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Le Rassemblement National serait la formation politique la plus crédible pour lutter contre les feux de forêt. C’est ce qu’indique un sondage Harris Interactive / Toluna réalisé pour la chaîne LCI le 31 juillet dernier : 43 % des Français déclareraient faire confiance au RN en la matière. Les Républicains seraient seconds avec 32 % de confiance, suivis de près par Horizons (29%), Renaissance (28%) et Les Écologistes (29 %). La France insoumise serait lanterne rouge, avec 20% des voix.
Comment est-il possible qu’en dépit des votes et des positions réelles de ces partis politiques, un sondage puisse aboutir à une telle conclusion ? Notre article, qui s’inscrit dans la continuité de nos travaux sur la fabrique des sondages, vise à l’expliquer.
Le RN et les Républicains, pires partis contre les incendies
Les résultats du sondage sont exactement inverses aux choix politiques de ces différentes formations. Le Rassemblement national, par exemple, n’a pas seulement fait preuve d’un long et intense engagement climato-dénialiste. L’historique de ses votes à l’Assemblée montre aussi une ligne politique totalement contraire à la sécurité civile et à la lutte contre les incendies. La journaliste de Bon Pote Sophie Kloetzli a ainsi démontré que le Rassemblement national s’est quasi systématiquement opposé ces dernières années au renforcement des moyens de lutte contre les feux de forêt, en refusant d’augmenter les budgets consacrés ou de recruter des pompiers professionnels. Il a aussi rejeté les mesures de prévention forestière pourtant recommandées par le Haut Conseil pour le Climat et défendu des propositions inefficaces, inapplicables ou technosolutionnistes. Enfin, les élus du RN ont défendu les énergies fossiles à l’Assemblée nationale, alimentant directement la crise climatique et voté de façon à saboter l’adaptation au changement climatique.
Les groupes parlementaires de la droite et de la majorité présidentielle (Renaissance, Républicains, Horizons…) ont tenu des lignes similaires. A l’inverse, La France insoumise (LFI), le Parti Socialiste et les Ecologistes (EELV) ont voté très majoritairement en faveur de mesures qui font clairement avancer la lutte contre les incendies.
Comment explique-t-on ce tour de magie statistique par lequel la confiance de l’opinion s’avère totalement inversée par rapport à la réalité des votes à l’Assemblée ? Se plonger dans la fabrique de ce sondage apporte des réponses.
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Un sondage réalisé via « access panels », une méthodologie aux nombreux biais conservateurs
En consultant la notice de réalisation du sondage Harris Interactive / Toluna, on constate qu’il a été mené sur un échantillon de 1111 personnes dit représentatif de la population française. Surtout, cet échantillon a été sélectionné via internet, selon une méthodologie dite « access panel ».

Pour mener ces sondages par internet, les instituts puisent dans des panels de volontaires (les « access panel », donc) rémunérés à la marge, via des bons d’achats par exemple. Cette méthode a un avantage : elle est beaucoup plus rapide et moins coûteuse que l’alternative qui consiste à interroger les sondés par téléphone. Problème : le journaliste Luc Bronner a prouvé dans Le Monde le manque de sécurité et de contrôle du système en répondant à 200 sondages sous de fausses identités. De quoi conclure à une “fabrique opaque” des sondages. Mais ce n’est pas tout.
La qualité de réalisation de ces sondages est si contestée que la Société française de statistique a invité à les proscrire, s’appuyant sur une étude qui concluait : « Les membres des access panels forment une sous-population minoritaire et sélectionnée dont les comportements de réponse ne sont pas corrigibles ». Ce sont les difficultés de recrutement des sondés qui expliquent principalement le manque de fiabilité de ces sondages en ligne. Car, par nature, ils donnent la parole à une minorité de la population, très connectée, très politisée et très motivée à l’idée de donner son avis. Et ces avis sont très souvent bien particuliers, en l’occurrence très conservateurs. C’est ce que démontre le sociologue Vincent Tiberj dans les premiers chapitres de son livre La droitisation française, mythe et réalités.
Autant d’éléments qui permettent de mieux comprendre l’avis particulièrement conservateur exprimé dans le sondage Toluna / Harris interactive.
Un artefact contesté et contestable
Aurait-on obtenu le même résultat si la question posée rappelait explicitement les causes systémiques des incendies ou l’historique des votes à l’Assemblée ?

Une chose est sûre, ses conclusions arrangent largement le Rassemblement national, parti politique d’extrême droite qui a fait des discriminations et de l’anti-écologie un élément central de son programme. Les élus de ce parti n’ont d’ailleurs pas manqué de diffuser ces chiffres.

Ces faits engagent bien sûr la responsabilité des instituts, dont Harris Interactive/Toluna, qui n’a pas répondu à notre demande d’interview au moment où nous publions cet article, mais aussi celle des médias et commentateurs qui en ont partagé les résultats. Pour ne pas laisser ces chiffres contestables dicter le débat public, un travail de déconstruction méthodique s’impose. Jusqu’à l’élection présidentielle de 2027, la rédaction de Bon Pote maintiendra une alerte maximale sur les sondages et la fabrique de l’opinion.
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One Response
Merci BonPote pour le debunkage de toutes ces méthodes tordues, qui montrent bien le panier de crabes pour lequel il va falloir voter en 2027.
Malgré tous nos efforts (nous,lecteurs), on sait très bien que ce travail risque fort de rester en circuit fermé. Il faudrait que ces info soient relayés par des canaux davantage mainstream pour impacter les futurs choix.
On espère que des émissions d’investigation inviteront l’équipe BonPote afin de lever le voile sur ces dérives.