Elon Musk : solution ou cauchemar pour l’environnement ?

Elon Musk

C’est en lisant il y a quelques années des articles sur Waitbutwhy et sa biographie d’Ashlee Vance que j’ai pu me faire une idée plus précise de la personnalité d’Elon Musk. A la fois visionnaire, idéaliste, passionné et acharné de travail, il fascine des millions de personnes. A moins de vivre dans une grotte, il est difficile de ne pas savoir qui est Elon Musk.

Nous pourrions dire qu’Elon Musk est un génie. Ce mot est peut-être trop souvent utilisé, mais en relisant la définition, je la trouve tout à fait appropriée : ‘personne qui se démarque de façon exceptionnelle de ses contemporains par un talent hors du commun et/ou une habileté intellectuelle remarquable‘. Génie ne veut bien sûr pas dire ‘personne à la morale et aux actes irréprochables‘. Ce serait trop facile.

Alors que la presse s’enflamme à l’idée de savoir qui de Musk ou de Bezos est l’homme le plus riche de la planète, concentrons un peu la réflexion sur l’impact qu’Elon Musk et ses activités ont sur l’environnement et le climat. L’homme qui veut ‘aider l’humanité à émettre moins de CO2 et à mieux utiliser l’énergie du soleil‘ est-il une solution, ou un cauchemar pour l’environnement et le climat ?

Politique et idéologie

Commençons par un rapide détour pour comprendre la façon de penser d’Elon Musk. Il a baigné toute sa vie dans la technologie, fondant sa première entreprise (Zip2) à 24 ans et fut l’un des acteurs principaux du succès de PayPal au début des années 2000 (qui une fois racheté par Ebay, lui a assuré un joli pactole de 180M de dollars). L’innovation technologique, c’est son truc. Il n’a jamais vraiment accepté qu’on lui dise ‘c’est impossible’ : il y a probablement une innovation possible pour tout problème. C’est valable pour les transports (hyperloop), pour l’espace (Space X), mais également pour “soigner l’autisme et la schizophrénie” (Neuralink).

Au-delà d’être un techno-enthousiaste, Elon Musk est écomoderniste : les humains peuvent protéger la nature en utilisant la technologie pour découpler les impacts anthropiques du monde naturel. Problème de CO2 ? Facile : construisez des centrales nucléaires, investissez massivement dans les technologies de captation de CO2. Vous pensez que c’est caricatural ? Je vous invite alors à suivre n’importe lequel des signataires du manifeste écomoderniste, à commencer par Michael Shellenberger, notre fameux ”IPCC expert”.

Et la politique ?

Rares sont les milliardaires qui s’affichent politiquement. Quand on est riche à ce point, c’est mieux d’être ami avec tout le monde et de ne fermer aucune porte… au business. C’est la stratégie d’Elon Musk. Il se dit lui même ‘openly socialist’ et ‘independant’. Indépendant et neutre, tout en étant donateur à tous les grands partis politiques américains. Vous imaginez bien que quand on fait du business avec la Nasa, avec l’Etat américain et qu’on va concurrencer tous les constructeurs automobiles américains, il vaut mieux avoir des alliés un peu partout.

Son avis sur le capitalisme ? “That’s a great system”. Il suffirait simplement de mettre une taxe carbone ‘juste’, basée sur les revenus. C’est fou, personne n’y avait pensé ! Je me demande franchement pourquoi ce n’est pas en place depuis 20 ans, pourquoi la tonne est à un prix ridicule, et qui bloque cela… Pour rappel :

Image
Source : https://twitter.com/BonPote/status/1330825147863982080?s=20

Il faut donc, je cite, “faire confiance au marché car l’Etat n’a jusque là pas assuré son rôle“. Tu as totalement raison Elon : après 15 ans passés dans les marchés financiers, je dirais tout comme toi : il faut faire confiance au marché. Tesla qui fait x10 en bourse en un an sans faire un seul dollar de bénéfice grâce à la vente de ses voitures, ça donne tout de suite confiance. Nous y reviendrons.

Elon Musk et le changement climatique

Des millions d’américains sont climatosceptiques. Certains pensent que c’est un phénomène naturel et que l’homme n’y est pour rien, d’autres pensent que c’est un coup des chinois. Dans la mesure où les Etats-Unis est un pays producteur de pétrole, qu’ils sont historiquement le pays le plus émetteur de CO2 et qu’ils viennent de vivre 4 ans de présidence de D. Trump, cela n’a rien de surprenant.

