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Mai 2026. Alors que la canicule touche à sa fin et que les médias en parlent depuis 6 jours, le constat est toujours le même, comme si nous étions dans le film Un jour sans fin. 6 jours de direct, de reportages de TGV bloqués, de vendeurs de glaces avec le sourire et de débats sur la climatisation. On y mentionne parfois, après 5 min de reportage ou un très long texte, le changement climatique. On y mentionne rarement voire jamais les énergies fossiles. Surtout, les causes ne sont jamais mentionnées. Comme lors de l’été 2025, le niveau d’information sur le climat n’a jamais été aussi mauvais.
Mardi 26 mai, alors même que la canicule avait déjà (officiellement) fait 7 morts et que le pic de la canicule n’était pas encore atteint, le gouvernement appelait chacun à la “vigilance”. Une tactique classique de l’inaction climatique, utilisée de façon systématique par le gouvernement et les entreprises pour rediriger la responsabilité vers les individus. Il fait chaud ? Buvez de l’eau.

C’est pourtant un évènement rare qui est en train de se produire, un ovni climatique pour reprendre l’expression du climatologue Christophe Cassou. Un évènement avec une probabilité extrêmement rares qui ne devraient se produire que dans moins de 0,01% des cas. Un évènement “4 sigmas” comme nous l’avions observé en 2021 au Canada quand il avait fait 49,6°C à Lytton, avant de voir quelques jours plus tard le village partir en fumée.
Pour mieux comprendre la gravité de l’évènement, il faut savoir que si la même chose arrivait au mois de juillet en France, nous pourrions avoir 50°C en France. Mais est-ce que cela est une surprise ? Absolument pas. Les modèles climatiques anticipent ce genre d’évènements. Nous savons grâce à une étude de Bevacqua & al (2026) que même avec un réchauffement climatique modéré en dessous de +2°C à l’échelle mondiale, nous pouvons avoir des évènements climatiques extrêmes.
Qui aurait pu prédire ?
C’est pour cela qu’il est indécent d’entendre un président de la République déclarer “qui aurait pu prédire la crise climatique” alors que des rapports scientifiques sont clairs sur le sujet depuis des décennies et que le dernier rapport du GIEC venait de sortir plus d’un an avant son allocution.
En parlant du gouvernement, il existe deux problèmes fondamentaux. Premièrement, il ne respecte pas ses objectifs climatiques et met les Français en danger. C’est le constat du rapport annuel 2025 du Haut Conseil pour le Climat. Deuxièmement, quel média ou journaliste a interrogé directement le gouvernement sur le sujet et demandé des comptes ? Quel média a demandé au gouvernement comment il faisait ou allait faire pour protéger les Français, qui meurent par milliers en moyenne des canicules chaque année en France ? Aucun. Personne.
Pourquoi les journalistes ne rappellent-ils pas les votes à l’Assemblée nationale des partis politiques qui défendent les énergies fossiles et condamnent notre avenir climatique ? Le Rassemblement National peut ainsi se permettre de déclarer que “le RN est le parti le plus écologique dans notre pays” sans contradiction sur France Info, raconter n’importe quoi sur “le GIEC et la priorisation du nucléaire”, et déclarer qu’il faut climatiser le pays sans nuance, sans évaluation, sans chiffre. Rien.
Un débat (nécessaire) sur la climatisation devrait être tenu, dans un cadre où l’on rappelle les enjeux systémiques et où l’on rappelle qu’on ne résout jamais un problème aussi complexe que le réchauffement climatique avec une seule technologie ou une approche technologique. Mais pourquoi être factuel et nuancé quand on peut arriver sur un plateau TV, dire des bêtises sans contradiction et s’en vanter ensuite sur les réseaux sociaux ?
Les médias continuent le mode Don’t Look Up. Rires sur le plateau de BFM TV mardi 25 mai quand un train avec un défaut de climatisation est évacué en pleine canicule. Des malaises dans le train, des femmes enceintes évacuées. Mais quand on parle depuis un studio climatisé, on a du mal à comprendre les conséquences du changement climatique. A l’instar du journaliste sportif Daniel Riolo qui trouve qu’on fait trop de blabla pour deux semaines de chaleur. “Ils ont qu’à mettre un tee shirt !”
Excellent conseil Daniel. Dommage que les ouvriers morts cette semaine sur des chantiers à cause de la canicule n’aient pas pensé à suivre vos conseils et à mettre un tee shirt. Nous devrions retirer la climatisation aux éditorialistes et politiques qui prennent le réchauffement climatique à la légère, le débat public sur le climat n’en serait que meilleur.
