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Face aux canicules, déménager est-il un privilège de riches ?

©Crédit Photographie : Kévin et Laurianne Langlais / Unplash
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« Ces habitants veulent fuir le Var à cause du réchauffement climatique » (Nice Matin), « Les Français vont-ils déménager vers des régions plus fraîches ? » (Actu.fr), « “On est fatigué, on ne dort pas” : ces Français qui déménagent pour fuir la chaleur » (Franceinfo)… Ce type de témoignage s’est multiplié durant l’été. Un sondage Nextories-Ipsos (mai 2026) a même estimé que la recherche d’un « environnement plus agréable » motivait désormais 30 % des déménagements en France.

Cette envie de fraîcheur est légitime après la succession de canicules de cet été. Mais ce récit médiatique trahit aussi un biais de classe. Tout comme nous ne sommes pas tous égaux face aux fortes chaleurs, nous n’avons pas tous la capacité de changer de lieu de vie ou de se payer une résidence secondaire dans le Finistère. 

Surtout, ce réflexe de fuite a toutes les chances d’être une impasse. Non seulement le fantasme d’un « refuge » est très souvent démenti par les faits, mais il risque de nous détourner des débats qu’il est urgent de mener. Car la quête du refuge individuel invisibilise et dépolitise l’enjeu central : celui de l’adaptation de la société tout entière.

« Refuge climatique » : un fantasme médiatique construit de toutes pièces ?

« Refuge climatique », « territoire refuge », « eldorado » et même « havre climatique ». Des mots et expressions nouvelles et parfois chargées de symboliques ont occupé les débats et les recherches Google au cours de l’été. Commençons donc par définir de quoi on parle. 

Il y a d’abord ceux qui sont contraints de fuir des zones sinistrées – les « réfugiés climatiques ». Soit 250 millions de personnes dans le monde au cours de la dernière décennie, selon le Haut Commissariat pour les réfugiés. Et puis, il y a ceux qui, dès lors qu’ils peuvent se le permettre, anticipent et projettent une vie meilleure dans des ailleurs plus préservés des conséquences du changement climatique.

En France, c’est la Bretagne qui a été au cœur des débats sur le sujet, largement portés par les acteurs de l’immobilier comme Se Loger. De particulier à particulier (PAP) se demande même si la région ne va pas devenir la « nouvelle Côte d’Azur en 2050 ». Un enthousiasme relayé par les rubriques immobilières de certains médias comme le Figaro, ou encore par France 2 qui a consacré cet été un reportage à ces Français – notamment en région parisienne – qui mettent les voiles à l’Ouest dans l’espoir de fuir la chaleur étouffante. Dans les colonnes d’Arrêt sur Images, la journaliste Chloé Richard fustige une « lecture bourgeoise du territoire » révélatrice d’inégalités sociales criantes. Non pas que l’envie de décamper des villes-fournaises soit un caprice, mais que le simple fait de pouvoir l’envisager est socialement situé. Et c’est sans parler des nombreux articles consacrés aux bunkers de luxe plébiscités par les milliardaires, version ultime du refuge climatique…

Un atout dont les régions elles-mêmes se font l’écho, à l’image du FEDER (Fonds européen de développement régional) en Bretagne qui dans un rapport mentionne « l’une des régions relativement moins impactées par les effets du changement climatique, voire avantagées pour une part. » Dans les pages du Monde, certains élus locaux relativisent de la même façon les vagues de chaleur qui se sont multipliées dans la région en évoquant un « nouvel atout » pour son attractivité.

Les travaux de Guillaume Faburel, co-initiateur du mouvement pour une société écologique post-urbaine, ont eux aussi connu un certain retentissement médiatique cet été, bien qu’il défende une approche un peu différente. Dans une étude d’octobre 2025 actualisée en février 2026, « Où habiter en 2050 en France pour faire face aux crises écologiques engagées ? », le géographe et ses collègues identifient sept « espaces de l’habiter écologique » (plateaux du Massif central, collines du Poitou, montagne du Morvan…) 

Contacté par Bon Pote, le chercheur nous explique que plutôt que de territoires « refuges », il préfère parler d’« espaces écologiques qui, par l’autonomie [en renouant avec le travail de la terre notamment, ndlr] permettraient de simultanément nous adapter et atténuer nos pressions », loin des métropoles. Au total, une trentaine d’indicateurs ont été utilisés dans son étude pour définir ces espaces, aussi bien environnementaux (variations climatiques, accès à l’eau, biodiversité…) que liés aux activités (matières premières, pratiques agricoles, prix des terres…) et aux conditions de logement (logements vacants…).

