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Ces centaines de milliers de Français privés d’eau potable dans l’indifférence générale

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©Crédit Photographie : Montage : Valentine Michel / Bon Pote. Captures d’écran : Tiktok, Instagram
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Les trois quarts du territoire hexagonal en restrictions d’eau. Plus de 40 000 habitants en pénurie d’eau potable, avec des coupures au robinet et des livraisons organisées via camions-citernes. Le doute a gagné plusieurs villes, comme Nantes, Limoges ou Figeac : et si l’eau ne coulait plus au robinet ? Ce scénario de pénurie a choqué l’opinion hexagonale. Pourtant, il constitue déjà le quotidien banal de centaines de milliers de Français.

Si cette réalité reste peu connue, c’est que ces citoyens vivent dans des territoires dits ultra-marins, où l’attention et le soin politique et médiatique sont structurellement insuffisants et défaillants. La Guadeloupe, la Martinique, Mayotte ou La Réunion sont actuellement frappés par des sécheresses, au même titre que l’Hexagone. Mais là-bas ces événements, favorisés par le changement climatique, sont vécus d’autant plus durement qu’ils surviennent sur des territoires où l’Etat français a notoirement trop peu agi et investi ces dernières années dans le service public de l’eau. C’est avéré, plusieurs institutions dont les Nations Unies ont pointé du doigt les défaillances de l’Etat français en la matière. 

Avec une conséquence majeure : des centaines de milliers de personnes y sont privées d’eau potable. Dans cet article, nous faisons donc le point sur cette injustice environnementale à la française.

L’accès à l’eau potable est un droit, qui engage les Etats

Avant toute chose, il faut rappeler que l’accès à l’eau potable et à l’assainissement sont des droits de l’homme reconnus depuis 2010 par une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies. Cette résolution doit avoir un impact concret sur les politiques publiques : elle oblige les États à « œuvrer en faveur de l’accès universel à l’eau et à l’assainissement pour tous, sans aucune discrimination, tout en accordant la priorité aux personnes qui en ont le plus besoin ».

Les Etats qui ne le font pas sont en faute, rappelait en juin 2025 le très complet rapport Soif de justice publié par Notre affaire à tous : « La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) associe le non-respect du droit à l’eau potable à une violation de l’article 3 de la Convention, qui interdit la torture ou les traitements inhumains ou dégradants. » 

Etat des lieux des crises de l’eau potable dans les Outre-mer

Ce préambule posé, difficile de ne pas constater que l’Etat français ne respecte absolument pas ses obligations quand on regarde la situation de l’accès à l’eau sur ces territoires : 

  • En Guadeloupe, les « tours d’eau » rationnent  les populations depuis des années. Selon le préfet, 70 % des habitants subissent ces coupures roulantes. Quand l’eau coule, elle est fréquemment non conforme ou non potable car contaminée par des matières fécales, le chlordécone (pesticide utilisé dans la culture des bananes, autorisé par l’Etat français aux Antilles malgré sa toxicité connue, voir ci-dessous) ou l’aluminium. En 2018, un rapport de l’IRSTEA avait classé le réseau guadeloupéen en catégorie D, à savoir la plus mauvaise possible selon les critères définis à l’échelle internationale par la Banque mondiale. En janvier 2026, un nouveau rapport soulignait l’incroyable vétusté du réseau en Guadeloupe, où 58% de l’eau mise en distribution est encore perdue dans des fuites qui favorisent les contaminations. En juillet dernier, les élus locaux ont officiellement appelé à l’aide de l’Etat dans le cadre d’une opération d’intérêt national.
  • En Martinique la population vit localement des coupures d’eau depuis la fin juillet, de même que ces dernières années, et la pollution au chlordécone y est tout aussi problématique. On constate également des pertes gigantesques sur le réseau d’eau potable, les infrastructures sont sous-dimensionnées et/ou défaillantes.
  • A la Réunion, 26 % de la population n’a pas accès à une eau correctement potabilisée et de qualité maîtrisée. « Ca ne veut pas dire que l’eau n’est pas potable en permanence pour ces personnes, cela veut dire que pour elles la dégradation de la qualité de l’eau peut être rapide, par exemple après de fortes pluies », nuance Faiçal Badat, directeur de l’Office de l’eau à la Réunion, qui précise l’objectif fixé d’atteindre 95% de la population reliée à une une eau correctement potabilisée et de qualité maîtrisée d’ici à 2030. Face à une sécheresse qui frappe depuis janvier, les restrictions ont été renforcées cet été et des coupures locales ont été organisées en juillet. Un opérateur vient par ailleurs d’être condamné à indemniser pas moins de 90 000 de ses abonnés pour avoir distribué, pendant des années, une eau non conforme aux normes sanitaires. 
  • En Guyane, 15% des habitants ne sont pas raccordés à l’eau potable et ceux qui le sont sont exposés à des polluants chimiques et à de l’aluminium dans des proportions nuisibles pour la santé.
  • A Mayotte, un tiers de la population n’a pas accès à l’eau potable. Les habitants raccordés sont déjà structurellement privés d’eau potable un jour sur deux à tour de rôle. Et les restrictions se sont encore aggravées cet été : l’eau n’est disponible que 30 heures sur 72.

