Propos 1 : La croissance verte et le développement durable n’existent pas

Croissance verte

Hier, black Friday. En prenant le métro, j’ai eu le plaisir d’apprendre que cela serait presque suicidaire de passer à côté de l’épilateur électrique à -50% sur Amazon. Au travail, je me fais agresser pré-café par les écrans de la cafétéria qui m’apprennent que mon entreprise s’engage à sauver la planète, à coup de sourires et de labels. ‘Misons sur la Croissance verte’. ‘Pensons développement durable’. Overdose. Article. Propos 1 : la Croissance verte et le développement durable, cela n’existe pas.

La croissance verte ?

Restons volontairement simples dans l’explication. Wiki nous dit ‘Lcroissance économique désigne la variation positive de la production de biens et de services dans une économie sur une période donnée, généralement une longue période. En pratique, l’indicateur le plus utilisé pour la mesurer est le produit intérieur brut (PIB). Il est mesuré « en volume » ou « à prix constants » pour corriger les effets de l’inflation. Le taux de croissance, lui, est le taux de variation du PIB’.

Le problème, c’est que le calcul de la Croissance actuelle oublie une donnée fondamentale. Nous souhaitons et vivons sur un modèle de croissance matérielle illimitée, sur une planète limitée. En d’autres termes, nous basons notre production de biens et services sur des énergies (fossiles) limitées. C’est physique. Plus de Croissance = plus de flux de transformation = plus d’externalités négatives, . Bien sûr, c’est un peu plus complexe que cela, mais cela ne change pas le fond : aucun papier universitaire n’a démontré un découplage 1) mondial 2) absolu 3) faisant baisser nos émissions de CO2eq de 7.6%/an tout en gardant de la croissance. Ce n’est qu’un pari, et nous n’avons plus le temps de jouer.


Donc Croissance verte = mythomanie aiguë x Balkany x Benalla en slip.

Nos quatre derniers présidents ont pourtant tous eu pour objectif d’aller chercher la Croissance. Tous, sans exception. Et ont fait campagne dessus.

‘Oh Maman, j’ai parlé de la Croissance, combien dans les sondages combiennnn ?’

Nous avons porté la croissance démographique, la consommation alimentaire, la production énergétique et la consommation de biens matériels à des niveaux qui ne sont pas soutenables.
La croissance apparaît très clairement comme une vision abstraite et stupide de l’avenir. Imposée dans tous les secteurs de l’action politique, comme s’il n’existait pas de vision ou solution alternative. Quid du développement durable ?

Le développement ‘durable‘ ???

De son côté, le développement durable est un équilibre parfait entre les ressources naturelles, et leurs utilisations.
Exemple très simple : les zones de pêche en Méditerranée. Si la demande de poisson augmente, dans un cycle économique normal, la production augmentera. Cela conduira à une surpêche. Au bout d’un certain temps, la ressource halieutique s’effondrera, même à un taux de reproduction normal. Les poissons disparaîtront.
Au contraire, une gestion durable de la pêche prend en compte la ressource halieutique, le taux annuel de reproduction et l’état général de l’éco-système.
A court terme, c’est une baisse de la production, mais cette production sera durable dans le temps.

Maintenant, la réalité : la notion de développement durable est évoquée par les médias/politiques/entreprises depuis 1970. Voici le résultat :

Chaque année, la date du dépassement est avancée les enfants ! ‘ouaiiiisssssssssssss‘ . En 2019, Noël, c’était le 29 juillet : ‘date qui qui marque le jour où l’humanité a consommé toutes les ressources que les écosystèmes peuvent produire en une année‘.
Conclusion : la notion de développement durable était encore ‘acceptable en 1970. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Ce n’est pas le concept que je remets en question, c’est son application, le concret. Nous aimerions pourtant tous y croire ! Mais quand nous regardons les chiffres, rien n’est fait pour qu’il soit effectif, ce développement durable.

The limits to Growth : le rapport Meadows

J’ai deux très grandes inquiétudes quand j’évoque le rapport Meadows. La première, c’est que 90%+ de mon entourage n’en a jamais entendu parlé. La 2ème, c’est qu’en 15 ans d’Economie (études+travail), il n’a jamais été évoqué.

En une phrase, le rapport Meadows est une mise en garde d’une croissance illimitée avec des ressources limitées. Fruit d’une collaboration de 18 mois entre des chercheurs du MIT , cette étude publiée en 1972 analyse les conséquences de la croissance sur notre système économique et social planétaire. Ils sont arrivés à 5 conclusions fondamentales :

  1. Au vu des tendances actuelles, les limites physiques à la croissance seront atteintes au cours de la vie de nos enfants.
  2. Si nous ignorons ces limites et que nous poursuivons une croissance fondée sur des politiques à court terme, nous atteindrons un point de non-retour qui conduira à un effondrement.
  3. Il existe une alternative viable à ce scénario, si la croissance démographique et la production de marchandises entrent en équilibre avec nos ressources limitées.
  4. Cet équilibre pourra être atteint dans les 50 à 100 années à venir, si nous procédons de manière méthodique.
  5. Chaque année perdue dans la mise en oeuvre d’une nouvelle politique rendra la transition nécessaire beaucoup plus difficile et diminuera nos chances de la réaliser.

