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Le budget de l’éducation, les conditions d’apprentissage et la précarité étudiante ont mis le feu aux poudres dès la rentrée scolaire 2026. Alors que la mobilisation lycéenne et étudiante se poursuit depuis des semaines, tous les partis y vont de leurs solutions. Mais qui veut vraiment donner plus de moyens pour l’éducation ?
Dans une enquête inédite, Bon Pote révèle la réalité des votes à l’Assemblée nationale. Nous avons analysé la totalité des 99 votes concernant les moyens alloués à l’éducation entre 2022 et 2026, et le résultat est sans appel : le bloc central, la droite et le Rassemblement national ont très largement rejeté les mesures budgétaires et les aides destinées aux élèves et aux étudiants.
Un clivage gauche-droite sur la question de l’éducation
Notre analyse des votes à l’Assemblée nationale entre 2022 et 2026 fait apparaître un net clivage entre la gauche et la droite de l’hémicycle. Les groupes politiques de gauche (LFI, Socialistes, Écologistes et Communistes) soutiennent l’augmentation des moyens consacrés à l’éducation et à l’enseignement supérieur dans environ 90% des cas, tandis que la droite (Les Républicains) et l’extrême droite (Rassemblement national et UDR) les soutiennent dans uniquement 40% des cas.
De son côté, le bloc central macroniste bloque fréquemment les mesures visant à renforcer les moyens de l’éducation et de l’enseignement supérieur. Augmentation des effectifs d’AESH, titularisation des contractuels, recrutement de psychologues scolaires, financement des universités ou aides aux étudiants : autant de propositions qui se heurtent régulièrement à l’opposition du bloc central à l’Assemblée nationale.

Notre analyse met aussi en lumière les conceptions divergentes du rôle de l’État dans le financement de l’éducation. Les groupes de gauche défendent une vision universaliste et redistributive : mieux rémunérer les enseignants, améliorer les conditions d’accueil, et rendre les études supérieures plus accessibles financièrement aux étudiants modestes. La droite et la majorité macroniste privilégient davantage la solidarité familiale et, dans un contexte de contraintes budgétaires pour les universités, une contribution financière plus importante des étudiants.
Le Rassemblement national, lui, joue sur deux tableaux. Il soutient certaines mesures en faveur des familles et des étudiants, tout en défendant une conception restrictive et discriminatoire (voire xénophobe) de l’aide : des aides, oui, mais réservées aux Français.
Méthodologie : près de 100 votes sur l’éducation
Notre analyse porte sur les votes publics de l’Assemblée nationale entre 2022 et début octobre 2026 (environ 13 000), à partir des données publiques de l’Assemblée et de Datan. Nous avons retenu ceux portant sur les moyens alloués, directement ou indirectement, à l’éducation, de l’école primaire à l’enseignement supérieur. Les sujets non budgétaires, comme le harcèlement scolaire ou l’interdiction du téléphone portable à l’école, sont donc exclus. Seuls les scrutins publics en séance plénière sont pris en compte et non les votes en commission. Au total, nous avons analysé 99 votes.
Pour chacun d’eux, nous avons déterminé, à partir d’entretiens avec des experts et de lecture de publications scientifiques, si la mesure proposée visait à augmenter les moyens consacrés à l’éducation. Certains sujets étant plus difficiles à trancher, les votes correspondants sont analysés dans l’article (21 votes sur 99), mais exclus des statistiques.

C’est notamment le cas des prêts étudiants : faciliter leur remboursement peut constituer une aide, mais ces prêts reposent sur une logique de responsabilité individuelle plutôt que de redistribution. Le financement de l’enseignement privé soulève aussi des questions complexes. Selon les experts consultés, l’enjeu n’est pas tant de combattre le privé que de lutter contre le manque de mixité sociale dans certains établissements.
Rémunération des enseignants : le bloc central refuse toute augmentation
La France consacre 5,4 % de son PIB à l’éducation. Cela peut sembler tout à fait correct si l’on compare ce chiffre à d’autres pays – 5 % en moyenne dans les autres grandes économies européennes et nord-américaines. Pourtant, dans une étude parue en octobre 2026, les chercheuses Élise Huillery et Romane Paris soulignent que la France présente en réalité un « sous-investissement inquiétant. » Du primaire à l’enseignement supérieur, le pays dépense 15 à 20 % de moins par élève que ses voisins, excepté au lycée. Renflouer le budget de l’éducation en période scolaire n’est pas contradictoire avec la situation d’endettement : sur le long terme, assurent-elles, ces mesures ont un impact économique positif (niveaux de salaires plus élevés, effets positifs sur la création d’emplois, etc.)
Commençons par la rémunération. La chute est vertigineuse, surtout si on prend le temps de dézoomer. Depuis les années 1980, le salaire d’entrée des enseignants du secondaire n’a fait que dégringoler, passant de 2,1x le SMIC à 1,04x le SMIC.

Ce n’est pas juste un enjeu de pouvoir d’achat pour les profs : dans leur étude, Élise Huillery et Romane Paris précisent que la rémunération des enseignants est clé pour l’attractivité de la profession mais aussi pour la qualité de l’enseignement (Nagler & al., 2020).
Mais à chaque fois que le sujet s’est invité dans les débats à l’Assemblée, les députés macronistes, les Démocrates et le groupe Horizons d’Édouard Philippe (bloc central) ont voté contre.
Dans le cadre du projet de loi de finances rectificative pour 2022, les députés insoumis ont proposé de revaloriser le point d’indice des fonctionnaires – y compris dans l’Éducation nationale, donc – de 10 % (législature 16, vote 149), jugeant la revalorisation de 3,5 % proposée par le gouvernement bien trop faible au vu de l’inflation. En vain, malgré le soutien des autres groupes de gauche.
Rebelote lors des votes sur le projet de loi de finances (PLF) de 2024 : LFI propose alors une augmentation de +18,5 % de la rémunération des enseignants afin de rattraper la moyenne de l’OCDE (-18 % en milieu de carrière) (législature 16, vote 2867). En séance, le rapporteur Robin Reda (Renaissance) a exprimé un avis défavorable, rappelant que « nous en sommes à près de 20 % de revalorisation pour les enseignants en début de carrière. » Un rapport sénatorial fait pourtant état d’une revalorisation socle de 11 % en moyenne pour l’ensemble des enseignants au 1er janvier 2024, y compris en début de carrière, tout en précisant que « la rémunération des enseignants en début et en fin de carrière passera au-dessus de la moyenne de l’OCDE en janvier 2024. En revanche, il reste un décrochage important en milieu de carrière. »
Le groupe insoumis souhaite également mobiliser une enveloppe de 900 millions d’euros pour augmenter les enseignants de manière « inconditionnelle » (législature 16, vote 2869), à rebours de la logique du « pacte enseignant » octroyant un « complément de rémunération » pour l’accomplissement de missions supplémentaires, et dont la participation a été jugée « fragile » par la Cour des Comptes.
Outre les groupes de gauche, ces propositions ont rallié les voix des Républicains (pour la première) et du RN (pour la seconde). Dans les deux cas, les députés insoumis ont proposé de prélever des crédits sur le programme « Enseignement privé du premier et du second degrés » tout en précisant que leur intention n’est pas de « ponctionner » ce dernier, et que ce type de proposition consiste simplement à respecter les règles de recevabilité des amendements. Ils appellent le gouvernement à lever ce gage en cas d’adoption. Nous avons classé ces amendements comme étant favorables à une augmentation des moyens en faveur de l’éducation.
Privé versus public, la « guerre scolaire » qui divise l’Assemblée
On peut néanmoins se demander, dans la mesure où le gouvernement n’est pas contraint à lever ce gage en cas d’adoption de l’amendement, s’il serait légitime de prélever de l’argent destiné à l’enseignement privé (qui accueille aujourd’hui environ un enfant sur cinq) pour financer le public.
