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Rendements en chute libre, évaporation record… Le bilan des méga-bassines de l’été 2026

Publication :
©Crédit Photographie : DAMIEN MEYER / AFP La bassine de Sainte Soline en 2023
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Le bon sens serait de stocker de l’eau en hiver, pour arroser les cultures en été. Défendue par le syndicat agricole majoritaire FNSEA, cette solution technique est relayée par un large bloc politique réunissant l’extrême droite du Rassemblement national, l’extrême droite de la droite de Bruno Retailleau et François-Xavier Bellamy mais aussi la droite et la majorité présidentielle. 

Ensemble, ce bloc politique vient de voter une loi d’urgence facilitant la construction d’ouvrages de stockage de l’eau et limitant le débat démocratique à leur sujet. Alors que l’on vient de vivre un hiver extrêmement pluvieux suivi d’une fin de printemps et d’un été caniculaire, tous crient à l’unisson pour aller encore plus loin afin de s’adapter à la sécheresse qui mine le monde agricole. 

Mais qu’en est-il des dizaines de bassines déjà construites ? Peut-on mesurer leur efficacité et leur utilité dans ce contexte caniculaire ? Comment a été utilisée l’eau de ces réserves depuis le début de l’été ? Entre opacité totale sur le partage de l’eau et évaporation monstre, les chiffres que diffusons pour la première fois montrent une solution loin d’être satisfaisante. 

Guerre de l’eau : où se trouvent les méga-bassines ?

Si on trouve des méga-bassines dans beaucoup de départements, les réserves les plus nombreuses et les plus célèbres se situent dans un vaste triangle allant de La-Roche-sur-Yon à Angoulême et à Poitiers. Ce territoire entoure le marais poitevin et se situe sur plusieurs bassins versants (la Sèvre Niortaise, Mignon, Charente) et plusieurs départements (Vendée, les Deux-Sèvres, la Vienne et la Charente-Maritime). 

Depuis les années 1980, des milliers d’hectares ont été drainés dans et autour du marais poitevin, dans le but d’arroser les cultures céréalières et notamment le maïs. L’assèchement de cette zone humide a été terrible et a réduit d’un tiers la surface du marais. Cette catastrophe écologique a valu une condamnation de la France par la Cour de justice européenne en 1999.   

Par la suite, des autorisations de pompage gigantesques ont malgré tout été accordées aux agriculteurs locaux afin de les autoriser à pomper dans les cours d’eau dans des proportions largement supérieurs aux capacités du milieu.

Depuis le début des années 2010, une partie du monde agricole défend en prime la construction de bassines, dites réserves de substitution. Ces réserves sont des trous artificiels qui peuvent stocker plusieurs centaines de milliers de m3 d’eau et se remplissent via des pompes qui puisent l’hiver dans les nappes ou dans les rivières. L’argument en leur faveur est d’affirmer que ces prélèvements se substituent et donc seraient préférables à des prélèvements faits en période estivale. De nombreux arguments en leur défaveur ont été détaillés sur Bon Pote : l’eau stagnante dans les bassines chauffe, s’évapore et se détériore, cette eau bénéficie à un petit nombre d’usagers, ces réserves maintiennent un modèle agricole gourmand en eau au lieu de le faire évoluer. 

La construction d’une partie de ces ouvrages était illégale, ce qui n’a pas empêché le soutien de l’Etat et de certains préfets. Au bout de longues procédures, la justice a récemment ordonné la destruction de plusieurs ouvrages. Par ailleurs, la tristement célèbre bassine de Sainte-Soline, connue pour avoir été le théâtre de violences policières, a aussi fait l’objet d’une interdiction de remplissage l’hiver dernier par une décision de justice visant à prévenir les impacts sur la biodiversité locale. En dehors de ces cas précis, plusieurs dizaines de bassines ont bien été remplies pendant l’hiver dernier. 

Combien d’eau reste-t-il dans les méga-bassines ? 

Aujourd’hui, ces bassines sont en majorité quasiment vides. Selon les informations partagées par le système d‘Information sur l‘Eau du Marais Poitevin et que nous avons pu consulter,  il ne restait ainsi que 2000 mètres cubes d’eau dans la réserve de Mauzé-sur-le-Mignon (l’une des plus anciennes du coin) ce vendredi 14 août. Elle était presque pleine avec encore plus de 200 000 m3 au 10 juin dernier.

