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Le 8e rapport du Haut Conseil pour le Climat vient tout juste d’être publié ! Intitulé “Dangers climatiques : la France face à ses responsabilités”, un titre sans appel sur l’impréparation de la France face au changement climatique, tant sur la baisse des émissions (atténuation) que sur l’adaptation.
En 2025, le HCC alertait déjà sur la politique du gouvernement Macron qui mettait les Français en danger. Alors que nous venons de subir deux canicules historiques en France en mai et juin et que nous sommes au milieu de la 3e, il est important que ce rapport ne passe pas à la trappe médiatique, malgré le procès de Marine Le Pen ou encore la coupe du monde de football…
82 recommandations, des résumés complets sur l’état de la France hexagonale et des territoires outre-mer face au changement climatique… Comme le rapport fait 416 pages (record de l’année dernière battu !), nous recommandons de s’en servir comme un rapport du GIEC. C’est-à-dire, au moins lire le résumé exécutif, qui sera probablement le résumé que vous lirez dans la presse et ce que liront les décideurs. Ensuite, si vous souhaitez approfondir un point, vous pouvez vous référer aux chapitres et aller chercher les informations.
Les rapports annuels du HCC sont commentés et analysés depuis plusieurs années chez Bon Pote. Cette année, et peut-être parce que c’est l’un des derniers (voir la conclusion), tentons ici de vous donner envie d’ouvrir le rapport et d’y trouver des pépites (parce qu’il y a plein de pépites qui pourront servir de base pour politiser les canicules !)
Sommaire
Avis aux éditorialistes, médias… (et aux citoyens)
Préambule. Chaque année, malgré le constat sans appel réalisé par le HCC, et malgré les milliers de morts du changement climatique, le gouvernement réussit à dire dans les médias qu’ils ont bien préparé le pays au changement climatique, que jamais un gouvernement n’a fait aussi bien, etc. Nous y avons eu droit au milieu de la 2e canicule en juin 2026, alors que la France comptait ses morts.
Avant d’aller plus loin, voici ce qui est écrit noir sur blanc dans le rapport :
- En 2025, les baisses d’émissions sont insuffisantes et en partie causées par une baisse d’activité économique.
- La France n’est pas prête à faire face aux impacts du changement climatique. A répéter à Mathieu Lefèvre, honteux ministre délégué, qui a osé déclarer “cela fait 9 ans qu’on se prépare”, en assurant que tout est sous contrôle avec le changement climatique.
- Ces dix dernières années, trois formes de précarité (énergétique, mobilité, alimentaire) se sont aggravées. La précarité mobilité touche désormais 15 millions de personnes, et la précarité énergétique, stable en taux (10,8 % des ménages), s’aggrave dans ses manifestations les plus sévères avec 1,2 million de ménages ayant subi des limitations de fourniture d’énergie en 2024 (+24 % en un an), tandis que la précarité alimentaire a augmenté de 9 % en 2016 à 12 % en 2024 (avec un pic à 16 % en 2022). Ces trois précarités traduisent les dépendances très fortes d’une partie de la population aux énergies fossiles, c’est la raison pour laquelle elles doivent être prises en compte dans les politiques de transition climatique.
- Les infrastructures, l’aménagement du territoire, les écosystèmes gérés, les activités économiques et les
pratiques socio-culturelles se sont développés ou ont été dimensionnés dans un climat qui n’existe plus. Nous avons prévu nos habitats pour lutter contre le froid, or la chaleur est une ennemie grandissante que nous ne sommes pas prêts à affronter.
Sur la justice sociale, grande oubliée des programmes politiques du centre, de droite et d’extrême droite :
- La transition la plus injuste est celle qui ne se fait pas : les retards pris aujourd’hui en matière d’atténuation et d’adaptation sont facteurs de précarité et d’inégalité, et in fine, de blocages.
- L’incapacité d’une fraction significative de la population à accéder aux offres de transition (rénovation, mobilité décarbonée, alimentation durable) constitue le principal obstacle au soutien des politiques climatiques.
Enfin, la campagne d’information préventive digitale et médiatique « vivre avec la chaleur », mise en place par Santé Publique France en 2025 n’a pas pu être déployée en mai 2026. Il y a donc des morts qui auraient pu être évitées, le gouvernement doit rendre des comptes et être questionné sur le sujet. Quand il y a des morts, ce n’est pas “insuffisant”, c’est catastrophique.
Plus simplement, nous pouvons résumer la politique d’atténuation du gouvernement avec ce tableau synthétique. Le résultat est on ne peut plus clair.

