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Engie, l’usine à « verdir » le gaz 

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©Crédit Photographie : Hans Lucas via AFP
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Engie est partout. Dans les écoles primaires et les lycées, dans des podcasts et lors d’événements écologistes, dans des reportages télévisés qu’elle finance… Et, bien sûr, dans des publicités et sur les réseaux sociaux.

L’ancien GDF-Suez, longtemps pointé du doigt comme « l’un des industriels les plus émetteurs de CO2 » en France et dans le monde , s’y présente comme un « leader mondial de la transition énergétique ». Sauf qu’au moment même où elle sature les consommateurs de promesses vertes, Engie s’accroche au gaz fossile au mépris des alertes scientifiques. 

Notre enquête dévoile qu’Engie a choisi de conserver ses infrastructures polluantes et signe encore des contrats qui verrouillent ses achats de gaz fossile à long terme en même temps que notre avenir climatique.

Dans le même temps, Engie a changé sa communication pour masquer sa dépendance choisie au gaz fossile. Enfin, Engie finance des podcasts et documentaires sponsorisés, mais aussi un programme visant les enfants des écoles primaires et lycées.

Engie, gaz toujours 

Engie devrait rapidement se couper du gaz fossile…

S’il fallait le décrire Engie en une chanson, on choisirait sûrement celle de Goran Bregović : « Gas, gas ».
Vous connaissez Engie en tant que fournisseur d’énergie, notamment de gaz qu’elle qualifie de « naturel ». Nous l’appelons « gaz fossile » puisqu’il est principalement composé de méthane, un puissant gaz à effet de serre.

Engie (dont l’État français est actionnaire de référence avec 23% des parts) est aussi leader dans l’Europe entière pour la distribution de gaz et numéro deux en matière de transport de gaz. Elle fait également de l’achat/revente de gaz fossile. C’est moins connu et pourtant crucial à savoir : elle produit de l’électricité à moitié en brûlant du gaz fossile.

Ces activités gazières impliquent de détenir ou d’utiliser de nombreuses infrastructures : centrales, réseaux de transport et stockage, terminaux méthaniers (dont l’un des plus grands d’Europe, propriété d’Engie près de Saint-Nazaire, a des problèmes de fuite de méthane)

Problème : le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a établi en 2022 que les consommations d’énergies fossiles (dont le gaz fossile) sont déjà trop nombreuses. C’est un fait scientifique, si l’on veut préserver notre avenir climatique (dont l’objectif,  très mal embarqué, fixé par l’Accord de Paris), il faut réduire notre consommation d’énergies fossiles.

Pour ce faire, « fermer prématurément les centrales à gaz, pétrole et charbon » est la première mesure citée par le co-auteur du sixième rapport du GIEC Franck Lecocq. On pourrait donc attendre d’Engie qu’elle mette à l’arrêt ou ferme des infrastructures, à commencer par ses centrales de production d’électricité à partir de gaz fossile. 

…Mais brûle en réalité énormément pour produire de l’électricité  

Le graphique ci-dessous, produit par Engie, montre que près de la moitié de ses capacités de production d’électricité reposent encore sur le gaz fossile : 45 GW en 2025 sur 100 GW. 

Légende : Selon le rapport intégré 2024, 49,2 GW (en bleu foncé) des 100 GW de capacités de production d’électricité d’Engie sont alimentés avec du gaz fossile. Son service de presse nous assure que ce niveau a baissé à 45 GW aujourd’hui.

C’est énorme, décrit Pierre-Alain Sebrecht, analyste chez Reclaim Finance : « 45 GW, cela fait d’Engie l’un des plus gros détenteurs de gaz (fossile, ndlr) au monde en capacité installée. Pour comparer, le second en Europe n’a que 17 GW ». On donne souvent l’ordre de grandeur suivant : 1GW correspond à la puissance moyenne d’un réacteur nucléaire.

