Mort de la croissance verte et du découplage

Croissance verte

Depuis le rapport du GIEC en août 2021, les voix défendant une possible croissance verte ou un découplage se font de plus en plus rares. Le mot croissance verte n’est d’ailleurs plus vraiment utilisé par les politiques, même si certain(e)s se risquent encore à parler de croissance responsable, d’écologie de production, etc.

Après une année 2020 où nous avions observé une baisse significative des émissions mondiales, certains se mettaient à rêver. « Vous voyez, c’est possible d’avoir une baisse des émissions ! ». Certes, mais avec une récession mondiale due à la Covid, car en 2021, la croissance mondiale est repartie de plus belle, accompagnée d’une hausse des émissions quasi identique.

Chaque année qui passe est une année de perdue pour respecter nos engagements climatiques. Les faux espoirs sont systématiquement douchés par les chiffres qui rappellent que la physique se moque des mensonges et promesses. Après avoir défini ce qu’est le découplage, nous démontrerons en chiffres que la croissance verte est une théorie zombie et qu’il est urgent de passer à autre chose.

Définir la croissance verte et le découplage

Pour être certain de parler de la même chose, il est d’abord important de s’accorder sur une définition de la croissance verte et du découplage.

Dans la très grande majorité des cas, la croissance verte est définie par un découplage, c’est-à-dire une économie où nous avons à la fois une croissance économique (hausse du PIB) et en même temps une baisse des émissions de CO2. Il arrive parfois que cette croissance verte soit mise en relation avec une baisse visible de la consommation de ressources et autres impacts environnementaux, mais c’est beaucoup plus rare dans la littérature scientifique et dans les débats.

Pour répondre à un véritable découplage, il faut que cette croissance verte réponde à plusieurs critères :

  • Découplage absolu : les 2 valeurs doivent évoluer dans le sens contraire. Par exemple, une faible augmentation des émissions n’est toujours pas une réduction. Certains arrivent à se réjouir d’une baisse des émissions de 0.5%, avec une croissance de +0.3%…
  • Net : ce découplage doit prendre en compte les importations et les exportations (plutôt prendre en compte l’empreinte carbone que les émissions territoriales).
  • Long terme : ce découplage doit s’observer sur plusieurs années voire des décennies, pas seulement sur une ou quelques années. L’Autriche a par exemple diminué ses émissions de -0,6 % en 2006-2010 et de -1,6 % en 2011-2015, mais les émissions sont redevenues positives de +0,3 % en 2016-2019.
  • Zone géographique : ce découplage doit être mondial et non par pays (le CO2 n’a pas de frontières…). Il peut cependant être intéressant de regarder à l’échelle nationale, ce qu’a fait le Haut Conseil pour le Climat avec la France, jugeant que le pays devait réduire 3x plus vite ses émissions.
  • Rapide : il y a une contrainte de temps très importante pour respecter nos objectifs climatiques. Les budgets carbone pour respecter l’Accord de Paris (que ce soit +1.5°C ou proche de +2°C) rétrécissent d’année en année, et nous voyons bien que la marge de manœuvre est étroite.

Découplage rapide, mais à quel point ?

Pour qu’un découplage nous permette d’avoir une croissance véritablement verte, il faudrait que celui-ci permette a minima de respecter les engagements de l’Accord de Paris. Pour cela, il y a un budget carbone à respecter pour limiter un réchauffement à +1.5°C, et un autre pour +2°C.

Le montant net de CO2 que les humains peuvent encore émettre tout en limitant un degré de réchauffement spécifique à 1.5°C dans le rapport du GIEC est d’environ 500 GtCO2 . Le tableau ci-dessous donne un aperçu des dernières estimations, pour différentes limites de température et différents niveaux de probabilité :

Budget carbone restant pour espérer une croissance verte
6e rapport du GIEC, SPM, p.39

Joeri Rogelj, auteur principal du 6e rapport du GIEC, avait donné une explication complète de ces fameux budgets. Une évidence saute aux yeux : les budgets restants sont faibles, nos émissions actuelles d’environ 40 GtCO2/an les épuisent rapidement, et sans réduction rapide, nous exploserons les budgets (et donc dépasserons les limites de +1.5°C et +2°C).