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La clim, la clim, la clim
Plus de 1000 records de température maximum sont tombés cette semaine en France métropolitaine. Pourtant, les causes n’étaient jamais évoquées. Où sont passées les émissions de transports, responsables de 34% des émissions de CO2 en France ? Le rôle de la voiture individuelle ? Le transport routier ?

Où est passé le rôle du trafic aérien ? de la consommation de viande ? De la fast fashion ? Des ultrariches et de leur mode de vie (yacht, jet privé..) ? Comment avancer si les Français ne font pas le lien avec ce qu’ils consomment et les décisions politiques qui ne leur offrent pas d’alternatives ?
Ca aussi, c’est très clair et connu depuis longtemps : il n’y aura pas de “transition écologique” sans changement structurel. Pourquoi les journalistes ne questionnent-ils pas concrètement le gouvernement sur les baisses de budget ? Sur leurs promesses non tenues ? Sur la construction de l’A69 (contre l’avis unanime des scientifiques), la défense de niches fiscales pour les yachts ? Le capitalisme, tout simplement ?
Chaque année, nous alertons sur Bon Pote sur l’état déplorable des bâtiments publics en période de canicules, et notamment des écoles. Le journaliste Thibaut Schepman a rappelé que c’était tout sauf le fruit du hasard, ou la faute à pas de chance. C’est le résultat d’une quasi décennie de choix par Emmanuel Macron et ses différents gouvernements de délaisser l’école et de ne pas les adapter aux très fortes chaleurs. Le premier syndicat des collèges et des lycées généraux et technologiques (SNES) faisait ce jeudi le bilan de l’opération météo des classes : 77,6 % des collèges et des lycées ont relevé une température de plus de 30 degrés, 87,18 % des établissements n’ont pas mis en place de mesures d’adaptation. Des établissements avec parfois plus de 50°C enregistrés. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.
Pauvreté des débats, climatosceptiques et flood the zone with shit
Alors que la France se réchauffe plus vite que le reste du monde et que nous ne sommes pas prêts à encaisser un pays réchauffé de 4°C (ce qui est plus que probable, à lire pour le comprendre), nous en sommes pourtant encore à débattre pour savoir si ces canicules sont le signe du réchauffement climatique, et si ce réchauffement climatique est bien d’origine humaine. Nous en sommes encore là, et des journalistes se font insulter parce que des cartes sont un peu trop rouges, ce que nous avons vivement condamné dans notre newsletter.
Regardez le nombre de papiers publiés cette semaine sur le sujet. Est-ce vraiment représentatif des Français, ou simplement des trolls, des climatosceptiques et autres fans de Zemmour et Bardella particulièrement bruyants qui se lâchent en commentaires sous réserve d’anonymat ? La réalité, c’est que les Français ne sont pas climatosceptiques. Ils sont une minorité à l’être, et l’obstruction climatique en France vient d’ailleurs.
La vraie obstruction climatique, la principale, vient des votes à l’Assemblée nationale, du gouvernement, de la droite et de l’extrême droite. Elle vient d’entreprises qui pratiquent le greenwashing, des banques, les pétroliers et gaziers comme Total, des discours rassuristes qui nous disent que la technologie et l’IA vont nous sauver et que nous n’avons pas besoin de changer nos modes de vie. Elle vient de médias mainstream incapables de nommer les énergies fossiles et de contredire les mensonges des politiques en interview. Les verrous sont ici.
Nous avons encore certains éditorialistes qui disent que la France ne représente que 1% des émissions mondiales de CO2, en oubliant volontairement le fait que le réchauffement climatique est le résultat de nos émissions cumulées et que la France est l’un des plus grands émetteurs historiques mondiaux de CO2.
Il faut désormais gagner du temps, ou en tout cas ne plus en perdre et ne plus débattre avec les climatosceptiques. Même avec 40°C en février, ils ne changeraient pas d’avis, vous diraient qu’ils ont déjà connu ça en 1976 et que leur grand-mère a eu de la pluie la semaine dernière. Pire, ils sont là pour nous faire perdre du temps, et à l’instar d’un Pascal Praud, ne vivent que dans l’outrance et le mensonge. “Inonder la zone de merde” appliqué à la perfection, jusqu’à ce que nous les laissions dans l’oubli.
Si nous souhaitons avancer, rappeler que les faits scientifiques sur les canicules ne suffira pas. Ce sont bien des décisions politiques qui nous empêchent de changer de système, un système où nous n’avons d’autre choix que de subir les canicules. Frantz Fanon disait que “politiser, c’est ouvrir l’esprit”. Il est temps de politiser les canicules et de reprendre notre avenir climatique en main.