La capacité de ces installations a trop peu diminué depuis 2020, dénonce Reclaim Finance, (52,5 GW en 2020, 49,2 GW en 2023, 45 GW en juin 2025). On a sorti la calculette : cela représente une baisse de 2,8 % par an. À ce rythme, les capacités de production d’électricité au gaz fossile d’Engie atteindraient encore environ 34 GW en 2035. C’est beaucoup trop, puisqu’il faudrait qu’Engie soit proche de zéro à cette date pour préserver notre avenir climatique.

L’agence internationale de l’énergie (AIE) a en effet estimé que la production d’électricité devra être décarbonée dès 2035 dans les pays à l’économie dite développée, si l’on veut préserver l’espoir d’un réchauffement sous les 1,5 degrés. 

Le scénario Net Zéro Émission de l’AIE exige une baisse rapide et nette de l’intensité carbone (en g CO₂/kWh d’électricité produit) de la production électrique dès 2020, jusqu’à atteindre zéro dès 2035 dans les pays aux économies dites avancées.

Lignes pointillées Marron : charbon (intensité moyenne mondiale actuelle)
Lignes pointillées Violet : gaz naturel (intensité moyenne mondiale actuelle)
Crédit : AIE

Engie ne veut pas fermer ses centrales

Nous avons donc demandé à Engie quand et comment elle compte fermer ses centrales au gaz. Réponse (voir leurs réponses complètes à la fin de cet article) : Engie ne le souhaite pas, et l’assume : 

« Contrairement au charbon, nous considérons la transition des centrales à gaz comme plus progressive et ne nécessitant pas de sortie anticipée » puisque « nous considérons le gaz comme ayant un rôle clé à jouer aujourd’hui en offrant la flexibilité nécessaire au système énergétique (…) ».

L’argument d’Engie : pas besoin de fermer de centrales puisque le gaz est une source de flexibilité dans une période de transition. L’argument est vieux comme la com’ d’Engie.

Sauf que plusieurs institutions scientifiques contredisent les affirmations d’Engie. C’est le cas de l’institut d’études énergétiques d’Oxford, référence internationale en matière d’études sur l’énergie, qui statuait en avril dernier contre  « toute prétention du gaz fossile et du GNL (gaz naturel liquéfié) à être considérés comme un combustible de transition ou un ‘pont’ vers un avenir à bas carbone ou zéro carbone. ».

Entrons d’abord encore un peu plus dans les arguments d’Engie. 

Dans ses réponses à nos questions, le géant vert nous dit s’engager à investir suffisamment dans la production que ce qu’elle appelle du « gaz vert » (du gaz issu de méthaniseurs) pour remplacer « progressivement » le « gaz naturel  » (fossile, donc) aujourd’hui utilisé dans ces infrastructures. 

C’est un pari technologique très questionnable. Pour réaliser l’ampleur du défi, il faut se pencher à nouveau sur le graphique produit par Engie. Vous voyez ce trait minuscule, tout en haut et en vert clair, correspondant à 0,3 GW ? C’est la part de l’électricité pouvant aujourd’hui être produite par Engie via le gaz dit « renouvelable »

Comparez la à la capacité de production venant du gaz fossile, en bleu foncé. Cet écart peut-il vraiment être comblé dans les temps qui nous sont impartis par nos objectifs climatiques ? Les impacts écologiques de cette production sont aussi très questionnables mais, ça aussi, on en reparle un peu plus tard dans cet article. 

Légende : La part de la méthanisation dans la capacité de production énergétique d’Engie est pour l’instant quasiment invisible / Engie

Engie s’engage même à acheter du gaz fossile pour longtemps

A défaut de fermer ses centrales, Engie pourrait s’engager à arrêter d’acheter du gaz fossile. Avant de vérifier ensemble si Engie le fait, il faut vous préciser que, dans l’industrie gazière, on ne signe pas de simples bons de commande. On s’engage « sur plusieurs décennies, entre 15 et 40 ans », nous explique Anna-Lena Rebaud, spécialiste du gaz fossile et de la transition pour l’ONG les Amis de la Terre.

