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Le Citepa vient de publier une estimation des émissions de gaz à effet de serre pour l’année 2025 en France. Et les résultats sont catastrophiques : les émissions territoriales n’ont baissé que de 1,5 % au cours de l’année qui vient de s’écouler. C’est encore plus mauvais que les années précédentes (-3,9 % entre 2021 et 2022, -6,8 % entre 2022 et 2023, -1,8 % entre 2023 et 2024).
Autrement dit, alors que les effets du dérèglement climatique s’intensifient (plus de 2000 décès lors des canicules de l’été 2025, dont une majorité est due au changement climatique), la France traîne des pieds et va même jusqu’à ralentir ses efforts de baisse des émissions !
Nous avions déjà tiré la sonnette d’alarme à l’été 2025, alors que le gouvernement vantait ses efforts et que des médias saluaient l’action du gouvernement Macron. Beaucoup estimaient alors que c’était “bien, mais peut mieux faire”, alors même que, disons-le clairement, les comptes n’y étaient pas du tout. “Le cadre national d’action climatique a pris un retard important”, alertait en effet le Haut Conseil pour le Climat.
À l’occasion de la publication du baromètre du Citepa, Bon Pote fait le point sur les efforts très insuffisants de la France.
-1,5 % d’émissions de CO2 : pourquoi la France est très loin du compte
D’abord, un mot sur le baromètre du Citepa (association à but non lucratif). Il s’agit d’estimations provisoires des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) de l’année 2025, qui seront consolidées dans le cadre de son rapport “Secten” dont la publication est prévue en juin 2027.
Ces données concernent uniquement les émissions territoriales de la France (approche dite “production”, sur le territoire national), qu’il faut distinguer de l’empreinte carbone intégrant l’ensemble des émissions “induites par la consommation en France de produits fabriqués en France et à l’étranger”. Autre point important : ces données ne prennent pas en compte l’effondrement du puits de carbone forestier français, à savoir que les forêts absorbent deux fois moins de carbone qu’il y a dix ans en raison des sécheresses, incendies, espèces invasives, parasites et insectes dits ravageurs.
“Enrayer la dégradation du puits de carbone naturel en adaptant la forêt et les pratiques agricoles” fait partie de la 3e Stratégie nationale bas-carbone (SNBC-3), encore à l’état de projet. Si les forêts absorbent moins de CO2 que prévu, c’est une raison de plus pour intensifier les efforts de réduction des émissions.
Les chiffres pour l’année 2025 sont particulièrement inquiétants puisque la baisse totale des émissions de GES (hors puits de carbone) n’est que 1,5 % (-364 Mt CO2e) :

On est donc loin des objectifs fixés par la SNBC-3 qui voudrait que l’on réduise les émissions de 5 % par an en moyenne chaque année entre 2024 et 2030. L’objectif de long terme étant, selon ce texte, de réduire de moitié les émissions territoriales hors puits de carbone d’ici 2030 par rapport à 1990, avec en ligne de mire la neutralité carbone en 2050. “Le rythme actuel des réductions des émissions est en deçà des attentes pour répondre à ce troisième budget carbone”, conclut sans surprise le Citepa.
La performance de l’année 2025 est encore plus médiocre lorsqu’on le rapporte aux “efforts” que la France devrait mettre en place pour faire sa part au niveau global (d’après le Giec, il faudrait réduire les émissions mondiales de 45 % entre 2010 et 2030 pour rester en-dessous des +1,5°C). Or, comme nous l’a rappelé Yann Robiou du Pont, chercheur à l’Université d’Utrecht, l’objectif de réduction des émissions de GES en France “n’est pas directement formulé comme une contribution à l’Accord de Paris.”