Budget carbone restant pour espérer une croissance verte dans le rapport du GIEC
6e rapport du GIEC, FAQ 5.4

Une rapide conclusion en lisant ces différents graphiques : au rythme actuel, nous avions l’année dernière environ 10 ans devant nous avant d’atteindre un réchauffement mondial de +1.5°C. Lorsque l’on sait que l’UNEP demandait une baisse de -7.6% par an en 2019 pour limiter le réchauffement à 1.5°C, nous sommes deux ans après dans une impasse.

La croissance (véritablement) verte n’a jamais existé

Compte tenu des critères précédemment explicités, la croissance verte a-t-elle déjà été observée ? La réponse est non. Pas en absolu, ou pas assez longtemps, ou pas assez forte, ou que localement. Il y a eu des découplages, mais jamais celui qu’il faut.

Quelques études intéressantes sont venues démontrer un découplage partiel. Par exemple, ce post du BreakThroughInstitute (BTI) avait été assez partagé par les partisans de la croissance verte, prétextant qu’il y avait un découplage et qu’il fallait juste intensifier les efforts. Ou encore l’étude de Le Quéré & al. Enfin, cette très importante méta-analyse de 835 articles sur le découplage de Habert & al. où l’on observe quelques découplages à l’échelle nationale. Mais au final, aucune ne répond aux critères précédemment explicités.

Avec la Covid, seule année depuis la crise financière de 2008 où nous avions baissé nos émissions, certains pensaient que l’impossible était possible. C’était sans compter sur une récession historique la même année, et surtout sur le rebond observé en 2021.

2022, mort officielle de la croissance verte et du découplage

En 2021 et à l’échelle de la planète, les émissions de CO2 d’origine fossile ont augmenté de 4,2 % (3,5 %-4,8 %) par rapport à 2020 pour atteindre 36,2 milliards de tonnes, un niveau proche de celui de 2019 (36,7 Gt CO2).

Mais croissance des énergies fossiles…

Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, et donc une supposée croissance verte ou découplage économique, il n’y a pas 150 solutions : mettre fin à notre dépendance aux énergies fossiles. Welsby & al. nous disent que « pour conserver 50% de chance d’arriver à une température de +1.5 °C, 90 % du charbon et 60 % du pétrole et du gaz connus doivent rester dans le sol ».

L’année 2021 fut une année de très forte croissance pour ces trois énergies fossiles :

Cela n’étonnera personne. Xi Jinping, qui avait annoncé la neutralité carbone de la Chine d’ici 2060, a annoncé le 4 août 2021 la réouverture de 15 mines situées dans le nord et l’ouest du pays. Joe Biden, malgré l’enthousiasme mondial lors de son investiture, continue le « mode de vie non négociable » des Américain(e)s. Même constat pour les Européen(ne)s, qui continuent leur objectif de croissance verte qui n’est jamais arrivé et n’arrivera, sauf miracle, jamais.

L’environnement ne s’arrête pas qu’au CO2

Les enjeux environnements ne concernent pas que les émissions de CO2. Ils concernent tous les gaz à effet de serre, mais aussi la biodiversité, les limites planétaires, etc.

Plusieurs autres indicateurs démontrent que la croissance verte est un leurre. Nous n’observons pas de découplage économique en prenant en compte l’ensemble des GES, et c’est le même constat pour la biodiversité, en chute libre :

Le recyclage pour les nuls

Une autre idée très répandue serait que le recyclage permettrait la croissance verte et le découplage. Une sorte d’économie circulaire bleue, blanche mais surtout rouge.

En seulement 50 ans, la consommation mondiale de matériaux a presque quadruplé, dépassant la croissance démographique. Au moment de la publication du rapport du Club de Rome en 1972 intitulé Limites de la croissance, le monde en consommait 28,6 milliards de tonnes. En 2000, ce chiffre était passé à 54,9 milliards de tonnes et, en 2019, il a dépassé les 100 milliards de tonnes.

Depuis l’Accord de Paris, l’économie mondiale a consommé 500 milliards de tonnes de matériaux vierges. Quel est le taux de recyclage in fine ? 8.6%. Vous avez bien lu : 8.6%. Des chiffres qui vont totalement à l’encontre de la croissance verte et d’un possible découplage économique.