On parle de centaines de milliers de personnes qui doivent suivre chaque semaine des plannings pour savoir quand elles auront ou non la chance de recevoir de l’eau potable au robinet. 

Capture d’écran du planning des tours d’eau à Mayotte, fin août 2026
Capture d’écran du planning des tours d’eau en Guadeloupe, fin août 2026

Les conséquences sociales sont désastreuses. L’eau manque jusque dans certains hôpitaux, ainsi en 2024 un article de Martinique 1ère dénonçait le fait que le service chargé des dialyses d’une clinique de Fort-de-France devait interrompre ses soins, plaçant les patients en « danger de mort ». C’est encore pire dans les écoles, on ne compte plus les établissements fermés de ce fait dans les territoires dits d’Outre-mer. En 2024, un rapport de l’Unicef rappelait que les coupures d’eau avaient entraîné 20% de jours de classe perdus en 2023 aux Antilles et dénonçait : « Les coupures fréquentes dans ces régions privent des milliers d’enfants d’une éducation continue, de qualité et d’un niveau comparable à celui de la France hexagonale ». Un indicateur appelé précarité hydrique vise à calculer la part d’une population pour qui accéder à l’eau est très difficile financièrement et/ou source de précarité. Un tiers de la population réunionnaise est concerné. Et la situation est encore plus grave dans les autres territoires dits d’Outre-mer, et plus particulièrement à Mayotte où la part moyenne de la facture d’eau sur le revenu dépasse les 25%.

Extrait du Rapport de la Cour des comptes. « La gestion de l’eau potable et de l’assainissement en Outre-mer », mars 2025

Les fautes de l’Etat français largement reconnues 

Sur le sujet, l’Etat et le gouvernement français oscillent entre promesses non tenues et déni condescendant. Dans la première catégorie, le média Urbania rappelait ainsi le tweet d’Emmanuel Macron qui promettait en 2018 : « Dans 24 mois, les habitants de Guadeloupe devront (enfin !) avoir tous accès à l’eau courante (…) pour que l’équité de la République soit une réalité ». Huit ans plus tard, la Guadeloupe attend encore. Dans la seconde catégorie, ce sont sûrement les déclarations au ton paternaliste du ministre des Outre-mer Philippe Vigier sur le plateau de Guadeloupe La 1ère qui ont le plus fait grincer des dents : « L’Etat n’a pas à mettre 1€ là-dedans. (…) Vous avez la chance d’avoir un ministre qui est également biologiste, qui va vous donner de bons conseils : vous faites couler l’eau, vous la faites chauffer et après vous la mettez au frigo ».

 Des propos qui illustrent la position affichée par le gouvernement : la gestion du service public de l’eau et l’assainissement étant une compétence désormais déléguée aux communes, nul ne peut demander des comptes aux gouvernements et à l’Etat. 

Cette position est contredite par de très nombreux rapports et bilans, qui pointent du doigt tour à tour les échecs et le manque d’engagement fautif de l’Etat français. En 2022, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) regrettait que « l’accès à l’eau potable n’est pas garanti dans de nombreux territoires ultramarins » et appelait à des investissements sur place cofinancés par l’Etat. La même année, un rapport d’évaluation du plan d’action pour l’eau potable en Guadeloupe, Guyane, Martinique à la Réunion Mayotte et Saint-Martin, appelé « plan eau DOM », estimait que « Nulle part l’impact direct [de ce plan lancé par le gouvernement, ndlr] n’a pu être, jusqu’à présent, ressenti comme positif ni sur le plan de l’eau potable ni sur celui de l’assainissement. ». En 2023, le Conseil d’Etat estimait dans le cadre d’un contentieux porté par Notre affaire à tous que la crise de l’eau à Mayotte « révèle également un certain nombre de défaillances dans l’organisation et la gestion de l’eau dans ce département depuis plusieurs années et (…) appelle, à l’évidence, de la part des autorités compétentes la plus grande vigilance et des efforts renforcés »

