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La France est-elle vraiment 4e pays le plus vert au monde ?

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Le 5 avril 2021, un article provenant d’un site citant des climatosceptiques en référence a mis en lumière le Green Future Index, un classement mondial selon lequel la France serait classée “4e pays le plus vert”.

Cela aurait pu passer totalement inaperçu si une bonne partie du gouvernement Macron n’avait pas repris et partagé cet article sur tous les réseaux. Dès le lendemain matin, je publiais un “debunk”, une démystification sur Twitter expliquant que ce classement ne valait pas grand chose, tout en voyant l’article partagé par les membres du gouvernement (dont l’ex ministre de l’Ecologie François Rugy, le ministre de l’Economie Bruno le Maire, Emmanuelle Wargon, Christophe Castener, etc.)

Malheureusement, la désinformation fut bien plus forte que la correction, et si j’écris cet article aujourd’hui, c’est parce que cette désinformation de “la France 4e pays vert” continue sur les réseaux sociaux, plus de 18 mois après les faits. A la fois par des politiques conservateurs, voire ouvertement climatosceptiques, mais aussi par des journalistes avec 60 000 followers.

Voici des éléments de réponse à ce fameux classement. Loi de Brandolini totale…

D’où vient ce classement ?

Le Green Future Index vient de la revue MIT Technology Review, un média indépendant qui n’est donc pas comme l’ont avancé certains politiques “du Massachusetts Institute of Technology (MIT)”. C’est un rapport court, non revu par les pairs et qui détaille très peu sa méthodologie. Dans ce classement, la France est classée 4e sur 76 pays.

Première interrogation, sur les 20 premiers pays du classement Green Future Index, 15 sont européens. Lorsque l’on connait les émissions historiques de CO2, on se demande bien comment cela est possible.

Ensuite, lorsque l’on sait que l’Etat français a été condamné pour inaction climatique, que le Haut Conseil pour le Climat a rappelé dans ses 2 derniers rapports annuels que la France devait faire entre 2 et 3 fois plus pour respecter ses engagements climatiques, on pourrait instinctivement se poser la question : comment la France arrive-t-elle 4e du classement ?

Les critères

Le Green Future Index repose sur cinq critères principaux : les “émissions de gaz à effet de serre”, la “transition énergétique”, la “société verte”, “l’innovation propre” et “la politique climatique”. Vous obtenez un score avec chaque critère, qui sera ensuite pondéré afin d’obtenir un score final, qui vous donnera votre place dans le classement.

Selon Céline Guivarch, l’indice « Green Future » est un composite entre 18 éléments disparates. Il agrège des choses qui ne sont pas comparables, et comme tout indice composite donne une vision agrégée assez peu éclairante, et très dépendante des poids donnés aux différents composants. A titre d’exemple, le critère 1 “carbon emissions”, le choix de rapporter les valeurs au PIB interroge. Ce “qui compte pour l’effet sur le climat sont les émissions en absolu, non rapportées au PIB“.

En outre, le critère “politique climatique” compte pour 40% du score final, alors que tous les autres critères comptent pour 15%. En regardant dans le détail, on se rend compte que 40% du score final dépend donc de promesses politiques. Non seulement les promesses n’engagent que celles et ceux qui y croient, mais même en terme de promesses, nous étions très en retard à la fin 2020 (et c’est toujours le cas en octobre 2022).

Source : https://www.wri.org/ndcs
Article Bon Pote sur l’Accord de Paris

Les Etats devaient tous rehausser leur Contributions déterminées au niveau national (NDC). Hors seulement environ 20% des pays l’avaient fait. Par conséquent, quand vous avez un “plan climat” où vous avez fait plein de promesses, et que les autres n’ont rien fait, vous devenez meilleur que les autres.

Pourquoi la France est si bien classée ?

Si vous lisez le rapport et regardez attentivement la place de la France, vous vous rendez compte qu’elle n’est pas bien classée dans les 4 premiers critères. Tout se joue finalement dans le dernier critère, le “climate policy”, celui basé sur des promesses et qui compte le plus. La France est alors 2e pour ce critère :

La France est donc 4e au classement général, parce qu’un poids plus important est donné à un seul critère, basé sur des promesses, dont les sources ne sont pas clairement explicitées. A l’époque des faits, cela repose entre autre sur l’engagement de la France qui avait prévu 7 milliards d’euros dans son plan de relance de 100 milliards, pour développer l’hydrogène ‘vert’.

Ce classement totalement arbitraire pourrait être bien autre si vous changez les pondérations. Ainsi, le chercheur Thomas Gibon précise que si la partie “policy” comptait pour 20% au lieu de 40%, la France terminerait 10e du classement :

Un classement qui n’a aucune valeur

Si vous accordez encore un peu de valeur à ce classement, jetez donc un coup d’œil aux premiers. Dans un classement où les émissions de carbone ne comptent que pour 3% du score final, il n’est pas impossible de retrouver les pays plus émetteurs par habitant en tête. Et c’est très exactement le cas ici. Ainsi, le Luxembourg se retrouve 13e du classement, avec une empreinte carbone moyenne de plus de 20t CO2eq/an. Le Canada se retrouve à la 14e place, Singapour 16e..

Source : Green Future Index 2021

Quel crédit donner à un classement où les Etats-Unis sont plus ‘verts’ que le Ghana ? Aucun. Sauf quand vous faites partie d’un gouvernement condamné pour inaction climatique et qui n’a que le greenwashing pour faire bonne figure. Un très bon exemple est Maud Bregeon, alors porte-parole du gouvernement et aujourd’hui députée LREM, qui confond le mix électrique et le mix énergétique, tout en partageant un site climatosceptique sur Twitter.