Limites de la croissance verte

Le rapport du groupe 2 de travail du GIEC sorti en février 2022 confirme qu’il est impossible d’avoir une transition écologique sans justice sociale. Or nous savons depuis maintenant plusieurs décennies que le PIB ne répond pas aux critères sociaux. Parmi les très nombreuses critiques que nous pouvons adresser au PIB, en voici quelques-unes :

  • Ne permet pas d’analyser les inégalités au sein d’un pays
  • La croissance du PIB n’a guère de sens en tant qu’indicateur pour identifier des progrès sociaux. Les politiques sociales axées sur la valeur d’usage, les soins, l’approvisionnement public et la décommodification amélioreraient la justice sociale mais pourraient très bien réduire la croissance du PIB (Hickel)
  • Est un indicateur de richesse qui exclut la prise en compte de certaines activités démonétarisées assurées par les femmes (Meda & al, 2011)
  • Ne donne aucune indication sur les stocks de matières premières, et nous continuons à faire comme s’ils étaient infinis.

Pour en savoir plus sur les limites du PIB, vous pouvez lire cette interview de Timothée Parrique, et/ou les dizaines d’ouvrages consacrés à cette question. La littérature est extrêmement riche sur le sujet et suffit très largement à comprendre que le PIB seul ne peut être un bon indicateur pour les enjeux du 21e siècle.

Croissance verte et découplage : pourquoi en parle-t-on encore ?

Si nous arrivons encore en 2022 à entendre parler de croissance verte, c’est tout simplement que certaines personnes ont un intérêt politique à ne pas changer de système économique. Que certains pays du Sud souhaitent une croissance, c’est tout à fait normal et compatible avec un monde soutenable. Mais c’est injustifié pour les pays du Nord, qui sont englués dans cette logique du toujours plus, quitte à faire perdurer un système économique colonialiste qui exploite les pays du Sud.

C’est le cas de l’Union Européenne, qui vise toujours 3% de croissance avec -55% d’émissions. J’interpellais déjà sur ces incantations pleine de wishful thinking en 2020 et depuis, aucun miracle n’est arrivé.

Le mirage de la croissance verte et les rêves de la Comission Europénne, 2020.
Les courbes représentent ce qu’ils espèrent, ce qui contraste légèrement avec les graphiques exposés précédemment.

Source

L’Union Européenne n’est pas la seule à vivre dans un monde parallèle où la croissance verte est possible. Par exemple, la Banque Mondiale parle de « croissance verte inclusive ». Quant à la France, le gouvernement continue de tabler sur une croissance verte et de miser sur le 8e Objectif de Développement Durable, pourtant très critiquable et critiqué. Mais comment tout cela est-il possible ? Grâce à la neutralité carbone en 2050.

Net-zéro 2050 : la promesse intenable

Une confusion persiste sur les termes zéro émissions et le niveau net zéro. Ce que vise la neutralité carbone, c’est bien le niveau net zéro : un état d’équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine et leur retrait de l’atmosphère par l’homme ou de son fait. Cela ne veut donc pas dire ne pas émettre, mais compenser autant que les émissions émises.

Cela veut bien dire que vous pourriez potentiellement continuer à augmenter les émissions de gaz à effet de serre si vous trouviez un moyen de les compenser. C’est ici l’un des dangers de cette fameuse neutralité carbone 2050, atteinte par des innovations technologiques ou le fait de planter des arbres. Ce type de scénario est mis en avant dans l’Accord de Paris, et par les différents scénarios du GIEC, y compris le seul qui nous permettrait de limiter le réchauffement à +1.5°C.

C’est bien évidemment un scandale, puisque ni la plantation d’arbres ni la séquestration et capture du carbone ne sont à la hauteur de leurs promesses. C’est comme cela qu’on se retrouve avec des apprentis-sorciers qui veulent injecter des aérosols dans la stratosphère (SAI). Pour info, voici à quoi ressemble l’effort à faire pour limiter le réchauffement à +1.5°C, sans miracle technologique :

(Dé)croissance verte

N’importe quelle personne raisonnable saurait que la croissance verte est une pure illusion à la seule lecture de ces courbes. Demandez la même chose à un politicien ou un écomoderniste, il vous dira qu’il suffit de planter des arbres et d’inventer une machine à aspirer le CO2.

Les débats sur la croissance verte et le découplage ne sont pas nouveaux. Ils ont lieu depuis au moins deux décennies, et depuis les années 2000 les papiers scientifiques ne cessent de s’accumuler et d’enfoncer le clou du cercueil. La croissance verte n’a jamais eu lieu et n’aura probablement jamais lieu. Le découplage n’est toujours pas constaté et chaque année qui passe nous rapproche du précipice.

