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Hugo Décrypte, McFly et Carlito… les Youtubeurs s’intéressent (enfin) au climat

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Ça bouge dans le Youtube Game. Et bien au-delà. D’abord réservé à une niche de vulgarisatrices et vulgarisateurs aux communautés plus ou moins importantes (liste de chaines ici), le sujet du changement climatique commence à arriver chez les plus gros youtubeurs et youtubeuses de France.

En quelques mois, et surtout ces dernières semaines, nous avons vu des comptes suivis par des millions d’abonnés parler du changement climatique, de ses causes et de ses conséquences. Après avoir brûlé la planète, est-ce enfin le coup d’envoi d’une réelle prise de conscience ?

Des millions d’abonné(e)s, un seul objectif ?

Avoir des youtubeurs/youtubeuses et influenceurs/influenceuses aux millions d’abonné(e)s qui parlent du changement climatique était encore impossible il y a quelques années. Mais une vraie tendance est en train d’émerger. Poisson Fécond (3,42m d’abonnés) a fait une vidéo sur le sujet, McFly et Carlito (7,22m) viennent d’inviter Sophie Szopa (GIEC) et Jean Marc Jancovici dans une vidéo intitulée “Quelles solutions concrètes pour la planète“.

Quelles solutions concrètes pour la planète – Crédit : Chaine Youtube McFly et Carlito

Cette vidéo est particulièrement intéressante car Sophie Szopa rappelle (mn11) le rôle des influenceurs (role models en anglais) dans la transition écologique. C’est ce que rappelle le GIEC dans son dernier rapport.

Malgré ce qu’affirment certains éditorialistes ou sociologues, quand vous avez des millions de personnes qui vous suivent, vous pouvez avoir de l’influence même à l’échelle individuelle et pousser pour des changements collectifs. Ces changements structurels faciliteront le changement des citoyennes et citoyens, comme le résume également le rapport annuel 2023 du Haut Conseil pour le Climat.

Changer = moins d’argent ?

La suite de l’échange est tout aussi intéressant. Mcfly et Carlito se demandent ‘ce qu’ils auraient pu faire, ce qu’ils peuvent faire‘. Il serait assez facile de leur répondre ‘ne pas faire la promo d’Emmanuel Macron juste avant la présidentielle 2022‘. En effet, il n’est plus à démontrer que le premier quinquennat d’Emmanuel Macron était une catastrophe sur le plan de la lutte climatique, le deuxième prenant très exactement le même chemin.

Mais Sophie Szopa a été excellente dans ses réponses, et a montré l’importance que chacun peut avoir dans la transition écologique. “Chacun et chacune, à son échelle”. La chercheuse a également montré que nous pouvons dépasser les discours négatifs et qu’il y a plein de bonnes raisons pour faire ces changements, avec l’exemple de la viande, pour lequel il existe en effet plein de co-bénéfices à réduire sa consommation de viande, notamment pour sa propre santé.

A la minute 56, elle précise à juste titre qu'”il ne faut pas être parfait pour agir“. Les youtubeurs lui répondent alors “est-ce que cela signifie arrêter les placements de produits ?” La réponse est sans appel : “maintenant vous savez, donc vous ne pouvez plus passer à côté du sujet, vous devez vous poser la question“.

Une bonne nouvelle, sans risque ?

Est-ce une bonne nouvelle que les personnes ayant une grande influence commencent à parler du climat ? Oui, sans aucun doute. Est-ce sans risque ? Non, et c’est bien pour cela qu’il faudra prêter une attention particulière au contenu. Trois risques importants sont à souligner.

1/ Le risque de greenwashing

Le premier risque est celui du greenwashing. Et le risque est immense. Lorsque Tibo in Shape fait une vidéo sur l’avion du futur en reprenant les éléments mensongers du lobby aérien avec 12,7 millions d’abonnés, c’est une catastrophe. Ce n’est ni la démystification de Bon Pote sur Instagram ou l’excellente vidéo de Paloma Moritz (Blast)ur Blast sur le voyage qui vont contrebalancer les 1.5 million de personnes désinformées.

