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L’élevage intensif ? Une grande majorité de Français est contre. Et pourtant, les décisions politiques ne suivent pas. À l’Assemblée nationale, le Rassemblement national (RN) est le plus hostile à toute remise en cause de l’élevage intensif, au coude-à-coude avec la droite (Les Républicains) et le socle commun macroniste (Renaissance et ses alliés).
Nous avons passé au crible l’ensemble des 11 000 amendements qui ont fait l’objet d’un vote à l’Assemblée depuis 2022. Au total, 51 amendements portent sur l’élevage intensif, la plupart rejetés. En comparaison, seuls les groupes de gauche ont systématiquement voté en faveur d’un changement de modèle.
Ce changement de modèle est pourtant impératif pour le climat. L’élevage intensif, dramatique pour le bien-être animal, la santé mentale des éleveurs et l’environnement, soutient la surconsommation de viande. Or tous les scénarios climatiques et travaux scientifiques (ici, ici et ici) convergent : il faut manger moins de viande. “Le plus grand potentiel de transformation [pour atténuer le changement climatique] viendrait d’un passage à des régimes alimentaires à base de plantes”, rappelait en 2022 le GIEC dans son rapport sur l’atténuation du changement climatique.
Découvrez le résultat de notre analyse.
Élevage intensif : de quoi parle-t-on ?
L’élevage intensif est un système de production qui vise avant tout à maximiser les rendements économiques. Il se caractérise par une forte densité : beaucoup d’animaux au sein d’une même exploitation. Ces animaux sont confinés dans des bâtiments fermés et privés d’accès au plein air. Pour augmenter les rendements, ils sont sélectionnés génétiquement et nourris avec une alimentation conçue pour optimiser leur croissance.
En intensif, les animaux reçoivent aussi des antibiotiques pour lutter contre les maladies infectieuses. Ces dernières sont répandues dans ce type d’élevage en raison de la forte densité animale et de la standardisation génétique.
Historiquement, la tendance est à la concentration des élevages. En 2024, 68% des porcs étaient élevés dans des exploitations de plus de 2 000 porcs, contre 55% en 2014. Même dynamique pour les vaches laitières : le nombre d’exploitations baisse, tandis que le nombre de bêtes par exploitation augmente.
Un modèle né dans les années 1960
L’élevage en France s’est intensifié à partir des années 1960 pour répondre à l’augmentation de la consommation de viande. Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large d’industrialisation de l’ensemble de la filière au cours du 20e siècle. L’élevage s’est ainsi concentré et spécialisé dans un nombre restreint de régions, comme la Bretagne pour l’élevage porcin. La concentration s’est aussi faite avec l’apparition de la grande distribution, qui capte désormais la quasi-totalité des achats de viande.
Ce modèle industriel, tourné vers l’exportation, pousse à une déconnexion entre l’élevage et son territoire. Avant les années 1960, l’élevage s’inscrivait dans des fermes diversifiées. Celles-ci produisaient leurs propres céréales et valorisaient le lisier comme engrais. Désormais, les élevages industriels reposent sur des intrants extérieurs (soja, engrais) et génèrent d’importantes externalités négatives sur le territoire (rejets azotés).
Si une majorité de Français souhaite en sortir, c’est bien l’élevage intensif qui domine la production de viande en France. Et les chiffres donnent le tournis. Près de 95% des porcs sont élevés en intensif. Ces derniers sont sur des caillebotis, avec moins de 0,7m² par animal, sans litière, et sans accès au plein air. Du côté des volailles, 83% des poulets de chair et 97% des dindes sont dans des élevages intensifs.
Un modèle d’élevage désastreux pour les animaux et la planète
S’il présente un intérêt économique, l’élevage intensif est un modèle qui génère des souffrances aussi bien pour les éleveurs que pour les animaux. Ces derniers sont confinés dans des espaces à forte densité, privés de lumière naturelle, et peuvent être maintenus en cage. Ils sont génétiquement sélectionnés pour grossir si rapidement que leur corps peut devenir disproportionné par rapport à leur physiologie naturelle.
Ce modèle est un désastre pour l’environnement. Il contribue aux rejets de nitrates, de phosphates et d’antibiotiques dans les rivières, alimentant des phénomènes de pollution comme les algues vertes en Bretagne. À cela s’ajoutent les émissions d’ammoniac, qui entraînent des pics de pollution de l’air et engendrent des décès prématurés. Ce modèle favorise aussi la résistance aux antibiotiques chez l’humain et la propagation de maladies infectieuses, un risque de plus en plus discuté par les autorités sanitaires internationales.
Sur le plan climatique, l’élevage intensif soutient la surconsommation de viande en maintenant des prix bas, alors que la communauté scientifique appelle à en réduire la consommation. Les chiffres sont vertigineux : produire 100g de protéines de bœuf émet 50kg de gaz à effet de serre (GES), contre 2kg pour le tofu et moins de 1kg pour les légumineuses (Poore & Nemecek, 2018). Au niveau mondial, la FAO estime que l’élevage est responsable de 14,5% des émissions de GES. En cause : les émissions de méthane par le bétail et de protoxyde d’azote via les engrais utilisés dans l’alimentation animale, ainsi que la déforestation, qui réduit la capacité de la planète à capter du carbone.
Ces statistiques internationales sont pertinentes : la viande importée représente plus de 30% de la consommation française. Et si les données des filières françaises peuvent différer, les ordres de grandeur restent les mêmes : la viande est nettement plus émettrice en GES que les protéines végétales.

