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La canicule exceptionnelle de juin est à peine terminée que la prochaine pourrait déjà pointer le bout de son nez. Mais gare à la désinformation. Sur les réseaux sociaux, des comptes très suivis, comme Dormir au courant (près d’un million d’abonnés) agitent les peurs – bien légitimes – des Français en annonçant des températures allant jusqu’à 45 degrés à partir du 6 juillet.

Inutile d’être aussi alarmiste, si ce n’est pas pour faire du clic facile. En commentaire, Météo-France tempère : “Les modèles météo persistent sur une anomalie chaude concernant l’ensemble du pays. Cependant, il reste difficile à cet horizon de prévision d’être plus précis sur l’intensité des fortes chaleurs”. Alors à quoi peut-on réellement s’attendre pour la semaine prochaine ? À quelles informations se fier ? Nous avons posé ces questions à Sébastien Léas, prévisionniste chez Météo-France.
Sommaire
Que sait-on déjà de la prochaine canicule ?
On a une bonne fiabilité sur le retour, à partir de ce vendredi et jusqu’au début de la semaine prochaine, de conditions anticycloniques et bien ensoleillées sur le pays. Un scénario chaud et ensoleillé se dessine donc sur une bonne partie du territoire. En revanche, quelques incertitudes subsistent quant à l’intensité de la chaleur.
Parler de températures pouvant atteindre les 45 degrés est donc exagéré ou en tout cas prématuré ? Il s’agit d’un scénario extrême ?
Les 45 °C annoncés sortent du modèle américain déterministe GFS (Global Forecast System). En fait, en prévision météorologique, on utilise des modèles déterministes et ensemblistes (ou probabilistes). Les modèles déterministes ne produisent qu’un seul scénario et sont surtout utilisés pour les prévisions à court terme, jusqu’à environ J+3. Au-delà, on s’appuie davantage sur les modèles ensemblistes, comme celui du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, qui proposent un ensemble de scénarios et permettent de dégager des tendances. Pour cela, on modifie légèrement l’état initial de l’atmosphère et on fait tourner une cinquantaine de fois le même modèle numérique (c’est-à-dire un programme informatique qui simule l’atmosphère). Parmi cette cinquantaine de scénarios, certains sont extrêmes, dans un sens comme dans l’autre, et n’ont qu’une faible probabilité de se produire (moins de 5%).
On peut avoir un pôle de scénarios qui se ressemblent, avec un temps sensible assez similaire, et parfois des scénarios alternatifs qui se dessinent. Là, en l’occurrence, on n’a pas vraiment de scénario alternatif concernant le temps, d’où la prévision d’un temps sec et ensoleillé. En revanche, les scénarios diffèrent sur l’intensité de la chaleur. On peut avoir des scénarios qui ont moins de 5 % de chances de se produire, avec des températures aussi élevées que celles de la semaine dernière, mais on a la même probabilité d’avoir des températures proches des normales de saison.
Ces scénarios extrêmes sont donc lissés, et on retient un scénario médian, c’est-à-dire celui qui a le plus de chances de se produire puisqu’il regroupe une trentaine de scénarios sur 50. Ce scénario médian prévoit en l’état, pour la semaine prochaine, des températures de 4 à 5 °C au-dessus des normales de saison.
D’ailleurs, quand on prend l’équivalent ensembliste du GFS, on voit qu’il donne des valeurs beaucoup moins élevées, car il se base aussi sur une moyenne. Si on prend le scénario moyen, on n’obtient pas de grandes envolées de température. C’est le principe de faire des moyennes, on limite les extrêmes.
Quels sont les indicateurs utilisés pour anticiper la vague de chaleur qui arrive ?
On peut utiliser l’indicateur thermique national prévu en examinant sa valeur moyenne, mais aussi les différents percentiles, c’est-à-dire les pourcentages de dépassement de seuil qu’il peut y avoir. Cela permet d’obtenir une sorte de panache de températures. Aux échéances les plus proches, ce panache est très resserré et plus on s’éloigne dans le temps, plus son amplitude augmente.
Si on prend la prévision pour demain, par exemple, le delta entre la prévision la plus chaude et la prévision la plus froide est d’environ 1°C sur l’indicateur thermique national. En revanche, la semaine prochaine, cet écart atteint les 8-9°C entre la prévision la plus chaude et la prévision la plus froide. Au-delà de J+10, il peut dépasser les 10°C.
En fonction des applis de météo, on n’aura pas les mêmes prévisions. Comment cela se fait-il ? À qui peut-on se fier ?
Non seulement on n’obtient pas les mêmes résultats, mais ces applications ne sont pas toutes expertisées humainement. Quand vous regardez l’appli météo d’Apple, par exemple, on ne sait pas d’où sort l’information. Quand on regarde l’application Météo France, tout ce qui est donné à JO et J+1 (la météo du jour et du lendemain) est expertisé humainement ; au-delà de J+2, on a moins d’interventions humaines et on rentre un peu plus dans ce qu’on pourrait appeler du modèle brut.
Cette expertise humaine est importante car chaque modèle numérique a ses qualités et ses défauts. Certains modélisent bien la couche nuageuse, d’autres les orages ou les températures. C’est à nous, en tant que prévisionnistes humains, de limiter leurs défauts et de tirer le maximum de leurs qualités. On ne regarde pas un seul modèle mais plusieurs à la fois, et on les compare.