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Je suis en colère. Nous sommes au milieu d’une deuxième canicule historique (en juin !), des dizaines de morts officielles sont déjà annoncées. Probablement des centaines à venir et des milliers lorsque Santé Publique France publiera les chiffres des morts de la chaleur en 2026.
En colère parce que tout est annoncé depuis des années, plus exactement des décennies. Et je suis loin d’être le seul. Le ras le bol des scientifiques est palpable sur les plateaux TV : ils répètent inlassablement les mêmes messages, les journalistes sont étonnés ou font semblant de s’intéresser, comme s’ils venaient de découvrir qu’une partie de l’humanité risquait sa vie.
“Pour ou contre la clim” ? Voilà ce à quoi nous avons droit à chaque canicule. Le niveau zéro de la réflexion, du début du commencement d’un changement radical pourtant plus que jamais nécessaire. Cette fois-ci, cerise sur le gâteau, le RN a pu se balader sur tous les plateaux TV en se présentant comme le parti champion de l’écologie. Ne riez pas, c’est la petite musique que l’on entend partout depuis une semaine, y compris sur le service public.
Voilà plusieurs années que je suis scrupuleusement le traitement médiatique des canicules chaque été et ce que j’ai écrit l’été dernier reste entièrement valable : le traitement médiatique du climat n’a jamais été aussi mauvais. Cette année il va falloir utiliser un autre adjectif : ils sont irresponsables.
Par “ils”, lisez l’immense majorité des médias mainstream. Cela veut bien dire que de façon systémique, mis à part quelques exceptions, c’est une catastrophe. Vous en doutez encore et pensez que c’est une exagération ? Lisez plutôt.
Sommaire
Pour ou contre la clim ? Répondez !!
Lors de la première canicule en mai, nous dénoncions déjà le traitement médiatique qui avait principalement tourné autour de la clim. le niveau de fake news étant important, la journaliste Sophie Kloetzli a depuis écrit deux articles très lus pour premièrement comprendre les ordres de grandeur et sortir des caricatures, puis un deuxième pour avoir des alternatives à la clim.
Soyons clairs : sur 1h, le sujet de la clim ne devrait pas durer plus de 2 min. La réalité, c’est que tous les partis politiques souhaitent la clim là où elle est désormais indiscutablement nécessaire : les hôpitaux, les écoles, etc.
La nuance à apporter, c’est qu’installer la climatisation n’a de sens que si l’on a tout fait pour empêcher la chaleur de rentrer, résume Clément Gaillard pour Bon Pote. Parler de justice sociale également, de l’accès inégalitaire à la clim, qui y a accès, son prix, etc.
Il faudrait également rappeler à François Gemenne et autres VRP de la clim que ce n’est PAS “que 0,5°C à +2°C de plus en ville”. Cet argument, vous l’avez entendu partout. Sur C ce Soir, sur France Info, France Inter. Partout. La réalité, c’est que dans certains ICU (îlot de chaleur urbain), la chaleur supplémentaire peut même être de +8 degrés. La réalité, c’est que 2 degrés de plus, cela augmente la surmortalité de 100%. Nous l’écrivions déjà en 2021 avec le scientifique Fabio D’Andrea dans un article qui annonçait une température de 50°C possible dans les années à venir en France. Est-ce que ce fait est systématiquement rappelé ?
Mais surtout, il faut se demander pourquoi le sujet de la clim a été imposé par l’immense majorité des médias, et par qui. Un homme de paille qui vous force à vous positionner, un chiffon rouge comme l’appelle le climatologue Christophe Cassou, qui arrange bien les affaires du Rassemblement national, lui qui souhaite climatiser la France, partout.
Une réponse technique pour un problème aussi complexe que le changement climatique apparait stupide pour quiconque a déjà un peu lu sur l’origine du changement climatique et ses causes, mais le message est passé, relayé inlassablement, imposé : il faut parler de la clim. Une stratégie de diversion efficace afin de continuer l’obstruction climatique et s’assurer que rien ne change. Réussi, avec la complicité d’une multitude d’acteurs qui se moquent bien des milliers de morts à venir. Business is business.
Le réchauffement national
Cette stratégie de diversion avec la clim qui évite donc de parler des vrais sujets. Trop rarement, les énergies fossiles sont évoquées, alors que c’est central. Trop rarement, ou plutôt jamais, le lien entre le quotidien des Français, leur consommation et les émissions de gaz à effet de serre n’est fait.