Contactée par Bon Pote, l’économiste Romane Paris explique qu’il faut « déconstruire l’idée reçue selon laquelle le privé est plus efficace que le public : les études le disent (Fougère et al., 2017), ce n’est pas vrai. Toutes choses égales par ailleurs, le privé ne fait pas mieux que le public. » Ce qui ne veut pas dire qu’il faille automatiquement prélever de l’argent du privé pour le donner au public, précise-t-elle. Globalement, les établissements, publics et privés, doivent recevoir des moyens en fonction de leur composition sociale. Certains établissements privés sont mixtes, et certains établissements publics ne le sont pas : la cible ne doit donc pas être tant le privé en tant que tel que la mixité sociale.
« Le sujet qui doit guider la dépense publique est celui de la cohésion sociale. Les établissements, même publics, qui refusent de jouer ce jeu de la mixité sociale, devraient recevoir moins de fonds. Or on sait que le privé est responsable à hauteur de 35-50 % de la ségrégation scolaire », détaille-t-elle auprès de Bon Pote. Selon l’Observatoire des inégalités, la proportion d’enfants d’ouvriers et d’inactifs scolarisés dans le privé est seulement de 16,7 %, soit deux fois moins que dans le public (32,7 %), alors qu’en éducation prioritaire, ceux-ci constituent presque 60 % des effectifs. Un rapport de l’Assemblée nationale en 2024 fait quant à lui le constat, concernant l’enseignement privé, d’un « financement public fort [à hauteur de 75 %, ndlr] associé à de faibles contreparties », justement en matière de mixité.
« La concurrence public-privé est une constance du système éducatif français », rappelle de son côté le sociologue Pierre Merle. Et divise assez naturellement les sensibilités de gauche et de droite, avec d’un côté l’idée que « l’argent public doit aller prioritairement, et à long terme exclusivement, à l’enseignement public » (dixit Emmanuel Maurel, représentant de la Gauche républicaine et socialiste, lors de la primaire socialiste) ; et de l’autre, une droite qui défend l’idée selon laquelle « l’enseignement privé rend service à l’Éducation nationale, en la déchargeant de 25 % des enfants scolarisés de France » (pour citer les élus LR Max Brisson, Alexandre Portier et François-Xavier Bellamy dans une tribune du Figaro, qui associent le privé aux concepts d’autorité, de mérite et de discipline).
Sans surprise, ce clivage s’est retrouvé dans les votes à l’Assemblée :
- Les Écologistes et les Insoumis ont tenté d’exclure les établissements privés des mécanismes de réduction d’impôts accordés sur les dons (législature 17, votes 279, 3244, 3245, 3710). « Cette réduction d’impôt représente une forme de subvention supplémentaire de l’État aux établissements privés », critique le député insoumis Paul Vannier. Les groupes allant du centre au RN n’en ont pas voulu.
- Concernant l’enseignement agricole : la France insoumise a déposé plusieurs amendements visant à contrer la privatisation et renforcer le public (législature 16, votes 3864, 3866, 3867, 3870, 3871). Les Socialistes ont également déposé un amendement s’opposant à l’ouverture de formations d’enseignement supérieur aux établissements privés de façon non conforme au code de l’éducation (législature 16, vote 3873). Ces amendements ont tous été rejetés par les groupes du centre, de la droite et de l’extrême droite.
- Enfin, les Insoumis ont tenté d’inclure des représentants de l’enseignement public dans le Conseil académique de l’enseignement privé (qui se prononce sur des questions d’organisation de l’éducation) (législature 17, vote 7256). Seuls les groupes de gauche ont soutenu la proposition.
Recrutement et titularisation des profs : les propositions refoulées par le bloc central
Au-delà de la rémunération des enseignants, la gauche a tenté – sans succès – d’augmenter les effectifs des enseignants et de consolider leur statut.
L’enjeu est de taille : Elise Huillery et Romane Paris notent que la taille moyenne des classes en France est plus élevée que chez nos voisins européens (elle est de 3 élèves par classe plus élevée au niveau élémentaire, et de 5 élèves par classe plus élevée au niveau du collège). Le statut de contractuel est quant à lui associé à une plus grande précarité (Lohier, 2024).
Le recours aux contractuels est en effet « en augmentation quasi continue ces vingt dernières années » alors même que « l’Éducation nationale leur offre à la fois moins de formation et des conditions d’emploi moins avantageuses qu’à leurs homologues titulaires » (Lohier, 2024). D’où le plan de titularisation des contractuels de l’Éducation nationale proposé par la formation menée par Jean-Luc Mélenchon (législature 16, vote 2871) dans le cadre du PLF 2024, soutenu uniquement par les autres groupes du bloc progressiste.
Un amendement approuvé uniquement à gauche (et donc rejeté) visait quant à lui à permettre de financer la décharge des directeurs d’établissements scolaires devant gérer plus de 10 classes (c’est-à-dire de les dispenser d’enseigner) (législature 16, vote 2872). En séance, la députée Renaissance Cécile Rilhac, dont le groupe a pourtant rejeté l’amendement, a souligné que « les directeurs d’école sont tiraillés entre les tâches quotidiennes. (…) Les inspecteurs de l’éducation nationale eux-mêmes admettent qu’il est difficile de recruter des directeurs, puisque de moins en moins d’enseignants souhaitent assumer ces fonctions. »
Dans le même ordre d’idées, le groupe insoumis a également proposé un plan de recrutement d’enseignants du premier degré « afin de reconstituer un vivier de remplaçants » (législature 16, vote 2882), la création de 11 691 postes d’enseignants pour la rentrée 2024 (législature 16, vote 2875) et de 8000 classes supplémentaires dans les lycées professionnels (législature 16, vote 2876) (en prélevant des crédits sur le programme « Enseignement privé du premier et du second degré » pour assurer la recevabilité des amendements). À chaque fois, sans rallier au-delà des rangs de la gauche. Idem lorsque les Insoumis ont tenté de supprimer des annulations de crédits dans le cadre du PLF 2025 (législature 17, vote 3911), consacrés à l’enseignement scolaire public (premier et second degré).
Deux amendements déposés par le groupe LIOT cherchant à annuler la réduction de 1709 équivalents temps plein dans le premier degré public (législature 16, vote 2874) et de 484 équivalents temps plein dans le second degré public (législature 16, vote 2873) ont également été rejetés bien qu’ils aient rassemblé les voix de la gauche, mais aussi des Républicains et du Rassemblement national.
À Mayotte, c’est encore en vain que le groupe LFI (avec les Communistes et les Écologistes) a proposé que l’État prenne en main la construction des écoles pour lutter contre la déscolarisation qui touche fortement l’île et augmenter la capacité d’accueil des établissements scolaires (législature 17, vote 2758).
Enseignement supérieur : un budget en chute libre
Depuis la présidence Sarkozy, et plus encore depuis celle de François Hollande, le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche est en chute libre. « La situation est déjà critique quand M. Macron arrive au pouvoir : en 5 ans, la dépense publique par étudiant à l’université a déjà baissé de près de 10 %, sous le quinquennat Hollande », retrace l’économiste Lucas Chancel. Mais elle s’est encore aggravée au cours de ses deux quinquennats, au point que la baisse entre 2017 et 2026 a atteint 18 %. Avec les conséquences que l’on connaît : vétusté des bâtiments (des plafonds se sont par exemple effondrés à l’Université Sorbonne Nouvelle en 2022 et à la Sorbonne Paris Nord en 2026), moins de places dans les universités, et plus de pression pour les candidats via Parcoursup (critiqué entre autres pour son opacité).

Le sujet s’est également invité à l’Assemblée :
- Avec l’appui de la gauche et de LIOT, les Socialistes ont déposé un amendement dans le cadre du projet de loi de finances rectificative pour 2022, visant à augmenter de 40 millions d’euros les crédits consacrés aux universités (législature 16, vote 139). L’amendement a été rejeté.