Méthodologie : notre analyse de 51 amendements sur l’élevage intensif
Nous avons examiné l’ensemble des amendements qui ont fait l’objet d’un vote en séance publique à l’Assemblée nationale entre 2022 et avril 2026 (environ 11 000), à partir des données publiques de l’Assemblée et de Datan. Pour identifier ceux portant sur l’élevage, nous avons effectué une recherche à l’aide de mots-clés (e.g., élevage en cage, nitrites, zootechnie) et d’un modèle d’intelligence artificielle (classification sans génération de contenu). Cette méthode a déjà été utilisée par Bon Pote et nous a permis de faire remonter 195 amendements, parmi lesquels 51 ont été retenus comme relevant de la thématique de l’élevage intensif.
Notre analyse ne prend pas en compte les amendements votés en commission parlementaire ou ceux ayant fait l’objet d’un vote à main levée. Pour évaluer la position du RN, nous avons classé leurs votes en trois catégories : favorable à une sortie du modèle intensif, défavorable, ou abstention.
Qu’est-ce qu’exprime l’abstention ? À noter, le RN est le groupe qui s’est le plus abstenu sur les sujets d’élevage (16%), contre 1 à 5% pour les autres groupes. Cette abstention peut refléter la volonté du RN de ne pas soutenir certains amendements uniquement parce qu’ils sont portés par la gauche. Mais cette interprétation ne correspond pas à la ligne récente de l’extrême droite à l’Assemblée, consistant à soutenir les textes jugés pertinents. L’abstention semble donc davantage être signe d’un refus de se positionner clairement sur des sujets jugés comme clivants dans la société. En refusant de prendre position sur un amendement favorable à un autre modèle d’élevage, nous considérons l’abstention comme une opposition à toute volonté de sortir de l’élevage intensif.
Les différentes thématiques analysées
Les amendements portent sur plusieurs thématiques directement ou indirectement liées au modèle d’élevage, comme les conditions d’élevage et le bien-être animal, la présence d’additifs nitrés dans la viande, l’agriculture biologique et le pastoralisme, ou encore la réduction de la consommation de viande. Ainsi, les positions des députés sur ces thématiques reflètent une vision du modèle d’élevage qu’ils souhaitent défendre.
Nous avons écarté les amendements qui ne permettent pas de distinguer différents modèles d’élevage. La question de l’indemnisation des éleveurs en cas d’abattage sanitaire, par exemple, ne distingue pas élevage intensif et extensif.
Nous n’avons pas inclus dans l’analyse les amendements portant sur des thématiques relevant du droit européen. Par exemple, la question des traités de libre-échange n’a pas été intégrée, même si, comme l’explique Mathilde Dupré, co-directrice de l’Institut Veblen, “ces accords exercent une pression sur le modèle agricole européen, en favorisant un nivellement par le bas de certaines normes environnementales et de bien-être animal”. Sur ces questions, le RN s’oppose aux traités de libre-échange, une position toutefois partagée par une majorité de partis politiques français au Parlement européen.
Le RN en première ligne pour soutenir l’élevage intensif
Le Rassemblement national est l’un des groupes qui soutient le plus souvent l’élevage intensif à l’Assemblée nationale. Sur les 51 amendements analysés, le RN a voté en faveur de la promotion d’un modèle alternatif dans 6% des cas. C’est pire que les Républicains (LR) et le bloc macroniste, pourtant eux-mêmes peu enclins au changement de système. Le seul qui fait pire est le groupe d’Eric Ciotti (UDR), allié au RN, mais les données sont difficilement comparables étant donné qu’il n’existe que depuis 2024.

De son côté, la gauche défend des positions favorables à une réduction de l’élevage intensif dans plus de 85% des cas. Nuance toutefois : si les Socialistes défendent aujourd’hui un modèle plus durable, ce n’était pas le cas quand ils étaient au pouvoir. C’est sous François Hollande que le gouvernement avait assoupli les procédures d’installation des élevages intensifs.
Notre analyse révèle une opposition quasi systématique du RN aux amendements appelant à un changement de modèle. Le groupe soutient aussi les projets de méga fermes de saumon, s’oppose au végétarisme et à la réduction des nitrites dans la charcuterie. Seul le pastoralisme fait exception : ce mode d’élevage permet au RN de défendre un élevage ancré dans les territoires sans remettre en cause le modèle intensif.
“C’est étonnant de la part d’un parti qui a favorisé la création de la Coordination rurale, mais qui à l’Assemblée épouse le productivisme agricole, sans se soucier du bien-être des agriculteurs, du consommateur et des animaux”, note le député socialiste Gérard Leseul. Si le RN se targue de défendre les agriculteurs, beaucoup de ses positions sont contre-productives. Comme cette opposition aux repas végétariens dans les cantines, au motif de défendre les éleveurs français, alors que plus de la moitié de la viande servie en restauration collective est importée.
L’extrême droite main dans la main avec LR et les Macronistes sur l’élevage intensif
Si l’extrême droite défend l’élevage intensif, les positions de LR et du bloc macroniste ne sont pas mieux. Les députés LR ont voté en faveur de la promotion d’un modèle alternatif que dans 11% des cas, et 16% pour les députés Renaissance.
Pire, notre analyse montre que dans la plupart des cas, c’est une majorité allant des macronistes à l’extrême droite qui bloque les amendements visant à transformer le modèle d’élevage. La convergence est particulièrement forte entre LR et le RN, avec des positions similaires dans 80% des cas sur ces questions. Cette convergence atteint 63% entre Renaissance et le RN. Seule exception pour les Macronistes : les lanceurs d’alerte, où Renaissance se démarque en votant contre les amendements liberticides contre les associations de défense des animaux.