Maintenant, la mauvaise nouvelle : Engie continue à signer des contrats d’importation à long terme de gaz fossile. Entre 2021 et 2023, le groupe a notamment conclu au moins trois accords avec des entreprises américaines pour importer du gaz naturel liquéfié (GNL, transportable par bateau) : avec Cheniere Energy jusqu’en 2032, avec Sempra jusqu’en 2037 et avec NextDecade jusqu’en 2041

Ces contrats entraînent l’importation de gaz de schiste, qui polluent l’atmosphère autant que les nappes phréatiques et qui contribuent aux injustices environnementales aux États-Unis. Et ces contrats renforcent la dépendance française envers le pouvoir fossilo-impérialiste américain.

Interrogé par Bon Pote, Engie se justifie et dit devoir « diversifier ses sources d’approvisionnement » du fait de la guerre menée par la Russie en Ukraine et nous rassure  : « Ces contrats (…) ne remettent pas en question la capacité du Groupe à atteindre son objectif de neutralité carbone d’ici 2045, ni ses objectifs d’émissions de gaz à effet de serre pour 2030. »

Deux affirmations que nous sommes en mesure de questionner.

Engie verrouille donc notre avenir climatique

D’abord, ces contrats sont bien une plaie climatique. Le Haut conseil pour le Climat (HCC) alertait dès 2022 : « La substitution du gaz russe par du gaz naturel liquéfié (GNL) pourrait générer (…) une augmentation de l’empreinte carbone de la France ».  Un avis confirmé dans une étude publiée en octobre 2024 sur l’empreinte carbone très importante du GNL issu de gaz de schiste, du fait des fuites liées à sa production et à son transport (extraction par fracturation hydraulique et transport par pipeline). Le rapport 2025 du même HCC est encore plus clair : « La forte intensité carbone du GNL américain (…) compromet les objectifs climatiques de l’UE.» 

Et pour cause : les États-Unis font partie des plus mauvais élèves au monde en matière de production de GNL. Les fuites de méthane aux États-Unis liées à la production et au transport de GNL sont énormes et même visibles depuis l’espace. Une étude publiée en janvier dernier dans la revue de référence Nature communications a démontré via des observations par satellite que les émissions réelles de méthane aux États-Unis sont 1,55 fois plus élevées que ce que la pays déclare.

Et pourtant, Engie signe des contrats pour importer ce gaz fossile.

Légende : Ce graphique (Nature Communications) montre que l’industrie du gaz aux États-Unis rejette dans l’atmosphère dix fois plus de méthane que le seuil de “propreté” recommandé (illustré par les pointillés). De quoi fragiliser tout argument écologique apposé à des importations de GNL américain. La Norvège ou le Qatar prouvent qu’il est possible de limiter les fuites à 0,2 %.

Pire, analyse Anna-Lena Rebaud des Amis de la Terre, en s’engageant ainsi, la multinationale offre à ses fournisseurs la certitude économique dont ils ont besoin aujourd’hui pour ouvrir et/ou entretenir les gisements de demain. Ces contrats pourraient donc verrouiller notre avenir climatique.

C’est désormais écrit et signé. même si l’on parvient à démultiplier la production d’énergie renouvelable et à diminuer les consommations, ce gaz risque de continuer à d’arriver, par la force du droit commercial. Le Haut conseil pour le Climat alerte déjà« L’UE pourrait se retrouver en situation de surcontrat de 30 à 40 Mrd de mètres cube de GNL par an entre 2027 et 2030, du fait des engagements à long terme déjà signés. »

Engie investit encore dans le gaz fossile

Un dernier choix révèle l’engagement d’Engie pour le gaz fossile. Selon ses rapports financiers, la multinationale continue à investir dans les infrastructures fossiles, contrairement à certains de ses concurrents européens comme Iberdrola ou Statkraft. C’est Reclaim Finance qui le démontre à Bon Pote, en analysant l’évolution de ses investissements entre la période 2024-2026 et 2025-2027.

