Aéroport neutre en carbone : pourquoi c’est du greenwashing

aéroport neutre en carbone

“Un aéroport neutre en carbone, c’est possible ? J’ai un doute…est-ce que c’est du greenwashing ?”

C’est une question importante puisque nous allons y avoir régulièrement droit dans les années à venir. En effet, s’annoncer “neutre en carbone” fait partie de la grande valse du greenwashing des entreprises et des Etats. Les annonces pleuvent : après celui de Nice, c’est l’aéroport de Lyon qui vient d’annoncer sa neutralité carbone ! Un monde merveilleux où tout le monde est vert, bienveillant, et surtout neutre en carbone.

C’est bien évidemment faux. “Un aéroport neutre en carbone c’est comme une kalashnikov de commerce équitable“.

Il y a 4 problèmes qui sont facilement identifiables et souvent transposables à d’autres activités :

  • Qui certifie la neutralité carbone ?
  • La méthode de calcul et l’opacité des chiffres
  • Le périmètre pris en compte : le scope 3 oublié
  • La compensation carbone

1/ Qui certifie la neutralité carbone ?

Les communications récentes d’aéroports neutres en carbone sont très loin d’être des cas isolés. Rien que pour l’Europe, il existe actuellement 47 aéroports accrédités dans 16 pays au niveau 3+ de “neutralité”, ce qui représente 24,6% du trafic aérien européen de passagers.

Premier hic. L’aéroport est certifié “neutre en carbone par l’ACA, l’Airport Credit Accreditation“. En cherchant d’où cela vient, on constate que ce programme dépend de l’ACI, l’Airport Council International, une association qui regroupe 500 aéroports à travers l’Europe. Hum, auto-certification ?

Nous étions habitués avec l’industrie aéronautique, la même qui fixe ses propres règles de comptabilité d’émissions via l’OACI. Autant demander à Jérôme Cahuzac de fixer les règles de l’évasion fiscale…

2/ La méthode de calcul et l’opacité des chiffres

Vient ensuite la méthode de calcul pour obtenir cette neutralité carbone. Comme bien trop souvent dans ces cas-là, le problème numéro un est toujours le même : l’opacité des chiffres. Prenons comme exemple l’aéroport de Nice, qui est à peu près tout ce qu’il ne faut pas faire.

Sur le site internet de l’aéroport de Nice, lorsque vous essayez de comprendre comment ils sont arrivés à faire en sorte que leur aéroport soit neutre en carbone, vous tombez sur cette phrase : “les calculs indépendants à l’aéroport Nice Côte d’Azur“. En essayant de cliquer sur la source…

Et non, pas de source ! Aucun lien. Aucun détail. “environ 71 grammes équivalent CO2 le volume d’émissions de gaz à effet de serre par passager transitant par les terminaux niçois” Calculs maison ? Sans détails ?

Image
Source

Vous retrouvez ainsi la même opacité que dans d’autres domaines. A l’instar du marché des piscines individuelles, même constat ici : l’organisme qui a fait les calculs n’est pas cité. La méthode non plus. Les calculs non plus.

La phrase d’après vaut son pesant d’or. “dans l’attente de ne plus émettre et de pouvoir aller jusqu’à absorber des émissions induites par les activités des avions“. Ils nous refont le coup du net zéro négatif

Image
Source

Mais ici, nous avons petit problème de périmètre non ?

3/ Et les avions ?

Le plus fort dans ce tour de magie, c’est qu’un aéroport neutre en carbone arrive à l’être… en ne comptant pas les émissions du trafic aérien.

Nous aimerions ainsi rappeler à ces aéroports qu’un aéroport sans avions, ça marche beaucoup moins bien ! Il manque donc ici le scope 3 : les émissions des avions. En excluant les émissions du trafic, c’est tout de suite plus facile d’être neutre …

Pour rappel, ne pas compter le scope 3 est un grand classique de greenwashing des entreprises. Vous comprendrez très vite pourquoi en visualisant son poids par rapport au scope 1 et 2. Définition et explications ci-dessous grâce à 2 graphiques :

l'aéroport neutre en carbone.. sans le scope 3
Source : ADEME

Les émissions du scope 3 comptent parfois jusqu’à 90% des émissions. Ces entreprises jouent donc avec la comptabilité carbone, en ne prenant en compte ni le scope 3, ni la conséquentialité de leur activité.