Deux blocs se dessinent. “Ce sont deux visions de l’agriculture et de l’élevage qui s’affrontent”, résume la députée écologiste Marie Pochon. D’un côté, la gauche prend position en faveur d’un élevage plus extensif et souhaite réduire la dépendance aux intrants, dont les prix dépendent du marché de l’énergie et donc des crises géopolitiques. De l’autre, une majorité allant des macronistes à l’extrême droite, en passant par LR, s’oppose à tout changement de modèle et favorise, au contraire, l’élevage intensif, comme l’illustrent leurs positions sur la loi Duplomb. Cette ligne repose sur une approche productiviste et vise surtout à renforcer la compétitivité de l’élevage français sur les marchés internationaux, argument central de la récente loi Duplomb.
Découvrez en détail notre analyse.
Le RN contre la sortie du modèle d’élevage “usine”
La question de l’élevage, et plus précisément de l’élevage intensif, n’a jamais été un thème de campagne porteur pour le Rassemblement national. En 2022, le programme de Marine Le Pen n’abordait pas frontalement ces questions. Deux exceptions notables : le respect du bien-être animal au moment de l’abattage et la transparence pour les consommateurs sur le mode de production et d’élevage des produits. À part cela, rien.
Pas étonnant que, sur ces questions, le RN a voté à l’Assemblée nationale contre ou s’est abstenu sur la quasi-totalité des amendements qui remettent en cause le modèle d’élevage intensif.
La fin du modèle intensif ?
Plusieurs amendements ont tenté d’inscrire dans la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire un changement de modèle d’élevage. Tous ont été rejetés. Le RN a voté contre un amendement (législature 16, vote n°3742) appelant à la “fin de l’élevage industriel dans un objectif de transition agroécologique et de bien-être animal”, contre un autre (législature 16, vote n°3743) soutenant les élevages “plus durables”, ou encore contre un amendement (législature 16, vote n°3745) rappelant que le problème n’est pas la baisse de la production de viande mais son intensification.
Le RN a aussi voté contre un amendement (législature 17, vote n°3217) visant à taxer davantage les élevages intensifs, à savoir ceux soumis à autorisation environnementale (plus de 400 vaches ou 3000 porcs). Il s’agit toutefois d’un amendement d’affichage : le système fiscal actuel applique un taux uniforme à toutes les entreprises, ce qui rend une telle mesure difficilement acceptable. Pour le député LR et rapporteur général du budget Philippe Juvin, un tel amendement “pénaliserait le secteur de l’élevage” et conduirait à une hausse des importations de viande.
Côté abstention, le RN a décidé de ne pas prendre position sur un amendement porté par des députés LFI qui visait à créer un plan pluriannuel pour soutenir l’élevage paysan (législature 16, vote n°3906).
Point positif pour le RN, ses députés ont voté pour un amendement plus mesuré, porté par un député LR, centré sur la défense du pâturage, symbole de l’élevage extensif (législature 16, vote°3744). Le groupe d’extrême droite a aussi voté en faveur d’un amendement appelant à préserver la diversité des races animales dans les élevages (législature 16, vote n°3786). Cette diversité est menacée par un mouvement d’homogénéisation génétique typique des élevages intensifs, là où l’élevage extensif et pastoral la favorise au contraire.
Bien-être animal : vers la suppression des élevages en cages ?
Depuis 2022, les députés ont voté sur deux amendements portant directement sur les conditions d’élevage. Le premier, porté par des députés insoumis, appelait à améliorer le bien-être animal, notamment en instaurant un moratoire sur toute nouvelle mise en production de bâtiments d’élevage en cage. Le RN s’est divisé (11 députés contre et 11 abstentions), soit une position majoritairement défavorable (législature 16, vote n°3750).
Le second, porté par des députés socialistes, visait à défendre un modèle plus extensif en appelant à “enrayer le zéro pâturage, l’élevage en cage, et de développer l’élevage herbager, plein air et pâturant”. Le RN s’est abstenu (législature 16, vote n°3782).
Haies agricoles et élevage intensif
Le développement de l’élevage intensif a profondément redessiné le paysage rural, en particulier avec le remembrement agricole. Pour nourrir un nombre croissant d’animaux, les exploitations céréalières ont dû par exemple s’industrialiser, se mécaniser, et donc s’agrandir, au détriment des haies. Pour la journaliste Inès Léraud, qui a travaillé sur le remembrement, la suppression des haies, qui auparavant servaient d’abris aux bêtes, s’explique aussi par la mise en bâtiment progressive des animaux. “Il y a de moins en moins d’animaux dehors, et donc les haies ne sont plus utiles aux éleveurs”, explique-t-elle pour Bon Pote.
La France perd environ 20 000 km de haies par an, des haies pourtant essentielles pour piéger le carbone atmosphérique. A l’Assemblée, le RN a voté contre un amendement visant à préciser juridiquement la notion de destruction des haies (législature 16, vote n°3950). Soutenu seulement par la gauche, l’amendement n’est pas passé.
Le RN pour la suppression des concertations sur l’ammoniac
Le RN était en faveur de la suppression de l’instance de concertation du plan d’action national pour la réduction des émissions d’ammoniac et de protoxyde d’azote (législature 17, vote n°1358). Ces émissions sont liées aux élevages intensifs : les volumes massifs d’excréments qu’ils génèrent rejettent ces substances dans la nature, avec des conséquences telles que la prolifération d’algues vertes en Bretagne, le réchauffement climatique, ou encore la pollution des sols et de l’eau potable.