Devons-nous attendre autre chose de la prospective économique ? Evidemment. Le GIEC vient d’évoquer dans son 2e groupe de travail la décroissance comme solution envisageable pour la première fois de son histoire, le 3e volet viendra lui donner la synthèse des chemins envisageables.

Devons-nous attendre autre chose des pays, tant à l’échelle nationale qu’internationale ? Evidemment. A commencer par les pays du Nord qui refusent encore et toujours de jouer leur rôle dans une transition écologique sociale et juste.

Le mot de la fin

Comme l’a rappelé le GIEC en août 2021, chaque tonne de CO2 émise participe au réchauffement climatique. Compte tenu des chiffres présentés dans cet article, le débat autour de la croissance verte et du découplage économique s’apparente désormais à un discours d’inaction climatique. Les écomodernistes et autres Elon Musk vont faire croire comme dans le film Don’t Look up qu’il y aura des solutions technologiques, pendant que les catastrophes causées par le réchauffement climatique s’accumuleront.

Le débat est clos. La charge de la preuve repose désormais du côté des croyants en la croissance verte et au découplage. En débattre serait une perte de temps, la loi de Brandolini ayant déjà causé assez de dégâts.

Il est temps que les dirigeants économiques et politiques se rendent à l’évidence et ouvrent les yeux. Souhaitent-ils jouer à la roulette russe notre avenir et ceux de nos enfants, ou changer le système économique ?

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Commentaires

29 Comments

  1. Cath 17 mars 2022

    « Souhaitent-ils jouer à la roulette russe notre avenir et ceux de nos enfants, ou changer le système économique ?’

    Changer le système économique c’est signer leur propre fin en tant que système, aussi ils ne « jouent » pas. Je dirais plutôt qu’ils nous ont mis en joue sans aucune marge d’erreur, question de (leur) survie. Après tout, Mars n’est plus pour eux une utopie. Ils ont juste besoin d’un peu plus de temps et de beaucoup, BEAUCOUP et encore plus d’argent. Par coïncidence, l’esclavage redevient hype ces temps-ci…

    Répondre
    1. Cath 17 mars 2022

      Et j’oubliais : la guerre aussi.

      Oui, c’est cynique ce que j’écris, mais je crois sincèrement ne jamais réussir à approcher celui du système qui nous régit.

      Répondre
  2. SERRE Olivier 16 mars 2022

    Très bon article, bravo. Je serais tenté de dire qu’effectivement le PIB n’est peut être pas le bon indicateur, mais surtout, qu’il n’est pas utilisé à bon escient. Car si l’on veut tenter de limiter le problème qui nous occupe (CO2, réchauffement planétaire, extinction de masse, déplétion des ressources fossiles…) il faut viser une réduction du PIB et non pas chercher à l’augmenter. C’est politiquement invendable mais c’est la seule option.

    Répondre
  3. Bastien 16 mars 2022

    Tous les débats sur l’élaboration d’un indicateur autre que le PIB me laissent toujours un peu perplexe. Déjà, l’indicateur ne fait pas la croissance, mais la recherche de croissance a fait émerger historiquement un indicateur adapté. Changer d’indicateur ne changera donc pas l’objectif puisque tout autre indicateur sera moins adapté a l’objectif de croissance. Ceci n’empêche évidemment pas de critiquer le PIB, mais a mon avis, seulement pour en critiquer les fondements. Ensuite, avoir un indicateur est un outil adapté quand on veut maximiser une grandeur. Or a mon avis, un des problèmes qui se pose est précisément de vouloir maximiser un effet au détriment de multiples autres, ce qui tend a nous éloigner d’un équilibre subtil (complexe et dynamique) nécessaire aux principes de décroissance.

    Cela touche aussi a notre tendance a être incapables d’agir sans pouvoir quantifier notre action (de surcroît a priori, qui est d’après moi une habitudes profondément capitaliste : c’est le veto permanent a l’action, qui n’est permise que si les perspectives de rentabilité du capital sont assurées)

    Répondre
  4. Tuffier 16 mars 2022

    Merci Bon Pote !
    Est-il possible d’avoir un article, vulgaire certes mais efficace à quelques semaines des élections : La France est-elle écolo ?
    La réponse est évidente mais je constate beaucoup de personnes de mon entourage qui sont persuadés que nous sommes les bons élèves du climats en Europe etc …

    Répondre
    1. Bon Pote 16 mars 2022

      Je pourrais synthétiser ce qui est écrit depuis 3 ans oui, c’est prévu, il faudrait juste du temps pour l’écrire !