Volume d’eau dans la réserve de Mauzé sur le mignon Source : SIEMP

La bassine de Priaires est vide depuis le 7 août. Celle d’Epannes le sera d’ici à quelques jours. Beaucoup de réserves ne comptent plus que quelques dizaines de milliers de mètres cubes. Les réserves les plus grandes ont encore des quantités d’eau un peu plus importantes en stock, dont celle de Sainte Gemme la Plaine avec 110 000 mètres cubes. Mais cela ne durera pas : la courbe de son stock s’effondre aussi vite que les autres, au rythme actuel elle sera vide avant la fin du mois. 

Volume d’eau dans la réserve de Sainte Gemme la Plaine Source : SIEMP

Cette chute s’explique par des consommations d’eau importantes pour l’irrigation. Mais ce n’est pas tout, comme le montre le cas de la bassine de Sainte-Soline. Inexploitée, elle est tout de même complètement vide depuis mi-juillet alors qu’elle a stocké jusqu’à 50 000 m3 au 2 juin dernier.

Ce n’est pas une surprise pour l’hydroclimatologue Florence Habets qui rappelle pour Bon Pote un point important : l’évaporation énorme dans ces réserves : « On a du mal à faire comprendre à quel point l’évaporation peut être conséquente. L’ordre de grandeur, c’est la consommation de plusieurs centaines de personnes qui s’évapore chaque jour dans chaque réserve ». L’hydrologue, qui travaille justement sur un projet de mesure de l’évaporation des réserves, partage par ailleurs les résultats d’une étude récente menée en Afrique du Nord et qui montre que ces réservoirs perdent une quantité d’eau considérable par évaporation, parfois jusqu’au double de leur capacité de stockage annuelle. 

Les quantités d’évaporation constatées dans les réserves d’eau destinées à l’agriculture en Afrique du Nord

Source : Water storage paradox of reservoir expansion and evaporative losses in the MENA region

Ce qui donne un paradoxe : pour sécuriser l’accès à l’eau, les agriculteurs construisent davantage de bassines qui subissent des taux d’évaporation tels qu’elles contribuent in fine au manque d’eau. Dans ce contexte, certains souhaitent encore plus de bassines… Jusqu’à quand ?

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Qui a exploité l’eau stockée dans les méga-bassines ? 

Ces réserves, largement subventionnées, servent principalement à alimenter de grosses exploitations produisant des céréales, dont du maïs. Une enquête de Médiapart a montré que les douze exploitants bénéficiaires de la bassine de Sainte-Soline sont liés à l’agro-industrie intensive, possèdent des structures nettement supérieures à la moyenne nationale et bénéficient d’importantes subventions publiques. La quasi-totalité de leurs parcelles irriguées est dédiée à deux cultures clés de ce modèle industriel : le maïs et le blé tendre d’hiver, souvent destinés à l’exportation. C’est aussi le cas dans beaucoup d’autres territoires. Dans la vidéo ci-dessous, on peut voir un exploitant céréalier installé dans le bassin versant du Mignon expliquer qu’il irrigue 400 hectares de maïs.

La plupart des agriculteurs locaux estiment le système inéquitable. C’est le cas, il faut le dire, des bénéficiaires des bassines à l’arrêt qui crient à l’injustice. Ils ont mis à l’arrêt leurs forages privés et s’estiment doublement victimes, n’ayant plus accès ni à leur forage privé ni aux réserves de substitution qu’ils ont contribué à financer. 

Mais d’autres voisins s’estiment encore plus floués. De nombreux agriculteurs locaux dénoncent la hausse du prix de l’eau causé par les méga-bassines auxquels ils n’ont pas accès.  Dans une interview à Médiapart, une maraîchère dénonce :  « Pour les petits maraîchers et pépiniéristes, il est difficile d’avoir accès à l’eau, même en petites quantités. Globalement, la priorité est donnée à des productions qui sont loin d’être indispensables. C’est totalement déraisonnable. » Un témoignage auquel il faut ajouter la réaction scandalisée de beaucoup d’habitants des Deux-Sèvres, qui voient les champs locaux arrosés massivement pendant la canicule. Est-ce bien raisonnable, alors que les températures élevées rendent le pollen stérile et les récoltes minables, le maïs restant sans épis ? Est-ce même rentable économiquement de récolter aussi peu de maïs en arrosant autant ?

