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Alors qu’un mégafeu dévore la Gironde depuis plus d’une semaine, les fake news se répandent comme une traînée de poudre. Plutôt que de s’interroger sur l’inaction climatique chronique du gouvernement et les retards pris dans la stratégie d’adaptation, beaucoup détournent l’attention à grands coups de rumeurs et de théories du complot, profitant parfois même de la situation pour rejeter la faute sur les écologistes, les énergies renouvelables ou les normes environnementales.
Incendies volontairement créés pour favoriser l’installation de centrales photovoltaïques, investissements inutiles dans la dépollution de la Seine, écologistes ferraillant contre les obligations de débroussaillement… Bon Pote passe en revue les six fake news les plus répandues sur les incendies en Gironde.
Sommaire
1 / Les incendies ont été déclenchés pour favoriser l’installation de panneaux solaires et de data centers
Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont suggéré que les feux avaient été volontairement provoqués pour favoriser l’installation de parcs photovoltaïques. « Les pyromanes sont payés pour incendier nos forêts ancestrales, qui, une fois réduites en cendres, sont remplacées par des panneaux solaires », lit-on par exemple dans une publication sur X, vue plus de 55 000 fois. Dans le viseur, notamment, un projet de centrale photovoltaïque en Gironde porté par les entreprises Engie et Neoen (Horizéo), à Saucats. Un agriculteur affirme également dans une vidéo virale qu’une surface dévastée par les feux de 2022 à Hostens est désormais recouverte de panneaux photovoltaïques. Certains pointent de la même façon du doigt les projets de data centers, dont un projet dédié à l’IA à Bordeaux-Lac, s’étonne un internaute en faisant le lien avec les feux.
La réalité : Ces déclarations ont été démenties par le journal 20 Minutes. La centrale pointée du doigt par l’agriculteur existait en réalité bien avant 2022 ; quant au projet Horizéo, s’il prévoit bien de défricher un millier d’hectares de forêt, la zone en question n’a pas été touchée par les flammes. Idem pour le projet de data center IA à Bordeaux Lac, un quartier de Bordeaux situé sur la rive gauche de la Garonne, au nord de la ville.

2/ « Au lieu de mettre 2 milliards pour dépolluer la Seine, on aurait dû financer des Canadair »
Le témoignage d’un pilote de Canadair, Gregory Prats, a été vu des millions de fois sur les réseaux sociaux. Son point : « J’étais en train d’écoper sur la Seine, de prendre de l’eau qui avait coûté deux milliards d’euros aux Français pour une dépollution, alors qu’avec deux milliards d’euros, on peut acheter quinze Canadair et assurer dix ans de maintenance. »
La réalité : La dépollution des rejets d’eau profite à toute la Seine aval, jusqu’au Havre et la Manche. Nous avons besoin d’une Seine dépolluée et de moyens de lutte contre les incendies, abonde Gonéri le Cozannet, membre du Haut Conseil pour le climat.
De plus, ce pilote bombardier d’eau est clairement climatosceptique (voir copie d’écran ci-dessous), donc pour la compréhension globale du problème et les solutions pour le climat, son avis ne devrait pas être pris pour argent comptant et sans contradiction par les journalistes qui l’interrogent.

3/ C’est la faute des écolos, ils ont empêché le débroussaillage
« C’est la fautes aux écolos » : la rengaine est bien connue, et l’épisode actuel n’y fait pas exception. Alors que les feux font rage en Gironde, certains internautes ont rejeté la faute sur le parti de Marine Tondelier, assurant qu’il avait fait annuler « les projets des pompiers de la Gironde de créer des travées coupe-feu et le débroussaillage. » Les normes environnementales sont également mises en cause. Dans L’Opinion, le maire de Biganos (Gironde), une commune évacuée le 25 juillet, a expliqué que « dès que l’on veut créer un pare-feu, on se heurte à des normes environnementales. » Même refrain sur X où l’avocat Thibault de Montbrial s’en est pris au « diktat des associations écolos radicales qui s’opposent depuis des années à l’entretien de la forêt ».
La réalité : Les accusations visant les Écologistes ont été démenties par TF1. Les faits remontent à 2022, lorsque la sénatrice de la Gironde Europe Écologie-Les Verts, Monique de Marco, s’était opposée à la généralisation de l’exploitation commerciale de parcelles jusqu’alors préservées dans la forêt usagère de La Teste-de-Buch. Mais d’une part, l’élue n’avait pas été la seule à camper cette position : la députée macroniste du bassin d’Arcachon, Sophie Panonacle, et Patrick Davet, à l’époque maire de La Teste-de-Buch, étiqueté à droite, s’y étaient également opposés. Et d’autre part, la parcelle concernée n’est même pas touchée par les incendies de cet été. Dans le territoire en proie aux flammes, la DFCI a bien la possibilité d’aménager la forêt pour faciliter le travail des pompiers.
Concernant le débroussaillement, la loi du 10 juillet 2023 (article 19) prévoit bien une « articulation » de ces travaux avec la protection des « habitats naturels forestiers susceptibles d’abriter des espèces protégées. » Mais contrairement à certaines idées reçues, « débroussailler n’est pas interdit au printemps, période de nidification pour les oiseaux et de repousse végétale », il faut simplement « réduire » les travaux à cette époque de l’année, précise Mediapart. Et surtout, ne pas les réaliser n’importe comment, « sans aucune attention », ajoute Pierre-Xavier Feron, responsable juridique de l’association Canopée. Il faut par ailleurs souligner que la préfecture de Gironde a autorisé les travaux de broyage de végétation dans les zones soumises à protection forte (réserves naturelles, Natura 2000, etc.) jusqu’au 15 mars 2026 dans le département.
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4/ Le RN n’y est pour rien, ils soutiennent les pompiers et la lutte contre le changement climatique
Dans les médias ou à l’Assemblée, le RN ne rate pas une occasion pour s’afficher du côté des pompiers. « Nous soutenons les sapeurs pompiers, je suis admiratif du travail qu’ils font », a ainsi assuré le député Julien Odoul au micro de Sud Radio. Le parti assure par ailleurs prendre au sérieux la lutte contre le changement climatique, le vice-président du parti à l’Assemblée, Sébastien Chenu, ayant regretté que l’on n’a pas assez écouté le GIEC.
La réalité : Chez Bon Pote, nous avons passé au crible les votes du RN à l’Assemblée nationale. Et le résultat est diamétralement opposé à ses discours. Le parti de Marine Le Pen s’oppose en effet dans 78 % des cas aux mesures visant à réduire la consommation d’énergies fossiles, dont les émissions de gaz à effet de serre alimentent le changement climatique. Même tendance sur l’adaptation climatique (qui inclut la diminution du risque d’incendie), qu’il n’a soutenue que dans 16 % des cas.