      Répondre
  5. Joaquin Keller 16 mars 2022

    Ce qui est intéressant est que cela tue aussi le mythe que la décroissance est une solution au réchauffement climatique. Si l’on divise par quatre le PIB mondial alors cela nous ramène au PIB de 1972, année des limites de la croissance

    https://www.worldometers.info/gdp/#gdpyear

    C’est à dire qu’en divisant le PIB par 4 on divisera les émissions de GES par 4 et donc on atteindra pas net zéro, la quantité de CO2 dans l’atmosphère augmentera inexorablement, plus lentement certes, 4 fois plus lentement….

    Comme le dit le GIEC « chaque tonne de CO2 émise participe au réchauffement climatique »…
    Émettre des GES avec modération, avec sobriété n’est pas une solution.

    Répondre
    1. Arno37 16 mars 2022

      Bonjour Joaquin,
      « Emettre des GES avec modération, avec sobriété n’est pas une solution » => et donc? on fait quoi?
      L’article montre que le crédit Carbone est épuisé dans 10 ans…
      A un moment il faut entrer en sobriété non? je ne saisi pas le fond de ton propos ni ce que tu sous-entends
      Ce n’est pas parce que les politiques (entre autres, nous avons aussi notre part..) ne veulent surtout pas réduire le PIB (c’est en tout cas ce que je comprends de l’article) qu’il ne faut pas tendre vers une sobriété dans les émissions de GES…

      Répondre
      1. Joaquin Keller 16 mars 2022

        Ben, je ne sous-entends rien. Je veux dire que la décroissance du PIB n’est pas une solution aux émissions de GES, que c’est un pis-aller. Actuellement chaque point de PIB est nocif. C’est bien de le réduire mais il faut aussi complètement « nettoyer » le PIB.

        Donc d’un côté nous devons réduire notre consommation de ressources mais aussi remplacer toutes les technologies émettrices de GES par des technologies net zéro. Or ce remplacement ne se produit pas ou pas assez vite (cf rapport du GIEC). Pourtant je ne vois pas d’autres solutions que de continuer à essayer d’éliminer ces technologies nocives.

        Répondre
        1. Robin Girard 16 mars 2022

          Complètement d’accord, tous les scénarios de transition reposent sur une forme de sobriété mais aussi surtout sur la décarbonation. Et il me semble même que ce « nettoyage » nécessite des investissements dans le secteur de la rénovation, des infrastructure de transport, des moyens de production d’énergie bas carbone, des véhicules électriques, des pompes à chaleur, des fours de DRI, … c’est cela que la commission européenne appelle croissance verte https://www.oecd.org/fr/croissanceverte/48537006.pdf .
          Après, on peut discuter des solutions, plutôt ceci, plutôt cela, le niveau de sobriété (que je souhaite important, qui est nécessaire pour un certains nombre de raisons bien évoquées ici), mais pour qui connait un peu le domaine et par exemple l’eéquation de kaya et les scénarios net zero, la sobriété est indispensable mais sur le plan comptable elle ne permet pas de faire le quart du chemin. Bref … je comprends un peu ce qui sous tend la manière de penser de ce bon pote, mais je trouve ce débat et surtout le mélange prétentieux et incomplet de ce qui donné ici assez … puéril 🙂 Dommage, le site est pas mal par ailleurs sur certains contenus.

          Répondre
        2. Arno37 16 mars 2022

          Ok je comprends mieux et je rejoins ton propos.

          Répondre
          1. Joaquin Keller 16 mars 2022

            Merci Arno, il est clair que le PIB n’est pas le bon indicateur. Quand nous parlons de décroissance cela doit être la décroissance de la nocivité des activités humaines. Cela peut tarder à apparaître dans le PIB ou même se traduire par une augmentation du PIB. Exemple: si je remplace ma chaudière par une pompe à chaleur et du je fais des travaux d’isolation cela se traduit par des dépenses et une activité économique accrue, et donc par une croissance du PIB.

