Organisation minable et festival de greenwashing à la COP26

J’ai longuement hésité à aller à la COP26. “Be there or be square“, “The place to be“, “Soit tu viens, soit tu vaux rien“.

C’est vrai que c’est un évènement important et déterminant, où une poignée d’hommes peut décider de l’avenir de millions d’autres. Le cocktail parfait où se retrouvent politiques, délégués, ONGs, activistes climat… ainsi qu’entreprises et lobbies en tout genre. Je pensais même y aller pour la 2eme semaine. J’avais le même sentiment qu’un anniversaire où tu ne sais pas trop si ça va être bien. Réflexe (de sournois) : tu appelles les personnes sur place et si c’est pas terrible, tu fais autre chose.

Il n’a pas fallu 24h pour déchanter. Les premières images et retours (publics comme privés) ont montré un visage déplorable de l’organisation de cette COP26, la COP soi-disant “la plus inclusive jamais organisée”. Mesdames et messieurs, laissez-moi vous présenter Greenwashing Land.

Une organisation indigne et inexcusable en 2021

Comme prévu, une semaine d’annonces à gogo, pendant laquelle des décisions “historiques” sont prises. A lire ou écouter la presse, nous serions sur la bonne voie. Des gros titres bien tape à l’œil, qui ne reflètent malheureusement ni la réalité, ni la complexité des annonces. C’est ce que nous verrons à la fin de la COP26 dans un article consacré. La COP dure encore une semaine, tirer des conclusions serait prématuré : nous avons encore le droit d’avoir des espoirs (et d’être déçus).

Ici, l’objectif est surtout de raconter les coulisses de cette COP. Dès le premier jour, le ton était donné. Commençons par l’organisation : une seule entrée, et chaque jour, entre 1 et 2 heures d’attente pour les participants. Ça, c’était quand vous aviez la chance de pouvoir entrer ! La ministre de l’énergie israélienne Karin Elharrar a essayé en vain pendant plus de deux heures d’accéder à la COP… en étant finalement obligée de ne revenir que le lendemain. En effet, en plus de n’avoir prévu aucun interprète de langue des signes, l’ONU n’avait prévu aucun transport adapté pour les personnes en fauteuil roulant.

Pour la COP “la plus inclusive jamais organisée”, il faudra repasser.

La ministre de l'Energie israélienne Karine Elharrar, à la COP26 de Glasgow, mardi 2 novembre 2021. (ALBERTO PEZZALI / AFP)
La ministre de l’Energie israélienne Karine Elharrar, à la COP26 de Glasgow, mardi 2 novembre 2021. (ALBERTO PEZZALI / AFP)

Pays du Sud et peuples indigènes encore oubliés

C’est inscrit dans l’Accord de Paris : la responsabilité des émissions est commune, mais différenciée. Cela met en évidence que certains sont plus responsables que d’autres du réchauffement climatique et qu’ils devront aider financièrement les pays les plus démunis/touchés. Alors que les pays développés devraient montrer l’exemple et baisser drastiquement leurs émissions (avant d’aller compenser ailleurs), ils continuent à faire unanimement le pari de la croissance verte, reposant leurs espoirs sur des promesses technologiques.

Aussi, l’un des discours les plus marquants de cette première semaine est sans conteste celui de Mia Mottley, Première ministre de la Barbade depuis 2018. Elle résume à la perfection les promesses des Etats depuis le début de cette COP26 : “les engagements pris par certains états sont basés sur une technologie qui n’a pas encore été développée et cela est au mieux imprudent, au pire dangereux“.

C’est une évidence depuis des années : plus nous approcherons du mur, plus les gouvernements qui refusent de changer de système économique promettront des prouesses technologiques dont nous n’avons jamais vu la couleur.

Un superbe discours similaire a été tenu par Elizabeth Wathuti, une jeune kényane, s’adressant aux leaders des pays riches. “Pendant que vous êtes assis confortablement sur vos chaises ici à Glasgow, des millions de personnes meurent de faim dans mon pays”. Rappelons que limiter le réchauffement climatique à seulement +2°C au lieu d’1.5°C est non seulement un énorme risque, mais en plus une position tenue par des personnes qui dans l’immense majorité des cas ne seront pas les premières touchées par les conséquences du réchauffement climatique.

