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Réponses aux 8 fake news les plus répandues sur la mobilisation du 17 octobre

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Face à la colère sociale et au fiasco du « maintien de l’ordre », les fake news circulent à vitesse grand V et attisent les divisions. De l’« ultra-gauche » à LFI en passant par les « islamistes », tous les boucs émissaires semblent être bons à prendre pour ce gouvernement qui enchaîne les mensonges pour se défausser, bien aidé par des médias peu attachés à la vérité qui vont parfois jusqu’à inventer des « informations » de toutes pièces. 

Tout, plutôt que d’évoquer les causes profondes de ce qui s’est joué dans la rue, le 17 octobre, et durant les semaines précédentes avec la mobilisation lycéenne. Petit florilège des 8 fake news qu’on a le plus croisées depuis les manifestations de ce week-end. 

1 / « Le dispositif policier n’était pas sous-dimensionné »

Le dispositif policier « n’était pas sous-dimensionné », a affirmé le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez samedi 17 octobre au soir. Comme s’il n’y avait pas eu de chaos dans des dizaines de villes en France. Circulez, il n’y a rien à voir. Comme on l’a déjà signalé sur Bon Pote, le gouvernement a mobilisé moins de forces de l’ordre pour le 17 octobre, pourtant prévu depuis des semaines, que pour la venue du Pape. 

La réalité : Dans un article publié le lendemain sur Mediapart, une source ministérielle désavouera Nuñez en reconnaissant qu’« il y a eu une sous-estimation totale du mouvement de la part du renseignement. » Lundi 19 octobre, le ministre incriminé, présentant sa démission (qu’Emmanuel Macron a refusée) finira lui-même par faire son mea culpa : « Il faut évidemment être meilleurs dans l’anticipation de la mobilisation telle qu’elle se produit (…) Le dispositif mis en place s’est retrouvé en asymétrie par rapport au volume de participants et de manifestants pour les cortèges normaux. » Et le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, d’abonder le même jour, estimant qu’ «il y a eu un défaut dans les renseignements et on ne fait pas de bonne police sans bon renseignement. »

2 / « Il y a eu 30 000 pilleurs à Marseille » 

Selon la préfecture des Bouches-du-Rhône, 30 000 pilleurs, dont 8000 émeutiers, ont sévi à Marseille le week-end des 17 et 18 octobre. Des chiffres repris par plusieurs médias qui citent l’AFP (Le Parisien, France 24…)

La réalité : Interrogé par Franceinfo, le maire de Marseille Benoît Payan fustige un décompte peu crédible. « 30 000 personnes, c’est la moitié du stade Vélodrome. Je trouve que cette défense est assez ridicule. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu’on gonfle un chiffre. Je ne sais pas à quoi joue la préfecture, mais elle joue. » La mairie de la cité Phocéenne précise par ailleurs que ces estimations ne collent pas avec les images de vidéosurveillance consultées par la police municipale. Dans le journal La Provence, la municipalité évoque plutôt le chiffre de 1000 à 1500 pilleurs. « Ce qui est déjà énorme. Ils sont dans une surenchère totale pour tenter de justifier ce fiasco », commente une source policière.  

3 / « L’ultra-gauche est responsable » 

Dans son allocution du 18 octobre, Emmanuel Macron a pointé la responsabilité de « factieux de groupuscules d’ultra-gauche rejoints par de nombreux délinquants » pour laisser libre cours à une « violence débridée ». 

Des reproches formulés à plusieurs reprises au sein de son gouvernement, à l’instar de Laurent Nunez ayant déclaré sur CNews : « L’ultragauche et l’extrême gauche radicale ont fait dégénérer les actions en s’en prenant violemment aux forces de l’ordre, aux commerces et aux bâtiments publics » et de Sébastien Lecornu accusant « l’ultragauche » de vouloir « un désordre profond dans le pays ». Ces informations ont été reprises sans filtre par de nombreux médias comme Le Parisien, dans un article du 19 octobre reprenant sans filtre et sans vérification des « sources sécuritaires ».