Ce risque est également bien présent lorsque vous recevez un politique. Et en matière de greenwashing, peu de personnes sont aussi compétentes qu’Emmanuel Macron. Depuis 5 ans, je n’ai jamais vu une seule interview dépassant 10 mn sur l’écologie où le chef de l’Etat ne mentait pas à un moment ou un autre. Son interview chez Hugo Décrypte en octobre 2023 en est un excellent exemple :

Notons qu’Hugo Travers n’a pas laissé passer tous les arguments fallacieux du président et a été bien meilleur que n’importe quel journaliste qui a interviewé Emmanuel Macron. A 26 ans, c’est impressionnant. Et même si Emmanuel Macron n’a pas accepté l’interview par hasard, nous aimerions que les journalistes soient capables ou aient le courage de réfuter le Président de la République quand il ment.

2/ Le risque de désinformation

Le 2e risque, presque aussi important que le greenwashing, est le risque de désinformation. Le risque de voir des youtubeurs ou youtubeuses climatosceptiques à plus d’un million d’abonnés est relativement faible en France, même si certaines, comme Tatiana Ventose (300000 abonnés), pensaient que la sécheresse n’existait pas en France puisqu’il pleuvait chez elle.

Plus probable, il est possible que des approximations (ou erreurs (in)volontaires) soient reprises par milliers et qu’il soit ensuite très difficile de rétablir les faits. C’est le cas par exemple après les propos d’Aurore Stéphant sur les voitures électriques, dont la vidéo a été reprise dans un nombre incalculable de réels sur Instagram ou Tik Tok avec des millions de vues et probablement des millions de personnes désinformées.

Vidéo Youtube du triple doctorat Idriss Aberkane qui invite un climatosceptique notoire

A nouveau, il est préférable de toujours vérifier ce que vous entendez, même avec des personnes qui semblent être expertes dans leur domaine (Idriss Aberkane). Les youtubeurs auront également la responsabilité de devoir se former, peu importe leur niveau, pour monter en compétences et éviter de se faire avoir si les réponses sont truffées d’erreurs.

Cela ne signifie pas devoir être expert(e), mais demander à l’interviewé(e) sa source ou comment il ou elle est arrivé(e) à ce résultat permettra aussi aux viewers de comprendre la méthode scientifique.

3/ Le risque d’opportunisme : Jancovici and co

Certaines personnes ont souligné l’opportunisme de ces youtubeurs à parler du climat, maintenant que le sujet est un peu plus “mainstream”. Il est certain que ces personnes n’ont pas invité Jean-Marc Jancovici quand il avait 20 000 abonné(e)s sur Linkedin, mais qu’il est aujourd’hui une valeur sûre pour faire des vues sur Youtube, avec ses 1 million d’abonné(e)s et ses vidéos qui dépassent parfois le million de vues.

Dans la situation dans laquelle nous sommes, où 20 à 40% des Français sont climatosceptiques et où un gouvernement est très loin d’être à la hauteur de l’urgence écologique, même si les youtubeurs parlent du climat par opportunisme et faire du clic… et alors ? Si cela provoque une prise de conscience chez des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes, et alors ?

Le Youtubeur FastGoodCuisine pourrait être un très bon exemple. En janvier 2022, il postait une vidéo d’une livraison d’un macdo en jet privé (vidéo retirée depuis).

influenceurs
Vignette de la vidéo de FastGoodCuisine, vidéo retirée 30 mn après sa sortie suite aux commentaires.

Si cette même personne qui trouvait cool de voyager en jet privé se met à parler climat et à dire qu’il faut réduire la viande et plus globalement notre consommation dans les pays du Nord, ce serait une merveilleuse nouvelle pour la lutte climatique. En d’autres termes, on se fout de savoir ce que vous avez fait dans le passé. Nous aurons besoin de tout le monde.

