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les votes et les stratégies du RN PASSÉS AU CRIBLE

Stratégie du pourrissement : le 1er casseur de France est à l’Elysée

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Emmanuel Macron strategie du pourrissement
©Crédit Photographie : Capture d’écran allocution du Président de la République le 18 octobre à 20h | France Info
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« Perdre le contrôle, c’est si vous aviez des hordes de personnes qui défilaient dans les centres-villes, qui pillaient les magasins et qui commettaient des exactions ». Voici ce qu’a déclaré le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez le 6 octobre dernier.

Le 17 octobre et, d’après les estimations, quelques centaines de millions de détériorations plus tard, Laurent Nuñez l’assure : «Le dispositif n’était pas sous-dimensionné». Il n’y a pas eu de chaos dans des dizaines de villes en France, selon le gouvernement, tout va bien, circulez, il n’y a rien à voir. Un niveau de post vérité qui ferait sourire Donald Trump mais qui ne semble pas faire plus réagir que cela les journalistes de plateaux réagissant à l’annonce du ministre de l’intérieur.

Exemple de plus de journalisme de préfecture si bien décrit par la journaliste Emma Vinzent sur Bon Pote. On relaye la communication officielle du gouvernement, on ne la questionne pas. On parle de violence, de casseurs, de pilleurs, d’immigration (sic), on accuse l’ultra-gauche très vite (sans preuve, sans source, sans définir), LFI, et les black blocs (toujours sans définition).

Alors que les médias mainstream sont en boucle depuis 24H sur “la violence inacceptable en République”, rappelons que la stratégie du pourrissement du premier casseur de France est bel et bien majoritairement responsable.

La violence, la violence, la violence : vous condamnez la violence ?

Si nous avons remarqué une chose en écrivant notre livre Le RN contre les Français, c’est que définir un mot est complexe et peut prendre du temps. Vous pouvez ainsi entendre “souveraineté énergétique” ou “pouvoir d’achat”, les voir dans des sondages, les voir débattus et scandés sur les plateaux TV sans que personne ne prenne la peine au préalable de définir les termes.

La violence ne fait pas exception à la règle. Il est par ailleurs particulièrement efficace lors d’un débat de demander à la personne en face de définir la violence. Prenons exemple avec Emmanuel Macron qui communique sur Twitter le soir du 17 octobre : “Aucune place pour la violence dans notre République“. Lui qui était par ailleurs le 16 octobre au soir dans une loge du concert de Céline Dion, de quoi bien préparer et montrer qu’il n’est pas du tout déconnecté de la colère sociale dans le pays.

La violence selon Emmanuel Macron, se sont “les casseurs”, ceux qui ont “cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, pillé jusqu’à nos mairies”.

La violence, ce n’est donc pas un Président qui ignore les voie démocratiques, du Grand Débat National en 2019 (pour aucun résultat) au résultat des élections législatives en 2024. Ce n’est pas un gouvernement qui utilise la force sur tous les mouvements sociaux depuis qu’Emmanuel Macron est président, où il devient dangereux de manifester pacifiquement, que vous soyez pompier, infirmier(e) ou prof, ou journalistes visés directement par la police. S’il fallait le rappeler, la France compte le plus grand nombre de mutilés et de tués par la police en «maintien de l’ordre» de toute l’Europe. Ce n’est pas non plus un gouvernement qui gouverne à coups de 49.3, qui vote très largement avec la droite et l’extrême droite au profit d’une minorité et aux dépends de l’intérêt général.

La violence, ce ne sont pas les milliers de morts évitables des canicules chaque été qui découlent de choix politiques que ce gouvernement n’a pas le courage d’assumer. Ce ne sont pas les centaines de personnes mortes au travail, les travailleurs pauvres qui dorment dans leur voiture, les 350 000 personnes vivant dans la rue malgré la promesse d’Emmanuel Macron.

