10 erreurs de communication sur le climat à rectifier d’urgence

Voici 10 erreurs de communication sur le climat qu’il est courant d’entendre et qu’il est urgent de corriger afin d’éviter l’inaction climatique.

Ces points reviennent extrêmement souvent, que ce soit à l’école, dans les repas de famille, entre amis ou sur les réseaux sociaux. C’est une liste non exhaustive, mais je suis quasi certain que vous avez déjà entendu l’un d’entre eux :

Il y a tout ce qu’il faut sur le site Bon Pote pour y répondre ‘rapidement‘. Rapidement, car il est toujours possible d’avoir une réponse courte, mais qui cachera la complexité du changement climatique et des bouleversements en cours.

1/ La planète n’est pas en danger : NOUS sommes en danger.

La planète sera encore là au moins quelques millions d’années après notre passage, même si nous nous mettions tous à avoir l’empreinte carbone personnelle d’Elon Musk. Le choix de citer Elon Musk n’est pas anodin. Au même titre que de dire « la responsabilité des émissions est commune, mais différenciée« , nous n’encourons pas tous les mêmes risques au niveau mondial, régional ou national.

Un habitant des îles Marshall a bien plus de chances de voir son pays disparaître qu’un Français, même si la France n’est pas et ne sera pas épargnée par le changement climatique, loin de là.

2/ Le réchauffement climatique n’est pas naturel : c’est de notre faute. Et ça ne fait aucun doute.

Pour répondre très rapidement et simplement aux personnes qui doutent, servez-vous des travaux de synthèse du GIEC. Tout est expliqué dans cet article.

Pour rappel :

  • Il est incontestable que l’influence humaine a réchauffé l’atmosphère, les océans et les terres. Des changements rapides et généralisés se sont produits dans l’atmosphère, les océans, la cryosphère et la biosphère.
  • 100% du réchauffement climatique est dû aux activités humaines. C’est aujourd’hui un fait établi, sans équivoque (pour comprendre ce qu’est le forçage radiatif, lisez cet article). Nous pouvons l’observer en comparant le réchauffement observé (a) et l’influence humaine en (b) :
fig SPM1
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  • L’ampleur des changements récents dans l’ensemble du système climatique et l’état actuel de nombreux aspects du système climatique sont sans précédent, de plusieurs siècles à plusieurs milliers d’années.

3/ Le climat n’est pas qu’une affaire de CO2.

Les enjeux climatiques ne concernent pas uniquement le climat et le CO2. C’est important de le rappeler, à l’heure où l’immense majorité des débats sur l’énergie en France se focalisent sur le mix électrique français et la guerre nucléaire vs ENR.

4/ Le changement climatique, c’est maintenant. Pas dans 10 ans. Pas en 2050. Il a déjà des conséquences catastrophiques.

C’est une erreur extrêmement fréquente : dire que le changement climatique n’arrivera que dans 10 ans (Anne Hidalgo a fait l’erreur récemment), ou « que nous avons 10 ans pour agir pour le climat ». Non. Le meilleur moment pour agir pour le climat, c’était il y a 40 ans. Le deuxième meilleur moment, c’est maintenant. Chaque tonne de gaz à effet de serre participe au réchauffement climatique.

5/ Non, l’Homme ne s’adaptera pas sans anticipation. Pas à un changement aussi important et inédit.

Le changement climatique d’origine anthropique est unique, tant par sa vitesse que son ampleur. Les humains n’ont jamais eu à s’adapter à de tels bouleversements. C’est en cela que dire « l’homme s’est toujours adapté » est faux, ou a minima fallacieux. Il s’est peut-être adapté, mais à quoi et à quel prix ?

Il ne suffira pas d’allumer la climatisation ou de dessaler l’eau de mer si le monde se réchauffe encore de quelques degrés. Il est donc indispensable de tordre le cou à l’idée d’une adaptation facile et sans casse. Un article entier y répond « Non, l’Homme ne s’est pas toujours adapté« .

6/ La physique se fout des promesses de neutralité carbone à horizon 2050. La physique n’a que faire des promesses ou des états d’âme.