Soyons clairs : Elon Musk n’est pas climatosceptique. C’est même tout le contraire. Il pense que le changement climatique est l’une des deux plus grandes menaces de l’humanité, avec l’intelligence artificielle. Voilà ce qu’il disait au micro de Joe Rogan, au bord des larmes :

«Nous jouons vraiment un jeu fou avec l’atmosphère et les océans. Nous prenons d’énormes quantités de carbone des profondeurs souterraines et nous […] mettons dans l’atmosphère, c’est fou. Nous ne devrions pas faire cela. C’est très dangereux. Nous devrions accélérer la transition vers une énergie durable. Je veux dire que ce qui est étrange, c’est que nous allons évidemment manquer de pétrole à long terme. Il n’y a que trop d’huile que nous pouvons extraire et brûler.
C’est pourquoi nous devons avoir une infrastructure de transport d’énergie et d’énergie durable à long terme. Nous savons donc que c’est le point final, nous le savons. Alors pourquoi faire cette expérience folle où nous prenons des trillions de tonnes de carbone du sous-sol et le mettons dans l’atmosphère et les océans. Ceci est une expérience folle. C’est l’expérience la plus stupide de l’histoire humaine. Pourquoi fait-on ça? C’est fou.»

Très critiqué lorsqu’il avait rejoint le Conseil économique de Trump, il avait fini par le quitter lorsque Trump avait annoncé qu’il sortait les Etats-Unis de l’Accord de Paris. Sur le constat, nous pouvons affirmer sans hésitation qu’Elon Musk est au courant du défi climatique. Mais qu’en est-il de ses solutions ?

Tesla et voitures propres

Décarboner les transports est l’un des enjeux majeurs des 30 prochaines années. Nous parlons tout de même d’environ 16% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Sans une baisse drastique, nous n’avons aucune chance d’atteindre la neutralité carbone.

Emissions by sector – pie charts
Source : https://ourworldindata.org/emissions-by-sector

C’est un enjeu de taille à l’échelle mondiale et d’autant plus pour les pays riches occidentaux, à l’instar de la France, où la part des émissions des transports atteignent 29%. Cet enjeu est également une opportunité de business, et Elon Musk l’a compris dès 2004 en investissant dans Tesla. S’il n’en est pas le fondateur, c’est bien lui qui a fait ce que Tesla est aujourd’hui : une entreprise dont tout le monde parle et dont le cours de bourse a été multiplié par 10 en 2020.

Voitures électriques et climat

Lorsque vous évoquez les problématiques climatiques, le sujet des voitures électriques est incontournable. Avant une analyse plus poussée dans l’année, voici, dans les grandes lignes, ce qu’il faut savoir sur le sujet :

  • Les voitures électriques polluent considérablement moins eu Europe sur leur durée de vie que les véhicules classiques.
  • Dans les pays où le parc électrique n’est pas décarboné, comme la Chine (charbon), l’intérêt de la voiture électrique est très faible, les émissions sont alors quasi similaires à un véhicule hybride.
  • Les comparaisons entre véhicules électriques et véhicules conventionnels sont complexes. Cela dépend de la taille du véhicule, de la précision des estimations de la consommation de carburant, de la manière dont les émissions d’électricité sont calculées, des habitudes de conduite, des conditions météorologiques, etc. Il n’existe pas de modèle comptable unique qui s’applique partout.

Prenant en compte ces éléments, on peut très vite en conclure deux choses : en Europe (et particulièrement en France), la voiture électrique est le meilleur choix. En revanche, en Chine et aux Etats-Unis, la conclusion sera beaucoup moins évidente. En effet, les 2 pays ont un mix électrique se reposant très largement sur les fossiles (en 2019, 69% pour la Chine, 61% pour les US) :

mix electrique 2019
Source : https://www.eia.gov/energyexplained/electricity/electricity-in-the-us.php

La promesse de ‘clean car’ d’Elon Musk commence doucement à s’effriter.

“Voiture propre” ?

Il n’est pas rare d’entendre que voiture électrique = voiture propre. Je l’ai entendu de mes propres oreilles une bonne cinquantaine de fois de la part de français, mais aussi et surtout d’américains. Elon Musk est avant tout un génie du marketing : il vend des voitures et les propriétaires de Tesla arrivent à vous regarder dans les yeux en vous disant “I’m saving the environment, I have a Tesla“. C’est du vécu, ne riez pas.