Si vous n’aviez pas encore compris l’idée, Simon Kofé, ministre tuvaluan et l’un des représentants des AOSIS, vous aide à comprendre les conséquences du changement climatique pour son pays :

Discours de Simon Kofé pour la COP26, crédit : Anish Chand
Discours de Simon Kofé pour la COP26, crédit : Anish Chand

Les peuples indigènes invisibilisés

Le malaise continue lors de cette COP26 avec les peuples indigènes. “Les peuples indigènes sont plus visibles, mais ils ne sont pas pris plus au sérieux ; ils sont romancés et symbolisés“, a déclaré Eriel Deranger, directeur exécutif d’Indigenous Climate Action. Les déclarations suivantes sont tout aussi affligeantes :

La COP est une grande entreprise, une continuation du colonialisme où les gens ne viennent pas pour nous écouter, mais pour faire de l’argent avec nos terres et nos ressources naturelles“, a déclaré Ita Mendoza, 46 ans, défenseur des terres indigènes de la région Mixteca de Oaxaca, dans le sud du Mexique, assistant à la COP pour la première fois.

Ils essaient de collecter et de préserver les connaissances autochtones tout en continuant à nous laisser en dehors des prises de décision réelles et des positions de pouvoir. C’est le seul levier dont nous disposons pour demander des comptes aux États et aux gouvernements, mais c’est le même système paternaliste qu’auparavant. Nous sommes voués à l’échec, et c’est là que la société civile doit intervenir.

Les objectifs “neutralité carbone”, thème central de la COP26, consistent à encourager les marchés de capture du carbone par le biais d’une reforestation massive, de biocarburants et de nouvelles technologies – ce que de nombreux dirigeants autochtones considèrent comme de fausses solutions climatiques qui conduiront à de nouveaux accaparements de terres et à une destruction environnementale et culturelle. Pour eux, le maintien des combustibles fossiles et des minéraux dans le sol est le seul moyen de limiter le réchauffement de la planète et ses effets dévastateurs.

Il est certain que ces discours diffèrent légèrement des débats français, où l’on se demande combien de réacteurs nucléaires et d’éoliennes il faudrait en plus pour continuer à vivre la belle vie. Malheureusement, COP après COP, l’ONU ne remplit pas son rôle et ne respecte pas les peuples indigènes, alors que c’est inscrit dans l’Accord de Paris. Il est pourtant possible que nous ayons plus à apprendre d’eux pour préserver notre environnement que des milliardaires qui viennent se racheter une éthique en jet privé.

L’autosatisfaction à son paroxysme

Les politiques ont passé une étape lors de cette première semaine de COP26. En plus de leur bla-bla-bla, le niveau d’auto satisfaction après l’annonce de chaque promesse est tout à fait fascinant.

Pourtant, et comme anticipé, les promesses ne sont suivies d’aucun plan concret d’actions. Des arbres à planter, de la capture carbone partout, de la neutralité carbone nulle part. Ils réussissent également l’exploit d’annoncer une neutralité carbone sans mettre fin aux énergies fossiles, ce qui est tout à fait extraordinaire pour toute personne qui a lu 5 minutes sur les causes du réchauffement climatique anthropique.

Nous avons tout de même eu une belle annonce en début de semaine, avec des Etats (dont les Etats-Unis, le UK et le Canada !) qui se sont engagés à mettre fin au financement à l’international de projets d’énergies fossiles d’ici à la fin 2022. Mais devinez qui ne fait pas partie de cet Accord ? La France. Pourtant, notre champion du climat Emmanuel Macron est sur place ! Au même titre que B. Pompili, il semble que notre gouvernement soit meilleur en communication que dans les actions concrètes et efficaces.

Avons-nous les politiques qu’on mérite ? Espérons que non. Surtout pour les anglais. Quand il ne part pas en jet pour dîner avec un climatosceptique, Boris Johnson s’endort en pleine conférence :

Que personne ne les réveille s’il vous plaît, ils pourraient avoir une idée.

Un lobbying extrême

La COP26 n’est pas réservée aux Etats et à quelques délégué(e)s. C’est plus de 40000 personnes sur place, avec une présence sans précédent de lobbies qui vont jouer autant que possible de leur influence.

La “zone bleue” officielle de la COP26 a de grands pavillons gérés par les principaux états producteurs de pétrole, de gaz et de charbon, avec notamment les États-Unis, l’Australie, l’Indonésie, l’Arabie saoudite, la Russie, les Émirats arabes unis, l’Allemagne et le Qatar. Les efforts environnementaux de ces pays sont mis en avant, et nous apprenons avec sourire qu’ils sont tous verts, vertueux, tournés vers l’avenir et prêts à aider les plus démuni(e)s. En revanche, aucune mention des milliards de profits grâce aux fossiles…

D’autres pavillons sont également subventionnés par les mêmes grands groupes pétroliers et gaziers qui ont avec le temps adapté leur communication. L’heure n’est plus à jouer le marchand de doute sur le consensus climatique, mais bien à faire croire qu’ils sont la solution au réchauffement climatique. Nous devons donc désormais faire confiance aux entreprises qui ont délibérément menti sur le changement climatique et ses conséquences pendant des décennies, et leur donner les clefs du véhicule pour appuyer sur le frein.

