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Au mois d’avril 2026 ont été publiés de nouveaux modèles qui alimenteront le prochain rapport du GIEC, les CMIP7 (Coupled Model Intercomparison Project).
Nous avions fait le choix de ne pas traiter le sujet sur Bon Pote, car c’est un sujet de niche, technique, plutôt intermédiaire avant d’avoir de grandes conclusions ou synthèses comme c’est fait dans le dernier rapport du GIEC. Inutile de réagir, même en prenant en compte les habituels climatosceptiques et sérial menteurs “climato-réalistes” qui en ont profité pour désinformer, les marchands de doute du Point, et bien sûr, l’extrême droite, avec Valeurs Actuelles ou comme ci-dessous Vincent Thiery, élu Reconquête.

Mais ça, c’était avant qu’un petit influenceur du nom de Donald Trump attire un peu trop l’attention sur le sujet, en racontant comme souvent n’importe quoi sur son réseau social Truth :

Normalement, quand vous avez le même avis que Donald Trump sur le changement climatique, vous devriez vous poser quelques questions. Mais profitons de l’occasion pour rétablir quelques faits sur ce que disent ces modèles, et sur ce qu’ils ne disent pas.
“LE GIEC est alarmiste”
Premièrement, répondons aux attaques sur le GIEC et les activistes climat qui tiendraient un discours “alarmiste”. Ce n’est pas le cas, et c’est une tactique classique pour “décrédibiliser la communauté de recherche en science du climat, puis à disqualifier les mouvements citoyens“, précise Christophe Cassou, auteur principal du dernier rapport du GIEC et auteur de nouveau dans le 7e rapport à venir.
Le bon mot serait plutôt “alarmant”, plutôt qu’alarmiste. La réalité du changement climatique est déjà particulièrement inquiétante, il n’y a aucun besoin d’exagérer.
D’ailleurs, ce ne sont pas “les scénarios du GIEC”. Le GIEC fait la synthèse de la littérature scientifique et ne fait pas ses propres scénarios ou modèles. Donc les personnes qui disent “que les modèles du GIEC exagèrent” mentent tout simplement. (Pour mieux comprendre le fonctionnement du GIEC, voici un article synthétique).
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Disparition du RCP8.5 ?
Ce papier scientifique a fait du bruit car le “scénario RCP8.5” disparait, et ce serait la preuve que les “écolos ont exagéré”. les “RCP” (Representative Concentration Pathways) sont des scénarios utilisés par les scientifiques dans les précédents rapports du GIEC pour montrer à quel point la température pouvait potentiellement monter selon la concentration en ppm.
Cela dépend aussi de la sensibilité climatique à l’équilibre, qui représente (grossièrement) le nombre de degrés supplémentaires si nous doublons la concentration de CO2 dans l’atmosphère. Nous en avions déjà parlé en août 2021 lors de la sortie du rapport du GIEC, donc encore une fois… pas une surprise.
Nous avons donc le RCP2.6 (augmentation du forçage radiatif de +2.6 W/m²) pour le scénario le plus optimiste, RCP4.5, RCP6.0 et enfin le RCP8.5.

Ce scénario, appelé à tort par certains le “business as usual”, était le scénario sans politique climatique, avec une exploitation sans limite des énergies fossiles. Il était encore plausible à sa sortie au début des années 2010, et déjà hautement improbable.
Il est important de préciser que les auteurs eux-mêmes se défendent de l’appeler le scénario ‘Business As Usual‘ : “Le scénario RCP8.5 n’a jamais été conçu comme un scénario de statu quo, mais comme un scénario extrême, correspondant aux scénarios d’émissions les plus élevés répertoriés dans la littérature“. Ce n’est PAS un scénario Business as usual. Le monde a par ailleurs depuis plutôt suivi la trajectoire moyenne RCP4.5, avec un réchauffement d’environ +3°C.
Dans la nouvelle étude, les scientifiques ont présenté 7 trajectoires possibles d’évolution des émissions. Ces scénarios ne sont pas des prédictions, mais des scénarios d’émissions, qui comme le souligne Christophe Cassou, permettront d’alimenter des projections climatiques avec des risques associés, réévalués à la hausse à chaque nouveau rapport du GIEC pour un niveau de réchauffement donné. C’est fondamental de retenir cette information, qui dit le contraire des climatosceptiques et des climato rassuristes “tout va bien”.