Dans la tête de ces personnes, les Tesla poussent comme les arbres : il suffit de planter une graine et hop, vous avez une Tesla S. Et non John-Kevin : aucune voiture n’est propre. Aucune voiture n’est écologique, même si elle est électrique. Une voiture électrique émet d’ailleurs plus de gaz à effet de serre à la construction puisqu’il faut produire des batteries. Nous venons enfin au cœur du problème : l’extractivisme. Avoir augmenté l’extractivisme sur la planète de 80% en 30 ans (source : Extractivisme, Exploitation Industrielle De La Nature d’Anna Bednik) n’a pas suffi : nous allons redoubler d’efforts avec les voitures électriques. Si Emmanuel Hache s’étonnait de “l’absence de la Bolivie dans le paysage des extractions minières, lorsque l’on sait que les salines d’Uyuni constituent les plus grandes ressources mondiales de lithium, je tiens à le rassurer : Elon Musk est au courant.

Cerise sur le gâteau, n’oublions pas les multiples usines Tesla implantées un peu partout dans le monde, avec bien souvent un mix électrique extrêmement carboné. D’après les mots d’Elon Musk, ce sont “des very green factories“. Effectivement, en regardant de près, cela m’a l’air très vert :

An aerial view of the Tesla Gigafactory near Sparks, Nevada, U.S. August 18, 2018. REUTERS/Bob Strong - RC1F1AEEAE00
Source : https://www.ft.com/content/bf0c37bc-27c8-11ea-9a4f-963f0ec7e134

PS : compte tenu du prix moyen d’une Tesla, je peux dire avec certitude que si vous êtes propriétaire d’une Tesla, votre empreinte carbone n’est absolument pas soutenable. Try me, comme on dit à Miami.

PS2 : Le saviez-vous ? Sur les 5 derniers trimestres, Tesla n’a pas fait un seul dollar de bénéfice en vendant des voitures, mais uniquement en vendant des crédits carbone. Elle est pas belle, la finance verte ?

Elon Musk et la conquête des étoiles

Si vous souhaitez comprendre Elon Musk, il faut absolument l’écouter parler de l’espace. En préparant cet article, il a fallu que je réécoute plusieurs passages d’interviews, tellement j’avais du mal à croire ce que j’entendais.

Tout d’abord, Starlink : un projet d’accès à Internet par satellite proposé par le constructeur aérospatial américain SpaceX, reposant sur le déploiement d’une constellation de plusieurs milliers de satellites de télécommunications. Grâce à cela, ‘les clients pourront regarder des films en haute définition, jouer à des jeux vidéo et faire tout ce qu’ils veulent‘. Dans la même vidéo, il précise ‘mes clients pourront faire tout ce qu’ils veulent, comme moi je fais ce que je veux‘.

Nous arrivons donc là à un premier problème fondamental : Elon Musk fait ce qu’il veut et veut que tout le monde puisse faire pareil. Il ne voit que les avantages de sa démarche, sans jamais se poser la question des conséquences. Il est certain que l’industrie aérospatiale a joué un rôle jusqu’ici fondamental dans l’étude du climat, grâce aux satellites météo placés en orbite. Le problème, c’est qu’Elon Musk veut multiplier le nombre de satellites par 20, ce qui aura pour première conséquence directe de perturber les opérations spatiales et les recherches en astronomie. Mais vous comprenez, c’est important que John-Alfred puisse faire sa vidéo Tik Tok au milieu du désert Texan en haute définition. On fait ce qu’on veut, God bless America.

Tout cela a bien sûr été soutenu d’abord par l’administration Obama puis celle de Trump, et ne s’arrêtera pas sous Biden. Vous comprenez, “America is back“. Le ciel, auparavant un patrimoine commun de l’humanité, va juste devenir le terrain de jeu supplémentaire d’une guerre commerciale supplémentaire, avec son copain Jeff Bezos (Kuiper) et les chinois d’Hongyan.

Coloniser Mars”

Ce qu’il y a de bien avec Elon, c’est qu’il a solution à tout. “Il est probable que la Terre devienne invivable. Mais j’ai une solution à cela : nous allons aller coloniser Mars”. C’est ainsi que l’un de ses objectifs est d’envoyer 1 million de personnes sur Mars d’ici 2050. Les mauvaises langues demanderont “et que fait-on des 7.7 milliards d’autres personnes ?”, mais ce n’est pas vraiment son problème.

Encore une fois, c’est un passe-temps qu’il partage avec Jeff Bezos, qui pense lui que la Lune et les astéroïdes constituent des gisements inépuisables de ressources. Nous arrivons ici à un deuxième problème fondamental : à nouveau, l’extractivisme. C’est une suite logique finalement. Après avoir exploité tout ce qui était possible sur Terre, il faut aller le faire ailleurs. Citons à nouveau ce bon vieux Jeff: “La Terre est un monde fini, et si l’économie et la population mondiale doivent continuer à s’étendre, l’espace est la seule solution “. Ecoute si c’est la seule solution…

Une triple critique

Depuis plus de 60 ans, la conquête spatiale est à la fois admirée, désirée, et critiquée. J’adresserais ici une triple critique aux envies d’Elon Musk d’envahir l’espace et de coloniser d’autres planètes.