Un rapport optimiste…

En 1972, Meadows s’était demandé comment organiser une société capable d’offrir une existence équitable et paisible aux habitants de la planète.
The limits to growth présente 12 scénarios possibles, qui vont de l’effondrement à l’équilibre. Chaque scénario dépend des décisions de l’homme.
Le problème, c’est que la classe politique (pour ceux qui le connaissent…) a attendu 40 ans pour prendre Meadows au sérieux. A l’époque, le rapport était optimiste, car nous avions le temps devant nous pour changer les choses.
Aujourd’hui, et ce sont ses mots, ce n’est plus possible. Nous devons rentrer dans une période de ‘résilience’. Réjouissant.

PS : Bravo à Dennis Meadows d’avoir mis sa femme en avant, qui a au moins autant contribué que lui à ce rapport. Le rapport en PDF est ici.

Greenwashing et bullsh*t général

Impossible de ne pas évoquer la méthode la plus en vogue en 2019 sur Linkedin : le Greenwashing ! Joli procédé marketing qui permet de se donner une image de responsabilité écologique, évidemment trompeuse. Ainsi, ce sont des millions investis par Total dans le lobbying pour nous faire croire qu’ils vont sauver la planète. Des millions investis par Monsanto qui nous ‘aident à mieux consommer’. La suite logique, c’est Emmanuel Macron qui nous fait croire que l’environnement c’est SONNNNNNNNN COMBAT, en ratifiant le CETA pendant l’été avec sa majorité (détail du vote, ici).

AH oui, maintenant que vous le dites …

Ah il en faut du courage. Vous imaginez la tête de la personne quand elle a rédigé la charte éthique du lobbying chez Total ? ‘Il ne faut jamais prendre des gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu’ils le sont‘.

Pour la version longue : https://www.youtube.com/watch?v=HgKXN_Uw2ME

L’Etat n’est certainement pas en reste, avec son émission verte en 2017 : la belle OAT VERTE ! C’est vrai que j’ai tout de suite changé d’avis en lisant le document de l’AFT, où j’ai appris que ‘La France est l’un des pays les plus ambitieux en termes de lutte contre le changement climatique et de protection de l’environnement‘. Depuis je dors beaucoup mieux et ai toute confiance envers le monde financier et nos politiques.

Le mot de la fin

Si vous aviez encore des doutes, j’espère que ce n’est plus le cas : la croissance verte est un mensonge, un oxymore. La prochaine fois que vous entendrez un politique l’évoquer, vous saurez que c’est soit un menteur, soit un incompétent. Parfois même les deux.

Le sujet était ici de démontrer que les notions de Croissance verte et de développement durable sont du Greenwashing : elles n’existent pas. Bien sûr, tout effort vers le développement durable est louable. Mais je ne supporte plus les mensonges à répétitions, le déni et l’égoïsme général quant à la gravité de la situation.
Enfin, les intellectuels qui persistent à dire que c’est la technologie qui va nous sauver…. Je m’excuse, vous aviez raison. La preuve en image :

Rassurez-vous, nos politiques ont vraiment pris les choses en main fin 2015 avec la COP 21, et des engagements forts !!!! …. Pour 2050. Sans aucun contrôle ni étape intermédiaire. Si vous aviez 30 ans pour sauver la planète, vous prendriez des mesures fortes et impopulaires au risque de ne pas vous faire réélire, ou vous attendriez tranquillement la 29ème année ?