Source : « Où habiter en 2050 en France pour faire face aux crises écologiques engagées ? », Mouvement pour une société écologique post-urbaine, février 2026.

Le climat, une force de déplacement grandissante

Pour en revenir aux « territoires-refuges » comme la Bretagne, il est difficile de déterminer dans quelle mesure l’argument du changement climatique motive réellement les déménagements dans cette région. Une chose est sûre : sur la période 2013-2023, « l’attractivité résidentielle des régions de la façade atlantique et de l’Occitanie est forte » et « augmente très nettement pour la Bretagne » selon l’Insee.

Impact moyen des mobilités résidentielles en France (2012-2023). Source : Insee.

Mais cette quête de conditions climatiques plus clémentes à l’heure de la hausse généralisée des températures ne doit pas occulter un phénomène déjà bien réel, et autrement plus urgent – à savoir, les évacuations à la suite de catastrophes climatiques. Cet été, en France, 220 000 personnes ont été contraintes de quitter temporairement leur domicile à la suite des incendies. Un chiffre qui a explosé : en 2022, alors que des feux énormes avaient ravagé les Landes, le nombre de déplacés climatiques atteignait 45 000. Une carte réalisée par l’urbaniste Josselin Thonnelier permet de visualiser les 332 000 déplacés climatiques qu’il a répertoriés en France depuis 2020.

Et c’est sans parler des déplacements contraints et définitifs visant à éloigner des habitations des littoraux en raison du risque de submersion, par exemple. On parle alors de « repli stratégique » lorsque la relocalisation des habitants est couverte et gérée par les pouvoirs publics (à l’instar de la ville de Lacanau en Gironde, qui envisage à terme une relocalisation dans les terres). Rien à voir, donc, avec la démarche individuelle – pour ne pas dire individualiste – qui sous-tend la quête d’un refuge climatique au sens médiatique du terme.

Les effets du changement climatique peuvent aussi agir « en différé ». Après une inondation, la mobilité résidentielle augmente de 1 % dans les deux années suivantes (ce qui représente une augmentation de 30 % de la probabilité de quitter sa commune). 

À l’échelle du continent, une étude (Link & Brennet, 2026) menée dans 19 pays européens entre 2014 et 2019 (dont la France ne fait pas partie) confirme que le climat joue désormais un rôle important dans les choix de déménagement. Le 6ème rapport d’évaluation du GIEC indique pour sa part que « la répartition inégale des risques climatiques futurs et des capacités d’adaptation entre les régions européennes pourrait accroître les pressions en faveur des migrations internes », notamment à travers les relocalisations motivées par la hausse du niveau de la mer aux Pays-Bas, au Nord de la Méditerranée ou encore au Royaume-Uni.

Quand les « territoires-refuges » sont en réalité des « pièges climatiques »

Disons le clairement : les mot « refuges climatiques» ou « eldorado climatique » employés pour désigner des territoires préservés des catastrophes et conséquences du changement climatique sont des leurres, des mots mirages. Et ces mirages peuvent avoir des conséquences très graves. 

Une anecdote américaine, racontée dans la newsletter La lettre de trois degrés par l’auteur Clément Jeanneau, le démontre de façon cruelle pour ses victimes. Tout part d’une étude publiée en 2020 par le média américain Propublica, qui érige le petit comté de Lamoille en havre préservé des conséquences du changement climatique. Le classement est pris au sérieux au point que selon une tribune publiée en 2022, des ménages viennent s’installer à Lamoille. La réalité s’est malheureusement chargée de briser leur rêve à l’été 2023 : une tempête a inondé la vallée. Le comté a été tout particulièrement frappé et « bat le record du plus grand nombre de logements par habitant rendus inhabitables dans le Vermont ». De même, le comté d’Asheville, désigné possible « havre climatique » par un professeur américain en 2022, a été frappé douloureusement par l’Ouragan Hélène qui a fait 60 morts sur son territoire en 2024. 