Premièrement, une critique matérielle. Comme expliqué, pour soutenir la croissance, il faut continuer à extraire des matières premières et si nous venons à en manquer, la seule solution est d’aller en chercher dans l’espace. Je ne souhaite pas perdre plus de temps à démontrer l’absurdité de l’idée, qui en plus d’être ridicule, est techniquement irréalisable à large échelle dans les décennies à venir.

Deuxièmement, une critique morale. Vouloir donner la possibilité à un million d’humains d’aller sur Mars, c’est oublier 99.99%+ du reste de la population mondiale. Toujours cette idée des milliardaires qui ne savent pas quoi faire de leur argent (nous y reviendrons) et qui investissent dans des projets lunaires.

Troisièmement, une critique idéologique, voire philosophique. Le refus de vivre dans les limites et de vouloir toujours plus de tout est la traduction de notre économie actuelle : néo-libérale, dirigée par le marché (qui bien sûr, est toujours juste et transparent et règle tous les maux). Elon Musk est comme son homologue Jeff Bezos : les limites sont faites pour être transgressées, et pour cela, il y a toujours une solution technologique.. comme la capture carbone ?

100 millions pour la meilleure technologie de capture carbone ?

Parmi les 12 discours de l’inaction climatique, le 6ème est celui de l’optimisme technologique. Autrement dit, ne changez rien, la technologie va nous sauver. C’est comme cela qu’Elon Musk fonctionne. Enfin, ça dépend des mois. Dans cette vidéo datant de septembre 2018, à 2.20, il dit “it’s very difficult to put back CO2 back in the ground‘. Quand l’interviewer lui demande “mais avec une sorte de filtre géant qui aspire le carbone de l’atmosphère” ? Réponse d’Elon Musk : ” AHAHAH “… Not possible“.

Vous imaginez alors ma réaction quand je vois toute la presse s’enflammer depuis 3 semaines “Musk offre 100M pour la CDR (Carbon Dioxide Removal), ça va nous sauver ! Oui, Elon musk a effectivement offert 100 millions de dollars à Xprize, comme promis :

Elon Musk promet dans un tweet de donner 100M à la meilleure technologie de capture carbone
Source : https://twitter.com/elonmusk/status/1352392678177034242?s=20

Je vais donc rappeler ce que disent les scientifiques : peu importe le montant de CO₂ ‘capturé’ par Elon Musk et ses projets, il est quoi qu’il arrive indispensable de baisser rapidement nos émissions de CO₂ (pour un niveau de température cible).

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Source : Glen Peters

Sur le graphique ci-dessus, ajouter de la CDR (en vert) va seulement ‘un peu’ baisser les émissions fossiles. Même si on arrivait à capturer 5GtCO₂/an en 2050 grâce à la CDR, cela voudrait dire que nous devrions quand même baisser nos émissions mondiales d’environ 40GtCO₂… en 30 ans. Aussi, la capture carbone est importante et sera obligatoire pour atteindre nos objectifs, mais la priorité, c’est de BAISSER nos émissions.

De nombreux commentaires ont bien sûr dit que s’il voulait vraiment absorber du CO2, il fallait qu’il plante des arbres. En effet, l’un des meilleurs moyens de capter et de stocker le carbone atmosphérique sur le long terme, c’est la forêt. Cependant, attention au treewashing via la compensation carbone ! Je vous vois venir, les Chief Tree Planter Officers sur Linkedin.

Elon Musk et le Bitcoin

Impossible de parler d’Elon Musk sans parler Bitcoin. Il ne se passe pas une semaine sans qu’il s’exprime sur les cryptomonnaies, faisant valser la valeur de chacune d’entre elles à coup de tweets. Oui, à 48 millions de followers sur Twitter, il suffit d’un tweet pour faire valser une valeur. Flatter les fans du Bitcoin est plutôt une très belle idée : montrer son intérêt pour cette monnaie, planifier d’autoriser l’achat d’une Tesla en Bitcoin, et empocher le pactole. Simple non ?