Le caractère très inégalitaire de l’accès à l’eau stockée dans les bassines est confirmé et dénoncé par l’hydrologue Florence Habets, qui rappelle : « Rien n’est prévu pour gérer la pénurie en cas de crise. Il faudrait prendre des décisions courageuses, pour mieux décider à qui et à quoi on consacre l’eau disponible. Beaucoup d’eau est perdue pour arroser des parcelles qui ne vont de toute façon pas ou peu produire, alors qu’à l’inverse des agriculteurs aux besoins beaucoup plus faibles, comme les maraîchers, auraient pu en profiter. Cela demande des discussions collectives, avec bien sûr des indemnisations pour les agriculteurs lésés »

Au lieu de ça, c’est bien la règle du chacun pour soi qui semble prédominer. D’où les prélèvements très rapides et l’effondrement des réserves constatés dans les bassines, même si, déplore Florence Habets la situation manque beaucoup de transparence : aucun outil ne permet de suivre en direct qui utilise l’eau des bassines, les déclarations de font a posteriori et ne peuvent être connue qu’avec deux ans de retard. Dans un contexte de véritable bataille pour l’eau, plusieurs affaires de vol d’eau et d’irrigations illégales ont été constatés. Trois barrages ont notamment été vandalisés fin juin pour dévier l’eau sur la Sèvre niortaise. En 2022, un agriculteur avait déjà été condamné pour avoir capté illégalement de l’eau d’irrigation en Charente-Maritime. Une situation qui n’a pas empêché la Coordination rurale d’appeler officiellement dans un communiqué de presse les agriculteurs à ne pas respecter la loi et à irriguer les cultures de façon illégale. 

Un système non seulement injuste mais aussi inefficace

La situation serait peut-être acceptable si elle permettait des productions agricoles décentes. C’est loin d’être le cas. Dans les Deux-Sèvres, le préfet a récemment alerté sur une situation désastreuse pour l’agriculture locale, avec des rendements “catastrophiques» pour le blé, le maïs, les pois, les féveroles, le maraîchage, les vergers et le fourrage… Le président de la FNSEA locale annonce des pertes de 60 à 70% sur sa propre exploitation de maïs. En Poitou-Charentes, les récoltes de maïs sont nulles dans certains territoires. Suffirait-il de remplacer le maïs par du sorgho, comme on le lit souvent ? Cette enquête de Mediapart montre que les plants de sorgho du coin sont si petits qu’ils sont toxiques pour les vaches, alors qu’à l’échelle nationale les rendements ont décliné pendant cet été caniculaire.

Légende : Source / Agreste

Malgré tout, les bassines semblent encore et toujours présentées comme la solution unique et incontestable au chaos climatique qui nous frappe. L’Etat, à travers le préfet de Charente, s’est même opposé à la destruction des bassines jugées illégales et dont la destruction a été demandée par le rapporteur public dans le cadre d’une procédure judiciaire qui a démarré il y a plus de quinze ans. 

Très contestable, la focalisation du débat sur les bassines empêche de mettre sur la table des solutions urgentes et validées par la recherche scientifique : réduire l’artificialisation des sols, protéger les zones humides, freiner l’eau, protéger les nappes phréatiques et réduire la vitesse de l’écoulement de l’eau et, bien sûr, végétaliser notre alimentation et diminuer de façon massive les émissions de gaz à effet de serre.

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  1. Je me souviens, en 2008 me semble-t-il, que le colonel du SDIS07 m’annonçait des pertes d’1 million de m3 par évaporation sur le lac de Villefort en Lozère pendant la saison estivale.
    Par ailleurs, Meteo-France doit disposer de statistiques d’évaporation avant l’ère Sarko, et que la razzia sur le personnel ne réduise les effectifs des stations. Cette mesure était faite sur des bacs, uniquement manuellement.

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  1. Je me souviens, en 2008 me semble-t-il, que le colonel du SDIS07 m’annonçait des pertes d’1 million de m3 par évaporation sur le lac de Villefort en Lozère pendant la saison estivale.
    Par ailleurs, Meteo-France doit disposer de statistiques d’évaporation avant l’ère Sarko, et que la razzia sur le personnel ne réduise les effectifs des stations. Cette mesure était faite sur des bacs, uniquement manuellement.

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