Maintenant, vous savez

Même si cela peut comporter quelques risques, voir des youtubeuses et youtubeurs parler du climat et alerter sur l’urgence climatique est une excellente nouvelle.

Ce signal faible ne s’arrête d’ailleurs pas à Youtube. Ponce qui avait également reçu Valérie-Masson Delmotte, Sophie Dubuisson-Quellier et Franck Courchamp sur Twitch devant plus de 10000 personnes en direct. Dans Y a plus de saisons, l’humoriste Swann Périssé reçoit dans un format long une ou un invité(e) mêlant humour et écologie, permettant de toucher à nouveau un autre public que les personnes déjà convaincues par l’urgence.

Il y aura peut-être à dire ou redire, tant sur la forme que sur le fond. Il y aura peut-être des vidéos “debunk” dans lesquelles certaines personnes analyseront les passages pour réagir, positivement ou négativement. Mais quoi qu’il en soit, si les débats se focalisent autour des solutions pour lutter contre le changement climatique plutôt que le dernier voyage à Dubaï de Jean-Michel influenceur, c’est que nous aurons collectivement passé une étape.


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5 Responses

  1. c’est bien beau de parler d’écologie, mais quand on sait que les 1% les plus riches polluent autant que les 66 % les plus pauvres, c’est simple: nous ne sommes ni responsables, ni capable de changer les catastrophes ecologiques. En d’autres mots, si on veut diminuer l’impact ecologique de 66%, on a besoin de diminuer l’impact economique des 1% les plus riches. Tout cela nous fait bien réfléchir

    1. Et donc les 99% n’ont rien à faire, non?
      Bref , c’est un discourt contre productif car c’est à tout le monde de faire quelque chose, pas seulement aux autres!

  2. “En effet, il n’est plus à démontrer que le premier quinquennat d’Emmanuel Macron était une catastrophe sur le plan de la lutte climatique” => les autres auraient ils fait mieux? j’ai comme un doute vu leur propension à vouloir subventionner les carburants à outrance ou leur volonté de fermer les centrales nucléaires “quoiqu’il en coûte” …

    1. C’est un peu le problème en France sur ce sujet (comme d’autres d’ailleurs), la plupart des politiciens ne sont tout simplement pas à la hauteur. Il y a pire cela dit que Macron, RN et Reconquête qui nient/minimisent le réchauffement climatique. D’un autre côté, le PS propose un ensemble plus cohérent, là où LFI veut stoppper le nucléaire (mdr).

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Auteur
Thomas Wagner
Prendra sa retraite quand le réchauffement climatique sera de l’histoire ancienne

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  1. c’est bien beau de parler d’écologie, mais quand on sait que les 1% les plus riches polluent autant que les 66 % les plus pauvres, c’est simple: nous ne sommes ni responsables, ni capable de changer les catastrophes ecologiques. En d’autres mots, si on veut diminuer l’impact ecologique de 66%, on a besoin de diminuer l’impact economique des 1% les plus riches. Tout cela nous fait bien réfléchir

    1. Et donc les 99% n’ont rien à faire, non?
      Bref , c’est un discourt contre productif car c’est à tout le monde de faire quelque chose, pas seulement aux autres!

  2. “En effet, il n’est plus à démontrer que le premier quinquennat d’Emmanuel Macron était une catastrophe sur le plan de la lutte climatique” => les autres auraient ils fait mieux? j’ai comme un doute vu leur propension à vouloir subventionner les carburants à outrance ou leur volonté de fermer les centrales nucléaires “quoiqu’il en coûte” …

    1. C’est un peu le problème en France sur ce sujet (comme d’autres d’ailleurs), la plupart des politiciens ne sont tout simplement pas à la hauteur. Il y a pire cela dit que Macron, RN et Reconquête qui nient/minimisent le réchauffement climatique. D’un autre côté, le PS propose un ensemble plus cohérent, là où LFI veut stoppper le nucléaire (mdr).

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