Bien sûr, à la lecture de cet article, vous aurez compris qu’Elon Musk est tout sauf un innocent. Ce n’est pas le sujet principal de l’article, mais c’est un sacré animal boursier. Déjà condamné en 2018 pour manipulation de cours à coup de tweets, voilà ce qu’il a posté en décembre 2020 :

Elon Musk qui tweet pour faire baisser le cours du Bitcoin...
Source : https://twitter.com/elonmusk/status/1340581313406001153?s=20

Puis, 30 minutes plus tard :

Attendez, ce ne serait pas Tesla qui a acheté pour 1.5 milliard de Bitcoins en janvier 2021 ? C’est ce qu’on appelle une très belle manipulation de marché : faire baisser le cours d’une valeur, la racheter à un prix bien inférieur et tweeter sur le Bitcoin depuis en disant que c’est finalement pas si mal. Je ne sais pas par quel miracle ce type n’est pas encore en prison et qui il connait à la SEC, mais il a sans aucun doute quelques amis bien placés.

Rappelons également que le Bitcoin est tout sauf neutre, que ce soit sur le plan énergétique, social ou environnemental. Une majorité du minage se fait en Chine, avec de l’électricité bon marché… produite au charbon. Le dossier GREEN commence à s’alourdir…

Crypto
Source : https://twitter.com/BonPote/status/1361243737188409344?s=20

Un milliardaire peut-il être écolo ?

Il y a plusieurs méthodologies pour calculer votre empreinte carbone, et le sujet souvent occulté, c’est l’argent de votre compte en banque. Oui, votre argent a une empreinte carbone, et plus votre banque investit dans les industries fossiles, plus votre empreinte carbone explose. Partant de ce constat, la réponse à ‘Un milliardaire peut-il être écolo ?’ est bien évidemment non.

L’empreinte carbone des milliardaires peut être jusqu’à plusieurs milliers de fois supérieure à l’empreinte carbone moyenne d’un américain. Sachant que cette dernière est de base à environ 16t CO2eq, inutile de préciser à quel point ces personnes sont hors-sol.

Elon Musk fait presque figure d’exception parmi ces milliardaires : il n’a pas de super yatch, n’est pas le genre à aller pavaner en vacances sur un jet-ski ni à collectionner les gros bolides pour sa collection personnelle. Son truc, c’est travailler. On ne peut pas lui enlever ça. Malgré cela, il est tout de même propriétaire de plusieurs maisons, d’un jet privé, etc. Ce qui au final aboutit à une empreinte carbone estimée à un peu plus de 2000 tonnes CO2eq. Environ 1000 fois ce qu’il faudrait donc.

Le sujet de la philanthropie a déjà été brillamment abordé par Vincent Edin dans son livre Quand la charité se fout de l’hôpital, mais j’aimerais quand même insister sur un dernier point : dans quel monde est-on milliardaire et se plaint-on de ne pas savoir quoi faire de son argent ?

Elon Musk tweeting about donating money
Source : https://twitter.com/elonmusk/status/1347356316763705344?s=20

Comme je suis un Bon Pote, je vais t’aider Elon. Tu peux :

  • Donner aux millions d’américains qui rentrent dans la vie active et qui mettront au moins 15 ans à rembourser leur dette étudiante.
  • Donner aux millions d’américains qui ne bénéficient pas d’un système de santé et qui ne vont pas à l’hôpital car cela coûte trop cher.
  • Donner aux millions d’américains qui travaillent encore à plus de 70 ans car ils n’ont pas de retraite.
  • Donner à un blogueur, appelé ‘Good buddy’, qui prendrait bien 0.0001% de ta fortune pour pouvoir vivre de son écriture jusqu’à la fin du monde en 2027 (source : Yves Cochet).

Elon Musk : le verdict

Si vous en doutiez encore, Elon Musk est bien plus un cauchemar qu’une solution pour l’environnement. Tout n’est bien sûr pas à jeter. Il a le mérite d’avoir amené la voiture électrique sur le devant de la scène et de mettre la pression aux constructeurs du 20ème siècle, à l’instar de Ford et General Motors. C’est également une bonne chose qu’il parle d’environnement, tant ce sujet est peu évoqué dans les médias (et quand il l’est, c’est souvent peu reluisant).

Cependant, ne soyons pas dupes. L’environnement est à ses yeux avant tout une opportunité de business, tout comme Jeff Bezos et Bill Gates, pour qui cet article aurait également pu s’appliquer. Pis, c’est surtout le business as usual qui perdure : ne changez rien, la technologie va nous sauver, vive la croissance, vive l’absorption de CO2, vive la croissance verte avec le Green New Deal de Biden !

Arrêtons de compter sur les milliardaires pour nous sauver. Alors qu’ils sont juste un indicateur de tout ce qui ne va pas dans notre système économique et social (qui avec le temps, mène au désastre écologique), le salut ne viendra sûrement pas d’eux.

