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Le skinhead : un chauve pas comme les autres

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La proximité, c’est formidable. Sauf dans deux cas : le premier, quand un gros lardon qui a pris sa douche le mois dernier, se colle contre toi dans le métro. Le deuxième, c’est lors du déjeuner, où tu souhaites t’évader un peu, parler de choses réjouissantes. Mais à ce moment là, il y a toujours un expert en géopolitique sur la table d’à côté pour la ramener : ‘putain t’as vu ces gilets jaunes ce we? Toujours les mêmes qui cassent les vitrines, ces putain de skinheads’. Merci pour le sujet de la semaine Bernard-Henri.

L’origine du skinhead

J’aurais mis ma main à couper que c’était encore un mouvement né aux USA. Surprise, c’est bien en Angleterre que le mouvement Skinhead est né. Bien loin des préjugés d’aujourd’hui, le mouvement est à la base un mouvement apolitique et prolétaire (venant tout droit de la working class) créé dans les années 60, fruit de la rencontre entre de jeunes anglais et des jamaïcains. Et oui Jean-Luc! Le jamaïcain, c’est rarement un blanc au crane rasé fan du 3ème Reich.

Evolution, récupération politique et dérives

Que ce soit sur des sites francophones ou anglophones, il est assez drôle (et non surprenant) de voir que le mouvement skinhead a subi exactement les MÊMES évolutions de tout mouvement : les origines sont discutées, les politiques s’en emparent dès qu’ils y voient une faille et un intérêt, puis inévitablement, les dérives, la violence.

De tout temps, l’extrême-droite a recruté dans le ‘Lumpen-proletariat’. Le mouvement skinhead n’a pas échappé à cette règle. D’autant que l’absence d’idéologie politique précise dès le début du mouvement a fortement contribué à faire passer certaines idées puantes chez certains.
Le National Front a donc tout naturellement tenté de récupérer cette scène, dans laquelle se trouvaient des jeunes exploités ayant envie de réagir, mais sans véritable conscience ni culture politique. Apparaissent dès lors les “skins” fachos, que les skinheads appellent Boneheads.

Les médias, toujours à l’affût du sensationnel, voient dans la dérive de certains une belle aubaine. Dès lors, le mouvement skinhead est assimilé aux errements sanglants et criminels de quelques groupuscules boneheads (toute ressemblance avec une autre communauté stigmatisée par BFM TV est complètement fortuite).

En réaction à cet amalgame, fruit de la course à l’audience des mass-medias, se créent des tendances comme les SHARP (SkinHeads Againt Racial Prejudice – Skinheads contre les préjugés raciaux) ou encore les RASH (Red and Anarchist SkinHeads). Au sein de ces derniers s’affirme bien la nécessité d’un engagement politique radical et d’une véritable transformation sociale et économique, et de ne plus simplement se contenter d’un anti-racisme bon teint et de principe.

Des logos SHARP français, on ne peut plus clair sur la position des skins

Crane rasé, la bonne idée?

Pour les hommes, les cheveux, c’est comme la poitrine des femmes : avec l’âge, ça tombe. Pour les skinheads, avant d’être un style, ce fut un choix nécessaire, puisque qu’une majorité d’entre eux étaient de jeunes ouvriers. Cela répond donc à des normes de sécurité imposées sur leur lieu de travail.
Cela contraste vivement avec ce que j’ai pu lire sur plusieurs sites, qui expliquaient que les skinheads, lassés de se faire attraper les cheveux par la garde montée, se rasèrent le crane.
Ou encore que ce fut pour se démarquer du mouvement Hippie, qu’ils considèrent comme un mouvement de gosses de riches (pour les génies de l’anachronisme, le mouvement hippie UK est arrivé après l’évolution des Mods vers les skinheads). C’est en revanche depuis beaucoup plus un effet de mode. Et puis merde : ça fait des économies de gel.

Petite anecdote sur la garde robe du skinhead : c’est en 1969, lorsque les chaussures de sécurité sont considérées comme des armes et interdites d’être portées en dehors du lieu de travail, que les ventes de chaussures Dr. Martens vont exploser. Toujours une bonne idée d’interdire, c’est toujours efficace!

la paire de Doc, valeur sûre chez les skinheads, sans oublier bien sûr le polo Fred Perry obligatoire

Influence musicale

Après avoir passé des heures et des heures sur des sites du mouvement skinhead, je n’ai jamais vu un mouvement où une identité musicale était aussi forte ! Et il est vrai que pour le peu de personnes que je connaisse qui se revendiquent skins, ce sont de vrais passionnés de musique.

C’est le virage de ces jeunes prolos amoureux de belles sapes vers un courant musical neuf, celui des rudes boys jamaïcains, avec qui ils partagent les quartiers de banlieue, où commencera l’aventure.
On retrouve différents styles de musique et quelques noms mondialement connus. En voici une liste non exhaustive :

  • Le skinhead Reggae : reconnus par les rudes boys jamaïcains qui disaient des skinheads qu’ils étaient les ‘Real Reggae Boys’. J’imagine que vous connaissez Jimmy Cliff? Non? Allez 2ème essai … Bob Marley? 😉 Avec en bonus un lien vers le film RUDEBOY, l’histoire de la création de TROJAN Records
  • Le SKA : Le revival ska, propulsé par le label 2tone, est l’évènement majeur du revival skinhead de la fin des années 70. C’est d’ailleurs le premier album des Specials et de Madness qu’une bonne partie des premiers skinheads français apparaitront.
  • les bootboys, et la naissance du Oi ! : D’abord street punk, l’Angleterre a vu apparaître le 1er revival skinhead à travers ce qui s’est d’abord appelé skinhead rock, puis street punk et enfin Oi!, le subgendre propre aux skinheads et punks dès 1980 ( pour les amoureux d’instagram, le #Oi est assez utilisé 😉

Si vous voulez en savoir plus sur la culture musicale skin : voici 2 liens vraiment complets :

Le mot de la fin

‘L’habit ne fait pas le moine’. S’il ne fallait retenir qu’une phrase, ça serait celle la. Cela fait des années que j’entends des bêtises sur plusieurs communautés, et les préjugés sur les skinheads ne sont pas en reste.
Toute la semaine, j’ai sondé amis et collègues, pas un seul ne connaissait les origines du mouvement, en revanche, ils avaient tout de suite les gros yeux en entendant le simple mot ‘skinhead’.

En pleine période de gilets jaunes où les fake news et les préjugés pullulent, il est important de prendre du recul, d’analyser, de se cultiver.
Car il est aussi con de dire d’un skinhead qu’il est raciste, que de dire d’un musulman que c’est un terroriste : il y a des cons partout, et dans toutes les communauté.
En revanche, un ami mathématicien me confirme qu’être raciste prouve bien que tu es 100% con! 😉

Manifestation de Skins à Paris

Bonus : un film à voir et revoir si ce n’est déjà fait, Americain History X ! un top 10 sans aucune hésitation!!!! et bonne semaine à tous 😉

Bon Pote

2 commentaires

  1. Un film à voir qui explique vraiment bien le mouvement en Angleterre ; “This is England”. L’histoire du mouvement skinhead à travers une bande de jeunes prolos anglais, dont certains dérivent vers l’extrême droite. Super bien fait (le réalisateur vient de ce mouvement), et une bande-son géniale !

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