            Répondre
          2. François 21 mars 2022

            « Exemple: si je remplace ma chaudière par une pompe à chaleur »
            Je vais le faire pour des raisons idéologiques et politiques. Ca m’embête un peu en ce moment d’utiliser du gaz russe.
            .
            Par contre, au niveau GES, je suis nettement plus circonspect. Un bruleur à gaz, c’est grosso modo technologie 1870 : https://www.laboutiquedugaz.fr/produit/cuisine/rampes-et-bruleurs-gaz/rampe-gaz-en-u-universel-pour-barbecue/ quasiment réalisable n’importe ou par n’importe qui.
            Une pompe à chaleur, sans une économie mondialisée et globalisée, je suis pas sur que ce soit accessible au commun des mortels français. Il faut forcement de l’informatique pour la conception, de l’outillage haute technologie pour la fabrication, des composants qui viennent de l’autre bout du monde, des matériaux exotiques, … etc etc… Donc mal de GES pour la conception/fabrication. Et c’est pour un équipement qui aura une durée de vie relativement limitée. Quid d’une pompe à chaleur dans 20 ou 30 ans ????
            .
            Sans compter la provenance de l’énergie électrique nécessaire à son fonctionnement. Si c’est comme en Bretagne, se chauffer avec une pompe à chaleur alimentée par une centrale électrique gaz…

            Répondre
          3. Joaquin Keller 21 mars 2022

            Une pompe à chaleur a un rendement 3 à 4 fois supérieur à celui d’une chaudière à gaz. Donc oui, même si l’électricité provient d’une centrale électrique au gaz, la consommation de gaz est moindre.

            De plus on s’évite les fuites dues au transport du gaz jusque qu’au domicile. Il faut savoir que le gaz « naturel » c’est, en fait, surtout du méthane, un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le CO2.

            Répondre
          4. François 21 mars 2022

            « Une pompe à chaleur a un rendement 3 à 4 fois supérieur à celui d’une chaudière à gaz.  »
            Oui, mais uniquement pour les conditions optimales : Il fait pas trop froid, et la maison a un circuit de chauffage basse température optimisé : En gros pour une maison très récente prévue dès la conception pour un chauffage pompe à chaleur.
            Dans des conditions moins optimales, genre remplacement chauffage dans une maison existante, pas forcement initialement prévue pour une pompe à chaleur, on peut avoir des pompes à chaleur avec 6KWh consommés pour 8KWh produits. Le rendement n’est plus que de 1.33. Et ça, c’est ce qui est écrit dans les docs techniques constructeur. Le rendement réel reste à voir.
            Les gaz frigorigènes des pompes à chaleur sont aussi pas mal pour l’effet de serre. (R410a) et ça fuit aussi.
            .
            Rien n’est magique, rien n’est évident…

            Répondre
          5. Joaquin Keller 21 mars 2022

            Oui, c’est vrai des fois le rendement n’est pas au rdv. Le rendement des PACs vendues en France est de 3 à 4 fois supérieur pour une température extérieure de 7ºC et un circuit de chauffage standard à 50ºC. Donc, si vous êtes en plaine, en France, la plupart des jours de l’année, le rendement est 3 fois supérieur à celui de votre chaudière à gaz.

            En montagne, où il fait souvent très froid, le rendement est moins bon. Il y a cependant des PAC optimisées pour les grands froids, avec aussi des rendements 3x. Au Québec on dit thermopompe…

            Un circuit de chauffage basse température, circuit d’eau dans le sol à 35ºC, permet des rendements jusqu’à 5 fois supérieurs.

            Oui, la pompe à chaleur n’est pas une solution parfaite. C’est juste une solution nettement meilleure qu’une chaudière à gaz.

            https://transitionenergetique.gouv.qc.ca/residentiel/conseils-pratiques/thermopompe

            Répondre
          6. bdd13 21 mars 2022

            Quel avenir pour le gaz dans 20 ans : fournisseur, prix ?
            Il est difficile de faire plus incertain… ou plus risqué….

            Répondre
        3. Bon Pote 16 mars 2022

          @Joaquin Keller j’ai l’impression que vous confondez décroissance du PIB et décroissance… Même constat pour Robin Girard, qui malgré ses diplômes, devrait éviter les raccourcis et lire un peu sur ce que propose la décroissance. Il y a assez de sources sur le site et de littérature scientifique sur le sujet.
          Quant aux raccourcis « la sobriété ne suffira pas », je l’ai écrit environ une bonne centaine de fois, mais ça n’empêche pas la mauvaise foi et les arguments fallacieux de certains… Et donc #Brandolini.