La réalité : Invitée sur le plateau de TF1 lundi 19 octobre, la procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, a assuré qu’elle ne pouvait « absolument pas confirmer » que les auteurs de violences qui ont eu lieu à Paris samedi 17 octobre sont « des personnes politisées vers l’ultragauche ». Un préfet interrogé par Mediapart va dans le même sens : « Il y avait des activistes d’ultragauche dans les mobilisations de samedi, mais ce n’était pas une majorité. Les casseurs, ça reste des gosses. » 

Il est tout simplement trop tôt pour tirer des conclusions hâtives sur le profil politique des personnes mobilisées, qui a toutes les chances d’être hétérogène. Cela peut être le cas, mais l’affirmer aussi tôt et sans preuve est irresponsable.

En revanche, on en a beaucoup moins entendu parler dans les médias mainstream, mais le quotidien Libération a mis en lumière la participation, lors de la mobilisation du 17 octobre, de « groupuscules nationalistes [qui] se sont mêlés aux manifestants. » 

4 / LFI est responsable

La France insoumise est également accusée d’attiser les colères depuis le début de la mobilisation lycéenne en septembre. « C’est VOTRE responsabilité politique », a taclé Sébastien Lecornu le 17 octobre sur X, s’adressant à Jean-Luc Mélenchon. 

Des accusations qui se sont multipliées ces derniers jours. « Il y a une nébuleuse d’extrême gauche dans laquelle La France insoumise occupe une place importante et dans laquelle il y a des gens, des groupuscules qui sont clairement dans un agenda de violence », a-t-il par ailleurs déclaré le soir de la mobilisation. Au point même que certains – dont le président du Sénat Gérard Larcher, le 19 octobre – ont tout bonnement appelé à « interdire » le parti. 

La réalité : Une enquête publiée par Mediapart ce 20 octobre jette une toute autre lumière dans cette affaire. Dans un échange écrit adressé à ses collègues, un commissaire du renseignement territorial (RT) déplore qu’on nous demande texto d’écrire que c’est LFI qui est derrière le mouvement alors que c’est objectivement faux de l’avis général des RT, forcément on a des décisions politiques. » Le témoignage d’un responsable national d’une organisation syndicale de police va dans le même sens : « J’ai été très étonné par ces accusations concernant LFI qui serait responsable du chaos de samedi et des saccages (…) Je ne vois pas ce qu’a à voir LFI dans l’histoire de ce fiasco. » 

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5 / « Il n’y a pas eu de personne tuée »


Deux jours après la mobilisation, le 19 octobre, le premier ministre Sébastien Lecornu s’est réjoui sur BFMTV qu’il « n’y [avait] pas eu de personne tuée », ce qu’il a qualifié de « miracle » et de preuve que « les policiers et les gendarmes font leur travail. »

Source : BFMTV, 19 octobre 2026.

La réalité : Au moment où Sébastien Lecornu fait sa déclaration (le 19 octobre autour de 12h30), la mort d’au moins deux personnes était confirmée : un manifestant victime d’un malaise au niveau du boulevard Magenta samedi, selon les informations du Parisien publiées le 18 octobre ; ainsi qu’un homme de 48 ans décédé dans la nuit de dimanche à lundi dans le quartier de Châtelet, « dans une zone concernée par ces mouvements », nous apprend le même quotidien le 19 au matin. 

Le Parquet de Paris s’est saisi de ces deux décès afin d’élucider leurs causes exactes (ainsi que leurs liens avec les manifestations et le maintien de l’ordre). Tant que ces informations ne sont pas connues, il est prématuré d’affirmer aussi catégoriquement qu’il n’y a pas eu de personne tuée dans le cadre des mobilisations. 

6 / Les « émeutiers » sont des « islamistes » 

Au lendemain des mobilisations du 17 octobre, une « révélation » de la journaliste du JDD Lara Tchekov sur le plateau de CNews va rapidement faire le tour des réseaux sociaux : « Une information du Journal du dimanche qui nous a été donnée par la DGSI, comme quoi des kalachnikovs et des pistolets-mitrailleurs Scorpion ont été retrouvés parmi les mains d’émeutiers […] présentés comme proches de la mouvance islamiste. […] Des individus ont été repérés à Paris, en région parisienne, également à Marseille et à Lyon. » 

Une « information » qui corrobore les discours haineux et islamophobes qu’on a pu entendre ces derniers jours de la part, notamment, d’Eric Zemmour. Sur LCI samedi, on a également pu entendre Bruno Pomart, ancien policier du RAID, qualifier – sans être repris par les autres personnes présentes en plateau – les manifestants de « révolutionnaires d’Allah. » 

La réalité : Le scoop du JDD était en réalité une fake news, démentie par la DGSI elle-même. « C’est complètement faux. Le fond est faux et la source, la DGSI, ne s’est pas du tout prononcée sur le sujet. La DGSI dément complètement cette information », précisent les services de renseignement à Libération. 