Clément Jeanneau tire une conclusion de ces affaires dans le livre dont il est le co-auteur Gérer l’inévitable : repères face à la dérive climatique (éd. de l’Aube, 2026) : attention au « faux sentiment de sécurité » que l’on peut hériter de ce genre de classement. La réflexion vaut aussi pour la Bretagne. Les températures y sont certes en moyenne plus clémentes que dans d’autres régions. Mais la Bretagne a connu d’autres aléas ces dernières années : incendies des Monts d’Arrée en 2022 ou du Cap Fréhel en 2026, sécheresses à répétition et craintes pour l’accès à l’eau potable, inondations en 2025 et 2026… La Bretagne n’est donc pas un refuge. C’est même l’inverse : elle arrive à la moins bonne place hexagonale d’un classement réalisé par le ministère de l’Ecologie qui évalue le niveau d’exposition à des risques liés au climat : inondations, avalanches, tempêtes et cyclones, feux de forêts, mouvements de terrain…

Population habitant dans une commune exposée à des risques naturels en 2022. Source : Ministère de la Transition écologique

Par ailleurs, le géographe Louis Amiot alerte sur les conséquences en cascade pouvant être provoquées par le mirage de la Bretagne protégée : « Un accroissement massif de la population bretonne peut amplifier les impacts négatifs du changement climatique, principalement lié au risque de sécheresse et mener à une crise de l’eau. » Contactée par Bon Pote, l’autrice Claire Desmares, présidente du groupe « Les Ecologistes de Bretagne » au Conseil régional de Bretagne, abonde et regrette : « La Bretagne n’est pas à l’abri, mais les élus n’en sont pas conscients du tout. Au lieu d’être un refuge, la Bretagne peut se transformer en un piège climatique. C’est-à-dire que des régions qui se sentent moins exposées, parce qu’elles ont un climat océanique par exemple, risquent d’être plus lourdement impactées. » 

Source : GIEC, groupe 3, 6e rapport d’évaluation, traduction de Géoconfluences, 2023.

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La « captivité climatique », un révélateur d’inégalités

Reste un angle mort de la réflexion autour des refuges climatiques : les inégalités. Cette question est absolument essentielle pour comprendre les impacts du changement climatique et notre capacité à les fuir ou non. 

Source : Baromètre Sobriétés et Modes de vie, Ademe, 2024

Tout d’abord, il est évident qu’on ne vit pas toutes et tous la canicule de la même façon. Non, nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne. Une étude de l’Ademe a montré que 37 % des foyers modestes (revenus inférieurs à 1000 euros) souffrent de la chaleur en été, contre seulement 20 % des plus favorisés (revenus supérieurs à 2500 euros).

Une autre étude de la Fondation pour le logement publiée l’été 2026 indique que les quartiers populaires sont surexposés aux vagues de chaleur. Avec quelles conséquences ? Une étude de Santé publique France (SPF) basée sur la canicule de 2003 a chiffré qu’habiter sous les toits multiplie le risque de surmortalité par quatre. Des résultats confirmés par le spécialiste des questions de changement climatique et de santé à l’Inserm, l’épidémiologiste Basile Chaix, qui partage au Monde des études menées au Canada et aux États-Unis selon lesquelles « les trois quarts des décès dus à la chaleur » sont liés au logement des victimes. Les premières données de SPF pour l’été 2026 confirment d’ailleurs que la mortalité liée aux vagues de chaleur estivale a en particulier augmenté à domicile. 

Ceux qui ont le plus intérêt à fuir sont donc en général les moins aisés.  Et c’est d’autant plus vrai quand la chaleur vécue au travail est déjà insupportable. Or les « cols secs » (nom donné aux personnes qui ne transpirent pas au travail en période de chaleur) et les « cols humides » (nom donné aux personnes qui ne transpirent au travail en période de chaleur) n’appartiennent pas aux mêmes classes sociales et ne vivent pas aux mêmes endroits, rappelait Le Monde

Dans ce contexte, fuir les logements en période de canicule peut être une question de vie ou de mort. Sauf que la possibilité de fuir, même temporairement, est un privilège.

Source : Le Monde, juin 2026.

