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Montpellier, Lyon… Comment se passer de la publicité dans une ville ?

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Des milliers de publicités.Voilà ce à quoi nous sommes exposés chaque jour. Ces publicités captent voire détournent notre attention, sont des injonctions à (sur)consommer, occupent l’espace public dans un but commercial… 

Depuis une décennie, en France, de plus en plus de communes annoncent interdire ou réduire la publicité (Grenoble, Marseille, Bordeaux, Lyon, Rennes, Nantes…). Certains candidats aux municipales intègrent ce projet dans leur programme, d’autres estiment que cela pourrait plomber les budgets de collectivités déjà mal en point. 

Alors peut-on se passer de publicités dans les villes ? Si oui, comment ? Les villes peuvent-elles interdire la publicité ?  Combien risquent-elles de perdre si elles le font ?  On fait le point.

D’où viennent les publicités en ville ?

L’idée d’afficher dans l’espace public des messages à caractère commercial n’est pas nouvelle. Allez donc (en train !) à Pompéi. Vous trouverez des fresques murales à caractère commercial.  

Mais le fait de systématiser et contractualiser ces affichages est en revanche beaucoup plus récent. Cela doit beaucoup à un industriel français : Jean-Claude Decaux. Il est le célèbre inventeur dans les années 1950 de l“Abribus”, nom commercial désormais aussi incontournable que le principe qu’il sous-tend : un mobilier urbain qui abrite autant les passagers en transit que les affiches publicitaires. 

JC Decaux propose désormais aux collectivités d’installer et d’entretenir des équipements urbains en échange du droit d’exploiter des espaces publicitaires sur le domaine public. Ces contrats de concession dépassent largement les seuls abribus et incluent souvent des redevances annuelles.

Sur le papier, tout le monde est gagnant :  

  • Les passagers attendent le bus au sec.
  • Les collectivités ne déboursent pas d’argent pour équiper leur domaine public et elles reçoivent même souvent une redevance.
  • Les entreprises clientes de JC Decaux peuvent diffuser leur pub.  

Pourquoi les publicités posent problème

D’abord, ce modèle crée une dépendance économique des villes vis-à-vis d’un prestataire privé. Ensuite, il impose une publicité incontournable dans le paysage quotidien des citoyens. Or on sait que la publicité :

  • crée chez nous de la frustration voire de l’insatisfaction.
  • accroît la consommation dans des sociétés où la consommation est déjà insoutenable au niveau écologique.
  • conduit à des choix de consommation potentiellement délétères notamment en termes d’alimentation. Selon Santé publique France, plus de la moitié des publicités vues par les enfants et les ado concernent des produits gras, salés, sucrés. En 2023, Que choisir alertait sur le fait que 88% des spots publicitaires visant les enfants promeuvent des aliments de Nutri-Score D et E.
  • conduit aussi à des choix climaticides en termes de mobilité. Le marché de la publicité automobile pèse 2,5 milliards d’euros par an en France selon une estimation du WWF datant de 2025. Les deux tiers de cette somme font la promotion des SUV, catastrophe climatique et sécuritaire. Bon Pote dénonce depuis longtemps la présence des publicités pour l’avion qui s’impose jusque dans les gares. Et pourtant, c’est encore le cas en France, en février 2026
  • c’est aussi le cas pour l’information. Bon Pote vous dévoilait en avril dernier comment et pourquoi on trouve encore dans les gares françaises des publicités pour des livres qui s’enrichissent du déni climatique. 
  • sature notre attention en exploitant des réflexes biologiques innés, ce qui augmente notre charge cognitive (le chargé de recherches au CNRS Mehdi Khamassi citait plusieurs publications de référence à ce sujet lors de son audition à l’Assemblée nationale en 2020).
  • a un impact écologique d’autant plus important que les panneaux sont de plus en plus souvent éclairés et/ou numériques. Selon une étude de l’Ademe datant de juin 2025, 307 000 écrans numériques sont en activité en France (dont 75 000 sont gérés par des régies publicitaires et 15 000 relèvent strictement de la définition légale de la publicité… mais les autres peuvent diffuser de la publicité en plus des messages à caractère culturel ou d’intérêt public).
Source : Négawatt 2020 

Ce que peuvent faire les communes contre la publicité

Depuis une décennie, plusieurs textes de loi permettent aux communes de réguler la publicité et de sanctionner les affichages illégaux. 