En 2024, ce sont plusieurs experts de l’ONU dont son rapporteur spécial sur le droit à l’eau potable qui exprimaient leurs préoccupations, appelant la France à « prendre ses responsabilités » sur le sujet de l’eau potable en Guadeloupe. Ils contestaient la version officielle du problème présenté par la France – « Bien que le gouvernement français affirme qu’il n’existe aucune preuve de contamination systématique de l’eau, les experts ont averti que les coupures systématiques survenant dans un réseau présentant un taux de fuite aussi élevé constituent une preuve physique de l’intrusion systématique de contaminants dans le processus de distribution de l’eau ». Pire, les mêmes experts s’alarmaient de l’état du débat public sur le sujet et exprimaient « leur profonde inquiétude » « quant aux rapports de censure visant à faire taire les voix critiques, y compris les défenseurs des droits humains, les lanceurs d’alerte et les scientifiques. » 

En mars 2025, la Cour des comptes et le Sénat rendaient enfin un rapport d’activité jugeant les avancées du plan eau des Outre-mer. Résultat : à peine un quart des objectifs atteints à l’issue du plan pourtant lancé depuis dix ans, et une grande partie des moyens déjà insuffisants n’ont pas réellement été engagés. Autrice principale du rapport Soif de Justice pour Notre affaire à tous, Emma Feyeux dénonce : « Il est tout à fait clair que c’est à l’Etat français de donner aux communes les moyens d’assumer la compétence de l’eau qui leur a été déléguée ». Ce qui n’empêche pas, bien sûr, d’associer les autorités locales et de pointer du doigt les incuries, sabotages et corruptions qui ont également pu conduire à une telle situation. 

Evolution du taux de perte moyen de l’eau (en jaune) en Guadeloupe entre 2017 et 2023. Source : SISPEA

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La continuité coloniale en question 

C’est donc un fait : l’Etat français est en faute parce qu’il fait beaucoup moins bien sur l’accès à l’eau en Outre-mer qu’en Hexagone. La géographe Oméya Desmazes, autrice d’une thèse sur le sujet, pointe du doigt ce qu’elle appelle «  la précarité infrastructurelle » vécue dans ces territoires : le service de l’eau est discontinu, sa qualité aléatoire, la confiance envers celui-ci est dégradé. Le tout « participe à un sentiment de citoyenneté de seconde zone en Martinique, comme ailleurs en outre-mer, constituant ainsi une caractéristique importante de ces multiples situations postcoloniales. »

Ce double standard constaté en termes d’accès à l’eau entre l’Hexagone et les dits d’Outre-mer est le fruit de choix délibérés. Il a été choisi d’exclure ces territoires de la « gouvernance de l’eau » qui fait la fierté de la France hexagonale. Un seul exemple : la grande loi sur l’eau de 1964, socle institutionnel sur le sujet, a écarté délibérément les Outre-mer. « Pour ma thèse, j’ai réalisé une frise qui montre le traitement différencié des outre-mers dans les politiques de l’eau. En la voyant, on réalise que ces territoires vivent sous un régime d’exceptionnalité négative, les réglementations ne sont pas appliquées de la même manière et c’est à leur détriment », décrit la docteure en géographie à Bon Pote. 

C’est probablement dans le scandale du chlordécone que cet état d’exceptionnalité a eu les conséquences les plus graves. Ce pesticide utilisé dans la culture des bananes (destinées principalement à l’exportation) a été autorisé par l’Etat français aux Antilles à partir de 1972 et jusqu’en 1993. Une exception que rien ne peut justifier. Car dès 1974, des ouvriers agricoles antillais ont manifesté contre ce pesticide et ses dangers, essuyant les tirs de gendarmes qui ont fait deux morts. En 1979, le CIRC a classé le chlordécone comme cancérogène possible. En 1988, l’Etat a admis le consensus scientifique sur sa dangerosité pour les êtres humains et pour l’environnement. En 1989, l’usage était interdit en Hexagone