Supprimer cette instance de concertation envoie donc un mauvais signal. Pour le député socialiste Gérard Leseul, qui a déposé un des amendements souhaitant revenir sur cette suppression, “cela donne la main à l’Etat, il peut faire ce qu’il veut”. Le plan d’action, dont les effets restent à ce jour peu visibles, est l’une des victimes du mouvement de suppression d’instances consultatives engagé dans le projet de loi simplification vie économique, un mouvement dont le RN a été un des moteurs.
Loi Duplomb : le RN en faveur de l’agrandissement des élevages
Elle avait fait parler d’elle. Adoptée en 2025 au terme d’un parcours parlementaire chaotique, la loi Duplomb signait un véritable recul environnemental. Portée par un sénateur biberonné aux aides publiques pour son exploitation agricole intensive, cette proposition de loi comprenait notamment le relèvement des seuils à partir desquels un élevage doit recevoir une autorisation environnementale (ICPE) avant de s’implanter ou s’agrandir. Ces seuils sont passés de 401 à 501 têtes pour les bovins, de 2 000 à 3 000 pour les porcs, ou encore de 40 000 à 85 000 pour les poulets. En clair : créer un élevage intensif serait désormais plus simple qu’auparavant.
Pour court-circuiter le débat parlementaire, les députés favorables à la loi Duplomb avaient rejeté le texte en première lecture, avant même le début de la discussion en séance. Résultat : le texte a été renvoyé en commission mixte paritaire, composée de députés et sénateurs, et où une majorité de droite se dégageait sans difficulté. Le seul vote à l’Assemblée nationale porte donc sur l’ensemble du texte, et non sur des amendements spécifiques. Sans surprise, le RN a voté en faveur de la proposition de loi Duplomb, et donc pour le relèvement des seuils des élevages intensifs, main dans la main avec LR et les députés macronistes (législature 17, vote n°2957).
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Élevage pastoral : défendre la ruralité sans changer de modèle
Une des alternatives à l’élevage intensif est le pastoralisme, un mode d’agriculture fondé sur le pâturage de ressources naturelles (prairies, montagnes) et se caractérisant par le déplacement des troupeaux. En France, il se pratique avant tout en zone montagneuse et dans le sud du pays.
Face à l’élevage intensif, l’agriculture pastorale a plusieurs avantages. Les animaux se nourrissent essentiellement de ressources naturelles, ce qui limite l’utilisation d’intrants importés. La faible concentration animale améliore leur bien-être et réduit les risques de pollution, même si la pollution de l’eau reste un problème. À condition que le troupeau soit assez mobile, le pastoralisme permet aussi d’éviter le surpâturage, souvent synonyme de perte de biodiversité. Enfin, il joue un rôle dans la prévention des incendies en limitant l’embroussaillement.
L’agriculture pastorale était absente du programme du RN en 2022. Mais dans une stratégie de défense des traditions et de la ruralité, c’est un sujet porteur pour les élus d’extrême droite. Certains députés RN et UDR ont d’ailleurs déposé en 2025 une proposition de loi visant à mieux reconnaître le pastoralisme et la transhumance. Le pastoralisme offre au RN une façon de défendre un autre modèle d’élevage, ancré dans les territoires, sans pour autant remettre fondamentalement en cause l’élevage intensif.
Les votes du RN sur le pastoralisme : entre soutien et abstention
À l’Assemblée, le RN a affiché des positions nuancées sur le pastoralisme, oscillant entre vote favorable, contre et abstention. Le groupe d’extrême droite a ainsi voté pour un amendement visant à soutenir financièrement l’Office national des forêts (ONF) dans son activité d’organisation du pastoralisme en zone forestière (législature 16, vote n°2891).
En revanche, le RN s’est abstenu sur un amendement, porté par des députés LR, appelant à reconnaître le pastoralisme au même titre que l’élevage dans la stratégie de souveraineté agricole française (législature 16, vote n°3781). Le RN s’est aussi abstenu sur un amendement visant à inclure les acteurs pastoraux dans l’élaboration des plans de protection de la forêt contre les incendies (législature 16, vote n°1574). Sur ce point, la députée écologiste Marie Pochon, à l’origine de l’amendement, estimait que la représentation dans ces plans via les chambres d’agriculture est insuffisante : “Les acteurs du pastoralisme sont sous-représentés et peu écoutés dans les chambres d’agriculture”.
Enfin, le groupe de Marine Le Pen a voté contre un amendement socialiste visant à mieux intégrer le pastoralisme dans la formation professionnelle agricole (législature 16, vote n°3852). “C’est une pratique importante qui doit être transmise aux jeunes générations”, plaidait le député Inaki Echaniz. L’amendement a été rejeté par une majorité allant des Macronistes à l’extrême droite. Pour le ministre de l’agriculture de l’époque Marc Fesnau, le pastoralisme était déjà implicitement couvert dans le texte par la catégorie “métiers de l’agriculture”.
Méga fermes de saumon : le RN vote pour
Autre forme d’élevage sur lequel les députés ont eu à se prononcer : les mégafermes à saumon. Pour rappel, 99,9% des saumons consommés dans le monde sont issus d’élevages. La France est un des plus gros consommateurs de saumon dans le monde, avec près de 230 000 tonnes en 2023, dont l’immense majorité vient de l’étranger.
Pour répondre à cet appétit du consommateur et réduire les importations, les industriels souhaitent implanter des exploitations aquacoles terrestres en circuit fermé, communément appelées RAS (Recirculating Aquaculture Systems). Concrètement, les saumons sont élevés dans des bassins terrestres de leur naissance jusqu’à leur poids d’abattage. Deux projets sont actuellement en cours en France : Pure Salmon en Gironde et Local Ocean dans le Pas-de-Calais.