L’un des points les plus déterminants reste les négociations autour de l’article 6 de L’Accord de Paris, qui sont toujours au centre de l’attention. Les grands groupes des industries fossiles s’assurent que les règles les favorisent et que le marché du carbone soit configuré comme ils le souhaitent. Pour que ces entreprises vertueuses puissent “venir en aide aux pays en voie de développement” :

Greenwashing Land

Les grands groupes industriels fossiles ne sont pas venus seuls, mais accompagnés d’autres entreprises toutes aussi vertueuses. Ci-dessous, vous retrouvez une liste des entreprises présentes à la COP26. Les mauvaises langues penseront à l’expression “pompiers pyromanes”, mais comme des noms aussi sympathiques que Goldman Sachs, Black Rock, CitiGroup ou encore AXA sont présents, vous serez rassuré(e)s de savoir que cette COP est entre de bonnes mains.

Greenwashingland
Source : Twitter

Les bonnes nouvelles n’arrivant jamais seules, nous pouvons également observer dans la zone verte de la COP26 :

  • Le Qatar qui vante ses stades écolos pour le mondial 2022 (6500 morts pour les construire)
  • Plusieurs écuries de F1 expliquant comment ils sont la solution au changement climatique (c’est bien connu, le bolide est propre, et les gens vont au Grand Prix à pied).
  • HSBC qui parle de finance verte (la banque qui a financé 110 milliards les énergies fossiles entre 2016 et 2020, et qui cumule les scandales).
  • Jeff Bezos qui vient jouer le philanthrope milliardaire et annonce qu’il va verser 2 milliards pour le climat. Passons le fait que cela ne représente même pas 1/10 des impôts qu’il n’a pas payé, qu’il soit arrivé en jet privé à la COP, etc. Jeff c’est le genre de type qui a mangé un steak au petit-dej et qui va te dire droit dans les yeux d’arrêter la viande pour la planète.

Vous reprendrez bien un petit Coca pour fêter ça ?

Coca Cola, neutre en carbone en 2040.

Le mot de la fin

Personne ne doit être étonné(e) des lobbies et forces en présence. Les négociations internationales sont des négociations de pouvoir, et il n’est pas étonnant que des multinationales, parfois plus puissantes que des Etats, viennent y mettre leur grain de sel.

Que le greenwashing soit partout n’est pas une surprise. Ce qui est plus “surprenant”, c’est que l’organisation ne soit pas à la hauteur de l’évènement. Compte tenu de l’importance de la COP26, nous devrions tous en attendre mieux, sur la forme comme sur le fond. Malheureusement, les organisateurs semblent plus motivés à cadenasser les activistes climat qu’à permettre à tout le monde de s’exprimer.

Il reste une semaine de COP26. Personne n’est capable de prédire l’issue des négociations, mais il y a fort à parier que le salut ne viendra pas des politiques qui continuent le jeu du Business as Usual. Même certains scientifiques sur place le disent : l’espoir viendra de l’activisme, du peuple excédé par leur inhumanité.

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Commentaires

9 Comments

  1. Cautain 7 novembre 2021

    Sauf a vouloir les mépriser avec condescendance en continuant d ignorer qu ils sont les premiers concernés , ” La vérité vient tj de la bouche des enfants …: ” No more bla bla bla !

    https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=4463184780402542&id=100001331912067&post_id=100001331912067_4463184780402542&notif_id=1636209502717234&notif_t=nf_share_story&ref=notif

    Répondre
  2. Justin 7 novembre 2021

    La Chine ne s’est pas présentée à la COP26 pour présenter son plan. Pour quelle raison ?

    La raison officielle n’est pas les émissions de CO2, c’est la quarantaine. M. Xi Jinping doit donner l’exemple et il aurait dû respecter une quarantaine s’il s’y était rendu.

    Mais Sans cela, il aurait peut-être trouvé une autre raison.

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  3. francis CAUTAIN 6 novembre 2021

    a bdd13

    ” J’ACCUSE….
    Comme je ne cesse de le dire depuis des mois, le principal acteur malfaisant dans cette histoire, c’est BILL GATES. ”

    Certes mais ca n’est qu une infime partie du probleme . A mon sens ( et c’est toujours un gros tabou que de le denoncer encore et encore ) c’est evidemment le male dominateur et quasi seul decideur in finé qui est le veritable cancer de l Humanité !! En fait c’est tragiquement simple …..

