|
Getting your Trinity Audio player ready...
|
La cour d’appel a tranché : Marine Le Pen pourra être candidate à l’élection présidentielle de 2027. Cette décision lève l’incertitude qui pesait sur le Rassemblement national depuis le jugement de première instance en 2025. Marine Le Pen y avait été condamnée à cinq ans d’inéligibilité dans l’affaire de détournement de fonds au Parlement européen.
Selon ce nouveau jugement en appel, rendu mardi 7 juillet, Marine Le Pen est toujours coupable de détournement de fonds. Mais sa peine d’éligibilité a été revue à la baisse : elle passe de cinq ans à 45 mois, dont 30 mois avec sursis. Parce qu’elle a déjà purgé une partie de sa peine, Marine Le Pen pourra légalement se présenter à l’élection présidentielle de 2027.
Par contre, le flou reste entier sur la candidature de Marine Le Pen. La cour d’appel l’a condamnée à 3 ans de prison dont deux avec sursis, avec bracelet électronique. Marine Le Pen avait annoncé ne pas vouloir faire campagne avec un bracelet. La balle est donc dans son camp : c’est à elle de décider si elle souhaite être candidate en 2027.
Des affaires qui minent la confiance envers la politique
Après une dizaine d’années d’enquêtes, Marine Le Pen et plusieurs députés et assistants parlementaires du RN ont été reconnus coupables de détournement de fonds publics, pour un préjudice total de 4,1 millions d’euros. En clair, des assistants parlementaires censés travailler pour les députés européens ont en réalité œuvré pour le parti en France pendant plus d’une décennie. Ces emplois fictifs ont aussi permis de rémunérer le garde du corps de Marine Le Pen.
Les affaires ne s’arrêtent pas là pour le RN. En juillet 2025, une nouvelle enquête a été ouverte concernant le groupe « Identité et démocratie », dont le RN était un des membres les plus importants entre 2019 et 2024. Les enquêteurs suspectent le groupe d’avoir indûment dépensé 4,3 millions d’euros, notamment par des marchés publics passés sans appels d’offres auprès d’entreprises gravitant dans la sphère d’extrême droite. Des perquisitions ont été menées fin juin 2026 dans quatre pays européens.
Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy, Rachida Dati… Les affaires judiciaires impliquant des personnalités politiques se multiplient depuis plusieurs années, au risque de fragiliser notre démocratie. Dès 2013, en plein scandale Cahuzac, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) alertait sur le lien entre ces affaires et le « très haut niveau de défiance des citoyens à l’égard de leurs dirigeants ». Les recherches scientifiques corroborent ce constat : la confiance politique est plus faible dans les pays avec des niveaux plus élevés de corruption.
En 2022, le 3e groupe du rapport du GIEC alertait déjà sur la corruption et la confiance envers les institutions, qui peuvent freiner les politiques de transition climatique. Il y a un consensus : lutter contre la corruption et renforcer la confiance politique sont “essentiels pour harmoniser et soutenir des politiques et des processus à long terme respectueux de l’environnement”. La question climatique est donc une question démocratique. Si la confiance envers les institutions et les gouvernants disparaît, nos chances d’atteindre un jour la neutralité carbone sont simplement réduites à zéro.
+30 000 SONT DÉJÀ INSCRITS
newsletter
Une alerte pour chaque article mis en ligne, et une lettre hebdo chaque vendredi, avec un condensé de la semaine, des infographies, nos recos culturelles et des exclusivités.
Dénigrement de la justice : une stratégie qui arrive en France
Dès son premier procès en 2025, Marine Le Pen n’a pas seulement nié les faits. Elle a délibérément remis en cause la légitimité des juges. Après le verdict, le Rassemblement national et ses alliés d’extrême droite ont systématiquement attaqué la justice et les magistrats dans les médias. Les menaces à l’encontre des juges sont telles que la magistrate qui a rendu la décision dans l’affaire Le Pen a été placée sous protection policière. Jordan Bardella a dénoncé la « tyrannie des juges » tandis que Marine Le Pen affirmait que son exclusion de la présidentielle constituerait un « vol » démocratique.
Ce type de discours ne date pas d’hier : on le retrouve par exemple dans la bouche de dirigeants tels que Donald Trump aux États-Unis. Mais il devient de plus en plus fréquent en France. « Nous sommes déjà dans une situation de transition en France, alertait la magistrate Magali Lafourcade au micro de France inter. Entre les personnalités politiques, comme Gérald Darmanin, qui affirment ne pas vouloir respecter une décision de justice et le nombre croissant de menaces de mort envers les magistrats, la situation semble en effet empirer.
Les attaques contre la justice sont de plus en plus légion, au risque de remettre en cause l’État de droit, l’indépendance de la justice, ou encore le respect des droits fondamentaux. Et ces attaques ne sont pas seulement l’apanage de l’extrême droite. Bruno Retailleau a même été jusqu’à affirmer que l’État de droit n’était ni « intangible » ni « sacré », surfant sur des positions illibérales dignes de dirigeants comme Viktor Orban en Hongrie.
Quel candidat pour la présidentielle ?
Bardella ou Le Pen ? Le Pen ou Bardella ? Depuis le verdict de première instance en 2025, les commentateurs politiques envisageaient deux scénarios pour 2027. Le jugement en appel vient de trancher : Marine Le Pen pourra être candidate du Rassemblement national pour l’élection présidentielle. Cette décision conforte l’actuelle présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, qui dispose d’atouts considérables : deux décennies d’expérience politique avec trois candidatures présidentielles à son compteur.
Pourtant, le maintien de la candidature Le Pen fait planer le doute sur la stratégie du parti en matière de politique économique. Deux positions s’affrontent. D’un côté, Marine Le Pen a longtemps cultivé une image proche des classes populaires, même si dans les faits son programme économique était peu différent du programme néolibéral de la droite et d’Emmanuel Macron. De son côté, Jordan Bardella affiche plus ouvertement un positionnement pro-business et a réorienté le parti vers les grands patrons.
Dans les faits, c’est la ligne de Jordan Bardella qui semble l’emporter. Les votes à l’Assemblée nationale, que nous avons analysés, le confirment. Entre 2022 et 2026, la proportion de votes RN favorables aux ultra-riches a augmenté. Depuis 2024, le parti a voté en faveur des ultra-riches dans 85% des cas.
Marine Le Pen se retrouve face à un dilemme insoluble. Poursuivre la mue pro-business amorcée par Jordan Bardella ? Le RN risque alors de s’éloigner de son électorat populaire. Freiner ce rapprochement avec les milieux économiques ? C’est fragiliser l’élargissement vers les électeurs et partis de droite dite « traditionnelle », qui sont pourtant essentiels pour espérer l’emporter au second tour.