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Commentaires

4 Comments

  1. laurent 19 avril 2021

    Bonjour Bon Pote,
    Comme l’a si bien dit Dennis Meadows : “It’s too late for sustainable development” (il est trop tard pour le développement durable”). J’ai adhéré à ce constat et pourtant j’ai décidé d’intégrer le comité DD de mon établissement il y a de cela 2 ans. Si vous demandez pourquoi j’ai intégré ce bidule “yoga et pain perdu”, je vous répondrai : parce que je n’ai pas d’autres outils à ma disposition pour tenter d’agir à mon échelle. La Décroissance était un mot obus qui n’a pas non plus réussi à changer la donne. L’obus ou plutôt la balle à transpercer le corps du système sans éclater à l’intérieur et réarranger le fonctionnement du système. Il y a juste un trou qui se voit et ce petit trou est simplement inesthétique. Cela fait tâche sur notre beau modèle de développement. Lorsque l’expression “développement durable” a été lancé c’était une sorte de balle en gélatine qui a épousé les contours du système sans même le pénétrer. Le résultat a été plus ou moins le même au final. En adhérant au comité DD, j’avais l’idée que le DD, là où je suis, puisse devenir quelque chose de plus solide et plus actif. J’ai eu une ou deux petites victoires.
    Les trotskistes diraient que je fais de l’entrisme et c’est effectivement le cas. Je ne fais pas d’illusion sur ma capacité à changer les choses mais je n’ai pas le choix entre faire quelque chose et ne rien faire. “There is no alternative” : agir sans me poser la question si cela va avoir un importance quelconque. Je ne peux pas rester les bras ballants à voir les emmerdes arriver. J’ai des enfants et ils sont un peu au courant de ma vision du système et de notre développement. Je n’ai pas envie qu’ils disent plus tard : papa savait et il n’a rien fait. J’aimerai qu’ils puissent dire : papa savait et il a essayer de faire quelque chose.
    C’est aussi une question de salubrité mentale : ne rien faire en sachant serait psychologiquement destructeur. Je n’ai pas la capacité comme un certain nombre de mes collègues à détourner le regard et à continuer tranquillement ma petite vie de consommateur : “quelle vont être les prochaines affaires que je vais acheter en solde, quel occasion de voyage je vais pouvoir saisir pour un week end à pas chère ? Le monde ne va pas bien c’est inquiétant, il m’arrive même parfois d’avoir peur mais voyons ce que je vais pouvoir consommer, cela va me faire du bien”.
    J’ai décidé de rester lucide même si cela fait mal aux tripes. J’ai vu certain de mes collègues un peu inquiets lorsqu’il regardait les choses puis détourner le regard et refaire comme si de rien n’était. Le cas le plus stupéfiant qui m’ait été donné à voire : une collègue avait été pendant quelque temps responsable DD dans mon établissement. A la fin de son mandat, elle a fait un séjour de développement personnel au Costa Rica. “Merde !”, comment peut-on avoir été responsable DD, avoir à minima été au contact des problèmes de réchauffement climatique puis prendre l’avion pour un stage de développement personnel à l’autre bout du monde ?
    “How she dares” comme le dirait la petite Greta. Elle ose parce que tout simplement c’est insupportable de voir que cela va se casser la binette. C’est extêmement violent de le voir. Alors pour se protéger, replongeons dans le bien être du “techno cocon” cher à Damasio. Personnellement, je ne peux pas le faire. Je ne veux pas le faire. Alors j’agis à mon échelle en sachant qu’il y a peu ou pas d’espoir de changer la donne car comme le dit Meadows : It’s to late. Mais tant qu’à subir le truc autant le subir debout.
    Mon commentaire est sans doute un peu foutraque mais je tenais à le dire.
    Laurent

    Répondre
  2. Gaël Grégoire 7 juin 2020

    Bonjour, je viens de découvrir votre site, et malheureusement tout ce que j’y ai lu se recoupe avec ce que j’ai lu par ailleurs. C’est une très mauvaise nouvelle !
    Il me semble que le point de bascule dont vous parlez ne va pas se faire à 3,5% ni à 10% de citoyens convaincus, mais à 2 ou 3 grosses catastrophes proches de nous. Style une vague de chaleur à 1 million de morts en Europe, ou une famine globale avec émeutes, ou encore une invasion de tornades en région parisienne, un cyclone… Il me semble qu’à partir d’1 milliard d’€ de dégâts par an ça va commencer à atteindre le cerveau.
    Évidemment ensuite on agira dans l’urgence n’importe comment, et après avoir réalisé la neutralité carbone il faudra attendre encore 20 ans que le climat se stabilise…
    Il faut donc être optimiste 😉

    Répondre
    1. Bon Pote 7 juin 2020

      Bonjour, l’histoire nous qui aura raison, j’aimerais beaucoup avoir raison et que vous ayez tort, même si je redoute fortement l’inverse… C’est pour cela qu’il faut continuer à travailler la pédagogie autour de nous, être exemplaires, je vois du changement autour de moi, c’est la seule chose qui me motive !

      Répondre
  3. Bon Pote 1 décembre 2019

    J’ai eu des très bons retours et questions, je les colle ici :

    ‘” Toute personne croyant qu’une croissance exponentielle peut durer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. ” – Kenneth Boulding (économiste)’

    -Je compte bien sûr sur la recherche et nos ingénieurs pour trouver des solutions. Je ne suis pas anti technologie. Je déplore le fait que les étudiants souhaitent aller faire des millions en finance ou IA, plutôt que de vouloir solutionner des problèmes sociétales. L’Etat doit payer/subventionner ces chercheurs, qu’ils n’aient pas envie de faire du trading haute fréquence à la place.

    -Je suis conscient des calculs et des limites de la Croissance. Ce que je voulais montrer, c’est qu’on ne prend en compte que le +, et pas le – (taxe pigouviennes, pollution..). Les génies qui m’ont dit qu’on pouvait faire du service et pas pourrir la planète, OK. Dans une Economie fermée qui ne fait que du service, ton industrie, le batiment, ta bouffe, tu la fais comment ? Tu l’importes ? Donc, tu délocalises ton carbone. Sujet clos.

    Répondre

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