Les annonces de neutralité carbone en 2050 pleuvent depuis l’Accord de Paris. Les uns après les autres, les dirigeants se déclarent tous « pour l’écologie », pour une « écologie positive », avec des « avancées historiques et des annonces sans précédent » pour …2050.

En écologie, comme partout ailleurs, les promesses n’engagent que les personnes qui les croient. Quelle serait alors la meilleure parade pour ne rien changer et à la fois dire qu’on agit pour le climat ? Annoncer une neutralité carbone en 2050.

Faire une promesse de neutralité carbone en 2050 n’a aucune valeur si elle n’est pas accompagnée d’un plan précis et de mesures radicales à court terme prises dès maintenant pour y parvenir. Les dirigeant(e)s ont beau multiplier les beaux discours, la réalité est toute autre. Un article à lire sur le sujet.

7/ Le climat n’est pas qu’un problème physique. C’est aussi un problème politique et moral.

C’est un discours très présent chez les personnes qui pensent que la solution est uniquement une question de CO2 et que la technologie permettra de tout résoudre. Comme s’il suffisait d’écouter les scientifiques pour régler le problème« . La réalité : c’est une situation compliquée et complexe, aux multiples ressorts.  » L’inégalité, le racisme, les relations d’exploitation, etc. sont des caractéristiques fondamentales de la crise climatique et essentielles pour comprendre l’inaction« .

8/ Il n’y a pas d’inertie climatique de 20 ou 30 ans. Les effets bénéfiques d’une baisse drastique des émissions peuvent se ressentir rapidement.

Il n’ y a pas une inertie climatique de 20 ans, voire 40 ans ! C’est FAUX. Le GIEC vient de le confirmer dans son dernier rapport. « Si nous réduisions les émissions à zéro demain, le monde cesserait probablement de se réchauffer. La question de savoir à quelle vitesse nous pouvons réduire les émissions de manière réaliste est une question de politique et d’économie, et non de science physique », nous dit Zeke Hausfather, auteur de cet excellent papier.

Il est urgent que les personnes qui vulgarisent les enjeux climatiques prennent en compte cet élément. Avant d’être un problème d’inertie physique, c’est avant tout un problème d’inertie politique et sociétale. Cette inertie est la conséquence de deux faits : à la fois de personnes qui émettent des émissions sans en connaître les conséquences, mais aussi de dirigeants d’entreprises et politiques complètement irresponsables faisant tout pour perpétuer ce système économique mortifère.

9/ Si nous échouons à maintenir un réchauffement planétaire à +1.5°C, la prochaine cible n’est pas +2°C, mais +1.51°C

Les personnes informées sur les enjeux climatiques ont la responsabilité de communiquer et d’insister sur l’intérêt de limiter le réchauffement à 1.5°C plutôt que +2°C. J’entends les arguments des personnes qui pensent que c’est impossible, qu’on y arrivera jamais, et qu’il faudrait « fixer des objectifs réalistes» . Mais ce fameux pragmatisme des « +2C° » vient systématiquement de personnes qui auront les moyens de s’adapter dans un monde à +2°C. Ceux qui subiront les conséquences d’un tel monde n’ont absolument pas la même vision de ce « pragmatisme ».

Ce sont très majoritairement des personnes qui n’ont d’ailleurs certainement jamais entendu parler du GIEC ni lu un de leur rapport, qui ont une empreinte carbone en-dessous de 5t CO2eq/an (quand ce n’est pas 2t), et qui subiront pourtant de plein fouet les excès des autres.

Allez demander aux Cambodgiens s’ils pensent que +2°C est pragmatique, alors que la moitié du pays a des chances de disparaître. Allez demander aux Fidjiens s’ils seraient ravis de devoir déménager parce que des occidentaux « pragmatiques » prennent leur voiture pour aller travailler à moins de 2km.

10/ Ce n’est pas « trop tard ». Nous avons notre avenir climatique entre nos mains.

Non, ce n’est pas trop tard. NON, nous ne sommes pas tous foutus. Ces réactions sont quotidiennes et compréhensibles : la situation environnementale est réellement catastrophique.

Mais le fatalisme est aussi dangereux que le techno-optimisme. En d’autres termes, croire qu’on ne peut rien faire et évoquer l’apocalypse climatique à tout va est aussi dangereux que croire qu’une technologie salvatrice va tout régler.