On ne parle pas de TotalEnergies et des exportateurs d’énergies fossiles. Où est l’analyse des votes des partis politiques à l’Assemblée nationale qui maintiennent les Français dans les énergies fossiles ? Nous avons fait ce travail chez Bon Pote, et 78% des votes du Rassemblement national sont pro énergies fossiles, donc pro canicules. Nous pourrions même aller plus loin et dire que dans la mesure où la France importe 99% des énergies fossiles qu’elle consomme, les votes du RN favorisent Trump et Poutine. Mais où trouve-t-il toute cette énergie, demandait Jordan Bardella à Donald Trump. Dans un puits de pétrole Jordan, c’est pour ça qu’il fait 40°C dehors et que des Français meurent, Jordan.
Simple question : avez-vous entendu parler cette semaine de l’urgence de réduire notre consommation de viande ?? De la nécessaire réduction du trafic aérien ou du nombre de voitures individuelles en France ? De l’artificialisation des sols, où nous continuons à bétonner le pays alors qu’il faudrait faire l’inverse ? Non, pas vraiment. En revanche, vous avez entendu parler de la clim. Ca c’est important la clim. Vous êtes pour ou contre la clim ? Contre ? Vous voulez que des gens meurent, néo-éco-terroriste ?
Politiser les canicules, enfin ?
Une lueur d’espoir tout de même, cette remarquable Une de Libé cette semaine intitulée : “il faut politiser la canicule”.

Une interview à lire du climatologue Christophe Cassou, qui a répété inlassablement le message cette semaine sur tous les plateaux TV. Le message est clair : on arrête de parler de la clim et on parle surtout des irresponsables qui font que les Français souffrent et meurent des canicules.
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La ministre de ? La transition écologique ?
Le gouvernement, parlons-en.
Dans quel monde le ministre délégué Mathieu Lefèvre, méprisant au possible dans chacune de ses interventions TV et à l’Assemblée nationale, peut-il déclarer “cela fait 9 ans qu’on se prépare”, en assurant que tout est sous contrôle avec le changement climatique ? Circulez, y a rien à voir ? Et les familles qui pleurent leurs morts, tu vas aller leur expliquer personnellement que tout a été parfaitement géré ?
A l’image de la Macronie depuis 9 ans, mépris, mensonges et redirection de la responsabilité sur les individus. Emmanuel Macron a fait sa part : dire aux Français de boire de l’eau et de rester au frais. S’il y a des morts, c’est de votre faute. Puisque le gouvernement a tout bien préparé. C’est Mathieu Lefèvre qui le dit, il est au gouvernement, il doit mieux savoir que nous.
Il doit aussi bien mieux savoir que nous à quel point la France ne respecte pas ses objectifs climatiques, que nos forêts absorbent déjà moitié moins de CO2 qu’il y a 10 ans, qu’ils participent au démantèlement des agences d’Etat qui sont justement là pour aider à la transition écologique, qu’ils ont baissé le budget du fonds vert, qu’ils ont validé et défendu l’autoroute A69, qu’ils ont détricoté le droit de l’environnement main dans la main avec la droite et l’extrême-droite. Tout ceci est factuel et n’a rien à voir avec un pseudo militantisme. Les faits, rien que les faits, qui devraient être rappelés à ces bonimenteurs chaque fois qu’ils osent prétendre qu’ils ont protégé les Français des conséquences du changement climatique.
Dans ce gouvernement, personne n’a été à la hauteur de l’enjeu en 9 ans. La ministre de la transition écologique actuelle et adepte du whataboutisme, Monique Barbut, ne fera pas exception. Complètement absente depuis le début des canicules, elle est sortie de sa grotte pour déclarer le 24 juin “il y a une forte probabilité que nous connaissions de nouveau des chaleurs extrêmes jusqu’au 14 juillet.”

Une jolie fake news : aucun modèle météorologique ne prévoit, au moment où elle parle, de canicule entre le 6 et 14 juillet. Lorsque nous avons publié un démenti sur le compte Instagram Bon Pote, nous avons reçu des centaines de messages de lectrices et lecteurs Bon Pote qui avaient été complètement déprimés par l’annonce de la ministre le matin même. Nous nous retrouvons encore à faire le SAV des fake news du gouvernement quand il faudrait avancer et passer la seconde.