Bien sûr, Engie fait par ailleurs des investissements très importants dans les énergies renouvelables et peut déjà s’afficher comme l’un des principaux producteurs mondiaux d’énergie éolienne et solaire. L’entreprise a par exemple affirmé à Bon Pote disposer de « 55 GW de capacité renouvelables et de stockages au 30 septembre 2025 (sur environ 100 GW de capacité installée) » dont «  15 GW de capacité renewables installée entre 2021-2024 ». Mais ces productions n’ont d’intérêt climatique que si elles remplacent le gaz fossile consommé jusque-là. Or Engie semble superposer les deux. 

La première partie de cette enquête montre donc qu’Engie est une entreprise encore accrochée au gaz fossile et qu’elle est loin de véritablement faire passer les renouvelables devant l’énergie fossile. Sauf peut-être dans un domaine : sa communication.

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Engie ne dit plus « gaz »

Il y a quinze ans à peine, Engie qui s’appelait encore GDF (Gaz de France) assumait dans ses pubs de transporter et vendre du gaz fossile. Regardez par exemple ce pipeline :

Légende : Publicité d’Engie, 2009

Le brief marketing qui montre le plan d’Engie pour paraître plus vert

Cette pub ne serait plus possible aujourd’hui. C’est ce qu’on constate en lisant un brief marketing que nous nous sommes procurés. Il a été édité par l’agence de communication Castor et Pollux, qui travaille au moins depuis 2022 pour Engie. Ce brief nous apprend qu’Engie a dû agir face à une « déferlante de critiques ». Dans ce contexte, l’agence a eu pour mission de :

« Transformer des interactions social média négatives en engagements positifs pour Engie et la planète » ou encore « ériger les réseaux sociaux en porte-voix des engagements de la marque en matière d’énergies vertes, de manière à démontrer qu’ENGIE est un acteur majeur de la transition énergétique, si ce n’est le leader le plus innovant. »

Capture d’écran du site consacré à la campagne de communication d’Engie

Traduction : compte tenu du désamour du grand public, la multinationale gazière aurait intérêt à changer son image en parlant un maximum d’écologie et en responsabilisant les consommateurs avec des petits gestes et le mot d’ordre « J’agis avec Engie ».

De quoi se souvenir de deux stratégies d’enfumage très classique dans l’industrie fossile :  

  • Le renversement des responsabilités, qui redirige vers les individus la culpabilité des émissions de gaz à effet de serre. C’est l’une des excuses classiques de l’inaction climatique.
  • Brouiller les pistes. Une étude publiée en 2023 démontrait, par l’analyse de milliers de messages sur les réseaux sociaux, que des entreprises fossiles communiquent à dessein au maximum sur les énergies renouvelables au moment d’évoquer leurs activités fossiles. Afin de retarder la transition énergétique et la sortie des fossiles.

Est-ce à cela qu’on assiste avec Engie ? 

L’étrange « molécule » de la DG : le lexique du déni ?

Prenez n’importe quelle interview de la directrice générale d’Engie, Catherine MacGregor (nous avons demandé à l’interviewer, le service communication a décliné). Elle utilise très souvent l’expression « la molécule », comme figure de style désignant le « gaz fossile ». C’est presque un tic. On a fait un petit calcul. 

Dans son audition au Sénat fin octobre dernier, on entend huit fois le mot « molécule » en une minute trente (de 15:41 à 17:05). Un moyen habile de faire disparaître le mot « gaz », bien encombrant lorsque des parlementaires vous auditionnent sur la transition énergétique   ? 