Bonne ou mauvaise nouvelle ?
Selon Robert Vautard, Vice-Président du groupe 1 du GIEC pour le 7e rapport, le scénario « High » du CMIP7 prévoit un réchauffement climatique en 2100 nettement inférieur à celui des scénarios précédents (généralement environ 3,5 °C au lieu d’environ 4,5 °C).”
Est-ce que cela signifie que les scientifiques avaient exagéré ? Non, bien sûr que non. Les scénarios d’avant montraient les trajectoires possibles, qui dépendent eux-mêmes des mesures prises ou non par les Etats, entreprises etc. Depuis une décennie, nous avons eu l’Accord de Paris (dont l’effet est difficilement mesurable dans son exactitude), des mesures climatiques prises dans de nombreux pays, le prix des renouvelables a drastiquement chuté… donc les trajectoires possibles, avec le temps, se resserrent.
La “mauvaise nouvelle”, qui est tout sauf une surprise, c’est qu’il n’est désormais plus possible de limiter le réchauffement à +1.5°C. En effet, hors 2020 (année Covid), nous avons continué à augmenter nos émissions de gaz à effet de serre, au lieu d’atteindre un plateau et de les diminuer chaque année.
Un exemple de désinformation ? Voici ce qu’on peut lire dans le journal le Point : “C’est la borne haute des projections de l’époque, et le scénario qui s’est imposé pendant une décennie comme la référence narrative du discours climatique.” De quel “discours climatique” parle l’auteur ? Quelle “référence narrative” ? Source ? Personne de sérieux n’a tenu le RCP8.5 pour référence, aucun organisme mondial… personne. En suivant quotidiennement l’actualité climatique depuis 2019, cela n’a jamais été une “référence narrative”… sauf au Point, qui en profite comme à son habitude pour taper sur les écolos au discours “alarmiste”.
PS : dernier point technique par Christophe Cassou qui répond à un raccourci fallacieux sur la physique du climat, qui prétend que ces scénarios d’émission mènent à un réchauffement climatique donné, alors que “la chaîne totale est :
émission→ concentration atmosphérique→ forçage radiatif/énergie→ réchauffement, incluant rétroactions [processus amplificateurs] & points de rupture. Ceux-ci sont tels que pour un faible niveau d’émission, des réchauffements forts, voire +forts que le niveau median du RCP85 sont possibles. L’auteur même du papier insiste d’ailleurs dans ce podcast que la game de réchauffement pour ces nouveaux scenarios n’est même pas encore connue mais seulement estimée par modèles simples.
Autrement dit : c’est toujours plus compliqué que les discours simplistes de Donald Trump et ces équivalents français. Ce papier est un non évènement “médiatique” pour la communauté scientifique, mais une bonne occasion comme toujours pour les manipulateurs et menteurs sur le réchauffement climatique. Nous n’avons plus le temps de courir après eux, le consensus scientifique est clair, s’il y a des débats, il doit uniquement être sur les solutions.
Le réchauffement est grave, fait des milliers de morts en France en moyenne chaque année et des centaines de milliers/millions dans le monde, et sans action forte, radicale et rapide, cela ne sera que le début. Il n’y a aucun besoin d’amplifier la réalité, elle, est déjà terrifiante.
One Response
Merci pour ces précisions sur ce sujet mal traité dans les médias.
Pourquoi, après des explications rationnelles conclure sur les milliers de morts en France et les millions de morts dans le monde.
Conclusion populiste malheureusement