Quand on a 3/20 à un contrôle de maths, normalement, on évite de fanfaronner sur les plateaux TV. Chose uniquement possible car certains journalistes n’apportent aucune contradiction. Heureusement, il y a des solutions, présentées ici par notre journaliste Emma Vinzent.
10 ans après l’Accord de Paris, un contexte inédit
Le rapport commence par un bilan des 10 ans de l’Accord de Paris, un état des lieux du climat de la France et dans le monde. Nous savons désormais qu’il y a un réchauffement mondial de +1.4°C depuis le début de l’ère industrielle et que nous atteindrons le seuil des +1.5°C dans quelques années.
En France hexagonale et en Corse, le réchauffement observé atteint 2,2 °C (en moyenne annuelle) entre 1900-1930 et 2016-2025. Comme nous l’avions expliqué sur Bon Pote, la France se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale et le gouvernement a raison de préparer le pays à un réchauffement de +4 degrés.

Le HCC évoque dans le résumé exécutif les trois enjeux indissociables de souveraineté et de sécurité nationale : urgence climatique, conflits géopolitiques et accès aux ressources :
Le maintien d’une économie fortement dépendante des énergies fossiles accroît la vulnérabilité de la France aux chocs géopolitiques et aux fluctuations des prix de l’énergie. Il génère également des coûts élevés pour la santé, fragilise la production agricole et accentue les risques de précarité énergétique et alimentaire, d’inégalités et de pauvreté.
La notion de souveraineté énergétique est un enjeu de sécurité, voire de survie pour une partie des Français. C’est pour cela que chez Bon Pote nous avons analysé tous les votes à l’Assemblée nationale depuis 2022 sur la souveraineté énergétique et révélé que 78% des votes du Rassemblement national sont pour maintenir la consommation d’énergies fossiles. A l’heure où les Français devront faire un choix pour leur avenir en 2027, ce chiffre de 78% devrait être systématiquement rappelé dans toute interview des membres du Rassemblement National.
Le rapport fait également une excellente synthèse sur les outre-mer, “fortement exposés aux aléas climatiques et notamment cycloniques, pouvant combiner vents extrêmes, pluies intenses, houle et submersion. La proportion de cyclones tropicaux de forte intensité augmente. Le nombre de jours et de nuits chauds y augmente fortement avec le réchauffement.“
Ce graphique permet de visualiser les différents niveaux de réchauffement par territoire. Rappelons que si vous voyez “+2°C en 2050”, cela ne veut pas dire que vous aurez juste +2 degrés l’été mais des hausses extrêmes possibles de température.

Autre point important, et ce n’est pas une surprise (qui aurait pu…) : la fréquence des vagues de chaleur va augmenter, et nous pourrions avoir dans une France réchauffée de +4°C des canicules à partir du mois de mai (cela vient d’arriver en 2026) et potentiellement en octobre !

Baisse des émissions de gaz à effet de serre : en retard, comme depuis le début de l’ère Macron ?
Citons de nouveau le HCC car c’est d’une importance cruciale : “En 2025, le rythme de baisse d’émissions a encore ralenti en France. D’après l’estimation consolidée, la baisse des émissions de GES entre 2023 et 2024 est de 3%. La baisse pré-estimée entre 2024 et 2025 est de 2,1%. Le puits de carbone forestier, essentiel pour atteindre la neutralité, s’est fortement dégradé sous l’effet, notamment, du changement climatique“.
Le HCC rappelle également que l’empreinte carbone baisse moins vite que les émissions territoriales. Cela fait plus de 5 ans que le HCC recommande au gouvernement d’avoir une vraie politique de baisse de l’empreinte carbone. En vain.
Lors de la présentation du rapport le 7 juillet 2026, la climatologue Valérie Masson-Delmotte rappelait l’avis de la Cour Internationale de Justice sur les obligations des Etats dans la lutte contre le changement climatique et la protection des citoyens et des droits humains. Un avis qui devrait permettre de faire condamner les nombreux acteurs qui continuent volontairement l’inaction climatique malgré l’état des connaissances et alertes scientifiques.
Quelle est la répartition des émissions de CO2eq par secteur en France ?
En 2025, la France a émis 359 Mt éqCO2 d’après la pré-estimation du Citepa, soit une baisse de 7,6 Mt éqCO2 par rapport à 2024. Le secteur des transports est toujours le premier contributeur aux émissions territoriales de gaz à effet de serre (GES) et représente 34 % des émissions totales brutes, suivis par l’agriculture (21 %), l’industrie (16 %), les bâtiments (15 %), l’énergie (9 %) et les déchets (4 %). Les émissions de gaz à effet de serre sont encore en majorité (à 65 %) issues de la combustion des énergies fossiles.

