques. Il suffit donc de gagner du temps, de réparer ce qui peut l’être. Aucune trace d’une personnalité politique à gauche qui dit “l’homme s’est toujours adapté” dans la presse ou sur un plateau télé, sauf pour répondre à une polémique. Même constat pour les scientifiques spécialistes des problématiques climatiques.

La solution technique

La solution technique est “‘évidente” pour faire face aux aléas climatiques en cours et à venir. Nous avons expliqué que non, et qu’en plus d’être réactive et palliative, cette adaptation technique a pris des décennies, voire des siècles. À la vitesse à laquelle la Terre se réchauffe, nous n’avons pas des siècles pour éviter que des centaines de millions de personnes ne puissent plus faire face aux impacts climatiques.

En outre, cette solution technique est l’un des 12 discours de l’inaction climatique : “pas vraiment besoin de changer, on trouvera une solution technique”. C’est ce que déclarait avec le sourire David Pujadas sur son plateau en juin dernier : “quand même, avec les moyens technologiques que nous avons aujourd’hui, on a largement de quoi faire non !”. Nous avons d’ailleurs eu droit à notre expression :

Source : https://twitter.com/SamGontier/status/1408179244094656513?s=20

Ce que Louis de Raguenel oublie de préciser, c’est qu’une partie de l’humanité a disparu lors de ces périodes glaciaires. Encore une fois, un détail !

Et puis, il est très important de rappeler que ce n’est pas parce que nous avons la solution technique qu’elle sera mise en place. Il faut pour cela les moyens financiers, humains, technologiques, et ils font souvent défaut, notamment dans les territoires les plus à risque (exemple de Madagascar et la famine, ou encore le Green Climate Climate Fund qui n’a jamais été à la hauteur). Et même ainsi, encore faut-il que cette solution technique soit acceptée par les acteurs politiques, économiques et la population. La vaccination permet par exemple d’éradiquer certaines maladies, mais sans l’implication des gouvernements, des firmes et des citoyens, cette solution technique est impossible.

Le mot de la fin

L’adaptation est importante pour réduire les impacts négatifs du changement climatique, mais ne sera jamais suffisante pour en prévenir totalement les conséquences. En revanche, plus la température mondiale augmentera, plus les conséquences seront lourdes. L’adaptation n’est pas un prétexte pour cesser les efforts d’atténuation. Au contraire. Plus le temps passe, plus le risque de voir dépasser des seuils irréversibles (en tous cas à l’échelle humaine) est fort.

La disparition des récifs coralliens, la perte massive d’habitats pour les espèces terrestres, la destruction des écosystèmes provoquée par la chaleur extrême, les sécheresses ou les incendies réduisent les moyens de subsistance tirés du littoral dans les îles et les côtes de faible altitude. À très court terme, ce sont les puits de carbone qui seront menacés, ce qui compromet encore davantage l’atteinte de la neutralité carbone et la possibilité de contenir le changement climatique dans la limite des 2 degrés.

En matière d’atténuation, chaque demi-degré compte. En matière d’adaptation, chaque année de retard compromet la survie et le bien-être d’un nombre toujours plus grands de personnes.

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Commentaires

7 Comments

  1. Cautain 22 juillet 2021

    Article très interressant comme d hab sur bon pote . Il pointe très bien sans le dire vraiment l irreversabilite du collapse a venir . Il suffit d être bien informé sur les 10 dominos en cours du collapse ( ” le climat n est pas le bon combat de Jean Christophe Anna , synthèse magistrale pour tout comprendre ) .
    La pseudo adaptation n aura pas lieux parce qu il est beaucoup trop tard pour réagir face a l inertie du rouleau compresseur industriel et consumériste .
    Le terre est raisonnablement viable et avec bien des précautions pour 3 milliard d habitants . Pas plus …
    Par ailleurs ce très bon article ne parle pas d un point fondamental qui surpasse de très loin tous les autres : l’énergie !!
    Absolument rien existe sur terre sans énergie ! Or l’énergie du monde , son véritable sang , c est encore a ce jour plus de 85 % de fossile . Et ….d une part il n y en a quasi plus dans 30 ans et par ailleurs son utilisation continue produira plus de CO2 et donc plus de degrés ….la boucle est bouclée et le piège de referme .
    L hydrogène ?? Va t il faire le poids avec les 100 millions de barils de pétrole consommés chaque jours ????
    Toutes les pseudo technologies du monde n y changeront absolument rien !!
    La seule source d énergie viable et crédible reste encore le nucléaire modernisé . Point . Même la fameuse fusion est une usine à gaz coûteuse qui ne verra jamais le jour avant le collapse final .
    Alors l adaptation dans un monde qui va prendre 4 degres mini et pas 1,5 ….. ? Impossible .
    Restera alors le deni énergique et Bisounours pour refuser la réalité impossible a assimiler par un cerveau non câble pour ça . .
    Ultime petite sortie : le local , les eco villages etc ….juste pour faire passer la pilule . Et mieux vivre alors le présent en en donnant un meilleur sens . .

    Répondre
  2. Toto 22 juillet 2021

    L’alternative c’est combattre, fuir ou mourir… La tendance des siècles à venir c’est une baisse de la population mondiale humaine vers l’extinction de l’espèce comme dans d’autres espèces par autoregulation. La mortalité, la dénatalité, le suicide, etc… font partie de l’adaptation collective de l’espèce.

    Répondre
  3. Pierre 20 juillet 2021

    Le concept d’adaptation est une fumisterie colonialiste, une illusion inventée pour accomoder le concept évolution sans pour autant perdre le concept de nature. En réalité, la nature occidentale n’existe pas et la vie lutte pour sa survie mais ne s’adapte pas.

    Débrouillez vous maintenant avec l’illusion d’adaptation messieurs les colonialistes.

    Répondre
  4. Cyrille 20 juillet 2021

    En 2020, la population déplacée à cause de phénomènes climatiques extrêmes a été trois fois supérieure à celle déplacée par les guerres. Pour l’adaptation, c’est mal parti.

    https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1808660/deplacements-migration-climat-desastres

    Répondre
    1. Toto 20 juillet 2021

      Je ne comprends pas bien en quoi le déplacement (vers mieux?) ne serait pas un phénomène d’adaptation ?

      Répondre
      1. Sanko 21 juillet 2021

        Car déplacer un problème ne le résout pas ?

        Répondre
      2. Cyrille 21 juillet 2021

        La fuite, une forme d’adaptation, on peut le voir ainsi effectivement. Mais généralement, lorsqu’on quitte son lieu de vie sous la contrainte, c’est bien qu’on ne peut plus s’y adapter, c’est-à-dire avoir un certain contrôle sur cet environnement.

        Ultimement, on peut se demander si dans un siècle ou deux, il restera des lieux vers lesquelles x milliards d’humains pourront fuir (les débats sur l’immigration et les réfugiés ont de beaux jours devant eux). Dans ce contexte, même si on considère la fuite comme une forme d’adaptation, cela ne sera plus possible.

        Répondre

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