    Répondre
    1. bdd13 6 novembre 2021

      Pour l’instant, Bill Gates est le mâle dominateur…. 😉

      Répondre
  4. francis CAUTAIN 6 novembre 2021

    JM Jancovici ne dit pas autre chose depuis des annees deja sur l inutilite de COPs …..

    Répondre
  5. Ddu 6 novembre 2021

    Il y a déjà eu 25 COPs. Les émissions de GES n’ont jamais baissé. Notre monde moderne est complètement drogué aux énergies fossiles. On n’arrêtera que lorsqu’on atteindra le mur. Tant que ça va pour moi, ça va pour tout le monde, non? Encore combien d’années à ce rythme? 5 ans, 10 ans? Je pense que la civilisation moderne s’effondrera inéluctablement pour donner naissance à quelque chose d’autre que je n’arrive pas à m’imaginer. Mais on ne sera certainement pas 8 milliards sur la planète… La nature fera son travail. Accrochez vos ceintures, parce que ça va déménager…

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  6. bdd13 6 novembre 2021

    J’ACCUSE….
    Comme je ne cesse de le dire depuis des mois, le principal acteur malfaisant dans cette histoire, c’est BILL GATES.
    C’est lui qui tire les ficelles derrière tout ce cinéma :
    je rappelle que c’est lui qui a rameuté les Chefs d’Etats pour la COP21, sans quoi il n’y avait personne. La veille du G20/COP26, il était avec Boris Johnson en entretien particulier.
    Il incite tous les Majors à investir massivement dans le greenwashing (il dit les “nouvelles technologies”).
    En parallèle, il incite tous les chefs d’Etats à lâcher les milliards publics pour soutenir les entreprises (Macron vient de lâcher 40 milliards).
    Il affiche très bien (c’est un communicant hors pair), que toutes les recherches n’iront pas au bout (et hop, il se dédouane). Mais en attendant, les pertes seront compensées par l’argent public, d’autant qu’il exhorte les Etats à ne pas mettre un copek dans les actions visant à minimiser les émissions, car c’est du temps de perdu et qu’il vaut mieux mettre les dollars (tous les dollars) dans la recherche.
    Le résultat : c’est la COP26.
    Vous verrez que tous les actionnaires dans quelques années seront les seuls à ne pas avoir perdu d’argent dans la déroute qui nous attend.
    Vous avez compris… ?

    Répondre
  7. Alang 6 novembre 2021

    Le bla bla bla –bien réel– de la COP 26 n’a d’égal que le bla bla bla des mouvements activistes. Le premier est d’ailleurs télécommandé et conditionné par le second qui repose sur la conviction que le changement, la déconsctruction et la reconsctruction du monde se feront à coups de bienpensance, de générosité, d’arguments bien fondés et d’appels à la justice – qui repose, j’ajoute, sur une vision naîve des évolutions du monde et de nos sociétés. Le bla bla des conférences n’est qu’une réponse au bla bla des activistes. Et débouche sur une vraie foire (Bon Pote a raison, c’est une foire) qui ne fait que copier les foires trentenaires des réunions internationales comme nationales ou régionales des mouvements activistes. Ne soyons pas trop pessimistes, qui est le ton de commande des interventions activistes. Il se passe des tas de choses sur le front du “climat” et les activistes ne le voient pas et sans doute, dans leur monde idéel ou religieux et un peu simple, ne peuvent pas le voir. Ils sont condamnés, comme Bon Pote, à rester en dehors de l’action et à se limiter à l’interpellation et à l’accusation, du bla bla bla ad nauseam. Ils donnent dans le “mur des cons” qu’on accuse : le tableau des logos des entreprises présentes à la COP et qui essaient d’être, chacune dans leurs secteurs, d’être plus “vertes””: Additionnons les investissements “verts”, de ces entreprises, aussi limités soient-ils: ils seront toujours largement supérieurs aux investissements de l’ensemble des associations qui ne font, pour l’essentiel que de la com et de l’agit prop — terriblement efficaces au demeurant. Et qui conitnuent à laisser penser aux opinions que le changement “pour la planète et le climat” n’est bloqué que par les méchants … Quelle vision simpliste ! Quelle inepsie: plus les activistes blablatent, moins l’opinion est correctement informée de ce qui se passe réellemment et comment il faut le faire ….

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  8. Cap Natation ElRL 6 novembre 2021

    Quel cynisme.

    Répondre

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