- Dans le cadre du PLF 2025, les Insoumis ont quant à eux obtenu – avec les voix de la gauche, du RN et de l’UDR – la suppression des annulations de crédits de la mission Recherche et enseignement supérieur (législature 17, vote 3920).
- Le groupe insoumis a tenté, sans succès, de fixer un objectif de création de 300 nouveaux équivalents temps plein (législature 16, vote 3826) et 300 nouvelles classes dans l’enseignement public agricole (législature 16, vote 3824). Seuls les Socialistes et les Écologistes ont soutenu ces propositions. En séance, le gouvernement a estimé avoir « toujours ajusté les moyens de l’enseignement agricole aux besoins exprimés. » Ce à quoi Paul Vannier (LFI) a répliqué : « Si vous ajustez les moyens consacrés à l’enseignement public agricole à ses besoins, et que vous voulez augmenter de 30 % le nombre de ses élèves, il faut vous engager devant la représentation nationale à augmenter de 30 % le nombre de postes affectés aux lycées publics agricoles ! » L’engagement du gouvernement d’augmenter de 30 % (par rapport à 2022) le nombre d’apprenants dans les formations agricoles est en effet inscrit dans la Loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire de 2025. Avec la gauche et LIOT, le groupe communiste a quant à lui proposé « une approche plus ambitieuse et affirmative de l’objectif d’accroissement du nombre de personnes formées » dans ce domaine (législature 16, vote 3860).
- Le groupe LIOT, soutenu par la gauche, LR et Horizons, a fait adopter un amendement (législature 17, vote 4115) visant à pérenniser les créations de places au sein des instituts de formation sanitaire et sociale (prévues dans le cadre du Ségur de la Santé). Les Démocrates et les Macronistes ont voté contre, le RN et l’UDR se sont abstenus.
- Côté culture, le RN a tenté une coupe budgétaire par le biais d’un transfert des crédits du programme « Soutien à la démocratisation et à l’éducation artistique et culturelle » (qui regroupe l’ensemble des crédits liés à l’action culturelle, au soutien à la langue française et aux langues de France ainsi qu’aux politiques d’enseignement supérieur et de recherche) à un programme consacré à l’architecture et aux sites patrimoniaux (législature 16, votes 427 et 434). Il s’agirait donc très concrètement de retirer des moyens à des écoles comme l’École du Louvre, l’École nationale supérieure des arts décoratifs ou encore les Écoles nationales supérieures d’architecture. À l’inverse, les Socialistes, avec l’appui du reste de la gauche, ont voté pour augmenter de 20 millions d’euros le budget alloué aux écoles d’art territoriales, prélevés sur le budget du ministère de la Culture (législature 16, vote 435).
De l’Hexagone à Mayotte, l’enjeu central des bâtiments scolaires
Autre sujet phare des revendications des lycéens et des étudiants, la question de la vétusté des bâtiments a notamment été portée, à l’Assemblée, par la gauche. Les députés insoumis ont déposé un amendement pour accélérer la rénovation des bâtiments scolaires situés en Réseau d’Éducation Prioritaire (REP), en baissant la participation des communes à 10 % du total au lieu de 20 % (législature 16, vote 3564), mais l’amendement a été rejeté. Une mesure pourtant approuvée en séance par la secrétaire d’État chargée de la ville et de la citoyenneté, Sabrina Agresti-Roubache. Un article similaire portant sur la rénovation énergétique, cette fois, des bâtiments scolaires a en revanche été adopté par l’ensemble des groupes à l’Assemblée (législature 16, votes 3565 et 3566).
Quelques amendements ont également été votés pour augmenter le budget des territoires ultra-marins pour la rénovation des écoles, l’un d’eux – déposé par le gouvernement – remportant l’unanimité (législature 16, vote 2892). Un autre amendement déposé par les Écologistes, visant à inclure des points de restauration et des plateaux sportifs dans les plans de reconstruction des écoles détruites à Mayotte, a également été adopté (législature 17, vote 529). En revanche, l’hémicycle a rejeté l’intégration de normes parasismiques obligatoires dans les nouvelles écoles à Mayotte (législature 17, vote 2756, voté seulement par LFI et les Verts) et le renforcement de l’investissement dans les bâtiments scolaires à Mayotte (législature 16, vote 2936, voté par LIOT, la gauche et le RN). La gauche a, enfin, tenté d’aligner les objectifs de construction et de reconstruction des bâtiments scolaires aux prévisions démographiques de l’île (législature 17, vote 528), rappelant que selon la loi, l’instruction est obligatoire pour chaque enfant de 3 à 16 ans, qu’ils soient français ou étrangers, en situation régulière ou non.
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Santé : un manque de ressources chronique
Parmi les 10 mesures d’urgence portées par la mobilisation des lycéens et des étudiants, figure le recrutement massif de personnels de santé (et d’orientation) afin d’arriver à un ratio d’un pour 500 élèves. À l’Assemblée nationale aussi, ce type de mesures a été discuté : les députés ont notamment voté deux amendements LR (législature 16, vote 2884) et LIOT (législature 16, vote 2885) visant à recruter davantage de psychologues scolaires. À chaque fois, les Macronistes, les Démocrates et Horizons ont fait échouer ces tentatives. Idem pour la tentative de LFI, soutenue par la gauche et le RN, pour intégrer les infirmiers scolaires au dispositif de prime Ségur allouée au personnel médical (législature 16, vote 2878).
En revanche, deux amendements des Socialistes pour augmenter les ressources des infirmiers et infirmières scolaires ont été adoptés (législature 16, votes 2879 et 2883). « Alors que la France ne compte déjà qu’1 médecin pour 12 572 élèves et 1 infirmier pour 1600 élèves, les effectifs de ces personnels de santé de l’Éducation nationale sont en chute libre : depuis 2017, on compte 355 médecins (soit 30 %) et 956 infirmiers (soit 11 %) en moins dans le milieu scolaire », a fait valoir la députée Fatiha Keloua Hachi.
Autre sujet qui a divisé l’hémicycle, le recrutement de 7000 médiateurs sociaux supplémentaires dont 1100 en milieu scolaire, n’a remporté l’aval que de la gauche et du groupe LIOT (législature 16, vote 3282). En revanche, l’ensemble des groupes politiques (à l’exception de LFI, qui n’a pas voté) a validé le financement de « brigades anti-harcèlement » en milieu scolaire (législature 16, vote 2886).
« L’inclusion des élèves en situation de handicap est loin d’être une priorité pour l’État »
Les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) ont vocation, selon le ministère de l’Éducation, à « favoriser l’autonomie de l’élève, sans se substituer à lui dans la mesure du possible. » Une mission essentielle qui manque cruellement de moyens et d’effectifs. 50 000 élèves en situation de handicap n’avaient pas d’accompagnant à la rentrée 2025. « L’inclusion des élèves en situation de handicap est loin d’être une priorité pour l’État », dénonce la FSU-SNUipp, premier syndicat des enseignant·es des écoles et des AESH. La précarité des AESH a également été dénoncée par le Défenseur des droits en 2022.
C’est à cette situation que les députés de gauche ont tenté de remédier en proposant d’augmenter le nombre d’AESH avec 3000 équivalents temps plein supplémentaires (législature 16, vote 2880), d’accélérer la procédure d’attribution des AESH (législature 17, vote 6500) et de créer un corps de fonctionnaires d’AESH afin de titulariser le personnel en poste (législature 16, vote 2870). Le groupe LIOT n’est pas non plus parvenu à revaloriser l’ensemble des rémunérations des AESH (législature 16, vote 2881), se heurtant là encore à l’opposition du bloc central. Le seul amendement qui ait fait consensus – à l’exception d’une abstention du RN – concerne le développement de formations communes entre AESH et enseignants (législature 17, vote 6508).