Kolo Barst – Févriyé 1974

Dans ses livres (Une écologie décoloniale, Seuil, 2019, S’aimer la Terre. Défaire l’habiter colonial Seuil, 2024)  le philosophe Malcom Ferdinand démontre comment les dérogations autorisant l’usage du chlordécone aux Antilles ont été décidées sous la pression de la filière de la banane et notamment des grandes familles békés, ces descendants des colons qui se caractérisent par leur blanchité et par leur détention d’une grande partie du capital économique (notamment agricole) de ces îles. Aujourd’hui, en Guadeloupe et Martinique, plus de 80 % de la population est aujourd’hui contaminée au chlordécone, en sachant que l’eau est l’une des principales sources d’exposition. La majorité des cours d’eau sont également contaminés et la consommation des poissons et crustacés d’eau douce est interdite car dangereuse. Le taux d’incidence du cancer de la prostate, dont l’exposition au chlordécone est l’un des facteurs, y est parmi les plus élevés de la planète. 

Ce double standard n’appartient malheureusement pas au passé. Interrogé par Bon Pote, Julien Lallemand, l’ingénieur eau et administrateur de l’association réunionnaise Sillages qui défend l’accès à l’eau et à l’assainissement à la Réunion et en Outre-mer, rappelle un fait marquant qui le montre : « En 2023, dans le cadre du “plan eau”, le gouvernement a publié une liste des “points noirs des réseaux de distribution d’eau en France sur lesquels il fallait agir au plus vite parce qu’il y avait plus de 50% de fuite. Cette liste n’intégrait pas les Outre-mer, ce qui est totalement anormal alors qu’une grande partie de ces territoires ont des réseaux qui laissent fuir plus de 50% des eaux ».  

La juriste Sabrina Cajoly,  fondatrice de l’association antillaise Kimbé Rèd – French West Indies, dédiée à la protection et à la promotion des droits humains dans les Antilles et les territoires français dits d’Outre-mer,  ajoute une autre disparité de traitement à cette liste déjà longue : « Quand on regarde les budgets alloués, le délaissement des outre-mers est continu. Pour résoudre la crise de l’eau en Guadeloupe, les besoins d’investissement sont évalués à 1,5 milliard d’euros. C’est à peine plus que ce qui a été dépensé pour assainir l’eau de la Seine seulement pour les Jeux olympiques, il nous semble donc légitime que le même budget soit accordé pour résoudre un problème qui concerne toute la Guadeloupe ».

Et ce n’est pas la seule disparité qu’elle dénonce. La juriste a contribué à porter une réclamation auprès du Comité européen des droits sociaux, au Conseil de l’Europe, pour démontrer le caractère discriminatoire des politiques publiques françaises à l’encontre des Antilles, entre autres sur le sujet de l’accès à l’eau potable : «  Nous avions déposé un recours pour obtenir des mesures d’urgence, de justice et de réparations tant sur l’accès à l’eau potable que sur la pollution au chlordécone aux Antilles. Mais notre recours a été rejeté au motif que les Outre-mer étaient exclus de la Charte sociale européenne ». Cette procédure a donc permis de pointer un autre double standard : la France avait choisi d’exclure les Outre-mers d’un traité européen fondamental pour la protection des droits humains, appelé Charte sociale européenne. Cette exclusion choisie, qualifiée par la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) de « clause coloniale », a finalement été levée en mai 2026. 53 ans plus tard, les Outre-mer sont enfin protégés par le même texte européen que l’Hexagone. 

L’ère de la plantation et du racisme environnemental

On le constate, se pencher sur la situation dramatique actuellement vécue par les populations des outre-mers ramène sans cesse au passé colonial. Dans l’Atlas de l’eau qu’il a corédigé, Julien Lallemand pointe ce qu’il qualifie de « un continuum colonial »« Ce continuum colonial – que nous définissons comme la perpétuation d’arrangements institutionnels structurant les modes de penser, faire, décider, prioriser et agir des politiques publiques, émanant du système administratif instauré lors de la colonisation –, fonde des inégalités systémiques d’accès à l’eau potable, touchant en particulier certaines catégories de population, précarisées et marginalisées. »