La violence, ce ne sont pas les lycéens qui sauter des repas et qui font cours dans des classes pleine d’amiante à 8°C l’hiver et 40 l’été. Ce n’est pas d’apprendre que depuis le mois d’octobre, des lycéens mutilés ont perdu un œil, un bras, que des policiers foncent avec leur véhicule sur des enfants. La liste de ce qui est considéré comme non violent est longue. Tant pis si un jeune a perdu sa main le 17 octobre à Saint-Etienne et qu’un manifestant soit mort le même jour. Les caméras et les débats sont ailleurs.

On ne distingue plus les violences faites sur des personnes, et des dégradations. Le premier ministre a d’ailleurs prévenu : “il est l’heure de choisir son camp. Soit on est dans le camp de la République, donc des forces de l’ordre, soit on est dans le camp des casseurs”. Un classique sophisme du faux dilemme présentant seulement deux options possibles, comme s’il n’y avait pas d’autres solutions.

Une stratégie de pourrissement en marche

Si certains s’étonnent de “la violence historique”, la situation dans laquelle se trouve la France n’est en rien un hasard. C’est la conséquence de décennies de néo-libéralisme, et surtout, le bilan d’Emmanuel Macron. Des choix politiques plus ou moins assumés publiquement, mais qui ne laissent pourtant aucun doute sur sa responsabilité.

Pourtant, à l’écouter, ce n’est jamais de sa faute ni de ses gouvernements successifs. C’est toujours de la faute des autres, et notamment des partis qui ne gouvernent pas. Ce n’est pas de sa faute pour la poussée historique de l’extrême droite en France, avec le Rassemblement National passé de 8 à 122 députés durant ses deux mandats. Un pays où la pauvreté et les inégalités augmentent, mais ça non plus, ce n’est pas de sa faute. Les milliers de morts des canicules ? Non plus. Qui aurait pu prédire ?

Pas responsable donc, et menteur. Lors de son allocution du 18 octobre à 20h, Emmanuel Macron a déclaré : “Je comprends nos lycéens et nos étudiants. Ils sont au cœur de mon engagement politique depuis plus de dix ans“. Malgré des années de revendications des professeurs et de lycéens pour avoir plus de moyens, des rapports ministériels comme expliqué dans une vidéo sur Bon Pote, le Président a laissé la situation s’enflammer, en n’ayant comme seule réponse d’envoyer des forces de l’ordre mutiler des adolescents.

La suite, nous la connaissons. La stratégie de pourrissement se met en marche. Son fonctionnement est très simple : le gouvernement espère au choix que le mouvement s’épuise, se ridiculise, soit montré comment violent et illégitime, poussé à la faute, ou encore qu’il finisse par prendre peur à cause des répressions de l’Etat. Sauf que cette fois, cette journée du 17 octobre et toutes celles qui vont suivre, il n’y a pas eu d’actualité ou évènement exogène pour calmer la colère, et les provocations type “aucune consigne de retenue” de Laurent Nunez ont fini par arriver au résultat que nous connaissons.

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Comment le maintien de l’ordre s’est effondré

Suite de la stratégie de pourrissement, évoquons le maintien de l’ordre si cher au gouvernement. Il est curieux de se voir gazer par la police 1h30 avant le début de la manifestation place de la République, et de voir cette même police absente lorsque les premières vitrines étaient brisées à quelques dizaines de mètres de là. Dans ces cas, plutôt qu’un vécu personnel, on vérifie les chiffres.

Et les chiffres, c’est Vincent Lemire, historien, qui les a rappelés dans un post sur X, pour un fiasco du 17 octobre “totalement prévisible et même inévitable”. Pour le 8 décembre 2018, 89000 Forces de l’ordre (FDO) étaient mobilisées face à 125000 gilets jaunes (ratio de 1,4). Le 17 octobre 2026, 10000 FDO mobilisées (dont 5000 à Paris) face à.. 550000 manifestants (1 FDO pour 55 manifestants).

