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41 000. C’est le nombre d’hectares brûlés en France depuis le début de l’année jusqu’à la mi-juillet. C’est plus de quatre fois plus que la moyenne (environ 9 000 hectares) de ces vingt dernières années.
Un niveau exceptionnel, mais pas surprenant, selon Antoine Ehret, post-doctorant à l’Institut Pierre-Simon-Laplace. « Avec le réchauffement climatique, les feux vont devenir de plus en plus fréquents, intenses et longs », explique-t-il. Une menace majeure pour la biodiversité des forêts, mais aussi pour la santé publique. « Ces incendies peuvent provoquer des pics de pollution au niveau régional, voire national », précise-t-il.
Découvrez en détail les surfaces brûlées en France métropolitaine depuis janvier 2026, en comparaison avec la moyenne de ces vingt dernières années (2006-2025).

Ces chiffres proviennent du Système européen d’information sur les incendies de forêt (Effis), qui détecte pour toute l’Europe les feux par satellite. Contrairement à d’autres sources, comme celles du ministère de l’Agriculture, ces données européennes enregistrent tous les incendies en temps réel.
Une année record comparable à 2022
La situation est exceptionnelle. L’année 2026 dépasse de loin les moyennes historiques, et flirte avec les maximums enregistrés depuis 2006. Notamment avec les niveaux enregistrés en 2022, une année marquée par les feux de forêt qui s’étaient déclarés en début juillet en Gironde. À la même date (15 juillet), les surfaces brûlées atteignent 41 300 hectares en 2026 contre 41 100 en 2022.
Si la plupart des départs de feux (90 %) restent d’origine humaine (volontaire ou accidentelle), c’est la sécheresse extrême qui en amplifie la durée et la portée. Les trois canicules successives de 2026 (mai, juin, juillet) ont donc créé un contexte critique : des températures exceptionnellement élevées et une sécheresse record.
Un sol et une végétation desséchés alimentent la propagation des feux, qui s’étendent plus vite et plus loin. En 2026, l’ampleur de la crise se mesure à un chiffre : selon la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, 99 départements (sur 101) connaissent des restrictions d’eau au 15 juillet 2026.
Le changement climatique joue donc un rôle d’accélérateur dans l’intensification des incendies. Dans une étude publiée par Antoine Ehret et plusieurs collègues, les chercheurs montrent notamment que les incendies majeurs survenus en Gironde en 2022 avaient une probabilité deux fois plus élevée de se produire en raison du seul changement climatique, par rapport à une situation sans réchauffement.
« Qui aurait pu prédire ? ». N’en déplaise à Emmanuel Macron, tous les scientifiques. Le dernier rapport du Haut conseil pour le Climat (HCC) ne peut pas être plus clair : « La superficie de la France hexagonale affectée par des conditions propices aux incendies de forêt a été multipliée par 2,5 entre 1961-1990 et 2016-2025 pour toucher 55 % du territoire ». Et le rapport d’ajouter : « Les conditions propices aux incendies s’intensifient avec le réchauffement climatique ». La situation ne peut donc qu’empirer.
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La saison des feux débute de plus en plus tôt
Les données montrent aussi une avancée du calendrier des feux de forêt. Normalement, la saison estivale des incendies débute après le 15 juillet. L’année 2026, avec un début de la saison dès le début du mois de juillet, s’écarte de la norme. Et se rapproche de la situation observée en 2022, marquée par les incendies en Gironde, dont les premiers feux s’étaient déclarés le 12 juillet à La Teste-de-Buch (33).
Cette avancée du calendrier n’est pas étonnante et suit le caractère de plus en plus précoce des vagues de chaleur. Résultat, selon les prévisions de Météo France, avec le réchauffement climatique, « la saison complète des risques de feux pourrait durer 1 à 2 mois supplémentaires ». Cette menace devrait aussi toucher des régions jusqu’à présent préservées, comme le nord et l’est de la France (voir graphique).

Les incendies de 2026 le confirment : des départements habituellement épargnés ont été touchés par des feux de forêt, comme le Maine-et-Loire, le Cher ou encore les Côtes d’Armor. Mais aussi l’Île-de-France avec l’incendie de Fontainebleau : 2 000 hectares sont partis en fumée juste pour cet incendie, contre une moyenne de 15 hectares par an depuis 2006 dans la région francilienne. Dans les données du ministère de l’Agriculture, le plus gros incendie en Île-de-France était celui de la forêt de Sénart, au sud de Paris, qui avait en 2006 ravagé 90 hectares.

La nouvelle donne climatique impose une adaptation. Pourtant, les pouvoirs publics sont à la traîne. Le bilan d’Emmanuel Macron n’est pas reluisant : retards dans la livraison de Canadairs, coupes budgétaires affectant la sécurité incendie et l’Office national des forêts. À l’Assemblée nationale, notre analyse relève aussi des résistances parmi les groupes macronistes, de droite et d’extrême droite à certaines mesures de prévention, comme les pare-feux végétalisés ou l’encadrement des coupes rases.
Et nos voisins européens ?
Plusieurs pays européens sont aussi touchés par une impressionnante vague d’incendies. Globalement, la surface brûlée dans l’Union européenne depuis janvier 2026 reste proche de la moyenne des dernières années, mais la situation est critique dans plusieurs pays.
L’Espagne a subi, début juillet, un énorme feu qui s’est déclaré dans la commune de Los Gallardos, dans le sud du pays. Au total, 7 000 hectares partis en fumée (soit 3,5 fois l’incendie de la forêt de Fontainebleau) et 13 décès. Selon les données satellitaires, 80 000 hectares ont brûlé en Espagne depuis le début de l’année, une augmentation de 100 % comparée à la moyenne des vingt dernières années.
Longtemps épargné par les feux de forêt, le nord de l’Europe est aussi touché cette année. C’est le cas de l’Allemagne, touchée mi-juillet par un incendie dans le parc national de Müritz, dans l’est du pays. Au total, 2 000 hectares ont brûlées outre-Rhin, soit trois fois plus que la moyenne des vingt dernières années. Avec le réchauffement climatique, ces territoires jusqu’ici peu exposés, comme le nord de la France, pourraient connaître à l’avenir des incendies plus fréquents.