Le dernier rapport du groupe de travail 1 du GIEC apporte beaucoup de confirmations, des mauvaises nouvelles… mais aussi des nouvelles encourageantes. Nous avons notre avenir climatique entre nos mains, il ne tient qu’à nous de réduire drastiquement nos émissions, rapidement, et de façon durable.

Nous voyons bien dans les 5 différents scénarios SSP (Shared Socioeconomic pathways) ci-dessous que tout dépend des choix politiques que nous ferons ! Les émissions futures entraîneront une hausse supplémentaire du réchauffement, qui résultera donc de l’addition des émissions de CO₂ passées et futures.

Émissions annuelles futures de CO₂ (gauche) et d’un sous-ensemble de contributeurs clés hors CO₂ (droite),
à travers 5 scénarios significatifs
Source : Fig.4 SPM AR6

Le mot de la fin

La communication est clef pour faire passer des messages. Nous avons la chance d’avoir des scientifiques qui travaillent depuis des décennies pour nous aider à comprendre les conséquences de nos modes de vie.

A nous, citoyennes et citoyens, de faire en sorte que leurs messages et travaux soient diffusés à l’audience la plus large possible. Les enjeux climatiques sont les enjeux des décennies à venir et il est tout simplement impossible de voter « démocratiquement » si une majorité de citoyen(ne)s sont mal informé(e)s sur ce qui va pourtant rythmer leur vie.

BONUS : l’infographie en blanc (consomme moins d’encre en cas d’impression !)

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Commentaires

9 Comments

  1. Cath 8 février 2022

    Merci pour ce travail de synthèse très pédagogique, comme toujours.
    Une question essentielle cependant : lorsque vous écrivez « Nous avons notre avenir climatique entre nos mains, il ne tient qu’à nous de réduire drastiquement nos émissions, rapidement, et de façon durable. « , de quel « nous » parlez-vous ?
    Si je ne peux qu’être d’accord avec vous du point de vue purement théorique sur le libre-arbitre individuel, le problème est mondial. Or les citoyens des peuples du monde entier ont-ils un réel pouvoir sur leur vie ? Sauf erreur, il apparait que non à ce jour. Le « Nous » auquel je fais référence dépend de « politiques » non citoyens ayant le vrai pouvoir entre leurs mains : celui de décider pour tous les autres. Le pouvoir sur autrui est leur finalité, pas le bien commun. Pour ce faire, ils ont su de tout temps s’en donner les moyens : ceux-là même qu’ils nous ont par le fait définitivement confisqués. Depuis, à chaque échéance électorale, parce que nous n’avons pas le choix démocratique (parce qu’il n’y a pas de démocratie), nous n’avons que le « choix » de promouvoir notre futur bourreau…
    Je ne vois pour ma part pas d’autre issue (fantasmée) qu’une révolution mondiale imminente et coordonnée (NOUS sommes le NOMBRE, en effet), mais forcément sanglante. Réaliste ?
    C’est pourquoi, sans ironie aucune, je veux bien étudier vos propositions de solution : « 

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    1. Justin 8 février 2022

      Les « gilets jaunes » sont plus nombreux que « NOUS », « NOUS sommes donc PAS le NOMBRE »
      Ou comment faire rêver les gens d’une électricité plus chère, d’une alimentation plus chère, de la fin des vacances, de la fin des maisons individuelles avec jardin,… qui va voter ou faire la révolution pour ça? Vaste question!

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      1. Cath 8 février 2022

        Mon « NOUS » et mon « NOMBRE » se rapportent à l’ensemble des peuples opprimés de la planète. Merci de me donner l’occasion de le préciser si ce n’était pas clair.
        Pour le reste, tout est une question de priorité : la mort à court terme dans le « confort-misme », ou la vie. Vaste question, en effet ! Toutefois il convient d’être précis. Par exemple, « la fin des vacances » ou la fin des voyages en avion, ce n’est pas la même chose. Pas du tout. Beaucoup de Gilets jaunes, heureusement l’ont compris.