Depuis la loi Grenelle 2, les communes et intercommunalités peuvent intégrer un règlement local de publicité (RLP) dans leur plan local d’urbanisme (PLU), et ce faisant adopter des règles plus strictes que la réglementation nationale de base qui régit des principes généraux (respect des bâtiments historiques, taille maximale de panneaux…).

Les marges de manœuvre des villes s’expriment dans les clauses des contrats noués avec des prestataires et par des mesures qui peuvent permettre d’imposer des tailles de panneaux plus limitées (concrètement, interdire par exemple les fameux 4×3 de 12m2) ou d’agrandir les zones libérées de publicité (à proximité des écoles, dans des zones historiques ou pour des raisons esthétiques). Ces mesures doivent être “proportionnées” pour ne pas être annulées dans le cas où les afficheurs entament des procédures devant les tribunaux administratifs. Et, on va le voir, cela arrive souvent. 

Second dispositif, qui existe depuis 2024 : les maires et présidents d’intercommunalités sont désormais les seuls à détenir le pouvoir de sanctionner les infractions en matière de publicité illégale. Les communes peuvent en tirer une manne conséquente : la ville de Paris avait estimé à 1,3 million d’euros le montant des amendes adressées à 36 marques, principalement des secteurs de « la mode, la joaillerie et le divertissement », pris la main dans le sac. 

Et à l’étranger : Amsterdam, Stockholm, Sydney….

En décembre dernier, la ville d’Amsterdam a imposé dans ses nouveaux contrats l’interdiction de publicité pour certains produits (viande industrielle, avion, voitures thermiques). La décision d’Amsterdam suit celle d’autres villes néerlandaises comme La Haye, Utrecht ou Delft mais aussi celles de Stockholm ou Sydney qui avaient interdit les pubs pour les fossiles. Une première tentative, via une renégociation des contrats avec les afficheurs, avait échoué fin 2020. Aussi la ville a inscrit la mesure dans une ordonnance municipale. En France, ce genre d’initiatives risquerait d’être attaqué par les professionnels pour “rupture d’égalité”, on vous l’explique dans la dernière partie de cet article. 

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Ce que font les communes contre la publicité et ce que ça leur coûte 

Déterminer et comparer avec précision ce que rapporte la publicité aux municipalités relève du défi, car les chiffres varient selon la durée, l’étendue des concessions et bien sûr selon les villes et leur population. Mais certaines collectivités ont communiqué sur les montants perçus via la pub, ce qui permet de constater que ces sommes sont loin d’être négligeables pour leurs budgets : 