Un désastre pour l’environnement et le bien-être animal
Ces élevages sont fortement décriés pour leur impact environnemental. Ils menacent les écosystèmes et les autres filières agricoles (pêche, ostréiculture) par l’évacuation d’importantes quantités d’eaux usées en milieu naturel, parfois à proximité de zones classées et protégées. Pour illustrer, traiter les effluents d’un élevage de 10 000 tonnes de saumons nécessite une station d’épuration dimensionnée pour 60 000 à 100 000 habitants (FranceAgriMer), alors que les projets français ambitionnent d’en produire jusqu’à 40 000 tonnes.
Le saumon étant une espèce carnivore, ces mégafermes contribuent aussi à la surpêche et représentent une perte nutritionnelle nette : selon les industriels, il faut 1,45kg de poisson pour produire 1kg de saumon. C’est d’autant plus problématique lorsque les saumons sont nourris d’espèces directement consommables par l’homme (pêche minotière). Si le projet de Pure Salmon, en Gironde, s’engage à ne pas recourir à la pêche minotière, il n’en demeure pas moins problématique du point de vue du gaspillage des ressources halieutiques.
Ces mégafermes sont aussi un désastre pour le bien-être animal. Les projets français prévoient des densités de 80 kg/m³, alors que le bien-être animal commence à se détériorer à partir de 10 à 20 kg/m³. Résultat : souffrance, stress, déformations et propagation de maladies. Sans compter les épisodes de mortalité de masse en cas de défaillance du système de traitement de l’eau.
Des positions en faveur de l’aquaculture intensive
Ni le programme du RN ni les interventions de Marine Le Pen ne font état d’une position sur l’élevage de saumons. Dans une interview accordée au Journal du Médoc, Grégoire de Fournas, député RN de la circonscription concernée par le projet Pure Salmon entre 2022 et 2024, a soutenu ce dernier, soulignant son potentiel en matière d’emploi et son rôle dans la réduction des importations. Il ajoutait néanmoins : “Si ça fait mourir la pêche autour, je m’y opposerai.”
Le RN s’est opposé à deux amendements visant à freiner ou interdire l’installation de mégafermes de saumon (législature 17, votes n°433 et n°4027). Une majorité allant du socle commun macroniste à l’extrême droite les a rejetés. Leurs opposants ont brandi l’argument des importations : “Cela revient à poursuivre les importations massives”, notait en séance le ministre délégué Damien Amiel. Une position qui omet toutefois de mentionner que ces mégafermes reposent sur l’importation de nourriture animale et de soja nécessaires à l’alimentation des saumons.
Et les élevages de pieuvre ? Aucun problème pour le RN
C’est une toute nouvelle thématique. Alors qu’aucun élevage de pieuvres n’existe dans le monde, un premier projet pourrait voir le jour aux Canaries (Espagne). Plusieurs ONG ont tiré la sonnette d’alarme, et certaines autorités, comme la Californie, ont d’ores et déjà interdit la création de tels élevages. Les risques sont multiples : pollution de l’eau, fuite de pieuvres vers la faune locale, surpêche pour les nourrir, et problématiques de bien-être animal. La pieuvre est reconnue comme un être sentient dans certains pays et pour laquelle il n’existe pas de méthode d’abattage sans cruauté.
Dans ce contexte, un amendement appelait à interdire l’implantation d’élevages de pieuvre en France (législature 16, vote n°3961). La gauche a voté en faveur, le socle commun macroniste et le RN l’ont rejeté. “J’ai une pensée pour Paul le poulpe”, s’est moqué en séance le député macroniste Pascal Lavergne, avant de poursuivre : “Que ceux qui ne veulent plus en manger n’en mangent pas, la loi n’interdit pas aux autres de continuer à le faire”.
Associations de défense des animaux : dans le viseur de l’extrême droite
Si l’extrême droite entend aujourd’hui défendre les “lanceurs d’alerte” qui combattent les “wokistes” et la “politique migratoire”, ceux qui révèlent les conditions dans les élevages intensifs ne reçoivent pas le même traitement. À l’Assemblée, l’extrême droite s’allie depuis plusieurs années à la droite pour entraver le travail des lanceurs d’alertes et associations de défense des animaux.
Ces amendements, inspirés par la FNSEA, ont tous le même procédé : suspendre les avantages fiscaux des associations au titre des dons lorsqu’un de leurs membres est reconnu coupable d’actes d’intrusion sur des propriétés agricoles. Des amendements “révoltants qui visent à asphyxier financièrement les associations de défense des animaux”, avait alerté L214 en 2022. L’un de ces amendements avait été adopté dans le projet de loi de finances pour 2025 (législature 17, vote n°95), avant d’être écarté suite au rejet du texte par l’Assemblée nationale en octobre 2024.
Sept amendements pour faire taire les associations
Des députés LR, Horizons et RN ont déposé ces amendements contre les lanceurs d’alertes (ou “délinquants radicaux” selon le député RN Jocelyn Dessigny). Nous en avons répertorié sept qui ont fait l’objet d’un vote en séance publique (législature 16, vote n°292 : législature 17, votes n°65, n°67, n°95, n°3730, n°3738, n°3741). Tous ont reçu le soutien du RN et de son allié d’extrême droite UDR, ainsi que, dans la quasi-totalité des cas, des députés LR. Au sein du bloc central, Renaissance a systématiquement voté contre, affichant un certain malaise face à ces amendements, tandis que les députés Horizons, le parti d’Edouard Philippe, ont parfois voté en faveur.
