Dans une vidéo intitulée “la viande, c’est sexiste”, l’influenceur connu sous le nom de Parlons Franc (359 000 abonnés sur Instagram) prend à contrepied l’idée – développée notamment par la députée Sandrine Rousseau – selon laquelle la barbaque serait un “symbole de virilité”. Et affirme, chiffres à l’appui, que la viande rouge, au fond, n’est pas si mauvaise que ça sur le plan écologique.
Notre vidéo réfute ses arguments :
15000 litres d’eau pour 1 kilo de bœuf ?
Il explique tout d’abord que produire un kilo de viande ne consomme pas 15 000 litres d’eau comme on l’entend souvent mais seulement 900 si l’on enlève l’utilisation de l’eau de pluie. Bref, que c’est pas si grave que ça. Si ces chiffres correspondent bien aux ordres de grandeur fournis par l’Inrae, l’influenceur omet de préciser que les produits issus de l’élevage consomment, en majorité, beaucoup plus d’eau que les cultures végétales.
Mais ce qu’il omet de préciser, c’est que les produits issus de l’élevage consomment beaucoup plus d’eau que les cultures végétales. Une étude (Poore and Nemecek, 2018) indique en effet que les prélèvements d’eau douce (dite “eau bleue”, c’est-à-dire n’incluant pas l’eau verte correspondant aux eaux de pluie) pour le fromage (5605 litres pour produire un kilo) et le boeuf (2714 litres) sont largement supérieurs à ceux nécessaires pour produire des pois (397 litres) ou des pommes (180 litres), bien que certains produits végétaux sont également gourmands, comme le riz (2248 litres).

Au passage, comparer la consommation d’eau liée à la production de viande et des jeans, ça ne tient pas vraiment la route. On n’achète pas cinq nouvelles paires de jeans par semaine, alors que la consommation moyenne de viande par tête en France atteint 85 kilos d’équivalent-carcasse par an. Une quantité qu’il faudrait drastiquement baisser pour respecter nos objectifs climatiques, indique le GIEC.
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L’élevage 2% des émissions ?
En parlant de climat, selon lui l’élevage en France ne représente que 2 % des émissions de gaz à effet de serre. Un petit (gros) problème de calcul, sans doute. Selon le CITEPA, l’agriculture en France est responsable de 21 % des émissions, dont 60 % sont issues de l’élevage. Ce qui donne non pas 2 %, mais 12,6 % du total.

Là encore, les émissions liées à la production de viande rouge sont sans commune mesure avec les produits végétaux. 99 kg de CO2 équivalent pour produire 1 kg de bœuf contre seulement 3,2 kg pour du tofu ou 4,5 kg pour du riz…
Non seulement cet argument est donc faux, mais il relève du “whataboutisme” (l’un des douze discours de l’inaction climatique que nous avons déjà passés au crible chez Bon Pote). Si tous les secteurs se dédouanent en disant qu’ils ne représentent que 2 % du total… personne ne fera jamais rien.
Manger local et de saison, la meilleure chose à faire ?
Malgré une idée reçue hyper partagée relayée ici par Parlons Franc, “manger local et de saison” n’est “la meilleure des choses à faire”. C’est bien, mais le transport ne compte que pour 5 à 10% des émissions. Le plus efficace, et c’est établi par le GIEC et le Haut conseil pour le climat, qu’on le veuille ou non, c’est de végétaliser son alimentation.
Pour terminer, la consommation de viande rouge a une bien une composante sexiste. C’est pas un hasard si les hommes en France en consomment près de 2 fois plus que les femmes ! Comme l’analyse notamment la journaliste Nora Bouazzouni, c’est pas parce que les hommes auraient un goût inné pour la barbaque, il y a une construction socio-culturelle derrière particulièrement puissante qui fait que consciemment ou pas, pour la citer, “manger de la viande c’est asseoir sa domination sur la nature”.
À ce propos, on notera que la question du bien-être animal n’est même pas abordée dans la vidéo de l’influenceur autoproclamé “roi des paysans” (dans sa bio Insta) alors même que vous conviendrez que c’est central dès lors que l’on parle d’élevage. Idem pour la question de la santé, malgré les nombreuses études démontrant les bienfaits d’une alimentation végétale (Dinu et al, 2017 et Neuenschwander et al, 2023).
En somme, beaucoup de raccourcis et de cherry picking qui donnent une vision exagérément positive – et irresponsable sur le plan climatique – de la viande rouge auprès d’une large audience.