Nous avons vu en introduction de cet article que la France était en retard dans tous les domaines pour réduire ses émissions de GES, à l’exception du secteur Energie où il est encore possible qu’elle atteigne ses objectifs à horizon 2030.
Prenons un seul secteur pour exemple, celui des transports. Le secteur le plus émetteur en France est très loin d’avoir des résultats satisfaisants. Pourtant, les solutions sont connues. Favoriser les transports en commun (le gouvernement a baissé le budget du fonds vert, pourtant utile pour la mobilité durable), électrifier le parc de voitures existantes (ici bonne nouvelle, la hausse de la part des ventes de voitures électriques neuves au 1er semestre 2026) et baisser le nombre de voitures individuelles, favoriser la mobilité active, etc.
Deux faits marquants. Le premier, il y a environ 70 milliards d’investissements fossiles en France chaque année, dont plus de 40 milliards dans des voitures individuelles thermiques et hybrides. 40 milliards ! C’est mauvais pour la santé des Français, mauvais pour notre lutte contre le réchauffement climatique… Sortir de la France bagnole est une urgence absolue, en offrant systématiquement des alternatives aux citoyens.

Ensuite, et c’est une plaisanterie chaque année : les émissions du secteur aérien. Le HCC souhaite “interroger la croissance du secteur” et “le développement de ses infrastructures” en adoptant un “moratoire sur l’augmentation des capacités des aéroports français, y compris l’aéroport Charles de Gaulle, afin de maîtriser la hausse du trafic aérien”.
En réalité, le secteur aérien n’a aucunement prévu de réduire son trafic malgré les alertes répétées, et le gouvernement est incapable d’envisager cette baisse, lui qui prend la défense des jets privés à l’Assemblée nationale aux côtés de la droite et de l’extrême droite. Comment espérer un miracle dans ces conditions ?
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Budgets carbone : jouons avec les chiffres
Rappelez-vous, le gouvernement Macron avait réhaussé ses budgets carbone pour la période 2019-2023 et s’était ensuite vanté d’avoir rempli ses objectifs climatiques.
Cette fois-ci, le gouvernement joue un autre jeu dangereux. Le HCC précise : “À horizon 2040, en revanche, la cible des émissions brutes est légèrement assouplie, mais une plus grande compensation par du CO2 capté, préserve la compatibilité avec l’objectif collectif de l’Union européenne (UE). Au-delà, l’atteinte de la cible 2050 de neutralité carbone reste marquée par de fortes incertitudes”.

Moins de baisse d’émissions de CO2, mais on compte sur la compensation carbone ? Avec nos forêts qui absorbent moitié moins de CO2 sur les 10 dernières années ? Vous voyez le problème ? Rappel du HCC : “En 2025, les baisses d’émissions sont insuffisantes, alors que le puits de carbone est fragilisé par le changement climatique“. Doit-on encore rappeler les résultats de la capture et de l’élimination du carbone ? Les comptes ne sont pas bons, et cela va mal finir. La France n’atteindra jamais ses objectifs.