  • Grenoble : En 2014, au moment où la ville a renoncé à son contrat avec Jc Decaux, la concession annuelle était de 600 000 euros par an, soit six millions d’euros sur dix ans. L’agglo a elle conservé un contrat, notamment via son syndicat mixte pour les transports en commun, pour un montant de 200 000 euros par an
  • Paris En 2024, dans un entretien à l’AFP, l’actuelle maire de la capitale, Anne Hidalgo, regrettait : « Si je pouvais me passer de publicité, je le ferais volontiers mais je n’ai pas encore trouvé la solution magique pour effacer 40 millions d’euros de recettes du budget de la ville ». En 2021, la Mairie de Paris assurait que la seule bâche publicitaire géante apposée pendant la réfection de l’église de la Madeleine avait rapporté 8 millions d’euros, soit 80% du budget des travaux. Ces chiffres sont à rapporter au budget global de la ville de Paris, voté à 11,3 milliards d’euros en 2025.
  • Marseille :  En 2022, la ville et la métropole rapportaient un manque à gagner d’un million d’euros à la suite du vote de leur nouveau règlement local de publicité qui a réduit la place de la pub sur l’espace public, notamment dans certains quartiers emblématiques. Pour info, le budget de la ville frôle les 2 milliards d’euros
  • Bordeaux : En 2022, le conseil municipal a décidé de limiter la publicité dans ses rues (suppression des formats 8 m² sur les boulevards, interdiction d’implanter des panneaux publicitaires près des écoles, extinction des mobiliers urbains entre 23 heures et 7 heures). 
  • Lyon : En juin 2023, c’est la métropole qui a banni les publicités de plusieurs espaces publics, dont les stations de métro, mais a aussi réduit la taille maximale des panneaux ou interdit les pubs sur les bâches de chantier impliquant des bâtiments municipaux. Restent des publicités principalement sur les abribus et plusieurs centaines de panneaux JCDecaux, dont le contrat dure jusqu’en 2032. 
  • Nantes : En 2023, la ville de Nantes a décidé d’interdire progressivement la publicité sur 70% de son territoire, et de démonter plus d’un millier de panneaux. Après renégociation du contrat avec JC Decaux, la redevance a été réduite de 3,5 millions d’euros par an. Pour comparaison, le budget de la métropole s’élève à 1,8 milliards d’euros.  
  • Montpellier : En 2025, la ville de Montpellier a négocié son nouveau contrat de publicité en incluant la suppression de tous les écrans numériques et des grands formats (4×3). Le nombre total de supports publicitaires baisse de 33% et leur taille est réduite également. La publicité est aussi interdite à proximité des écoles et bannie pour “la malbouffe, l’alcool fort et les messages sexistes”. Enfin, la face principale des panneaux est réservée à l’information municipale, la publicité étant reléguée à la face arrière

Des villes au tribunal pour avoir limité les publicités 

Ces mesures déplaisent forcément aux afficheurs, qui n’hésitent pas à attaquer les villes devant les tribunaux administratifs. En novembre dernier, la métropole de Rennes a vu son règlement de publicité (RLP) partiellement annulé par le tribunal administratif après une plainte d’entreprises publicitaires.

En cause : plusieurs dispositions porteraient une “atteinte disproportionnée à la liberté du commerce et de l’industrie.” Ce sont les modalités techniques qui sont contestées, notamment le calcul retenu par la métropole pour évaluer la taille des affiches où l’identification précise des lieux d’interdiction des affiches pour des raisons de protection du cadre de vie.  « La régulation de la publicité ne peut se transformer en interdiction quasi générale », a justifié le tribunal administratif qui a donc partiellement donné raison aux afficheurs. 

La ville de Brest avait vécu la même situation en 2019. La décision concernant la métropole de Lyon cet été montre le véritable jeu du chat et de la souris auxquelles se prêtent actuellement les villes et les afficheurs. La métropole s’était attaquée aux méthodes du groupe d’affichage Phenix, dont la particularité est de placer des panneaux à l’intérieur des magasins, derrière les vitrines. C’est malin, puisque la loi ne réglemente pas ces espaces privés, même s’ils sont visibles depuis la rue. La métropole a interdit cette pratique, mais le tribunal administratif a annulé cette décision ainsi que d’autres mesures, insuffisamment justifiées à ses yeux.

Le bras de fer est engagé

D’un côté, une nécessité écologique et de santé publique, qui pousse les municipalités à reprendre le contrôle de leur paysage visuel. De l’autre, un modèle économique historique et des afficheurs prêts à défendre leur terrain devant les tribunaux.

Si la démarche est loin d’être linéaire – comme le rappellent les millions d’euros en jeu dans chaque collectivité ou les revers judiciaires de Lyon et Rennes – le sens de l’histoire va vers une réduction de la pression publicitaire.  

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