La docteure en géographie Géraldine Molina a ainsi montré dans ses travaux qu’en période de fortes chaleurs, « le niveau socio-économique constitue en effet un des déterminants du potentiel de mobilité des habitants. » Première option : les espaces refuges (médiathèques, cinémas, piscines etc). Mais ces lieux ne renversent pas (et parfois renforcent) les injustices climatiques. Un exemple : Géraldine Molina a montré que les familles monoparentales, composées en majorité de femmes (et souffrant d’un déficit moyen de 250 euros par mois), sont privées plus souvent de jardins privés que les couples avec enfants. Celles-ci doivent donc se rabattre sur des lieux publics comme les piscines municipales pour assurer le confort thermique de leurs enfants. Problème : l’accès à ces refuges est souvent payant et soumis à des quotas de fréquentation… 

Autre option : passer quelques jours au frais soit chez un membre de la famille qui a la place vacante, soit dans une résidence secondaire, soit dans une location ou un hôtel. Des opportunités rarement offertes aux moins aisés qui se retrouvent en situation de « captivité » spatiale et climatique.

Cette captivité aggrave ou confirme souvent des inégalités et discriminations socio-économiques existantes. Ainsi, une majorité des personnes issues des communautés dites des gens du voyages réclament, souvent en vain, des « refuges climatiques », puisque les aires d’accueil sont structurellement trop rares, non ombragées, trop bitumées et souvent entourées d’usines, de déchetterie ou d’axes routiers. En pour cause : trop peu communes respectent la loi en proposant des aires d’accueil en nombre suffisant et permettant un habitat digne et moins exposé à la chaleur. Par ailleurs, plusieurs travaux universitaires cités par Clément Jeanneau dans son livre (dont ceux de Julie Hernandez à la Nouvelle-Orléans) montrent que les personnes en situation de vulnérabilité sociale sont celles qui sont le moins susceptibles de pouvoir évacuer en cas de catastrophes. 

Qui peut fuir les canicules ? (et qui ne le peut pas ?)

D’abord, un élément de contexte : la situation du parc social français est si désastreuse qu’à peine une demande de HLM sur dix est satisfaite en France. Même si de nombreux médias dont Reporterre ont pu documenter la violence thermique qu’ont subi beaucoup de locataires de HLM à l’été 2026, les trois millions de personnes qui attendent une place en HLM savent que refuser un logement peut au mieux retarder votre emménagement, au pire geler votre dossier pendant de longs mois. Et ce, même si le logement HLM proposé en question est une bouilloire thermique. 

Des études ont pu confirmer que le déménagement à la suite de catastrophes naturelles est lié au niveau de vie. L’Insee a ainsi mesuré en 2025 que les déménagements après une inondation sont fortement conditionnés par les moyens financiers. Selon cette étude, les plus modestes déménagent moins parce qu’ils en ont moins les moyens et qu’ils sont encore appauvris par les conséquences des inondations. Un résultat qui fait d’ailleurs écho à une tendance mondiale : des études (Benveniste & al, 2022) montrent en effet que « le changement climatique induit une baisse de l’émigration des populations à faibles revenus (de plus de 10 % en 2100). » 

L’étude de l’Insee indique que les plus aisés déménagent tout aussi peu après une inondation. Mais pour une raison différente : ils ont davantage les moyens financiers de payer des travaux d’aménagement ou de rénovation et peuvent retrouver ainsi une qualité de vie. Ce sont donc les ménages à revenu intermédiaire qui déménagent le plus, parce qu’ils sont à la fois très exposés à la perte de qualité de vie mais restent encore capables de financer un départ. Même disparité en fonction du niveau d’emploi : après les inondations, les personnes au chômage ont beaucoup moins déménagé que celles disposant d’un emploi. 

En France, les données indiquent plus généralement une prédominance des catégories socioprofessionnelles supérieures dans les mobilités résidentielles dans certaines régions considérées par certains comme des « refuges climatiques » (bien que l’on ne puisse en déduire que ces individus aient été motivés par le climat dans leur décision). Si l’on reprend le cas emblématique de la Bretagne, l’Insee indique que « les nouveaux arrivants sont principalement des jeunes actifs trentenaires et des seniors débutant leur période de retraite » ; et qu’ « au regard des effectifs déjà implantés dans la région, les cadres et professions intellectuelles supérieures ont le taux de solde migratoire le plus élevé (+8,2 ‰). » 

Enfin, la situation professionnelle des individus pèse aussi dans la balance, « la probabilité de déménager [étant] plus basse pour les personnes sans emploi. » À l’inverse, la possibilité de travailler à distance ouvre davantage de perspectives de mobilités. Le développement du télétravail – pratiqué « principalement chez les cadres » – depuis la crise du Covid-19 l’a bien montré : « C’est dans les départements où les emplois apparaissent les plus compatibles avec le télétravail que le ratio des entrées sur les sorties, mesuré à partir des données de réexpédition de La Poste, a le plus baissé entre 2018 et 2021», notamment en Île-de-France. 