          Répondre
          1. Joaquin Keller 16 mars 2022

            Cher Bon Pote,

            Je suis encore plus confus après cette remarque. Donc la « décroissance » ne s’accompagne pas d’une décroissance du PIB?!

            C’est dire que l’on peut avoir « décroissance » et croissance du PIB?!

            Mais ce n’est pas justement cela que l’on appelle « croissance verte »?!!

            L’article ci-dessus montre que croissance verte est une illusion, que ce n’est pas possible…

            Plus sérieusement, on est d’accord qu’il faut bien une décroissance du PIB. Mais la décroissance du PIB n’est pas suffisante car diviser par quatre le PIB c’est seulement diviser par quatre les émissions de GES, toujours beaucoup trop donc.

            Cela veut dire que pour atteindre zéro émissions il faut décarboner complètement le point de PIB. Or l’article ci-dessus montre qu’il n’est pas possible de décarboner le point de PIB.

            Décroissance ou pas, croissance ou pas, ce qui compte pour atteindre zéro émissions de GES c’est de décarboner le point de PIB. C’est donc cela l’objectif.

            On est d’accord, la décroissance est désirable. Mais il faut savoir, qu’en soit, la décroissance ne résout pas le problème des GES, la décroissance n’est pas une solution au réchauffement planétaire.

            Par contre, la décroissance est peut être bien une solution à la destruction de la nature, de la biodiversité, cependant elle est difficile à obtenir car une part importante de l’humanité s’y résiste, surtout les pauvres, c’est à dire l’écrasante majorité des humains.

            Répondre
          2. Robin Girard 17 mars 2022

            Assez en phase avec la plupart des choses dites par Joaquin, qui sont aussi les choses dites par les scientifiques qui travaillent sur ces sujets. Je suis certain que Bon Pote aussi, au delà de son goût pour les échanges Wagneriens est finalement assez d’accord sur le fond : isoler les bâtiments, apprendre à moins gaspiller l’énergie (mettre un pull, se déplacer moins et mieux), manger moins de viande, augmenter la durée de vie des appareils (par la réglementation, l’obligation/l’aide à la réparabilité, la chasse à l’obsolescence programmée, …), questionner l’utilité de ce qu’on achète, installer des moyens de chauffage qui consomment moins et mieux (pompes à chaleur) développer des moyens de production d’énergie bas carbone (EnR/Nuke/biogaz/biomass), transformer les process industriels (électrifier ce qui peut l’être, bannir le carbone avec par exemple des fours de DRI, recycler autant que possible, …), prendre soin du vivant …

            Discuter les niveaux de développement et les déclinaisons de ces différentes éléments ainsi que la comptabilité de tout ça avec du net-zero est une sujet passionnant qui n’intéresse sans doute pas tout le monde c’est vrai, ceux que ça intéresse pourront regarder par exemple les scénarios récents de l’ADEME à ce sujet https://transitions2050.ademe.fr/. C’est aussi ce qu’essai de faire (parfois maladroitement, mais toujours en s’améliorant) la DGEC avec la SNBC. On peut aussi regarder les implications sur l’évolution de l’économie et en particulier sur la décroissance que cela implique dans certains secteurs.

            Après on peut aussi se prendre la tête sur une pseudo opposition idéologique vaguement définie et s’engueuler un bon coup pour le plaisir, ou parce que ça empêche de discuter les vrais solutions. Si Bertrand Guillot était là il nous dirait que ce sont les lobbys pétroliers qui y gagnent et qui financent l’introduction de ce genre de débat pour nous laisser à des combats inutiles et nous empêcher d’avancer. Tout n’est pas aussi noir ou blanc selon moi, mais cette opposition stérile et violente entre croissance verte et décroissance est un vrai écran de fumée qui prend beaucoup de place en France et qui est juste un facteur de division et d’affrontement là où nous avons surtout besoin de construire et d’avancer aujourd’hui. Je ne nommerai pas l’association qui est à la base de ça en France (qui a bien éduqué le jeune Thomas), et les intérêts évidents que poursuivait son gourou en développant toute cette réthorique. Car rappelons nous, cette lutte contre la croissance verte est née de l’envie de lutter contre les EnR électriques. Tiens, encore un facteur de division.