Selon les calculs du Réseau Action Climat, si l’on suit les travaux des scientifiques, cet objectif devrait être non pas de -50 % comme le projette la version provisoire de la SNBC-3 (un objectif inférieur à celui fixé par l’UE qui est de -55 % !), mais de -65 %. Si l’on “prend en compte les critères d’équité, c’est-à-dire la responsabilité historique de la France dans les émissions de gaz à effet de serre, et sa capacité d’agir, c’est-à-dire sa richesse nationale”, ce chiffre atteint même… -168 %. Autrement dit, à des années-lumière de la trajectoire actuelle des émissions françaises.
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Quels sont les secteurs les plus à la traîne ?
Selon le baromètre du Citepa, tous les secteurs enregistrent de (très) modestes baisses d’émissions, à l’exception de celui de l’énergie (+0,5 %).

- Dans le secteur de l’énergie, cette augmentation serait principalement due, selon le Citepa, à une activité de raffinage du pétrole en hausse. La production d’électricité est en revanche un facteur de baisse (-4,9 % d’émissions de GES), ce que l’organisme interprète comme le signe d’une progression de la décarbonation du mix électrique français (diminution de la production électrique à partir de gaz naturel, de charbon et de fioul).
- Dans le secteur résidentiel et tertiaire, la baisse des émissions de gaz à effet de serre n’est que 1,5 %, s’expliquant par la réduction de la consommation de gaz naturel et dans une moindre mesure à une baisse de la consommation de fioul domestique. Le ralentissement des travaux de rénovation énergétique – le dispositif MaPrimeRénov’ a été suspendu dès l’été 2025 – aurait ralenti la baisse des émissions de ce secteur, indique le Citepa.
- L’industrie manufacturière voit pour sa part ses émissions baisser de 2,2 %, notamment grâce au “ralentissement important d’activités fortement émettrices (métallurgie, ciment notamment) et la baisse continue de la consommation de combustibles fossiles dans le secteur”, analyse le Citepa.
- Premier secteur émetteur de gaz à effet de serre, les transports n’ont que très modérément réduit leurs émissions en 2025, à la faveur notamment d’une diminution des ventes de carburant de 1 % entre 2024 et 2025 (alors même que le trafic en véhicules/kilomètre est en légère hausse, portée par la progression des véhicules hybrides et électriques). Le transport aérien domestique enregistre de la même façon une timide baisse de 1 % (contre -4 % entre 2023 et 2024).
- Même tendance dans l’agriculture (même pas -1 % d’émissions de GES), où l’on observe d’un côté une baisse des émissions de l’élevage (-2,4 %) du fait de la réduction du cheptel bovin (en partie dû à la propagation de plusieurs maladies), et de l’autre côté une augmentation des émissions de 1,2 % en raison d’une hausse des apports d’engrais azotés (d’origine fossile, donc). Bref, toujours pas de remise en cause du modèle productiviste en vue.
La pollution de l’air stagne en 2025
Le baromètre du Citepa inclut également un volet sur la pollution de l’air. Le verdict est encore plus médiocre que pour les émissions de GES puisque selon ses estimations, les émissions de polluants atmosphériques n’ont diminué que de 0,6 % en 2025. Les émissions de dioxyde de soufre (SO2), de dioxyde d’azote (NOx), de particules fines (PM2,5) et de composés organiques volatils non-méthaniques (COVNM) restent “globalement stables” par rapport à 2024, résume le Citepa.

Dans le secteur des transports, principal responsable d’émissions de dioxyde d’azote (NOx) (46 % des émissions totales nationales en 2025), la baisse n’est que de 1,6 %. Une quasi-inertie qui n’est pas sans faire écho aux reculs actés en 2025 sur la question, à l’instar de la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) approuvée à l’Assemblée nationale en juin 2025. Ces dernières permettent pourtant, outre une réduction de la pollution de l’air au niveau local et un report modal sur les transports collectifs, d’accélérer le renouvellement du parc automobile. À condition toutefois de proposer un accompagnement à la hauteur des ménages modestes.
Des effets structurels ou conjoncturels ?