Instantanément interpellée sur Twitter pour corriger son mensonge et cela le jour même de l’article, elle n’a jamais effacé son tweet et laissé son mensonge désinformer. Porte-Parole du gouvernement donc.

La France représente moins de 1% des émissions…. mais pas en empreinte carbone

L’un des derniers tour de passe-passe du classement réside dans le fait de prendre uniquement en compte les émissions territoriales et non l’empreinte carbone. Cela avantage bien sûr la France, puisque plus de 60% de notre empreinte carbone est liée aux produits que nous importons.

Si vous voulez vraiment savoir à quel point la France (les Français) émet de gaz à effet de serre, il faut prendre l’empreinte carbone, et cette dernière est environ 70% plus élevée que les émissions territoriales ! Finalement, la France serait plutôt responsable de 1.5% des émissions mondiales. Pour un pays qui représente 0.8% de la population mondiale, ce n’est plus vraiment “l’un des meilleurs élèves”.

Figure 3 – Différents indicateurs des émissions territoriales
et des émissions associées aux échanges internationaux
Source : HCC, « Maîtriser l’empreinte carbone de la France »

Tristesse et colère des scientifiques

Lorsque plusieurs membres du gouvernement ont partagé ce classement et le site climatosceptique, de nombreux scientifiques se sont exprimés pour partager leur indignation. C’est le cas de Christophe Cassou et de Céline Guivarch, tous deux auteurs du dernier rapport du GIEC. Cette dernière a déclaré :

Quelle tristesse de voir l’impact de ce rapport, et son utilisation dans notre hémicycle et au-delà. Une façon d’ignorer les rapports du GIEC, du Haut conseil pour le climat, et les résultats de la recherche ?

En tant que chercheuse, membre du @hc_climat , auteure du prochain rapport du GIEC, je trouve l’utilisation de ce rapport inquiétant, et méprisant pour le travail de construction d’éléments robustes pour éclairer les débats auquel je participe avec tous mes collègues.

D’un côté, des scientifiques furieux et déçus. De l’autre un gouvernement qui s’auto-congratule. Comment garder confiance en nos institutions lorsque des politiques mentent autant ?

Le mot de la fin

Partager ce classement qui n’a aucune valeur a probablement pris deux minutes au gouvernement Macron pour faire une opération de communication. Il aura fallu encore une fois plusieurs heures de travail pour expliquer pourquoi ce classement n’a aucune valeur et n’est rien d’autre que du greenwashing. Malheureusement, les fake news auront eu beaucoup plus de poids que les démystifications.

Ce qui est incroyable, c’est que l’article en question cite François Gervais dès le premier paragraphe. Cet homme est un climatosceptique notoire, et tous ses arguments bidons sont réfutés par tous les travaux revus par les pairs. Cela n’a pas empêché le gouvernement de propager cela. Une désinformation dont nous payons le prix encore aujourd’hui, en octobre 2022, et qui continuera probablement encore quelques temps.

J’espère que cet article vous a été utile. La prochaine fois que vous verrez une personne partager ce classement bidon, gagnez du temps : partager cet article.

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8 Responses

  1. La grande majorité des pays ont délocalisé leurs productions, donc leurs émissions carbone, et c’est pour cela que la Chine est si mal classée.
    De plus aucun pays ne met en route une frugalité productive et consommatrice, bien au contraire, on pense toujours en terme de croissance et on aide les entreprises pour investir et produire (véhicules électriques, éoliennes, panneaux solaires …) dans le green waching, pour consommer toujours plus.
    La finalité de tout cela est de maintenir un bon revenu au capital boursier.
    https://lejustenecessaire.wordpress.com/2022/04/06/le-neoliberalisme-detruit-lecologie-pour-leconomie/

  2. De toute façon, être « 4ème le plus vert », ca ne veut rien dire. On peut être 4e d’un peloton qui se fait ramasser par la voiture balai ou être 4è de promo avec 5/20 de moyenne dans une classe de sous doués.

  3. Vous vous en prenez à la France uniquement et pas aux autres pays? Il semble que ce soit la méthodologie qui fasse défaut, non?

    1. Je reprécise la remarque de pphilippe si nécessaire, car j’usage des majuscules peut prêter à confusion : il serait bien de conjuguer le dernier verbe de le dernière phrase de l’article ! Merci à vous !!!

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Auteur
Thomas Wagner
Prendra sa retraite quand le réchauffement climatique sera de l’histoire ancienne

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  1. La grande majorité des pays ont délocalisé leurs productions, donc leurs émissions carbone, et c’est pour cela que la Chine est si mal classée.
    De plus aucun pays ne met en route une frugalité productive et consommatrice, bien au contraire, on pense toujours en terme de croissance et on aide les entreprises pour investir et produire (véhicules électriques, éoliennes, panneaux solaires …) dans le green waching, pour consommer toujours plus.
    La finalité de tout cela est de maintenir un bon revenu au capital boursier.
    https://lejustenecessaire.wordpress.com/2022/04/06/le-neoliberalisme-detruit-lecologie-pour-leconomie/

  2. De toute façon, être « 4ème le plus vert », ca ne veut rien dire. On peut être 4e d’un peloton qui se fait ramasser par la voiture balai ou être 4è de promo avec 5/20 de moyenne dans une classe de sous doués.

  3. Vous vous en prenez à la France uniquement et pas aux autres pays? Il semble que ce soit la méthodologie qui fasse défaut, non?

    1. Je reprécise la remarque de pphilippe si nécessaire, car j’usage des majuscules peut prêter à confusion : il serait bien de conjuguer le dernier verbe de le dernière phrase de l’article ! Merci à vous !!!

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