NB : l’IA est enfin sous le feu des projecteurs :
“L’intelligence artificielle concentre une concurrence inédite pour les ressources électriques et les financements publics. La priorité accordée au développement de l’intelligence artificielle, par rapport au développement humain, ajoute aux incertitudes sur les transitions socio-économiques. Si les applications d’intelligence artificielle (IA) ciblées sur la transition (optimisation des réseaux, détection de fuites) offrent un potentiel de réduction des émissions de GES, l’IA générative accapare les capacités de production d’électricité décarbonée au détriment de son utilisation pour la substitution aux énergies fossiles, et créé une demande pour de nouvelles centrales thermiques, en l’absence de régulation.”
Heureusement selon les experts Linkedin, l’IA est censée résoudre le changement climatique. Il serait prudent de, peut-être, ne plus jamais écouter ni faire confiance aux Sam Altman, Dario Amodei ou autre Elon Musk pour nous sauver.
Des limites dures à l’adaptation
Depuis son rapport annuel 2021 qui avait fait un focus sur l’adaptation au changement climatique, le HCC fait un état des lieux chaque année de l’adaptation et rappelle les limites dures à l’adaptation. Cela signifie qu’au-delà d’un certain niveau de réchauffement il n’est plus possible de s’adapter. C’est pour cela que le HCC évoque des pertes et des dommages :
L’atteinte des limites d’adaptation entraîne des pertes d’habitats et de services écosystémiques, de moindres capacités de travail liées à la chaleur, des pertes de rendements agricoles, des rationnements en eau en période de sécheresse, et des conditions d’habitabilité réduites, notamment en montagne, littoral ou zones exposées aux inondations par ruissellement. L’atteinte des limites d’adaptation peut résulter du dépassement d’un niveau de réchauffement climatique exerçant des contraintes insoutenables pour le système considéré (limites strictes à l’adaptation), ou bien résulter d’un déficit d’adaptation ou de financements pour sa mise en oeuvre (limites souples à l’adaptation). Des arbitrages devront être effectués quant aux niveaux et à la nature des pertes et dommages qui devront être assumés en France.
De plus, “les actions d’adaptation ont des bénéfices importants bien au-delà des seules politiques climatiques, notamment pour la santé et la qualité de vie“. C’est ce que nous rappelons constamment sur Bon Pote, notamment à travers nos articles sur la santé. “Tout ce qui est bon (ou presque) pour le climat est bon pour la santé“, disait le chercheur Kévin Jean sur Bon Pote. Une politique publique et un axe de communication à généraliser, sans aucun doute possible.
Obstruction climatique et affaiblissement des dispositifs
C’est l’enjeu de la décennie. Les climatosceptiques ont quasi disparu en France. Aujourd’hui, le vrai problème vient de l’obstruction climatique. Même si ce n’est pas dans le résumé exécutif (et c’est regrettable !), le rapport annuel du HCC évoque l’obstruction climatique une dizaine de fois dans son rapport. Un encadré y est dédié. Vous comprendrez pourquoi Bon Pote appelle à politiser les canicules depuis des années :

Vous avez dit désinformation sur les énergies renouvelables et sur les voitures électriques ? Exactement ce que fait la droite et l’extrême droite à l’Assemblée nationale et au Parlement Européen, la preuve par les votes. Le HCC alerte aussi sur les risques d’affaiblissements de dispositifs liés aux enjeux climatiques observés dans les débats parlementaires en 2025 et en début d’année 2026, dont le démantèlement de l’ADEME qui est clairement mentionné.
C’est clair, net et précis
Ce nouveau rapport doit servir de base à toute personne souhaitant connaître l’état de la France face au changement climatique et comprendre le niveau d’impréparation du pays. Le HCC renouvelle donc son alerte : “la France n’est pas prête à faire face aux impacts du changement climatique.” Après 9 ans de Macronie, le bilan catastrophique est là. Les milliers de morts évitables des canicules aussi.
Incompétence ? Inaction volontaire favorisant des intérêts privés aux dépens des conditions de vie de millions de Françaises et Français ? Ce n’est malheureusement pas une exagération mais un constat. Désormais, vous saurez que toute personne vous disant que vous êtes “extrémiste” en rappelant les faits scientifiques exposés dans cet article fait de l’obstruction climatique.
Enfin, rappelons que l’extrême droite avait déposé un amendement pour supprimer le Haut Conseil pour le Climat. Un travail d’utilité publique, mais qui ne rentre pas dans la politique pro-fossiles, pro-Trump et pro-Poutine du RN. Françaises et Français, en 2027, vous devrez voter pour votre avenir climatique. Vous savez désormais à quoi vous attendre, et le HCC aussi, si l’extrême droite arrive au pouvoir.
One Response
Excellent article qui met en lumière ce que la plupart des médias se dispensent de diffuser. Je souscris à l’idée de poursuivre en justice cette bande d’incapables et de menteurs qui nous gouverne. Mais qui le fera ? La justice montre, en ce moment, de nombreux signes de faiblesse (jugement en appel de Le Pen, relaxe de violeurs d’enfants, justice administrative qui tranche en faveur d’une autoroute…). Avec des partis d’opposition en roue libre, incapables de faire un front commun clair sur ces questions, nous sommes mal partis.
Que faire ?