Aides aux familles et étudiants pour (tenter) de réduire les inégalités
Les familles avec des enfants scolarisés ou faisant des études supérieures peuvent bénéficier de différents dispositifs de soutien. L’objectif : alléger le coût de l’éducation. Certains dispositifs prennent la forme d’aides directes, par exemple versées aux étudiants eux-mêmes (bourses). D’autres passent par la fiscalité et bénéficient aux parents, comme la réduction d’impôt pour frais de scolarité.
Ces dernières années, plusieurs de ces dispositifs ont fait l’objet de débats à l’Assemblée. Et deux conceptions du soutien aux familles et aux étudiants s’opposent. La première, davantage défendue par la gauche, privilégie la redistribution et le renforcement des aides ciblées sur les moins aisés, notamment les bourses étudiantes sur critères sociaux.
La seconde, plus présente à la droite de l’hémicycle et à l’extrême droite, met davantage l’accent sur la responsabilité individuelle et la solidarité familiale que sur la redistribution collective. Comme le résume le Rassemblement national dans un amendement : « Le RN soutiendra toujours les familles qui travaillent et qui envoient leurs enfants faire des études. » Mais la solidarité familiale a des limites : toutes ne disposent pas des mêmes ressources pour financer les études de leurs enfants.
Bourses étudiantes : débats sur l’indexation et l’annualisation
Plus on est riche, plus on fait des études. Les chiffres sont clairs : seuls 35% des enfants issus des 10% des ménages les plus pauvres accèdent à l’enseignement supérieur, contre 90% pour ceux issus des 10% des familles les plus aisées. Selon les économistes Elise Huillery et Romane Paris, cette différence « s’explique par l’insuffisance du soutien financier actuellement apporté aux étudiants de milieux modestes ».

Les bourses sur critères sociaux visent à réduire ces inégalités en aidant les enfants des milieux moins aisés à accéder aux études supérieures. Une étude menée par les économistes Gabrielle Fack et Julien Grenet montre qu’augmenter le montant des bourses augmente l’accès à l’enseignement supérieur. « C’est pourquoi nous proposons d’augmenter le niveau des bourses, jusqu’à 900€ pour un étudiant logé dans le parc privé à Paris, contre environ 600€ aujourd’hui », détaille Romane Paris.
Sauf qu’aujourd’hui les bourses se heurtent à plusieurs limites, à commencer par leur montant qui reste insuffisant pour couvrir l’ensemble des dépenses étudiantes. Pour rappel, les bourses représentent en moyenne 250 euros par mois, avec un montant maximal de 633 euros. C’est insuffisant pour faire face aux coûts auxquels les étudiants font face, et notamment l’explosion du budget logement. Autre problématique, beaucoup d’étudiants n’ont pas accès aux bourses, car les revenus de leurs parents sont juste au-dessus des seuils d’éligibilité, mais sont « trop modestes pour financer leur logement et leurs études et se retrouvent dans des situations de rupture académique », note Suzanne Nijdam, présidente de la FAGE. Résultat : un quart des étudiants déclarent avoir rencontré d’importantes difficultés financières.
Les idées pour réformer les bourses
Pour réformer les bourses étudiantes, deux propositions principales ont fait l’objet de débats à l’Assemblée nationale : l’indexation et l’annualisation.
D’un côté, les bourses ne sont actuellement pas indexées sur l’inflation. Alors que les étudiants subissent directement la hausse des prix, notamment ceux des loyers et de l’alimentation, les aides qu’ils touchent n’augmentent pas. Pire, les plafonds de ressources pris en compte pour l’attribution des bourses ne sont pas non plus relevés. Conséquence : lorsque les revenus des parents augmentent sous l’effet de l’inflation, certains étudiants dépassent les seuils d’éligibilité sans que le pouvoir d’achat de leur famille se soit amélioré. « Ce n’est pas normal qu’on ait de plus en plus d’étudiants, mais de moins en moins de boursiers », alerte Suzanne Nijdam.
Cette revendication a finalement obtenu une première réponse du gouvernement, qui a annoncé que les bourses seraient indexées à partir de la rentrée 2027. Si le gouvernement fait aujourd’hui un pas en direction des organisations étudiantes, l’indexation des bourses a souvent été rejetée par les députés macronistes (législature 17, vote 7388). C’était en effet une des dispositions de la proposition de loi déposée par la députée communiste Soumya Bourouaha et adoptée en juin 2026 uniquement avec les voix de la gauche (GDR, LFI, SOC, Écolo), de LIOT et du RN (législature 17, vote 7397). L’indexation proposée par le gouvernement pour la rentrée 2027 vient comme un pansement. « Depuis la dernière indexation des bourses en 2023, les étudiants ont perdu environ 10% de leur pouvoir d’achat. Un manque à gagner qui ne sera pas rattrapé par l’indexation de 2,6% proposée par le gouvernement », souligne Romane Paris. La mesure doit encore être votée par l’Assemblée et le Sénat.
Autre problème : les bourses restent distribuées sur dix mois au lieu de douze. Certains étudiants continuent d’avoir des dépenses pendant l’été, notamment leur logement, mais ne reçoivent plus d’aide. « Annualiser les bourses est pertinent pour permettre aux étudiants de maintenir leur logement d’une année sur l’autre sans avoir à le lâcher l’été. Ce serait une mesure importante quand on sait que les dépenses de logement représentent le principal frein aux études supérieures », note l’économiste Romane Paris.
La proposition de loi de Soumya Bourouaha, aujourd’hui bloquée au Sénat, doit étendre le versement des bourses à douze mensualités. Sans succès, les députés macronistes ont tenté de faire adopter une annualisation a minima, qui s’appliquerait uniquement pour les étudiants en médecine qui sont contraints de faire un stage pendant l’été. « Et c’est méconnaître que beaucoup d’étudiants, et pas seulement ceux en médecine, font des stages l’été », critique Suzanne Nijdam.
Aides fiscales : statu quo sur les aides anti-redistributives
183 euros par an pour un enfant dans l’enseignement supérieur, 153 euros pour un lycéen et 61 euros pour un collégien. La réduction d’impôt pour frais de scolarité vise à alléger le coût de l’éducation pour les familles. Mais cette aide fiscale est souvent critiquée pour son manque d’équité.
Plusieurs rapports soulignent le caractère « anti-redistributif » de ce dispositif. Selon le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), un organisme rattaché à la Cour des comptes, les 30% des ménages les plus aisés représentent 66% des bénéficiaires de cette réduction d’impôt pour le collège, 67% pour le lycée et 75% pour l’enseignement supérieur. Cette concentration de l’aide publique s’explique par la nature même du dispositif : puisqu’il s’agit d’une réduction d’impôt, les ménages modestes non imposables n’en bénéficient pas. Mais le rapport avance une seconde hypothèse : les familles des classes moyennes seraient davantage concernées par le non-recours, faute de connaître l’existence de cette aide.
Le Conseil des prélèvements obligatoires appelle même à supprimer cette aide, une proposition également défendue dans plusieurs rapports parlementaires (ici et ici). En 2025, lors des discussions budgétaires, cette réduction d’impôt figure même parmi les 23 niches fiscales auxquelles le gouvernement veut s’attaquer.
Pourtant, malgré les critiques, la suppression de ce dispositif se heurte à des résistances à l’Assemblée. Difficile pour les députés de supprimer une aide fiscale qui, en théorie, touche un grand nombre de familles. Plusieurs amendements sont déposés pour maintenir cette réduction d’impôt (législature 17, votes 3390 et 5046). D’abord soutenus par la droite et l’extrême droite en première lecture, ces amendements finissent par être adoptés à une très large majorité lors d’une nouvelle lecture. Le gouvernement renonce finalement à supprimer cette réduction d’impôt dans le budget pour 2026.