            Cela dit, j’admet que sur les réseaux ça marche du tonnerre, et c’est justement le job de bon pote. Pour la lutte contre le changement climatique il est assez important aujourd’hui encore d’enrôler beaucoup de gens qui sont loin de tout ça et que le rôle de Bon Pote est très utile dans ce sens. Comptons sur le fait que d’autres fond des calculs, ou mettent en place des solutions réglementaires qui permettent d’imposer les évolutions nécessaires, que d’autres développent et installent les solutions/technos nécessaires, … il faut de tout pour faire un monde, et je remercie Bon Pote d’y contribuer !

            Répondre
          3. Bon Pote 17 mars 2022

            Nous aurons l’occasion d’en discuter de vive voix @Robin Girard, car si le but c’est d’atteindre la neutralité carbone et de baisser la conso énergétique, on a au moins cela en commun.

            Pour le reste, la croissance verte n’est pas l’inverse de la décroissance, au risque de me répéter encore une fois… Je peux envoyer autant de sources que vous voulez, si vous lisez 😉

            Répondre
          4. Joaquin Keller 17 mars 2022

            Personne a dit que c’était l’inverse. Je n’ai fait que signaler une erreur de raisonnement. Je répète:

            L’article montre brillamment qu’un PIB décarboné est une illusion

            Ce qui implique que La décroissance du PIB ne permet pas d’atteindre zéro GES , ceci car si le PIB n’est pas décarboné alors un PIB, même petit, continue à émettre des GES

            La vérité est que si l’on ne décarbone pas complètement toutes les activités humaines alors on n’atteindra jamais zéro GES.

            Le lobby pétrolier nous dit que nous avons besoin du pétrole pour tout que nous ne pourrons jamais nous en passer. On n’est pas obligé de les croire.

            Il faut lutter pour démanteler toutes les raffineries, tous les puits de pétrole, toutes les centrales au gaz et au charbon, …

            Est-ce que la fin de ces activités économiques nocives induira une baisse du PIB? Je ne sais pas… Est-ce important?

            Répondre
          5. bdd13 17 mars 2022

            En tout cas, Macron, après quelques heures de discours, certainement pas un mot sur la baisse du PIB, et encore moins sur la décarbonation.
            Ca met tout le monde d’accord….
            Nos enfants et petits enfants « vont vivre heureux » ! Ben voyons.
            Tout va bien dans le meilleur des mondes.
            En même temps…

            Répondre
  6. hmh 16 mars 2022

    Euh… dans son porogramme dévoilé avant-hier, V.PECRESSE parle de « croissance verte durable ».

    Répondre
  7. Francois 16 mars 2022

    L’argumentaire rejoint parfaitement le chapitre « croissance verte » du livre tout récemment paru: « Greenwashing – Manuel pour dépolluer le débat public » ainsi que les grandes lignes du rapport « decoupling debunked ».
    Merci d’en diffuser les idées!

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  8. Arno37 16 mars 2022

    Bonjour Bon Pote,
    Le constat est là… maintenant je pense qu’il nous faut essayer d’agir sur les décideurs (députés, sénateurs, conseils départementaux et régionaux…) As-tu prévu un article « d’action » à notre petite échelle sur tout ces braves gens? (mailing, pétitions… etc…)
    La communauté « Bon pote » pourrait « essayer » de se mobiliser….
    Voila ce que m’inspire l’article… Je ne peux me résoudre à faire mon colibri sans essayer de faire bouger les lignes… (certains mauvais esprits diront surement « voeux pieux » mais je n’abandonnerai pas…)

    Répondre
    1. Bon Pote 16 mars 2022

      Notre livre « Tout comprendre (ou presque) sur le climat » est parti chez 1013 politiques, j’espère bien qu’ils vont le lire ! Pour le reste, mon travail est principalement de donner de la matière pour débattre, car même si la croissance verte = doux rêve pour certains, l’idée est encore partagée par des millions de Français(es). Pour peser politiquement, il faut en parler !

      Répondre
      1. bdd13 16 mars 2022

        Aujourd’hui dans le Sud : Fresque, qui mélange élus (député, maires, conseillers départ.) et personnes du « civil » + étudiants.
        Un moyen de mettre tout le monde dans le bain…

        Répondre

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