Les débats sont souvent enflammés. Pour Marc Le Fur, député LR chef de file sur cette question, ces intrusions “conduisent à caricaturer ce qui se passe dans les exploitations agricoles” et effraient les exploitants eux-mêmes. Pour le député insoumis Éric Coquerel, qui rappelle l’importance de la désobéissance civile dans les limites de la légalité, ces amendements reviennent à “ouvrir la boîte de Pandore” : “Bientôt, ce seront les syndicats agricoles qui saccagent les sous-préfectures ou les occupations d’usine que certains considéreront comme illégales et voudront sanctionner financièrement”. Et le député d’ajouter : “ces associations ont révélé des pratiques de maltraitance qui sont intolérables, comme l’écrasage de poussins vivants”.
Élevage bio et agroécologique : l’opposition des députés RN
L’agroécologie et le bio sont des alternatives à l’élevage intensif. L’élevage agroécologique est un système global qui cherche à remplacer les intrants externes et à mieux intégrer l’animal dans son environnement. Fondé sur l’extensif, il diminue la dépendance aux chaînes de production industrielles et présente plusieurs intérêts environnementaux : maintien de la biodiversité, diminution des pollutions et diminution des émissions liées aux intrants. L’élevage bio, qui peut toutefois s’inscrire dans un système industriel, permet néanmoins de limiter le recours aux pesticides dans la nourriture animale, et contribue ainsi à réduire plusieurs pollutions.
Surtout, les élevages agroécologiques et bio améliorent le bien-être animal : densités plus faibles, accès à l’extérieur et au pâturage, présence d’une litière naturelle, interdiction de l’élevage en cage et âge minimal d’abattage. “Certes, des pratiques sont interdites, mais ce sont les mêmes abattoirs qui tuent les animaux bio et conventionnels, avec les mêmes failles”, relativise Tom Bry-Chevalier, doctorant en économie.
Sur la question de l’agriculture bio, le RN a retourné sa veste entre 2022 et aujourd’hui. Durant la présidentielle, Marine Le Pen promettait un “plan de soutien”. Cet élan a disparu du programme du RN en 2024, lors des législatives. Comme le relève le média Basta, le RN s’est opposé à tous les textes visant à développer le bio au Parlement européen. Même constat du côté de la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB), qui a analysé les positions des députés sur deux gros projets de loi : “le RN n’a déposé aucun amendement en faveur du bio et en a déposé deux contre”.
Dans l’hemicycle, le RN vote contre le bio
C’est également le résultat de notre analyse. Sur les 13 amendements portant sur l’agriculture bio et l’agroécologie, le RN a voté contre 11 d’entre eux et s’est abstenu à deux reprises. Le groupe d’extrême droite a par exemple voté contre un amendement qui inscrivait l’objectif d’un système agricole 100% biologique en 2050 (législature 16, vote n°3747), mais aussi contre un objectif de seulement 25% en 2030 (législature 16, vote n°3748) ou de 18% en 2027 (législature 16, vote n°3883). Une majorité allant du socle commun macroniste à l’extrême droite les a tous rejetés.
Le RN a également rejeté en bloc plusieurs amendements appelant à une transition vers une agriculture plus biologique et agroécologique (législature 16, votes n°3777, n°3778, n°3779, n°3853, n°3886, n°3861 ; législature 17, vote n°3749). Le groupe s’est en revanche abstenu sur deux amendements : la création d’un programme de soutien (910 millions d’euros) en faveur du bio et l’obligation d’au moins 50% de produits bio en restauration collective (législature 16, votes n°2889 et n°3799).
Nous avons relevé d’autres amendements (législature 16, votes n°3847, n°3887, n°3848 et n°3933) appelant au développement d’exploitations plus diversifiées, ce qui aurait un effet vertueux sur l’élevage. La diversification des élevages, et donc le développement d’exploitations alliant production animale et céréalière, s’accompagne souvent d’une diminution du cheptel, d’une moindre dépendance aux importations de nourriture animale, de créations d’emplois agricoles et d’une meilleure transmission des exploitations. Le RN a systématiquement voté contre.
Nitrites : le RN contre leur interdiction en dépit des risques sanitaires
Autre sujet lié à l’élevage intensif : la présence d’additifs nitrés (nitrites et nitrates) dans la viande. L’industrie ajoute ces additifs pour assurer la sécurité sanitaire des aliments, mais aussi pour satisfaire un consommateur habitué à la couleur rose du jambon. Sauf que, c’est écrit noir sur blanc dans un avis de l’Anses de 2022 : ces additifs engendrent “la formation de composés nitrosés, dont certains sont cancérogènes et génotoxiques pour l’homme”. Autrement dit : il existe une association entre risque de cancer colorectal et exposition aux nitrites et nitrates.
L’utilisation de ces additifs est indissociable du développement de l’élevage intensif. Ils sont apparus avec l’industrialisation de la production de viande aux Etats-Unis à la fin du 19e siècle, puis “en France dans les années 1960 avec l’intensification de l’élevage”, rappelle le journaliste Guillaume Coudray. En plus d’augmenter le temps de production et donc la rentabilité économique, ces additifs rendent les jambons plus attractifs sous les néons des supermarchés et permettent à l’industrie d’être moins regardante sur la qualité sanitaire de la viande. “Ils ont rendu possible l’élevage industriel, explique Camille Dorioz, de l’association Foodwatch. Ce type d’élevage produit une viande de basse qualité sanitaire, et cela peut être rattrapé par ces additifs, qui tuent toutes les bactéries”. Les additifs nitrés sont donc un pilier du modèle économique de l’élevage intensif, même si désormais certains industriels proposent des gammes sans nitrites.