Les liens et les solidarités locales sauvent des vies

À force de focaliser le débat sur le mythe des « territoires refuges », on évoque trop peu un aspect pourtant crucial du débat : les habitants et habitantes de ces territoires. Une étude sociologique menée sur la vague de chaleur qui a coûté la vie à 700 personnes à Chicago en 1995 illustre bien à quel point le tissu social joue un rôle majeur sur la capacité d’un territoire à affronter une crise climatique. 

L’auteur de cette étude, Eric Klinenberg, a tenté de comparer la mortalité en fonction des quartiers de la ville. Il a constaté que les décès ne sont pas du tout répartis de manière égale. Beaucoup moins de gens sont morts dans les quartiers qui bénéficiaient de structures sociales fortes, du petit commerce aux associations caritatives ou religieuses en passant par les équipements publics comme les parcs. Qui a déjà vécu une catastrophe climatique ou qui se souvient des confinements liés à la crise sanitaire de 2020 le sait déjà : en cas de difficulté, connaître ses voisins ou des gens dans le quartier peut sauver des vies. 

Si vous vous demandez si votre territoire est exposé ou non au changement climatique, les données géologiques ou climatiques sont bien sûr à intégrer, mais le nombre et la vitalité  des associations aussi. C’est d’autant plus vrai en France, où les associations sont largement plus nombreuses que dans le reste de l’Union européenne et constituent un pilier de la vie sociale et démocratique. 

La nécessité de prendre en compte la solidité des liens et structures sociales dans un contexte de crise écologique a été relevé dans de nombreux ouvrages, dont Le réseau des tempêtes de Pablo Servigne (éd. Les liens qui libèrent, 2025). Clément Jeanneau avance : « On a un réel besoin d’élargir le regard sur ce qu’est l’adaptation au changement climatique. Plutôt que de tout ramener à des solutions techniques comme la climatisation, les bassines ou les Canadair, il faut aussi penser à des choses comme financer des associations de terrain, créer du lien, lutter contre l’isolement, développer des dynamiques de groupe, tout ça est positif. Même faire la fête dans son quartier, c’est de l’adaptation ! »

En ce sens, on constate que les territoires-refuges, s’ils existent, sont forcément des territoires équipés… de refuges climatiques au sens premier du terme, à savoir, selon la définition qu’en donne Géraldine Molina, des lieux intérieurs ou extérieurs dans lesquels les individus peuvent venir « chercher un réconfort thermique lorsqu’ils sont soumis à des conditions atmosphériques stressantes dans d’autres lieux. » Dans l’Hexagone, plus de 42 000 espaces frais ont été recensés par l’Agence de la transition écologique (Ademe) et sont accessibles sous la forme de carte : espaces verts, culturels ou sportifs, lieux de culte…

Habiter autrement le territoire

Déménager peut être un levier d’adaptation, notamment dans les zones les plus exposées aux risques climatiques, mais il ne saurait être le seul. Et lorsque le déménagement doit être mobilisé, on gagnerait à l’inscrire dans des réflexions collectives sur « l’habiter ».  

La voie que propose Guillaume Faburel, à savoir un « rééquilibrage démographique » fondé sur une « désurbanisation de nos vies » et un « réempaysannement de notre société » à des fins de sécurité vivrière des communautés villageoises (certaines organisations, comme le collectif Nourrir, estiment qu’il faudrait un million de paysans en France à horizon 2050 pour réussir la transition agroécologique), est une piste. Porté notamment par l’Institut Momentum, le concept de biorégion (que l’on doit au chercheur canadien Allen Van Newkirk dans les années 1970), qui entend construire « l’habitabilité des territoires » sur « des infrastructures repensées afin de les proportionner à ce que les vivants et les milieux peuvent accueillir », et en favorisant l’autonomie alimentaire à l’échelle d’un bassin versant, en est une autre.

Face au changement climatique, la recherche du paradis ou de l’île déserte est un réflexe logique mais à la fois utopique et individualiste. Les bifurcations à venir seront forcément collectives et politiques.

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