Audition de Catherine MacGregor / Sénat

Prenez aussi ce sketch réalisé par le célèbre vidéaste Kemar au sein du service client d’Engie. L’entreprise est décrite comme « un acteur engagé dans la transition énergétique », le mot « gaz » n’est pas prononcé une seule fois.  

Les similarités avec la condamnation pour greenwashing de TotalEnergies

Sur son site destiné à vendre des contrats de gaz aux particuliers, Engie décrit ses engagements écologiques : 

  • Elle mènerait de « grandes actions » pour « accélérer la transition énergétique »
  • Elle viserait le « net zéro carbone d’ici à 2045 » (ce qui veut dire que ses émissions de CO2 ne seront pas nulles mais compensées entièrement par d’hypothétiques technologies qui sont aujourd’hui encore tout à fait douteuses
  • Sa stratégie serait cohérente avec un réchauffement « bien en-dessous de 2 degrés » selon une certification appelée SBTI (Science Based Targets Initiative), déjà accusée d’être trop complaisante et de contribuer au greenwashing

Ne manque-t-il pas là des informations substantielles pour le consommateur, concernant les activités fossiles d’Engie ?

Légende : Capture d’écran du site d’Engie

Et est-ce vraiment en phase avec les actions et le lobbying d’Engie ?

L’ONG britannique InfluenceMap constate par exemple que, dans plusieurs documents et prises de positions récentes, Engie soutient toujours et même fait du lobbying notamment à Bruxelles en faveur de la consommation de gaz fossile, dans un but qu’elle présente là-encore comme « transitoire ». Problème, selon l’ONG : elle le fait sans « spécifier clairement de calendrier qui soit conforme aux conclusions du GIEC ». Au final, l’engagement climatique d’Engie est moins bien notée par cette ONG que celui de certaines de ses concurrentes comme EDF ou Iberdrola.

Clémentine Baldon, avocate des associations lors du procès qui a avalu une condamnation à Total, analyse : « Pour qu’elles ne soient pas trompeuses pour le consommateur, les allégations d’entreprises affichant des objectifs “net zero” ou de neutralité carbone doivent s’appuyer sur une stratégie claire et en phase avec l’accord de Paris ».

Légende : Décision du 23 octobre 2025 du Tribunal judiciaire de Paris

Vous l’avez vu, notre enquête permet d’en douter, concernant Engie. Et pourtant, la troisième partie de notre enquête montre que la multinationale répand désormais ses allégations dans des outils de communication de plus en plus variés voire surprenants. Y compris dans les écoles. 

L’écran de fumée d’Engie arrive jusque dans les écoles

Prêtez-y attention. Croiser le logo Engie est devenu habituel dans de très nombreux programmes et événements écologiques. 

Des podcasts et documentaires verts sponsorisés par Engie

Le récent podcast Vert demain de la journaliste Chloé Nabédian est sponsorisé par « Impact Together »  le programme de sponsoring d’Engie « pour un impact positif sur le climat » (contactée par Bon Pote, Chloé Nabédian n’a pas répondu à notre demande d’interview).  

En décembre 2025, TF1+ diffusait un documentaire produit « avec Engie ». Appelé « Renouvelables : Stop ou Encore ? », il reprend les codes de l’investigation et apparaît comme une enquête sur le désamour contre les renouvelables. La plupart des séquences présentent Engie, le financeur du documentaire donc, du côté des solutions aux problèmes énergétiques et écologiques. « Ce film donne la parole à toutes les parties prenantes – partisans comme opposants – et met en lumière les tensions, les réalités de terrain et les enjeux économiques et sociétaux liés à l’acceptabilité des projets », nous explique le service de communication d’Engie.  