Si Emmanuel Macron souhaitait marquer l’histoire, qu’il soit rassuré, c’est fait. L’histoire retiendra son mépris pour les scientifiques, son mépris des activistes climat comparés à des éco terroristes par ses différents ministres, les milliers de morts français de la canicule depuis qu’il est au pouvoir, la légion d’honneur remise au PDG de TotalEnergies.. L’histoire s’en souviendra, et espérons le, les tribunaux aussi.
L’écologie punitive des pyromanes
Vous pouvez être certains qu’à chaque canicule, deux choses vont systématiquement revenir. Premièrement, les “écolos” seront accusés de tous les maux. C’est un classique, et la même chose dans tous les pays. A l’instar des marchands de doute Géraldine Woessner, Emmanuelle Ducros ou Mac Lesggy en France, les écolos sont pris pour cible et harcelés sur les réseaux sociaux.
Deuxièmement, la fameuse “écologie punitive”. Le député Thomas Ménagé, qui trouvait il y a peu que le GIEC “exagère”, a pu rappeler sur le plateau de C ce soir le 23 juin que le RN était champion de l’écologie et qu’eux, responsables, vrais écologistes, évitaient l’écologie punitive. Mis à part la courageuse activiste Marie Chureau, personne sur le plateau n’a réagi.
Rappelons à ce député et à Bruno Retailleau, autre adepte de l’expression, ce qu’est la vraie écologie punitive. Des écoles où il fait plus de 35°C, des épreuves du BAC reportées, des hôpitaux surchargés où pour la première fois des Français meurent de températures extrêmes, des trains retardés de plusieurs heures ou annulés à cause de la chaleur, des malaises, des rails déformés par la chaleur… Heureusement BFM a lancé une question intéressante : et si vous preniez l’avion ? Et oui, cela émet 50x plus de CO2 qu’un TGV, mais hey, pourquoi pas ?

Vous voulez encore un peu d’écologie punitive ? Augmentation des feux de forêt, sécheresses, des pertes agricoles, des dizaines de milliers de foyers privés d’électricité en pleine canicule, des animaux qui meurent par dizaines de milliers, des dizaines de Français morts de noyade en quelques jours et des centaines à venir.
Voici messieurs, un aperçu de la vraie écologie punitive. Au passage, vous qui pleurez toute l’année pour la croissance du PIB, sachez que l’impréparation aux canicules va coûter des dizaines de milliards cette année. Mais qui aurait pu prédire ? Oh personne, juste le 3e volet du dernier rapport du GIEC dont le résumé pour les décideurs a été signé par tous les Etats, y compris donc par la France. Ils savent, donc deux possibilités. Soit ils sont incompétents, soit ils se moquent des morts des canicules. A vous de choisir.
Yann Barthès, la cerise sur la canicule
Supporter la chaleur est une chose. La supporter avec le mépris du gouvernement et des éditorialistes depuis leur studio climatisé est une toute autre chose.
Il faut imaginer le niveau de déconnexion de Yann Barthès lorsqu’il déclare sur Quotidien que nous sommes tous égaux face à la canicule, que Bernard Arnault en souffre autant que votre voisin, et qu’il finit ensuite par se moquer des personnes qui vivent sous les toits.
Un mépris de classe total de la part de ces journalistes travaillant dans des studios climatisés qui se moquent de la souffrance de millions de Français qui subissent la canicule. Pour rappel, une étude basée sur la canicule de 2003 indique qu’habiter sous les toits augmente le risque de surmortalité par 4. Est-ce toujours aussi drôle, Yann Barthès ?
La canicule tue. Il y aura des milliers de morts cet été. Le résultat d’inaction climatique, de décisions politiques pour maintenir la consommation d’énergies fossiles, et de médias comme Quotidien qui invitent les patrons du CAC40 tout sourire sans jamais les questionner concrètement sur ce qu’ils font pour la transition écologique.
C’est pourtant ce que nous devrions faire en 2026 : politiser les canicules, dépasser le constat, et parler des acteurs qui bloquent la transition écologique. Qui vote pour le maintien des énergies fossiles ? Qui est au gouvernement depuis 9 ans et n’est jamais interrogé sur les milliers de morts chaque été de la chaleur ?
Les Français méritent un meilleur traitement médiatique, à la hauteur de l’urgence écologique. Ils sont beaucoup plus prêts qu’on ne le laisse entendre à changer, encore faudrait-il que les politiques et les entreprises leur en donnent les moyens.