La réduction d’impôt pour frais de scolarité n’est pas le seul dispositif fiscal contesté pour ses effets anti-redistributifs. Les députés écologistes ont également proposé de supprimer la demi-part fiscale pour les jeunes de moins de 25 ans qui poursuivent leurs études et qui permet aux familles de bénéficier d’une baisse d’impôt (législature 17, vote 3078). Problème, ce dispositif bénéficie principalement aux ménages les plus aisés (voir graphique). « Et ce sont eux qui ont les moyens de payer les études de leurs enfants, avec ou sans demi-part. C’est donc une dépense inutile », regrette l’économiste Romane Paris.
Dans l’hémicycle, seuls les députés écologistes ont voté en faveur de cette suppression. Si les écologistes ont défendu une baisse de la solidarité familiale, inégalitaire par nature, pour réattribuer les ressources « au système d’aides sociales et de bourses sur critères sociaux », les parlementaires de droite ont critiqué cette approche. Pour le rapporteur et député Républicain Philippe Juvin, la demi-part pour les étudiants permet aux familles des classes moyennes de réduire leur impôt pour financer les études supérieures.

Dans l’hémicycle, seuls les députés écologistes ont voté en faveur de cette suppression. Si les écologistes ont défendu une baisse de la solidarité familiale, inégalitaire par nature, pour réattribuer les ressources « au système d’aides sociales et de bourses sur critères sociaux », les parlementaires de droite ont critiqué cette approche. Pour le rapporteur et député Républicain Philippe Juvin, la demi-part pour les étudiants permet aux familles des classes moyennes de réduire leur impôt pour financer les études supérieures.
Dernière proposition mettant davantage l’accent sur les capacités individuelles plutôt que sur la redistribution de l’État : les prêts étudiants. Le Rassemblement national a défendu la création d’un crédit d’impôt destiné à aider les moins de 30 ans à rembourser les intérêts de leurs prêts contractés pour financer leurs études (législature 16, vote 307). Le constat du député RN Alexandre Loubet : « De nombreux jeunes ne peuvent se payer les études parce que leurs parents n’en ont malheureusement pas les moyens ».
Sauf qu’aider les étudiants à contracter et rembourser des prêts pour les études pourrait être une fausse bonne idée. Malgré les aides de l’État (prêt étudiant garanti), le recours au prêt reste très minoritaire. « Environ 4,5% des étudiants y ont recours en France, c’est très modeste. D’autant plus que l’apprentissage est en train de supplanter le prêt étudiant comme moyen de financer des études », note Clément Bellanger, qui écrit une thèse en sociologie sur le prêt étudiant.
Surtout, rien n’empêche les banques de discriminer les étudiants et d’appliquer des taux d’intérêt différents, notamment sur la base de la « rentabilité » estimée des études qu’ils poursuivent. Ainsi, le recours au prêt est plus important pour les formations onéreuses mais aussi pour celles qui permettent d’accéder à un emploi mieux rémunérateur, comme les écoles de commerce et d’ingénieurs. En somme, tout miser sur le prêt étudiant revient à défendre une vision individualiste – il faut s’endetter pour étudier – au détriment d’une approche plus collectiviste et redistributive – l’Etat prend en charge le coût des études et aide les étudiants les moins aisés. A l’Assemblée, seuls les députés LR et RN ont voté en faveur de cet amendement.
La CVEC : une contribution qui alourdit le budget étudiant
Créée en 2018, la contribution de vie étudiante et de campus (CVEC) est une taxe payée à chaque rentrée par les étudiants non boursiers. Elle sert à financer des actions sociales, sanitaires, culturelles et sportives au sein des universités. Le produit de cette contribution – environ 180 millions d’euros par an – a notamment permis de financer des projets d’aides sociales, des dispositifs de lutte contre la fracture numérique et la création de nouveaux lieux de vie étudiante.
La CVEC fait toutefois l’objet de critiques. S’il est vrai que, selon la députée communiste Soumya Bourouaha, elle permet de flécher des moyens budgétaires vers la vie étudiante, les organisations étudiantes dénoncent un « impôt étudiant » qui alourdit le budget de la rentrée. Sa suppression figure d’ailleurs parmi les dix mesures d’urgence pour la jeunesse mises en avant par la FAGE dans le cadre du mouvement lycéen et étudiant de 2026. « L’idée est de dire que le financement de la vie étudiante ne doit pas reposer uniquement sur les épaules des étudiants », fait savoir Suzanne Nijdam, de la Fage.
D’autant plus que, si cette taxe est uniquement payée par les étudiants non-boursiers, l’économiste Romane Paris regrette que ce montant soit le même pour un étudiant modeste mais non boursier et un étudiant d’une famille aisée. « C’est une taxe qui est régressive », précise-t-elle. La Cour des comptes n’est pas en reste. Dans un rapport publié en 2025, l’institution a pointé le manque de concertation des étudiants et le manque de transparence sur les projets financés.
L’autre problème de cette taxe : son indexation sur l’inflation. Son montant est passé de 90 euros en 2019 à 105 euros à la rentrée universitaire 2026. Un traitement à deux vitesses : alors que certaines aides étudiantes, comme les bourses, ne sont pas automatiquement indexées sur l’inflation, le montant de la CVEC augmente chaque année. Entre 2022 et 2024, quand l’inflation était forte, sa hausse annuelle était entre 3% et 5%. Dans son rapport, la Cour des comptes préconise de plafonner cette évolution à un taux plus limité, évoquant une hausse maximum de l’ordre de 2%.
A l’Assemblée, plusieurs groupes ont proposé sa suppression (législature 17, votes 427 et 4215). « Les étudiants ne devraient pas avoir à payer pour accéder à l’université publique, d’autant plus dans un contexte de grande précarité », notent les députés écologistes. Le député Philippe Juvin (DR) s’y est opposé, estimant que cela priverait les universités et les Crous de ressources. Si la suppression de cette taxe répond à une demande sociale, plusieurs sources reconnaissent qu’une telle suppression doit obligatoirement s’accompagner d’une augmentation par l’État de ses dotations à l’enseignement supérieur. Soutenue par la gauche, et parfois l’UDR et le RN, cette suppression a été adoptée lors des débats budgétaires de 2024 mais n’a pas été conservée dans le budget définitif.
Si la gauche souhaitait la suppression de la CVEC pour augmenter le pouvoir d’achat des étudiants, les députés d’extrême droite la réclamaient aussi mais pour une autre raison : cette taxe sert à financer certains projets culturels considérés par le député RN Jean-Philippe Tanguy comme « politique » (législature 17, vote 4218). Un exemple ? Le député Eric Ciotti, allié du RN, donne l’exemple des projets consacrés aux droits des personnes homosexuelles (législature 17, vote 428).
En cas d’absence de majorité pour la suppression de la CVEC, les Socialistes avaient proposé une solution de repli : désindexer son montant afin, selon les députés à l’origine de cette proposition, d’alléger les dépenses étudiantes (législature 17, vote 4217). L’amendement n’a pas été adopté : seuls les députés de gauche ont voté en faveur, tandis que le groupe macroniste, la droite et l’extrême droite ont voté contre.
Différentes visions du rôle de l’État pour l’éducation
Les discussions à l’Assemblée nationale reflètent des visions différentes sur le rôle de l’État dans l’accès aux études supérieures. L’économiste Romane Paris distingue trois modèles. Le premier repose sur une logique de marché : chacun finance sa formation éventuellement en contractant un prêt. La formation est un investissement dont l’étudiant pourra tirer un bénéfice grâce à un salaire plus élevé dans le futur – nécessaire pour rembourser ce prêt. Dans le deuxième modèle, les étudiant payent en fonction du revenu de leurs parents, comme c’est déjà à Sciences Po ou dans certaines écoles d’ingénieurs. « Les étudiants vont payer le service qu’ils consomment en fonction du revenu de leur famille », résume Romane Paris. Un modèle basé sur la famille, souvent critiqué par les syndicats qui soulignent la dépendance des jeunes aux choix d’études pouvant être imposés par leurs parents. « Mais le problème le plus important de ce système est la création d’inégalités territoriales entre les établissements du fait de la composition sociale de leurs étudiants », ajoute Romane Paris.