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  2. Cautain 3 février 2022

    J essaie d informer au mieux mon entourage ….mais hélas peu d écho. Ds un désert ….on préfère fuir. Que regarder la réalité . A chaque fois c est  » mais on a le temps  » !  » C est des conneries tout ça « .  » L homme a tj surmonter les obstacles  » etc etc ….. Éventuellement on t écoute d une oreille , mais de l’autre on te decribilise par des pirouettes et on passe à autre chose . Ne rêvons pas …..

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  3. Un grand merci. Juste le point 5 Thomas Wagner – L’homme ne s’adaptera pas!

    Il peut « faire entendre » que l’humanité va disparaitre à cause de cela. On sait que cela va tuer beaucoup de choses vivantes, y compris des Sapiens, et réduire l’espérance de vie en combinaison avec les autres débordements planétaires actuels. On ne sait quel % de l’humanité va passer de vie à trépas, ni quand, mais pas 100%…

    J’ai autour de moi, des gens convaincus que la population humaine va réduire des 2/3 sur les 3 prochaines décennies… Et d’autres de la disparition de Sapiens de la planète, pour 2100… Je rencontre moulte jeunes femmes qui renoncent à avoir un enfant, pourtant désiré. Il est peut-être temps de préciser que nous ne savons comment va être la chute, ni à quelle vitesse, mais il est certain que l’espèce Sapiens ne va pas s’éteindre à cause de cela. Tous les autres mammifères de plus de 2 kg, c’est bien possible oui… Il est donc urgent de s’affoler et passer à l’action, mais sans panique, et sans tomber dans les croyances excessives inverses. Mais c’est clair que cela serait en bouffant essentiellement des levures, des endives et des champignons, les quelques insectes survivants devenus invasifs aussi (tu as déjà goûté de l’araignée? Je ne suis pas tenté…).

    Point « 8 », il y a une intertie climatique, bien évidemment.
    Nous avons actuellement une montée des eaux de 3,3mm/an. Au plus fort du dernier réchauffement (4,6 degrés en 12’000 ans, soit 0,05 degrés par siècle, 0.1 degré dans les plus rapides accélérations, au mieux), les eaux sont montées jusqu’à 3 cm/an, 1 cm/an en moyenne (120m en 11’000 ans). Actuellement on fait 1 degré par sièce et on accélère. On peut supposer que l’océan va accélérer encore à monter bien plus que 3cm par an. Si on n’est encore qu’à 0,33 cm/an, c’est à cause de cette inertie. On peut encore monter à 3 cm par an, comme par le passé avant l’holocène, mais étant 10 fois plus rapide, on peut supposer possible 30 cm/an, mais je tablerai plutôt sur 16cm max (au pif). Je te partage mes tableaux de projections et on en cause si tu veux.
    On sait déjà que l’océan va continuer de monter, même si on passait à Zéro émission, maintenant.

    Point 9, nous avons déjà échoué à 1.5 et même 1.6. Le seuil 1.5 sera dépassé entre 2030 et 2035 (de mémoire) en partie à cause de cette intertie. Pour atteindre 1.6 en 2100 il est nécessaire de produire des émissions négatives (ce qui n’est pas impossible, pour y contribuer http://join.time-planet.ch par exemple).

    Et oui, il ne sera jamais trop tard pour faire « moins pire », mais cela va mal se passer, de toutes façons. A nous de faire en sorte que cela se finisse bien, ou le moins mal possible, au pire… Ne rien faire, quand on sait, est criminel.

    Répondre
  4. Justin 2 février 2022

    Je pense qu’il y a erreur, c’est pas le Cambodge qui risque de disparaitre à moitié sous la mer… je pencherai plutôt pour le Bangladesh

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  5. Arno37 2 février 2022

    Merci Bon Pote,
    Concernant la communication et pour en discuter assez régulièrement, un des points qui revient (trop) souvent et qui à tendance à engloutir une part importante du débat sur le changement climatique est: Energie nucléaire ou ENR, à croire qu’il ne s’agit que de ça, alors que finalement, ce sont deux énergies fortement décarbonée vs l’ensemble des énergies fossiles.

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    1. Justin 2 février 2022

      Sauf qu’avec les ENRi, quand il n’y pas de vent ni de soleil , on fait quoi?

      Répondre
      1. Arno37 2 février 2022

        A priori pas grand chose d’un point de vue énergétique…

        Répondre

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