7 / « Seuls les commerces juifs ont été ciblés » 

Dimanche matin, le journaliste Paul Amar a avancé sur le plateau de CNews que les manifestants du 17 octobre « avaient les adresses de pas mal de commerçants juifs. Dans une rue de Marseille, je l’ai appris ce matin, tous les commerces détenus par des juifs ont été incendiés. [Tandis que] les commerces tenus par les musulmans ne l’ont pas été. » Comme l’indique Libération, ses propos ont aussitôt été relayés sur les réseaux sociaux, par des personnalités françaises comme la controversée anthropologue Florence Bergeaud-Blackler et l’ex-eurodéputé RN Gilbert Collard. 

La réalité : Libération souligne que cette fake news a été démentie par plusieurs organisations juives françaises. Le quotidien cite le Service de protection de la communauté juive, qui a annoncé dimanche en fin de journée qu’« aucun élément ne permet à ce stade d’établir un ciblage lié à la confession » des exploitants de commerces dégradés lors de la mobilisation. « Tous les commerces ont été touchés, qu’ils soient juifs, non juifs ou musulmans. Finalement, ils n’ont pas fait de distinction », a également démenti Bruno Benjamin, président du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (Crif) de Marseille Provence.

8 / Un couple d’octogénaires dépouillé à Paris

Relayée en direct samedi soir par le journaliste Dominique Rizet sur BFM TV, l’image a fait le tour des réseaux sociaux. On y voit un couple d’octogénaire dépouillé, en sous-vêtements, laissé démuni en pleine rue à Paris. « L’image qui devrait être un signal d’alarme pour tout l’occident », commente une internaute sur le réseau social X, dont la publication a été vue plus de six millions de fois. 

La réalité : Les vérifications réalisées par la suite par plusieurs médias (Franceinfo, Libération, TF1 Info…) aboutissent toutes à la même conclusion : l’image a été générée par IA. Franceinfo fait remarquer que « la photo a été publiée par un compte basé en Israël, habitué des publications critiques vis-à-vis de La France insoumise et des militants pro-palestiniens. »  

Et ce n’est que la partie émergée

Ce que vous venez de voir n’est que la partie émergée de l’iceberg. Sur les réseaux sociaux et les plateaux télé, la désinformation bat son plein entre fakes générés par IA, tentatives d’ingérences et récupération politique. Ce n’est pas seulement le fait d’obscurs comptes (ou bots) sur les réseaux sociaux. Ces mensonges émanent aussi dans certains cas du plus haut sommet de l’Etat, dont les méthodes ne sont pas rappeler celles de Donald Trump – incarnation de l’ère de la post-vérité – et de grands médias dont le mépris des règles de base de la déontologie journalistique atteint des sommets. 

On a recensé des fake news, mais on aurait pu évoquer les pratiques aberrantes de certains médias. Comme le choix d’interroger un commerçant remonté contre « LFI et les black blocks » sans préciser, comme le fait remarquer le journaliste à Libération Sylvain Chazot, qu’il s’agit en réalité d’un opposant au maire de Lyon dont la femme était codirectrice de campagne de Jean-Michel Aulas… 

On aurait aussi pu parler des rumeurs autour de la mort d’un street medic à Paris, dont la vidéo de l’interpellation brutale, le 17 octobre, a tourné en boucle sur les réseaux sociaux avant que l’on apprenne qu’il était bien en vie.

La situation est suffisamment grave pour ne pas avoir besoin de diffuser des informations non vérifiées, c’est-à-dire potentiellement fausses, simplement pour faire le buzz ou verser dans la surenchère. Les débats politiques et médiatiques méritent bien mieux, surtout à l’approche de l’élection présidentielle. 

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