Plus de policiers pour la venue du Pape que pour le 17 octobre

A titre de comparaison, il y avait 14000 policiers mobilisés pour la venue du pape. Il faut prendre la mesure de ce que vous venez de lire. Pour un évènement annoncé depuis des jours avec des vidéos faisant des millions de vues qui appelaient à la révolution, le gouvernement a mobilisé moins de forces de l’ordre pour le 17 octobre que pour la venue du Pape. On apprend également via Mediapart qu’il y a eu une sous-estimation totale du mouvement de la part du renseignement.

Sébastien Roché, directeur de recherche au CNRS spécialisé en criminologie décrit lui l’effondrement du maintien de l’ordre sur le réseau Bluesky. A lire entièrement pour mieux comprendre :

Sa conclusion est limpide : “La responsabilité de la paix publique est gouvernementale. Même si demain il va chercher à l’éviter. La police ne peut qu’accompagner les compromis politiques qui permettent la paix publique. Elle ne peut être le socle de l’ordre politique“.

Il n’y a donc que deux possibilités ici. Les “casseurs” et les “pilleurs” pour reprendre les mots du Président Emmanuel Macron ont soit pu “casser” et “piller” parce que le gouvernement a complètement sous-évalué la colère sociale et les risques du 17 octobre. Soit le gouvernement a volontairement laissé libre cours à sa stratégie de pourrissement. C’est dans tous les cas irresponsable, compte tenu de plus du traitement médiatique qui bénéficie structurellement à l’extrême droite.

Questionner la violence

Nous l’avons constaté ce 17 octobre, le traitement médiatique de BFM, CNews et du JT de France 2 est le même et illustre parfaitement ce qu’est le journalisme de préfecture : on filme des casseurs, on relaie le discours de Nuñez, on ne parle pas des dizaines de milliers de manifestants pacifistes ni des revendications.

Au JT de France 2, il aura fallu attendre 20h14 pour enfin parler des revendications. 14 min après le début du journal. Les 14 premières minutes sont dédiées aux vitrines cassés, “aux pilleurs”. Le téléspectateur est horrifié, et après 14 min d’images de casse, on entend parler une minute des revendications “malgré les violences”. 20H15, retour “aux violences des casseurs”.

Le 18 octobre a donné la même chose et dans les mêmes ordres de grandeur dans les JT et sur les chaines d’infos en continu. Si une personnalité politique “de gauche” était invitée sur les plateaux comme sur BFM, elle se retrouvait à 1 contre 5 ou 6 et devait répondre avant toute chose à la sempiternelle question : est-ce que vous condamnez les violences ? Vérifiez par vous-même : BFM, LCI ou CNews, c’est toujours le même scénario.

La priorité est de sortir de ce cadrage politico-médiatique. Sortir de ce “est-ce que vous condamnez les violences”, phrase qui n’a aucun sens si la violence institutionnelle n’est pas en même temps évoquée. Il n’y a pas deux camps, comme le déclare et le souhaite l’adepte du pourrissement et premier ministre Sébastien Lecornu.

Quand le sage montre les lycéens qui sautent des repas et se dirigent vers un hiver avec des classes à 8°C, l’idiot vous demande de condamner les violences. Autrement dit, quand la mairie de Limoges brûle ou quand des vitres de commerçants sont cassées, ce n’est pas de la faute “de l’ultra gauche” mais celle d’un maintien de l’ordre défaillant dont le gouvernement Macron est le garant. Pourquoi devrait-on, parce que l’on soutient les manifestants et leurs revendications, répondre d’une situation dont nous ne sommes pas responsables ?

Cette inversion accusatoire est un classique et un piège tendu par celles et ceux qui préfèrent exploiter la colère et punir plutôt que d’entendre les revendications et prévenir cette même colère. Tant qu’aucune mesure concrète ne sera prise pour les lycéens, la crise continuera. Faire toujours la même chose et s’attendre à un résultat différent est au choix une stratégie de pourrissement ou de l’incompétence, et dans tous les cas, irresponsable.

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