C’est l’éternelle question, que nous nous posions déjà en 2024 lorsque Gabriel Attal vantait la baisse des émissions de GES françaises (alors de -6,8 % hors puits de carbone)… alors même que le gouvernement avait acté cette année-là qu’une coupe de 2 milliards d’euros dans le budget de la transition écologique (février 2024).
Avec la division par deux du Fonds vert (aides aux collectivités locales pour l’adaptation et la lutte contre le changement climatique), la situation n’a pas été plus reluisante en 2025. Rappelons au passage que la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC-3) fixant la feuille de route climatique de la France, qui devait être actée dès 2023, se fait toujours attendre…
Peut-on réellement parler de mesures structurelles quand les gouvernements successifs écrèment toujours un peu plus les budgets consacrés à l’écologie ?
Dans son rapport, le Citepa garde la question ouverte en précisant prudemment que “la méthode de calcul du baromètre ne permet pas aujourd’hui de déterminer l’impact des mesures de sobriété et des politiques et mesures gouvernementales incitant à la décarbonation (électrification du parc, rénovation énergétique des bâtiments par exemple), dans les réductions des émissions de GES.”
Concernant la baisse des émissions dans le secteur résidentiel et tertiaire, l’organisme précise que des facteurs conjoncturels sont susceptibles d’intervenir, à l’image de la météo. L’hiver 2025-2026 a été particulièrement doux (le 4e le plus chaud depuis 1959), ce qui pourrait expliquer un moindre recours au chauffage, par exemple.
À l’inverse, la baisse des prix relatifs à l’énergie (-6,8 % en 2025) pourrait avoir entraîné, selon le Citepa, “un plus léger effort de réduction des consommations.” Et de conclure : “Il est délicat de pointer avec certitude le ou les principaux paramètres structurels ou conjoncturels expliquant la baisse des émissions de GES observées entre 2024 et 2025.”
9 ans d’inaction climatique : les excuses s’arrêtent ici
On ne peut pas se réjouir que la France ait baissé ses émissions de 1,5 % en 2025 au prétexte que ce serait “mieux que rien”. Le ralentissement du rythme de baisse des émissions de gaz à effet de serre est une très mauvaise nouvelle pour le climat, qui place le pays en porte-à-faux vis-à-vis des objectifs qu’il s’est lui-même fixés (ou plutôt, qu’il tarde à se fixer).
Mais la tendance ne devrait surprendre personne au vu des coupes budgétaires et détricotages des mesures environnementales qui se sont multipliées au cours des dernières années sous les gouvernements d’Emmanuel Macron (“Le quinquennat sera écologique ou ne sera pas !”, affirmait-il en 2022. Le suspense n’aura pas duré longtemps).
Il faut dire que l’absence criante d’écologie dans les médias mainstream, doublée d’un traitement souvent médiocre, n’a pas aidé à redresser la barre. Il y a pourtant urgence à imposer le sujet dans tous les débats, notamment en vue de l’élection présidentielle de 2027.
3 Responses
On sait pourtant que l’efficacité dépend des investissements mis dans l’effort de baisse des émissions. Voir Macron pavaner au One Health Summit me fait gémir de rage. Exemple parfait de green washing à lui seul.
Bonjour,
Votre article indique une baisse de 1,5 % des émissions dans le secteur tertiaire et du bâtiment.
J’ai lu dans la SNBC 3 qu’il y avait eu une baisse de 26 % entre 2019 et 2023 (page 152 – paragraphe 2 – https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/2025-%20Projet%20SNBC%203%20compress-Partie%201_Vfin_vdef_clean_clean%20COMPRESS.pdf).
Pourriez vous expliquer cet écart ?
Je vous remercie =)
Bonjour,
Merci pour votre question, les données de la SNBC-3 sont en effet à peu près cohérentes avec celles du Citepa. Pour expliquer ce ralentissement de la baisse des émissions, le Citepa mentionne une baisse d’environ 10 % du nombre de logements rénovés en 2025 par rapport à 2024 (liée à la suspension de MaPrimeRénov) et une baisse des prix de l’énergie (-6,8 % en 2025).