Le dernier modèle est celui du service public : les études sont gratuites pour les étudiants et financées par l’impôt. « Ce n’est pas les familles qui vont payer les frais d’inscription mais les contribuables, en proportion de leurs revenus », explique Romane Paris, qui note que ce modèle met en avant les bénéfices et externalités de l’éducation pour la société dans son ensemble.
Beaucoup des débats à l’Assemblée (bourses, aides fiscales, prêts étudiants) défendent un des trois modèles. Romane Paris prend l’exemple de la CVEC, dont la mise en place en 2018 marque un déplacement progressif du financement de l’enseignement supérieur, d’un modèle principalement assuré par l’État vers un système dans lequel une partie du coût repose sur les étudiants. « De manière générale, depuis le début de la présidence Macron, il y a l’idée d’un glissement progressif du modèle de service public vers un modèle intermédiaire, où on augmenterait les frais de scolarité et où l’accès aux études dépend davantage de la capacité financière des familles, car les établissements ont de moins en moins de moyens de la part de l’État et se retrouvent contraints de trouver des ressources alternatives », regrette Romane Paris.
Logement étudiant : des pistes pour augmenter l’offre
Le logement est un des postes de dépense les plus importants pour les étudiants. Selon le syndicat Unef, il représente plus de 50% de leur budget. La situation est même devenue critique dans certaines villes, comme Paris, où les logements sont manquants et les loyers beaucoup trop élevés. Des difficultés d’accès au logement qui peuvent freiner les projets d’études des étudiants les plus modestes. « Les jeunes sont une population pauvre et précaire, et la hausse des loyers a un fort impact sur leur budget », note Marianne Auffret, directrice de l’Unhaj, une organisation qui représente les foyers jeunes travailleurs (FJT), des structures accueillant des apprentis, jeunes actifs et étudiants. « La part de public vulnérable accueilli dans notre réseau augmente d’année en année », déplore-t-elle.
Face à cette situation, les résidences étudiantes à loyer modéré, gérées notamment par les Crous, ne représentent qu’une goutte d’eau. Environ 175 000 places sont disponibles pour près de 3 millions d’étudiants. Seuls 5% d’entre eux peuvent donc en bénéficier. Si Emmanuel Macron avait annoncé en 2017 construire 60 000 logements d’ici la fin de son premier quinquennat, les chiffres ne sont pas là. Plusieurs parlementaires et syndicats ont noté que moins de la moitié de cet objectif avait été atteint. Et pourtant, comme le rappelle Marianne Auffret, « la construction de logements sociaux, comme les FJT ou les résidences Crous, est la solution la plus efficace pour faire face à la précarité des jeunes ». Son organisation alerte sur la baisse des aides à la pierre ces dernières années, dont dépendent les résidences étudiantes à loyer modéré.
Alors que faire ? Les aides publiques, comme les aides au logement (APL), apportent un soutien financier aux étudiants pour faire face à la crise. Mais, celles-ci ne sont pas la solution miracle. Comme le montre l’étude de l’économiste Gabrielle Fack, une partie de la hausse des aides au logement se répercute sur les loyers, surtout dans les territoires tendus. Au contraire, il faut de nouveaux logements. Les économistes Elise Huillery et Romane Paris appellent à construire 25.000 logements étudiants par an pendant au moins 7 ans afin de doubler le nombre de logements Crous.
À l’Assemblée, les discussions ont porté sur la levée des contraintes pesant sur la construction de nouveaux logements étudiants. Les députés LIOT ont proposé d’alléger les règles urbanistiques (PLU) pour faciliter leur construction (législature 17, vote 1691). De leur côté, les Socialistes ont souhaité limiter cet allégement aux seules résidences à loyer modéré, afin de cibler les constructions de logement pour les publics les moins aisés (législature 17, vote 1690). « Je souhaite au contraire que tous les logements étudiants soient concernés, a répondu le rapporteur Harold Huwart (LIOT). La demande [de logements] est massive, il serait dommage de la limiter. » L’allégement pour l’ensemble des logements étudiants a été adopté, mais pas l’amendement socialiste visant à la limiter aux seuls logements à loyer modéré, qui n’avait été soutenu que par la gauche. Les députés d’extrême droite RN et UDR ont rejeté l’ensemble de ces mesures.
Autre piste pour augmenter l’offre de logements : faciliter la transformation de bureaux en logements, y compris étudiants. C’était l’objet de la loi Daubié, du nom du député Romain Daubié (Démocrate), et définitivement adoptée à l’unanimité en 2025. Si l’objectif de la loi était général, certains amendements ont souhaité donner la priorité aux logements étudiants lors de tout changement de destination de bureaux en logements (législature 17, votes 3439 et 3444). Ces amendements n’ont pas été adoptés du fait de l’opposition du bloc central. Leur argument : cette loi a une « vision globale », vise à créer une offre de logement pour l’ensemble de la population, et obligerait les Crous à récupérer des bureaux à transformer en logements dans des territoires où il n’y a pas forcément une offre étudiante. Cette loi Daubié allège également les règles de commande publique et de construction pour la construction de nouvelles résidences universitaires.
Cantines et activités périscolaires : débats autour des aides sociales
Les députés ont aussi débattu ces dernières années de la question du prix des cantines et des activités périscolaires.
Dans l’enseignement primaire et secondaire, un amendement du groupe France insoumise visait à rendre gratuits la cantine, les transports et les sorties scolaires, ainsi que les activités périscolaires, pour l’ensemble des élèves scolarisés dans les établissements relevant de l’éducation prioritaire (législature 16, vote 2866). Ces établissements (REP et REP+) sont situés dans des territoires marqués par d’importantes difficultés économiques et sociales.
Cette proposition s’est heurtée à l’opposition ferme des députés de la majorité macroniste, de la droite (DR) et de l’extrême droite (UDR et RN). Le député Robin Reda (Renaissance) a rappelé que les cantines scolaires relèvent de la compétence des communes et que certaines collectivités mettent déjà en place une tarification sociale. « Il ne conviendrait pas qu’un État-nounou s’occupe de tout et dispense tout gratuitement », a ironisé le député MoDem Luc Geismar. Outre la faisabilité financière de cet amendement, il soulève une question plus large, dans un contexte de fortes inégalités économiques et sociales. « Savez-vous à quel point c’est violent pour un enfant de voir un camarade pratiquer une activité sportive alors que lui ne le peut pas ? », a lancé le député insoumis Sébastien Delogu.
Les députés ont aussi voté sur la question des cantines scolaires à Mayotte. Le groupe RN a déposé un amendement appelant à développer un plan de programmation pour renforcer l’offre de restauration scolaire sur l’île (législature 17, vote 2844). La situation est complexe : à Mayotte, environ 6% des élèves du primaire ont accès à une cantine et 16% dans le second degré. « Cela pose un véritable problème dès lors que, pour certains élèves, le repas scolaire pourrait constituer le seul vrai repas de la journée », ont souligné les élus RN. Seuls les députés RN, UDR et LIOT ont voté en sa faveur.
Repas à 1 euro à l’université
Autre sujet qui revient régulièrement sur le bureau des députés : les repas à 1 euro dans les restaurants universitaires du Crous. Le gouvernement, suite à un accord avec les Socialistes, a décidé d’étendre cette mesure à l’ensemble des étudiants, et non plus aux seuls boursiers, à partir de mai 2026. « Cette généralisation vient comme un pansement, indique Suzanne Nijdam, de la FAGE. Elle répond à l’urgence sociale que vivent les étudiants, mais cela met sous le tapis une véritable réforme structurelle des bourses ». Une mesure de généralisation qui aujourd’hui s’accompagne de problèmes de saturation des restaurants Crous, du fait notamment de leur sous-financement.