Nouvel outil indispensable : Airport tracker

Malheureusement pour ces aéroports (et heureusement les citoyen(ne)s), un super site vient de sortir : Airport tracker. Il permet de montrer quels sont les aéroports les plus polluants, AVEC le scope 3 (donc les émissions des trajets aériens). C’est n’est plus du tout la même chose…

Voici par exemple les chiffres pour l’aéroport de Nice. C’est évidemment tout de suite plus compliqué de planter des arbres pour compenser les émissions annuelles de 387500 voitures…

Démystification de l'aéroport neutre en carbone via Airport Tracker
Aéroport “neutre en carbone” de Nice
Via Airport Tracker

Aussi, le chiffre par passager est de 94g/km, et non 71g/km comme annoncé par l’aéroport de Nice et ses “calculs indépendants”. Tout chiffre qui n’est pas justifié n’a aucune valeur et ne devrait surtout pas servir de faire valoir, d’argument commercial pour un aéroport qui cherche à se faire passer pour plus vert qu’il ne l’est.

La page d’accueil du site permet également de constater où est concentrée l’activité aéroportuaire sur la carte mondiale : le Nord. Les six premiers aéroports les plus émetteurs sont Dubai, Londres (Heathrow), Los Angeles, New York (Kennedy), Paris (Charles de Gaulle), et Pékin. 0 dans un pays ‘du Sud’. Il faut le dire et le rappeler : c’est un signe de l’injustice climatique. Les excès des uns seront majoritairement payés par les autres. En l’occurrence, les pays du Sud et les AOSIS.

Source : Airport Tracker

4/ La compensation carbone

Nous arrivons désormais au dernier point critique : la compensation.

Une confusion persiste sur les termes zéro émissions et le niveau net zéro. Ce que vise la neutralité carbone, c’est bien le niveau net zéro : “un état d’équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine et leur retrait de l’atmosphère par l’homme ou de son fait“. Cela ne veut donc pas dire ne pas émettre, mais compenser autant que les émissions émises.

Cela veut bien dire que vous pourriez potentiellement continuer à augmenter les émissions de gaz à effet de serre si vous trouviez un moyen de les compenser. C’est ici l’un des dangers de cette fameuse neutralité carbone 2050, atteinte par des innovations technologiques ou le fait de planter des arbres. Ce type de scénario est mis en avant dans l’Accord de Paris, et par les différents scénarios du GIEC, y compris le seul qui nous permettrait de limiter le réchauffement à +1.5°C.

C’est bien évidemment un scandale, puisque ni la plantation d’arbres ni la séquestration et capture du carbone ne sont à la hauteur de leurs promesses. 

Si nous reprenons l’exemple de l’aéroport de Nice, ils n’ont absolument pas prévu une baisse du trafic aérien, puisqu’ils veulent maintenir son agrandissement, avec des excuses d’un autre siècle. En pleine urgence climatique, ne pas vouloir changer de modèle économique en comptant uniquement sur l’innovation technologique et la compensation carbone est non seulement dangereux, mais surtout irresponsable, compte tenu des conséquences du réchauffement climatique.

Le mot de la fin

Vous l’aurez compris : un aéroport neutre en carbone n’est rien d’autre qu’un gros mensonge.

Nous sommes en pleine urgence écologique, et les dirigeant(e)s et politiques continuent de mettre les moyens pour faciliter la hausse du trafic aérien, précipitant un peu plus notre avenir climatique dans un mur. Ils/elles sont irresponsables. Heureusement, des employé(e)s plus lucides que leurs dirigeant(e)s s’en rendent compte et souhaitent planifier une réorientation d’une partie de leur industrie afin d’éviter un drame social.