L’inaction politique malgré les risques sanitaires
Sur le plan politique, les lignes ont bougé. À la suite d’une mobilisation citoyenne en 2019, le député Richard Ramos (Modem) s’est emparé du sujet et a porté une mission d’information sur la question, suivie d’une proposition de loi. “Mais celle-ci a été vidée de sa substance”, regrette Camille Dorioz. Le gouvernement a également publié un plan nitrite, mais sans interdiction. “Le gouvernement a préféré miser sur des engagements volontaires plutôt que de réglementer. C’est à côté de la plaque par rapport aux recommandations sanitaires”, résume Camille Dorioz.
Le sujet revient régulièrement à l’Assemblée. Nous avons recensé 5 amendements, tous portés par la gauche, qui visaient à interdire l’utilisation d’additif nitrés dans la charcuterie et le jambon cuit, à réduire les doses autorisées, à instaurer un étiquetage spécifique pour les produits avec additifs, et enfin à interdire leur service en restauration collective (hôpitaux, maternités, cantines scolaires). Le RN les a tous rejetés, aux côtés de LR et des députés macronistes (législature 16, votes n°1377, n°1378, n°1380, n°1379 et n°1381). Pour le député RN Grégoire de Fournas, une limitation des nitrites “mettrait par terre la filière charcutière française”. Le ministre des solidarités de l’époque, Jean-Christophe Combe, s’est caché derrière le plan d’action national de réduction des nitrites, oubliant de mentionner que ce dernier n’a aucune valeur contraignante pour les industriels.
Réduction de la consommation de viande : le RN farouchement opposé
Sortir de l’élevage intensif sans réduire la consommation de viande ? Impossible. C’est la conclusion de plusieurs rapports (ici et ici). “Sans diminuer la consommation de viande, il est impossible de changer de type d’élevage, mais aussi de se défaire des importations”, explique Alix Mennella, de l’Association végétarienne de France. D’ailleurs, les positions défendant l’élevage intensif le justifient par la demande soutenue en consommation de viande, le risque d’une hausse des prix, et la dépendance aux importations.
Développer l’élevage extensif sans changer la consommation de viande est techniquement impossible. “Plus on élève les animaux en extensif, plus il faut de place, c’est évident”, note Samuel Airaud, de l’association L214. C’était d’ailleurs l’argument de Jean-Baptiste Moreau, député macroniste entre 2017 et 2022 et éleveur bovin, lors d’un débat à l’Assemblée : “La surface nécessaire pour élever en plein air la totalité des porcs que nous consommons est de 500 000 hectares, soit l’équivalent d’un département français”. Selon certains scénarios, développer un élevage extensif et agroécologique nécessiterait de réduire la consommation de viande d’au moins 50%, voire près de 70%.
L’argument est aussi financier. Acheter de la viande issue d’élevages extensifs, voire bio, est plus onéreux, et donc difficilement accessible sans réduction de la consommation. Alix Mennella prend l’exemple de la restauration collective : “Avoir de la viande venant d’animaux élevés en extensif, avec les contraintes budgétaires des cantines, c’est impossible sans proposer au moins un menu végétarien”. À Dijon, par exemple, les cantines scolaires proposent désormais deux repas végétariens par semaine, tout en servant les autres jours de la viande locale et parfois labellisée.
Baisser la consommation de viande : un impératif pour le climat
En France, la consommation de viande est d’environ 90 kg par an et par personne, soit le double de la moyenne mondiale. Si elle stagne globalement, sa structure évolue : moins de viande bovine, davantage de volaille, et une part croissante dans les plats préparés. Parallèlement, les Français ne consomment pas assez de protéines végétales, dont leur consommation a été divisée par quatre en vingt ans. La marge de manœuvre pour réduire la consommation de viande est donc réelle, et ce serait autant bénéfique pour la santé que pour lutter contre le changement climatique. Selon un rapport du HCC, réduire de 50% les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole à l’horizon 2050 est réalisable, mais ce scénario passe “par une baisse de la consommation de protéines animales d’au moins 30%”.
Dans le programme RN, rien sur la réduction de la consommation de viande. C’est même tout le contraire : l’extrême droite a érigé le véganisme en symbole de la “dérive wokiste” à combattre, au même titre que le féminisme et l’antiracisme. Ces discours “surfent sur les craintes identitaires à grands coups de polémiques sur ces horribles substituts végétaux qui “attaquent la gastronomie française” et “dénaturent nos barbecues””, note Victor Duran-Le Peuch, dans son livre sur l’antispécisme. Résultat : la presse réactionnaire et les députés RN n’hésitent pas à s’en prendre aux modes alimentaires végétariens et à comparer les végans à des “individus radicalisés”.
À l’Assemblée nationale, le RN vote contre les menus végétariens
Ces positions se reflètent à l’Assemblée. Sur les quatre amendements repérés portant sur la réduction de la consommation de viande, le RN a voté contre, aux côtés de la droite et des députés macronistes. Portés aussi bien par la gauche que par quelques députés du bloc central, ils visaient à promouvoir les plats végétariens dans les cantines (législature 16, votes n°1370, n°1372 et n°1373), ou encore à interdire la publicité sur la viande (législature 16, vote n°1346). Seule la gauche a voté en leur faveur. Dans l’hémicycle, le député RN Nicolas Meizonnet s’est insurgé contre ces amendements qui viseraient à supprimer “la viande dans les cantines et donc les filières d’élevage dans notre pays”. Un argument facilement critiquable : selon la députée macroniste Sandrine Le Feur, “70 % de la viande consommée dans la restauration collective n’est pas d’origine française”.