Avant que la généralisation soit mise en place par le gouvernement, plusieurs forces politiques l’avaient défendue à l’Assemblée. C’était notamment l’objet d’une proposition de loi déposée par la députée socialiste Fatiha Keloua-Hachi. Son argument : les étudiants peuvent connaître des conditions de vie difficiles, indépendamment des revenus de leurs parents et de leur statut de boursier. Cette proposition avait été soutenue par la gauche, le RN et LIOT (législature 17, votes 603, 606 et 931).
En séance, plusieurs amendements ont tenté de réduire la portée de cette généralisation. Les Démocrates voulaient instaurer une tarification progressive, en fonction des revenus des étudiants (législature 17, vote 601). Ses auteurs y voient « un principe d’équité et de solidarité ». Cet amendement a été rejeté en séance, seuls les députés de la majorité macroniste et les Républicains ayant voté en sa faveur. Le RN a défendu un amendement similaire, lui aussi rejeté par une majorité de députés (législature 17, vote 602). Face à ces tentatives de restreindre la généralisation, la députée socialiste à l’origine du texte, Fatiha Keloua-Hachi, a rappelé être « persuadée que l’universalisme est la seule réponse possible à la précarité alimentaire des étudiants ».
En revanche, les députés ont aussi rejeté un amendement du député RN Bruno Clavet qui visait pourtant à étendre le bénéfice du repas à 1 euro aux étudiants inscrits en BTS (législature 17, vote 604). « Il s’agit d’une mesure de justice sociale et d’égalité d’accès aux aides publiques, afin que tous les étudiants de l’enseignement supérieur puissent en bénéficier », a défendu le député. En fait, si les étudiants en BTS peuvent déjà bénéficier d’un repas à 1 euro s’ils se rendent dans un restaurant du Crous, cette option est souvent impossible. « Un étudiant de BTS n’a pas le temps de quitter son lycée pour déjeuner dans un Crous entre deux cours », a fait savoir le député Laurent Croizier (DEM). Seuls les députés RN, LR et Démocrates ont voté pour cet amendement.
Au RN, des aides … uniquement pour les Français
Les députés du Rassemblement national ont parfois voté en faveur de mesures visant à améliorer le pouvoir d’achat des familles et des étudiants, comme la généralisation du repas à 1 euro ou l’indexation des bourses étudiantes. Mais le diable se cache dans les détails. Plusieurs mesures défendues par le RN à l’Assemblée visent en réalité à restreindre ces aides aux seuls Français. « Sur l’indexation des bourses, ils ont voulu la détricoter en insérant des éléments de priorité nationale », critique Suzanne Nijdam, de la FAGE. La priorité nationale constitue, rappelons-le, une rupture du principe d’égalité inscrit dans la Constitution.
Les députés RN et leurs alliés de l’UDR ont ainsi voté en faveur d’un amendement pour réserver le repas à 1 euro aux seuls étudiants français ou ressortissants de l’Union européenne (législature 17, vote 605). Réponse de la députée LFI Marie Mesmeur : « Nous ne pouvons pas accepter cet amendement qui illustre bien l’obsession raciste du Rassemblement national et son fétichisme de la préférence nationale. Les étudiants étrangers font partie des plus précaires, puisqu’ils ne bénéficient pas du système de bourses français. »
Autre exemple, les députés UDR, emmenés par Éric Ciotti, ont proposé d’exonérer tous les étudiants français de la contribution de vie étudiante et de campus (CVEC) tout en la maintenant pour les autres (législature 17, vote 4216). Au-delà de son caractère ouvertement xénophobe, cette mesure se heurte au droit européen, qui interdit les discriminations fondées sur la nationalité entre ressortissants des États membres de l’Union européenne. Seuls les députés UDR ont voté pour cette mesure tandis que les députés RN se sont abstenus.
Les députés d’extrême droite proposent aussi d’inclure dans la loi la préférence nationale pour l’accès aux bourses étudiantes, alors que les conditions d’attribution de celles-ci aux étudiants étrangers sont déjà très restrictives (législature 17, vote 7392). « Les étudiants extracommunautaires [hors UE] doivent déjà être domiciliés en France depuis au moins deux ans et attester d’un foyer fiscal de rattachement en France depuis deux ans pour bénéficier des bourses », a rappelé le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste. Seuls le RN et l’UDR ont soutenu cet amendement.
Les députés RN ont aussi ciblé le « passeport pour la mobilité des études », une aide publique destinée à financer les déplacements des étudiants ultramarins qui viennent poursuivre leurs études en France hexagonale. Sans surprise, l’extrême droite souhaite restreindre cette aide aux seuls étudiants de nationalité française (législature 17, vote 2781). « Des enfants réussissent à aller à l’école, ils font des études, ils pourraient bénéficier de cette aide. Parce qu’ils ne sont pas Français, ils n’y auraient pas droit ? Vous rendez-vous compte du message que vous adressez à tous les jeunes ? », a dénoncé en séance publique le député Davy Rimane (GDR). L’amendement a principalement reçu le soutien de députés RN.
La volonté de l’extrême droite d’exclure une partie de la population de l’éducation ne s’arrête pas aux aides. Les députés du Rassemblement national ont déposé et fait adopter deux amendements appelant à exclure des écoles de Mayotte les enfants dont les parents sont sans titre de séjour (législature 17, votes 2843 et 2845). « Près de la moitié des élèves scolarisés à Mayotte seraient en situation irrégulière », notent les députés d’extrême droite.
Apprentissage : coupes dans les aides publiques
Ils sont moins présents dans les médias, mais leurs difficultés n’en sont pas moins importantes. Comme les étudiants, les apprentis sont directement touchés par la situation économique : hausse des prix, augmentation des loyers et difficultés à trouver une formation. L’apprentissage, qui alterne périodes en entreprise et enseignements en centre de formation, a été profondément réformé par une loi de 2018. « Cette loi a mis un coup de projecteur sur l’apprentissage, et le nombre d’apprentis en France a considérablement augmenté », observe Baptiste Martin, président de l’Association nationale des apprentis de France (ANAF).
Mais, depuis, les mesures d’économies se succèdent. « Le contexte a changé. Avec la hausse du nombre d’apprentis, l’État regarde ce que cela lui coûte », explique Baptiste Martin. Le président de l’ANAF a récemment alerté les parlementaires sur une quinzaine de mesures qui affectent les ressources consacrées à l’apprentissage. Exemple : la suppression de l’aide de 500 euros au financement du permis de conduire. Une aide pourtant cruciale pour Baptiste Martin, qui souligne l’importance de la mobilité pour des jeunes dont l’entreprise peut parfois se trouver à « 200 ou 300 kilomètres de leur lieu de formation ».
A l’Assemblée, les débats ont porté sur la question de l’exonération des charges et contributions sociales dont bénéficient les apprentis. Alors que leurs rémunérations étaient auparavant exonérées jusqu’à 79% du Smic, le seuil a été baissé à 50% en 2025. Une perte sur la fiche de paie des apprentis selon Baptiste Martin, qui alerte sur la situation de beaucoup de jeunes : « Les apprentis cumulent les charges et les dépenses car ils doivent se déplacer beaucoup et parfois prendre deux logements. On a des situations où certains doivent choisir entre faire le plein pour aller travailler ou voir le médecin s’ils sont malades ».
Cette proposition du gouvernement a pourtant reçu un fort rejet de la part des parlementaires. Plusieurs amendements qui visaient à supprimer cette baisse des exonérations ont été adoptés (législature 17, vote 206). Les groupes DR, UDR et RN ont voté pour, tandis que la gauche était divisée entre votes contre (LFI et GDR) et abstentions (écologistes et socialistes). Malgré l’adoption de ces amendements, le gouvernement a décidé de maintenir la baisse de l’exonération dans la version finale du texte, adoptée via l’article 49.3.