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Commentaires

12 Comments

  1. hannequart 8 mars 2021

    super article
    nous le reprenons dans notre blog ” QUALORSYFAIRE.net”

    Répondre
  2. Atompol 5 mars 2021

    Bonjour Bon Pote,

    Quand tu dis “Prenant en compte ces éléments, on peut très vite en conclure deux choses : en Europe (et particulièrement en France), la voiture électrique est le meilleur choix.”

    Il me semble pourtant difficile d’aborder le dossier de la mobilité écologique en considérant que la voiture individuelle, même électrique, même nucléarisée a sa place dans un monde soutenable. J’ai lu qu’il faudrait construire 20 centrales nucléaires supplémentaire pour couvrir le besoin énergétique . Éventuellement, si tu pense qu’une assistance électrique au déplacement est nécessaire pour chaque citoyen, le vélo électrique est une option qui reste possible dans un monde à 2° de réchauffement.

    Répondre
    1. Bon Pote 6 mars 2021

      Oui, le meilleur choix, vs une voiture classique. J’ai également bien précisé qu’il fallait mieux se déplacer (vélo/pieds/TGV…) et moins se déplacer (moins de vol long courriers, etc.)

      Répondre
  3. Akim Sissaoui 5 mars 2021

    Non. C’est moi qui utilise l’image de l’âge de pierre. À dessein. J’attends de voir pour croire qui sera possible un jour de descendre à 2T de CO2 par habitant sans passer par un modèle dictatorial et répresseur à l’échelle globale.

    Je ne critique pas ta démarche. A aucun moment. Et je ne dis pas que tu ne sources pas. Je n’ai jamais rien dit en ce sens que ce soit ici ou sur LinkedIn. Je te suis depuis quelques temps et apprécie la qualité de ton travail. Reste que je pense indispensable d’y mettre de la perspective. Un bon exercice serait de faire des hypothèses de ce qu’il se serait passer ces 10 dernières années sans Elon Musk et ses entreprises.Maintenant je ne suis ni étudiant en Histoire, ni en anthropoligie ni dans une autre position qui me laissera le temps et l’énergie de sourcer toutes mes réactions et de faire un thèse sur le sujet. Si tu trouve des informations éronnées dans ma réponse, je serai heureux d’y être rendu attentif et d’aller vérifier pour apprendre. Au plus tu trouveras certainement des hypothèses non vérifiables, je te l’accorde. Quand on parle de l’avenir, chacun vient avec son avis et ses certitudes quant à la solution. Perso je pense que seule l’expérimentation variée nous permettra, peut-être, de trouver la, voire une combinaison de, solution(s).

    Répondre
  4. Un internaute 5 mars 2021

    Un très bon article ! Néanmoins je trouve ca dommage qu’il soit tant a charge. Les arguments sont bon sur ce dont vous parlez mais alors ne serait-il pas plus honnête d’aussi parler des projets d’Elon Musk qui vont dans le sens de la protection de l’environnement et de notre qualité de vie. Je ne vais pas faire un travail de recherche pour défendre cela car ce n’est pas mon travail, je ne suis pas journaliste. Mais je trouve ca injuste de dire qu’il s’engage pour l’environnement mais derrière ne donner que le négatif sans donner une vision plus nuancée.

    Il est extrêmement réducteur de considérer que la conquête spatiale n’est qu’un prétexte pour abandonner la Terre parce qu’elle va devenir invivable. C’est un argument viable et bienvenue lorsque l’on veut apporter une vision qui va a l’encontre du plébiscite évident (ou pas d’ailleurs) dans l’opinion public concernant ce sujet. Mais c’est oublier l’innovation technologique que cette démarche apporte, les avancer scientifiques et la possibilité de mieux comprendre, mission après mission la formation de notre système solaire, de l’univers pour ne citer que. Aussi la question: La vie est-elle rare ou bien répandue dans l’univers ?

    Tout de même, bien a vous, l’article est très intéressant.

    Répondre
  5. Akim Sissaoui 5 mars 2021

    Article intéressant. Je suis un fan d’Elon. Je suis toutefois bien conscient que ce qu’il propose n’est pas la solution universelle.

    Son vrai défaut est d’être multimilliardaire. C’est ce qu’on lui reprochera systématiquement. Or, c’est avant tout un ingénieur, un technologiste, et un bosseur acharné. Si tu as creusé le sujet, tu dois être au courant qu’il a sauvé sa compagnie de la faillite in-extremis en y injectant ses derniers millions ? Rappelons-nous que la richesse de ces milliardaires capitalistes est avant tout du vent: Des actions, qui, tant qu’on ne les a pas vendues, ne rapportent rien. Si Tesla était partie en banqueroute, il n’aurait plus rien eu. Si demain, le système économique s’effondre, il ne sera pas bien plus milliardaire que toi ou moi.