Concernant les moyens alloués à la lutte contre les feux, rappelons que le Rassemblement national s’est opposé, notamment, à augmenter le budget des services d’incendie et de secours (SDIS) via le rehaussement de la taxe de séjour (législature 17, votes 302 et 4074), et l’instauration d’une contribution des compagnies d’assurance (législature 17, vote 4076). Il a également rejeté la mise en place d’un plan d’adaptation des forêts visant, entre autres, à réduire le risque d’incendie (législature 16, vote 1509).
5/ Si ça brûle, c’est la faute des pyromanes
Dans les médias et sur les plateaux télé, la question de l’origine humaine des incendies revient régulièrement au premier plan. On ne compte plus les articles qui cherchent à dresser le profil psychologique de ces personnes interpellées pour départ de feu volontaire. Les incendies sont même parfois présentés comme de véritables « scènes de crimes ».
La réalité : Il est vrai que 90 % des feux de forêt sont d’origine humaine, le reste pouvant être causé par des causes naturelles, comme la foudre. Mais, parmi ces départs de feu d’origine humaine, la majorité est involontaire. Environ 35 % sont liés à des travaux, comme cela semble avoir été le cas pour l’incendie de Gironde, tandis qu’environ 15 % sont liés à la négligence des particuliers (mégots jetés, barbecues). Au total, seul un quart des incendies sont d’origine intentionnelle : les fameux pyromanes.
Mais surtout, si ça brûle autant, c’est à cause du réchauffement climatique. Un pyromane dans un environnement où les sols sont gorgés d’eau et où les températures restent proches des normales saisonnières fera moins de dégâts que dans un contexte de sécheresse prolongée, de végétation desséchée et en pleine canicule. Le réchauffement climatique crée donc les conditions idéales pour l’intensification et la propagation des feux : il transforme le territoire en une boîte d’allumette géante. « Les conditions propices aux incendies s’intensifient avec le réchauffement climatique », rappelle le dernier rapport du Haut Conseil pour le Climat.
Rejeter la faute sur les seuls pyromanes revient donc à ignorer l’impact désastreux du réchauffement climatique, mais aussi celui du modèle forestier. Dans la forêt des Landes de Gascogne, les étendues continues de pins maritimes favorisent la propagation des incendies, transformant des départs de feux en énorme brasier.
6 / La préfète de la Gironde refuse l’aide des agriculteurs
La préfète de la Gironde Sophie Brocas a été accusée de refuser l’aide d’agriculteurs pour lutter contre les incendies qui ravagent la région. Largement relayées sur les réseaux sociaux, ces critiques reposent notamment sur le témoignage d’un homme présenté comme un agriculteur venu prêter main forte aux pompiers avec son camion de 12 000 litres d’eau, et à qui la préfecture aurait « purement et simplement refusé l’accès. »
La réalité : Sophie Brocas a salué ces initiatives tout en expliquant que « la générosité, c’est très bien, à condition que ce soit organisé. » Mais loin de constituer un frein administratif de nature à repousser les élans de solidarité, le processus d’enregistrement des bénévoles est un jeu d’enfant, assure TF1info : le président des Jeunes agriculteurs de Gironde, Théo Hernandez, confirme au média que la démarche peut être réalisée en une minute trente. D’autant que la coordination est clé, dans la mesure où les initiatives individuelles sont susceptibles de « compliquer les opérations de secours en cours », explique le ministère de l’Agriculture. Commandant au SDIS 33, Matthieu Jomain abonde sur France 3 : « Agriculteurs, bénévoles, respectez les consignes de sécurité. Leur aide est plus que bienvenue mais à exercer dans des conditions optimales de manière à ne pas se mettre en danger. » En d’autres termes, aider oui, mais sans pénaliser les équipes qui souffrent déjà sur le terrain.
Un écran de fumée bien pratique
Chaque jour, de nouveaux mensonges sont inventés. Aujourd’hui, ce sont le débroussaillement et les panneaux solaires ; demain, ce sera la faute des voitures électriques, des batteries, et qui sait, du voile…
Cet écran de fumée sème le doute et la confusion dans les esprits. Pendant que les internautes s’écharpent sur les réseaux sociaux et montent des théories en épingle, on passe à côté de l’essentiel, à savoir la lutte contre le changement climatique et la mise en place d’une stratégie d’adaptation à la hauteur.
One Response
Faites du vélo. C’est un bon début…
Je rigole pas en disant cela…