Le gouvernement a poussé le bouchon l’année suivante. Il a proposé la suppression de cette exonération lors de la discussion sur le budget 2026. Encore une fois, plusieurs amendements qui visaient cette fois à maintenir l’exonération ont été adoptés à la quasi unanimité (législature 17, votes 3509 et 4565). Au cours de la même discussion, deux amendements proposaient même de rétablir le niveau initial d’exonération (79% au lieu de 50%), mais n’ont pas été adoptés (législature 17, vote 3520). Seuls les groupes insoumis, communiste et écologiste avaient voté en leur faveur.
Si le gouvernement n’a finalement pas souhaité rétablir la suppression de l’exonération dans le cadre des discussions pour le budget 2027, le débat est revenu en commission parlementaire. Un amendement déposé par le député DR Thibaut Bazin propose de supprimer les exonérations de prélèvements sociaux dont bénéficient les apprentis. Adopté en commission en octobre 2026, il doit désormais être examiné par le Sénat.
Autre source d’inquiétude pour les apprentis : la baisse des aides versées par l’État aux régions. Malgré la recentralisation de la politique de l’apprentissage au niveau national après 2018, les régions ont conservé un rôle dans le financement de certains investissements. Mais l’État coupe le robinet. L’association Régions de France alerte sur une baisse de 88% des dotations consacrées à l’apprentissage entre 2025 et 2026. « Ce n’est pas entendable, explique Baptiste Martin, de l’Anaf. Il est nécessaire de développer une offre de formation adaptée à chaque territoire, et cela ne peut pas se faire uniquement depuis Paris ». A l’Assemblée, les députés RN ont porté un amendement pour réduire les dotations de l’État aux régions destinées à financer les dépenses liées à l’apprentissage (législature 17, vote 393).
Les inégalités territoriales qui pèsent sur l’éducation
L’accès à l’éducation dépend fortement du territoire dans lequel vivent les jeunes. Et les premiers pénalisés sont les élèves qui habitent en zone rurale ou en montagne. La question de l’organisation de l’offre scolaire y devient donc cruciale avec, comme risque principal pour ces territoires, les fermetures de classes et d’écoles. Une dynamique qui pourrait se poursuivre si la baisse démographique à l’école est considérée comme une opportunité pour réduire les moyens alloués à l’éducation.
Les conséquences pour les enfants sont concrètes. Comme le rappelle l’Association nationale des élus de la montagne (Anem), « en fermant des classes dans les zones les moins peuplées de montagne, les élèves sont contraints à de plus longs trajets pour aller à l’école, aggravant un peu plus les inégalités territoriales d’accès à l’éducation ». Ces longs trajets, note la députée Sophie Pantel dans une proposition de loi sur la question, ont un impact direct sur les enfants et leur famille : « fatigue accrue, diminution du temps de repos et de loisirs ou encore complexification de l’organisation familiale. » Les inégalités territoriales pèsent aussi sur les possibilités d’orientation. Comme l’indique un rapport du Défenseur des droits, « les élèves scolarisés en milieu rural s’orientent moins souvent vers la filière générale et technologique que les autres, et ce indépendamment de leurs conditions sociales ».
Le cadre réglementaire prévoit des dispositions spécifiques concernant l’ouverture et la fermeture de classes dans les zones de montagne, avec une meilleure prise en compte des caractéristiques du territoire. Mais pour certains députés, il faudrait davantage de concertation. C’était l’objet d’un amendement qui imposait un avis du conseil municipal pour toute fermeture de classe dans les territoires de montagne (législature 17, vote 6577). En séance publique, le gouvernement a estimé qu’il n’était « pas raisonnable de rigidifier davantage le processus d’élaboration de la carte scolaire ». Malgré cette opposition, l’amendement a été adopté à l’unanimité. Un autre amendement a porté sur le renforcement de la consultation des communes de montagne concernant les moyens d’enseignement dans le secondaire (législature 17, vote 6579). Il a reçu le soutien des députés de gauche, LIOT et Républicains.
Les députés ont aussi abordé la question de la concertation lors de la création de regroupements pédagogiques intercommunaux (RPI). Ce dispositif permet à plusieurs communes de mutualiser leurs moyens pour faire fonctionner des écoles. Pour de nombreux députés, notamment à gauche, les RPI risquent de servir de justification à réduire les dépenses et fermer des classes, notamment dans les territoires ruraux.
Un amendement du groupe Écologistes proposait ainsi de consulter les représentants des parents d’élèves avant la création de tels regroupements (législature 17, vote 6072). Selon le député écologiste Jean-Claude Raux, ces regroupements modifient « les conditions de scolarisation des enfants, et surtout l’organisation de la vie quotidienne des familles, notamment en matière de trajets ». Cet amendement a été adopté et a reçu le soutien de l’ensemble des groupes de gauche ainsi que des groupes UDR et RN.
Un autre amendement sur la question des territoires ruraux visait à créer un fonds de soutien aux petites communes pour les aider à financer le transport scolaire (législature 16, vote 2877). « Non seulement l’inflation a augmenté le coût du transport scolaire à leur charge, mais les fermetures de classes ont en outre obligé les petites communes à organiser davantage de transports scolaires », a fait savoir le député Républicain Alexandre Portier. Le rapporteur Jean-René Cazeneuve (Renaissance) indique que le transport scolaire relève d’une compétence des collectivités territoriales, mais n’apporte pas de réponse à la problématique du coût du transport dans les territoires ruraux. L’amendement a été rejeté et a été soutenu par les députés insoumis, socialistes, écologistes et Républicains.
La question des territoires ultramarins est aussi revenue dans certains débats sur l’éducation et ses inégalités d’accès. Les députés RN ont ainsi porté et fait adopter un amendement appelant à la création d’un parcours d’accès spécifique santé (PASS) à Mayotte, première étape du cursus universitaire permettant d’accéder aux études de médecine (législature 17, vote 2851). Actuellement, aucune formation de médecine n’est proposée sur l’île. Les députés RN et une partie des députés Démocrates ont voté pour.
Conclusion : les solutions budgétaires existent
La baisse démographique est invoquée par le gouvernement pour abaisser le budget de l’éducation et justifier les suppressions de postes (-1588 enseignants en moins dans le projet de loi de finances 2027). Cette baisse est réelle : d’ici 2034, il y aura 1,7 million d’élèves en moins, rappellent Romane Paris et Élise Huillery (-15,2% pour le premier degré, et -13,2% pour le second degré).
Mais comme le montrent leurs travaux, en profiter pour réaliser des coupes budgétaires serait contre-productif, tandis que maintenir le budget, et même l’augmenter, permettrait à la France de rattraper son retard sur ses voisins européens en termes d’investissement par élève. Sans oublier le « fort retour sur investissement quʼauront ces dépenses sur notre niveau dʼemploi, de productivité, et de croissance de long terme. » En clair, la France a tout à gagner à « investir » dans sa jeunesse.
Certains rétorqueront qu’il n’y a « pas d’argent magique », d’autant plus dans une France fortement endettée. Comme s’il n’y avait aucune marge de manœuvre possible pour rendre le système plus redistributif. Les 11,8 milliards qu’Elise Huillery et Romane Paris proposent d’investir dans l’éducation, c’est exactement ce que pourrait rapporter l’instauration d’un impôt sur les grandes successions, qui concernerait les héritages nets supérieurs à 4,2 millions d’euros (1 % des Français). Ce serait une « mesure de justice et d’efficacité économique », défend également l’économiste Anne-Laure Delatte, directrice de recherche au CNRS.
On pourrait mettre ce montant en perspective avec les 211 milliards d’euros d’aides publiques versées chaque année aux entreprises. Ou encore avec la taxe Zucman – soit un impôt plancher de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros – qui rapporterait selon son instigateur entre 15 et 25 milliards d’euros par an, rejetée une fois de plus par les députés du centre, de la droite et de l’extrême droite le 16 octobre. Autant d’éléments qui mériteraient plus d’attention sur les plateaux télé alors que les lycéens et les étudiants poursuivent la mobilisation.