    Sur ce, j’aimerais mettre de la perspective dans ton opinion, tout en rappelant que la seule vraie solution, c’est en gros, le retour à l’âge de pierre:

    1. Elon Musk a le mérite de passer à l’action. A ce jour, c’est la seule personne au monde avec de tels moyens à le faire
    2. Il agit parce que jusqu’ici, l’état a échoué: Constat sans équivoque. Nous sommes tous d’accord pour dire que l’état a échoué dans nos démocraties. Après on peut se demander, vaut-il mieux un Elon Musk qu’un Hitler, pour passer à l’action “à la place” de l’état ?
    3. Cantonner Elon Musk à la voiture électrique et à l’espace, c’est oublier de regarder l’ensemble de l’image. En admettant que la technologie ne soit pas la solution (et si ça l’était au final ?), Tesla a le mérite d’être celui qui a le plus d’impact en prenant des parts de marchés aux constructeurs capitalistes, eux également, soutenus par les états très très très massivement, et qui n’ont pas bougé un petit doit pour changer les choses (à noter donc que les états sont tous impliqués dans ce fiasco, bien sûr).

    Il opère une transformation mondiale du marché de la pollution aux énergies fossiles. Alors oui… ce n’est pas LA solution universelle, mais il force les autres à revoir leur copie.
    Il force les états à prendre les choses au sérieux par son succès. Il démocratise l’énergie solaire en offrant des solutions à des prix battant concurrence, permettant pour l’instant aux américains et aux anglais de devenir autonomes en énergie. Là aussi, les états ont échoués.
    Il permet aux états de moins dépendre de la chine, et de mieux gérer leur propre réseau comme c’est le cas par exemple en Australie.
    Avec Starlink, il résout le problème que personne d’autre n’a résolu avant lui, et diminue le besoin d’extraction: 12’000 satellite contre des centaines de milliers d’antennes pour couvrir la planète entière. Parce qu’il ne faut pas rêver. Les pays émergeant émergent vite. Et ils développent leurs réseaux. Chaque antenne terrestre demande probablement autant d’énergie à produire et installer qu’un seul satellite starlink
    Il développe la conduite autonome pour mettre le plus vite possible des flottes de taxis automatiques sur les routes, et comme tous les constructeurs avant gardistes, cherche à favoriser l’utilisation collective des véhicules. Plus d’utilisation collective, moins de véhicules, moins de ressources…

    On notera encore qu’il met à disposition les plans et instructions de ses inventions. Ce n’est pas du capitalisme, c’est du solutionnisme. La différence entre Elon et Bezos est énorme. L’un cherche à résoudre un problème (qu’on soit d’accord avec ses idées ou non), l’autre cherche à dominer le commerce (capitaliste donc) mondial. L’un se fout de ses milliards sauf qu’ils lui permettent de réaliser ses rêves et ses idées, l’autre prend un probablement un bain dans son coffre tous les matins (haaa. les références. Je deviens vieux. Qui se souvient de Picsou et ses coffres).

    Il a libéré les plans et idées de l’hyperloop, espérant ainsi résoudre le problème du voyage rapide sur longue distance

    Il finance la recherche sur la captation du CO2. Tout en rappelant quand même que 100mio est une peccadille qui permettrait à une startup de fonctionner quelques temps quand même, la captation du CO2 est un projet important. Car on peut être idéaliste, tout en restant réaliste. On ne fera pas plier la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique suffisamment tôt pour atteindre les objectifs de Paris. Même si nous autres bien pensants occidentaux arrivons (ou pas) à faire plier nos gouvernements. Et il n’a pas dit que c’était impossible. Il a dit que “aspirer avec un filtre” était impossible, que ça pouvait pas résoudre le problème. Pour la capture du CO2 il a dit que c’était très compliqué… Comme tous les problèmes qu’il résout. Rappelons-nous qu’il est avant tout un ingénieur de génie. Et ça c’est incontestable. Ce qui est difficile ne lui fait pas peur. S’il le finance, c’est qu’il est convaincu que c’est faisable.