Le RN s’est également abstenu sur un amendement visant à intégrer les thématiques de l’alimentation dans les programmes scolaires (législature 16, vote n°3843). Pour son auteur, le député insoumis Loïc Prud’homme, l’objectif est de faire évoluer les modes de consommation vers des pratiques moins industrielles et plus paysannes. Et le député d’ajouter : “Cet enseignement sera aussi l’occasion d’être sensible à la question de la condition animale, aux conditions d’élevage et d’abattage, et à toutes les alternatives qui existent aux protéines carnées.” Seuls les députés LFI et écologistes ont voté en faveur de l’amendement. À l’Assemblée, le député macroniste Antoine Armand a critiqué un “amendement antiviande et antiélevage”. Autre problématique soulevée lors de la discussion : il n’appartient pas au législateur de définir les programmes scolaires, mais au Conseil supérieur des programmes.
Conclusion : Le RN vote contre le bien-être animal et le climat
Notre analyse des votes du RN montre que le parti est un fervent défenseur du modèle d’élevage intensif à l’Assemblée nationale. Des positions cohérentes avec la quasi-absence de ces questions dans le programme électoral de Marine Le Pen en 2022.
Ces votes montrent que le RN contribue à perpétuer un modèle néfaste pour les humains, les animaux et la planète. Pour les éleveurs, rappelons que le temps consacré à chaque animal dans un système intensif est réduit au minimum, voire inexistant. Les animaux ne sont qu’un facteur de production. Des pratiques industrielles vécues comme violentes par les travailleurs et qui engendrent une souffrance psychologique réelle. L’élevage intensif menace aussi les exploitations paysannes, pourvoyeuses d’emplois, qui ne peuvent pas rivaliser avec les économies d’échelle qu’il permet.
Le RN contribue aussi à maintenir en place un modèle fondé sur la surdensité et l’enfermement des animaux, avec toutes les problématiques de mal-être et de maladies qu’un tel système engendre.
Enfin, en soutenant l’élevage intensif, le RN souhaite maintenir un système de surconsommation de viande désastreux pour l’environnement. Au niveau européen, l’élevage représente 70% des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole. Réduire la consommation de viande et sortir du modèle intensif sont donc des impératifs pour diminuer ces émissions.
Quand le RN ignore la science
Les positions du RN vont donc à l’encontre des opinions citoyennes mais aussi du consensus scientifique. Une mise à l’écart de la science qui inquiète. En 2024, en pleine campagne électorale, un collectif de plus de 4000 scientifiques, dont Valérie Masson-Delmotte et Christophe Cassou, avait déjà alerté sur les risques que représenterait une arrivée du RN au pouvoir pour la place accordée aux faits scientifiques dans le débat public et les décisions politiques. Plus récemment, une quarantaine de scientifiques ont dénoncé, de manière plus générale, la manière dont les travaux scientifiques, notamment sur l’élevage, sont ignorés dans le débat public.
Le modèle agricole défendu par le RN, tourné vers le productivisme et la compétitivité, accorde peu de place au bien-être animal, à l’environnement et à la santé publique. Mais le RN n’est pas le seul : notre analyse montre que, dans la majorité des cas, un bloc allant des députés macronistes à l’extrême droite a voté ensemble pour défendre l’élevage industriel et intensif. Dans un tel contexte politique, tout changement de modèle d’élevage reste peu probable.
One Response
Le problème aujourd’hui n’est pas de savoir si l’on doit sortir de ce modèle mais dans l’immédiat si l’on peut.
En tant qu’agriculteur, de montagne ( producteur de fromages) une vingtaine de vaches laitières en systèmes extensif, je ne pourrais jamais nourrir beaucoup de gens.
Ce système de production est né après la dernière guerre où il faut le dire nous avions un grand besoin de nourriture.
Donc, produire vite et en masse était l’objectif.
Arrivé des premiers tracteurs, des engrais mais cela a un prix.
Endettement, faillite, rachat par les voisins des terres et des structures, spéculation immobilière sur le foncier,arrivé de la PAC, augmentation de la population.
Ce sont tous ces facteurs qui on conduit à ce mode de production : l’économie d’échelle.
C’est de là que vient le problème,on produit beaucoup, vite sûr des structures intensives,parce que les gens on faim,et puis on veut vivre mieux, partir en vacances…. Cela à un prix, mais on ne peut pas tout avoir.
Comme pour la voiture électrique nous ne sommes pas prêts à changer de système du moins pas de suite et pas avec les mentalités et les accords et réglementation qui sont mis en place par l’Europe et nos Gouvernements.
Un dernier problème ce dessine, l’accès au foncier depuis longtemps mais souvent ignoré, que manque t’il à l’agro industrie ?Le support, la terre, que l’on cultive,choc entre production, remembrement, prix d’achat.
Tous ça pour nourrir une population que l’on sous paie.
Qui en font les frais, les agriculteurs.
Parce que manger du vert , d’accord mais qui va le cultiver, où, dans quelle conditions, le problème sera reporté sûr d’autres productions qui seront de nouveau passé en intensives.
Je crois qu’il faut de tout et pour tous, et pour l’instant au vu des accords et des produits que nous importons, la production française reste encore une des plus ” propre”.
Comme je dis souvent, si l’on veut c’est que l’on peut, sinon on aimerait, on souhaiterait.