Engie a aussi sponsorisé le podcast “vert” du Huffington Post, tandis qu’une autre agence de communication a réalisé pour Engie une série de vidéos destinées à inventer un monde plus écologique en 2030 et dans laquelle les solutions vertes d’Engie sont en bonne place… 

Engie a encore réalisé un site appelé DeepTruth qui se veut une campagne de lutte contre les fake news sur les énergies renouvelables. On a posé la question à Engie : « Le fait qu’une multinationale encore largement exploitante de gaz fossile adopte une posture pédagogique, voire normative, sur les énergies renouvelables et la transition climatique ne peut-il pas sembler contradictoire et alimenter les récits de défiance que votre projet semble destiné à combattre ? » 

Engie se dit « légitime » à « contribuer au débat » et explique vouloir « répondre aux idées reçues » en « reprenant avec humour les codes complotistes » et en s’appuyant sur « les formats plébiscités par les jeunes ».

L’école comme terrain d’influence

Mais les cas les plus questionnables concernent l’école. Engie a produit de nombreux contenus pédagogiques pour les écoles via son programme « J’apprends l’énergie ». Interrogé par Bon Pote, la multinationale avance que « plus de 10 000 enseignants ont utilisé les contenus numériques mis à disposition » depuis 2013.

Des « ambassadeurs d’Engie », c’est-à-dire ses employés, se rendent même dans les classes : « 1 500 enfants par an bénéficient d’un atelier animé par un ambassadeur »

Engie assure que ce programme respecte « des exigences strictes de neutralité ». On a vérifié.

On a par exemple épluché les contenus d’Engie qui décrivent la méthanisation, procédé qui dégrade des matières organiques pour produire du gaz. Souvenez-vous de la première partie de cette enquête : c’est ce gaz qui est appelé « gaz renouvelable » par Engie et qui est censé remplacer le fossile dans ses centrales électriques. C’est donc un enjeu stratégique pour cette multinationale. Mais ce gaz est encore très loin d’être indolore pour l’environnement.

Et cela, Engie et son toujours enthousiaste programme « J’apprends l’énergie », ne l’apprennent pas aux enfants. A tel point que de sérieuses questions se posent sur la véracité et la qualité pédagogique de ces contenus.

Un podcast et des fiches pédagogiques CM1-CM2 présentent par exemple aux enfants la méthanisation comme un cercle parfait et vertueux :  « rien n’est perdu ! », « nos déchets produisent du gaz renouvelable ». A les croire, ce seraient des déchets – comme les restes alimentaires ou les épluchures – qui alimenteraient les méthaniseurs. Sauf que c’est faux, au moins par omission. Car les méthaniseurs sont aussi alimentés par des cultures alimentaires dites à vocation énergétique (CIVE, cultures intermédiaires à vocation énergétique). Et c’est d’ailleurs l’un des points noirs de cette industrie.

L’Ademe projette qu’en 2050 les biodéchets des ménages ne représenteront que 2% des matières alimentant les méthaniseurs (en vert clair dans le schéma ci-dessous), contre 32% de matières issues de ces cultures dites CIVE. Il semble donc fallacieux de raconter aux enfants que les méthaniseurs sont une technologie d’avenir reposant sur nos épluchures et déchets alimentaires.  

Source : ADEME

Ces cultures destinées aux méthaniseurs peuvent par ailleurs épuiser les sols, consommer beaucoup d’eau, réduire les rendements des cultures suivantes et créent donc un risque de concurrence avec les productions alimentaires. La Cour des Comptes elle-même alerte sur le sujet. Pourquoi ne pas le dire aux enfants, si l’objectif est pédagogique ?

Rapport de la Cour des comptes : Le soutien au développement du biogaz

« Acculturer la jeunesse au biogaz »

Peut-être parce que, ces dernières années, toute l’industrie de la méthanisation (comme l’a montré une enquête récente du Monde) cherche à diffuser en France la fausse promesse que le gaz issu des méthaniseurs serait une énergie 100% propre et issue principalement de déchets. Ces contenus pédagogiques s’inscrivent donc parfaitement dans la lignée de ces discours de lobbying. Est-ce un hasard ?