Nous devons collectivement rester vigilant(e)s et dénoncer systématiquement ce greenwashing. Cela prend 5 minutes, et pour une grande majorité, les plaintes sont gagnantes !

Si vous ne savez pas (encore) pourquoi le trafic aérien est un problème, je conseille vivement de prendre 5 min et de lire cet article, puis de simuler votre empreinte carbone : effet garanti.

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Commentaires

7 Comments

  1. Johann Loustic 15 octobre 2021

    Bonjour, je ne nie surtout pas le problème de réchauffement, et il va falloir trouver de vraies solutions avec des analyses justes. Ca devient vital. Une fois cela précisé, il me semble que votre prise en compte du scope 3 fait comme comme si il n’était pas pris en compte par les compagnies émettrices. Les émissions des avions sont à compenser par les compagnies propriétaires, qui proposent pour certaines à leurs passagers de payer pour compenser les émissions de leurs voyages. C’est déjà difficile de faire comprendre le besoin de compenser ses émissions, alors s’ils faut aussi compenser celles des autres, ça va devenir impossible. Le jour où chaque société compensera vraiment ses propres émissions, le chaine globale sera devenue neutre.

    Répondre
  2. Phil 7 octobre 2021

    As tu des exemples de vrais et sincères “zéro carbone” ?
    Sur les compensations, est ce du f..ge de g..le de payer la compensation quand on achète un billet avion ?

    Répondre
  3. Domi2b 7 octobre 2021

    Cela me donne envie de répéter une fois de plus et jusqu’à la nausée que notre pire ennemi est la cupidité

    Répondre
  4. Cautain 7 octobre 2021

    ” En pleine urgence climatique, ne pas vouloir changer de modèle économique en comptant uniquement sur l’innovation technologique et la compensation carbone est non seulement dangereux, mais surtout irresponsable, compte tenu des conséquences du réchauffement climatique.”

    En effet une pure escroquerie qui ne tient pas compte des échelles de valeurs ! Avec plus de 100 000 vols tous les jours . Sans compter l énergie grise colossale qui n est jamais comptabilisée , pour produire tout ces avions ( 26 000 en services Et va doubler d ici 2040 )
    ….
    Et sans compter le doux rêve absurde des avions à hydrogène ou même électriques .. ..qui ne régleront rien .
    Et que dire du milliard de voitures en circulation ds le monde ….
    ” Quand l humanité disparaîtra : bon débarras ! ” ( Yves Paccalet )

    Répondre
    1. Justin 7 octobre 2021

      1) Que faire des pays qui ne survivent que grâce au tourisme?
      2) l’humanité ne disparaitra pas sans se laisser faire, elle va se racrocher à ce qu’elle trouve à savoir la nature. Regardez tous les pays qui s’éffondrent, la nature prend cher à chaque fois : destruction de la faune pour se nourrir et de arbres/arbustres pour se chauffer , s’écairer, cuisiner,… Oups!

      Répondre
      1. Cautain 7 octobre 2021

        ” la nature prendra cher ” oui mais elle s’en remettra , après disparition de l humanité . La terre , meurtrie , continuera de tourner et se regenerera progressivement . Et plus vite l humain cupide disparaîtra , mieux la terre s en remettra. En fait c est simple ….

        Répondre
  5. hilaire_db 7 octobre 2021

    Bonjour,
    Merci pour cet article qui replace les choses dans leur contexte.
    Je rate peut être quelque chose mais il me semble que l’aéroport de Nice déclare 71gCO2e par passager indépendamment de la distance que son vol a parcouru (ou va parcourir). Comme s’ils divisaient les émissions totale scope 1&2 par le nombre de passager au départ, à l’arrivée et en transit. Ramené au km, leurs émissions seraient ridiculement petites, ou inversement le chiffre d’airport tracker serait à multiplier par la distance moyenne des vols, et mettrait d’autant plus à mal les 71g.
    Encore une fois je rate peut être qqch, dans tous les cas ils sont pas près de compenser le scope 3…

    Répondre

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