    Donc non, Elon n’a pas la solution universelle. Celle qui demande d’avoir un dictateur mondial très ferme qui va faire que nous retournons à l’âge de pierre pour respecter la planète et la vie. C’est un ingénieur réaliste qui pense que la technologie peut nous sauver, et alors que certains essaient de sauver le monde à leur manière en militant pour une décroissance et une diminution de l’extraction et l’utilisation des ressources, lui essaie de résoudre le problème à sa manière en accélérant le développement de la technologie. Pour moi, les deux se valent, parce qu’il n’a pas une seule bonne réponse, et seul l’avenir nous dira laquelle est la bonne.

    La seule conclusion: Les états, et donc les Hommes, ont failli. Et c’est le propre de toute civilisation humaine. Elles finissent toutes par disparaître.

    Bref. (enfin non, pas si bref). J’aurais bien plaisir à lire une réaction ce très long commentaire dont je vais probablement faire un article sur mon blog, parce que quand c’est long, ça le mérite.

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    1. Bon Pote 5 mars 2021

      Merci pour ce commentaire Akim, mais je n’ai pas compris : qui a dit de retourner à l’âge de pierre ? Sûrement pas moi en tout cas, je n’ai jamais écrit cela. Pour le reste, ça reste de l’idéologie, ce que j’ai écrit et sourcé, et malheureusement, plus le temps passe, plus “la technologie va nous sauver” devient une phrase creuse et vide.

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  6. Gantz 4 mars 2021

    J’ai du mal à voir ce “cauchemar” pour l’environnement… Ok ce qu’il fait ne sont pas vraiment des solutions mais de là a dire que c’est ultra destructeur pour l’environnement ? Ses activités (business) ont quand même bien moins d’impact que beaucoup d’autres grands patrons dont on ne connait même pas le nom (qui connait le ,nom du patron de Gazprom ou même de … Ford ??) mais dont les activités sont très néfastes pour notre environnement et d’un ordre de grandeur bien supérieur.
    Je vois souvent ce genre d’article sur Elon Musk et les arguments sont plutôt pertinents mais on en parle c’est parce qu’il est médiatique. Il n’est pas la source de tous nos maux, loin de là; il faut relativiser.

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    1. Bon Pote 4 mars 2021

      Ce que vous écrivez s’appelle du whataboutisme. “”ouais c’est pas terrible mais les autres alors !!””. https://bonpote.com/climat-les-12-excuses-de-linaction-et-comment-y-repondre/

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  7. Florimond Manca 4 mars 2021

    Merci pour l’article. 🙂

    Nitpick : le petit paragraphe sur le Bitcoin mériterait-il une source ? Par exemple celle-ci pour le fait que le minage se fait principalement en Chine : https://cbeci.org/mining_map

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    1. Bon Pote 4 mars 2021

      Merci, oui c’était fait pour l’ordre de grandeur, pas ici. J’ai mis un hyperlien 😉

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  8. Jérémy 4 mars 2021

    Article intéressant, merci 🙂

    Concernant la partie sur le Bitcoin, sauf erreur de ma part, Musk ne risque rien. Le Bitcoin n’est pas régulé. Certains produits financiers adossés au Bitcoin le sont, mais le Bitcoin ne l’est pas.

    Même si je suis globalement en accord avec tout ton article, je ne jetterai pas bébé avec l’eau du bain. Musk, avec tous ses défauts que tu as très justement énumérés peut devenir un allié très puissant dans la lutte contre le changement climatique. Je mettrai cette réflexion en parallèle avec ton article à propos de Nabilla.

    Quoi que l’on pense de Musk, il est la Nabilla du capitalisme. Il a le pouvoir d’influencer très fortement (en bien ou en mal) l’industrie, les mentalités, et l’imaginaire commun du futur de l’humanité. Comme avec Nabila, je crois qu’il serait extrêmement plus productif (et faisable ?) de mettre Musk (la personne) face à ses contradictions, que de chercher à convaincre la population mondiale dans son ensemble. Si l’on s’accorde globalement sur le principe qu’il est un génie intellectuel, alors il faut tout faire pour le convaincre à utiliser ses capacités dans la bonne direction.

    Concernant ta critique de la voiture propre, je crois que tu oublies de mentionner un point : un énorme avantage de la voiture électrique, c’est que son utilisation est totalement découplée des sources d’énergie. Ce que j’entends par là, c’est que, certes, une Tesla n’est pas moins émettrice de CO2 qu’une bonne vieille essence en Chine ou aux US, mais avec un parc électrique en place, tu deviens politiquement capable de modifier les émissions carbone du secteur des transports sans avoir à renouveler le parc. Pour moi c’est un énorme atout puisqu’il “suffit” alors aux US ou à la Chine d’investir massivement dans l’électricité décarbonée pour décarboner en même temps le secteur des transports.

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