 On note qu’en parallèle un autre acteur du secteur gazier, Teréga (anciennement Transport Infrastructures Gaz France, entreprise qui transporte du gaz fossile), assume frontalement de vouloir « acculturer la jeunesse au biogaz », entre autre avec une vidéo (vue 1,3 millions de fois) dans laquelle de gentils petits personnages vantent les bienfaits du gaz dit renouvelable

Source : Site Gazdaujourdhui.fr

Mais la fiche va plus loin. Le résultat final de la méthanisation, appelé digestat, est présenté par ces contenus comme « utilisable en engrais naturel ». Là encore, c’est faire omission des publications scientifiques qui alertent sur les pollutions potentielles de ces restes industriels.

C’est oublier aussi les accidents industriels et fuites qui surviennent dans les méthaniseurs. Or l’un des pires qu’a connu la France a d’ailleurs eu lieu dans un méthaniseur d’Engie Biogaz et lui a valu une condamnation à 150 000 euros d’amende. C’était à Châteaulin (Finistère), en 2020 : le méthaniseur a rejeté 400 m3 de digestat dans la rivière, privant presque 200000 personnes d’eau potable pendant plusieurs jours. Les juges ont estimé la catastrophe prévisible et condamné la filiale d’Engie.

Nous n’avons pas trouvé de mention de ces faits dans les contenus pédagogiques sponsorisés par Engie. 

Interrogé sur ces choix qui nous semblent très orientés, Engie soutient que : « Les éléments plus détaillés – impacts, risques, limites, diversité des intrants – sont répartis sur plusieurs supports pour éviter de surcharger les ressources à destination des plus jeunes.» Nous n’avons pas trouvé ces éléments, et Engie n’a pas été en mesure de nous les fournir malgré nos demandes. 

Les écogestes, culpabilisation des enfants ?

De même, on a remarqué – est-ce un hasard ? – que les dangers du gaz fossile sont moins pointés du doigt que ceux du pétrole dans ces programmes. Un exemple : dans un podcast, un enfant qui explique le mécanisme du changement climatique pointe l’impact du pétrole sur le climat… mais pas celui du gaz fossile.

Et la plupart de ces contenus invitent avec insistance les élèves à réaliser des écogestes. Dans un podcast, on entend des voix enfantines dire : « On ne s’en rend pas compte, mais on utilise énormément d’énergie», « du coup on essaye de faire des gestes, même tout petits,  mais qui aident quand même la planète », « on doit moins utiliser de prises, pas de douches trop longue, la télé c’est de temps en temps». La fiche CM1-CM2 suggère une liste d’actions :  « je réduis mes déchets », « je demande à réduire la température de mon logement ».

Nous avons interrogé l’enseignante et conseillère nationale pédagogique à l’Unsa-Éducation, Stéphanie de Vanssay : ces contenus ne responsabilisent-ils pas, voire ne culpabilisent-ils pas les enfants? N’occultent-ils pas totalement les impacts et choix structurels des entreprises, dont Engie ?

La conseillère confirme et se dit choquée à leur lecture.  

Après qu’on lui a fait découvrir le programme d’Engie, Stéphanie de Vanssay dénonce globalement une « confusion subtile et maligne » sur le rôle et l’ambition de l’entreprise. Elle a identifié une autre manœuvre :  « Dès la page d’accueil, on lit la mention “soutenu par Engie” qui est trompeuse puisque c’est en fait… un programme d’Engie ».

De son côté, Engie assure à Bon Pote bénéficier d’une convention avec le ministère de l’Education nationale avec qui l’entreprise aurait « partagé l’ensemble des contenus pédagogiques ». Contacté, le ministère ne nous a pas répondu. 

Droit de réponse

Le 19 janvier, Engie nous a indiqué ne pas souhaiter nous accorder d’interview orale et s’est engagé à nous répondre par écrit. Nous leur avons envoyé le 21 janvier plusieurs questions. Après plusieurs relances, Engie nous a adressé les réponses suivantes, le 28 janvier.

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