Ce continuum fait écho aux travaux de chercheuses (dont l’anthropologue Anna Tsing et la philosophe Donna Haraway) qui utilisent le concept de « plantationocène » afin de désigner l’ère géologique actuelle, dont le point de départ serait la colonisation des Amériques. Le fait de transformer ces territoires en vastes monocultures d’exportations (coton, sucre mais aussi café puis bananes) a tellement engendré de conséquences qu’il serait un marqueur chronologique et géologique essentiel de notre époque. Cela a nécessité d’exterminer et/ou déporter les habitants humains et non humains présents et de les remplacer par des plantes et des travailleurs étrangers. Les changements économiques, écologiques et sociaux majeurs encore perceptibles aujourd’hui. Et les discours qui ont permis de légitimer cette prédation généralisée ainsi que l’ordre socio-racial induit par la colonisation et les plantations marquent encore nos sociétés. Les sociétés directement issues de ces événements restent bien sûr traversées par des rapports de domination hérités. Mais plusieurs travaux vont plus loin et montrent que c’est toute la modernité occidentale qui s’est construite dans l’héritage né de la « culture de la plantation » : domination occidentale sur le reste du monde, domination et contrôle des êtres humains sur la « nature »,  extraction et exploitation de certains corps et territoires jusqu’à l’épuisement, standardisation, simplification voire destruction des paysages, accélération permanente des logiques productivistes…  

C’est dans cette longue histoire que s’inscrivent les crises de l’eau des Outre-mer. Or les inégalités environnementales qui reposent sur une organisation sociale discriminante envers les personnes racisées portent un nom : le racisme environnemental. Ce concept ne désigne pas des volontés ou des malveillance individuelles. En clair, personne n’a décidé de façon directe et frontale que les Outre-mers doivent moins avoir accès à l’eau potable. En revanche, ce concept permet de pointer du doigt un système social et des discours qui conduisent à ce que certaines catégories de population ont moins accès à des ressources ou sont plus exposées à des toxiques. Dans le cas présent, il est impossible de comprendre la discrimination généralisée des habitants et habitantes des territoires dits d’Outre-mer si l’on ne tient pas compte de la façon dont ses îles ont été aménagées (Malcom Ferdinand désigne la Martinique et la Guadeloupe comme des « puzzles de monocultures ») et de tout ce qui a perduré depuis la fin de l’esclavage et de la colonisation.

Quel impact du changement climatique sur ces crises de l’eau dans les Outre-mer ?

Il peut sembler étonnant de n’évoquer le changement climatique qu’à la fin de cet article. C’est pourtant à nos yeux très logique, puisque que ce dernier n’est pas la cause du manque d’eau potable actuel dans ces territoires. Si le changement climatique percute particulièrement les sociétés des outre-mers, c’est qu’elles sont déjà fragilisées par un déficit historique de moyens et d’infrastructures, confirme la géographe Virginie Duvat, autrice principale du chapitre « Petites îles» des deux derniers rapports du GIEC.

Elle décrivait il y a quelques semaines au micro du podcast Chaleurs Humaines que le changement climatique est plutôt « un accélérateur et un amplificateur de crises » pré-existantes. Si le changement climatique a dans ces territoires « des effets exacerbés par rapport à ceux qu’on observe dans la France hexagonale », c’est entre autres du fait du « passé colonial ». Ce dernier a au final « des effets extrêmement négatifs sur la capacité de ces territoires à faire face au changement climatique ». Les défis à venir sont nombreux et ramènent, là encore, sans cesse à l’histoire coloniale : à la sécheresse s’ajoutent entre autres l’érosion côtière et la submersion marine qui menacent les villes coloniales et les grandes infrastructures construites dans des lieux certes stratégiques pour exporter les ressources locales mais aussi très exposées aux vagues de tempêtes et à l’élévation du niveau de la mer. 

Si cette année 2026 est particulièrement sèche aux Antilles, c’est à cause de la survenue d’un événement El Nino particulièrement intense, qui s’ajoute aux effets du changement climatique. Mais si le manque d’eau est généralisé dans les Outre-mer, c’est parce que ces territoires souffrent d’un déficit historique d’accès aux services publics essentiels, dont l’eau potable. Le fait que ces territoires soient à l’avenir confrontés à une recrudescence des catastrophes climatiques rend ces problèmes structurels encore plus urgents et inacceptables.   

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  1. Article remarquablement fouillé et sourcé, et merci d’avoir donné la parole aux personnes locales, ce qui n’est pas toujours le cas ! Bravo et merci Bon pote

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