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Au premier tour des municipales 2026, onze candidats au cœur d’affaires de violences sexistes et sexuelles (VSS) ont été réélus ou portés en tête des suffrages. Choquant, et pourtant, rien de surprenant.
D’abord, les auteurs de VSS se trouvent dans tous les pans de la société et dans tous les milieux sociaux. Ce sont nos pères, nos frères et donc… nos maires. Ensuite, le viol est intrinsèquement une affaire de pouvoir et de domination.
Cette série de victoires électorales rappelle l’ancrage au cœur même de nos institutions de ce qu’on appelle la “culture du viol”, un terme qui désigne à la fois la prévalence des violences sexuelles mais aussi l’impunité, le déni voire la tolérance à leur égard ou encore la tendance collective à minimiser la culpabilité des agresseurs.
C’est, entre mille autres choses, un drame démocratique et écologique. Car, comme le souligne le Groupe 3 du GIEC, l’efficacité des mesures de transition dépend directement de la confiance des citoyens et citoyennes envers leurs institutions et de l’exemplarité de leurs représentants. Comment espérer qu’un élu qui a bafoué l’intégrité physique d’autrui puisse conserver l’immense légitimité nécessaire aux transitions rendues indispensables par les crises écologiques ?
Voici donc une liste de candidats suspectés et/ou condamnés dans le cadre d’affaires de violences sexistes et sexuelles et qui ont obtenu un succès au premier tour des municipales ce dimanche 14 mars :
Sommaire
Toggle1/ Edgard Moulin, réélu (Saint-Ellier-les-Bois, Orne)
Mis en examen au printemps 2025 pour viol sur personne se livrant à la prostitution, proxénétisme aggravé, recours habituel à la prostitution de mineurs et détention d’images pédopornographiques, ce maire a été remis en liberté en octobre. « Ça n’a pas l’air de gêner grand monde », décrivait un reportage de Libération dans le village en février dernier. Il a annoncé se représenter en assurant avoir le soutien de sa population : « On veut que je me représente ! ». Présumé innocent, l’élu a admis avoir eu recours à des prostituées et affirmé qu’elles auraient « menti sur leur âge » selon Ouest France.
Présumé innocent, il était seul candidat à Saint-Ellier-les-Bois et a été réélu en seconde position sur sa liste avec 57 voix pour, 14 blancs, 49 nuls. Il n’a pas manqué d’insulter le journaliste de Ouest France présent, qui a été poussé vers la sortie à la suite du dépouillement.
2/ François Bayrou, en tête (Pau, Pyrénées-Atlantiques)
François Bayrou est largement mis en cause pour son silence et ses mensonges malgré les nombreux lanceurs d’alerte sur les sévices physiques et sexuels dans l’établissement catholique de Bétharram contre des enfants, dont sa propre fille. Ce scandale lui a peut-être pollué son passage à Matignon. Mais cela a semble-t-il peu d’impact sur la campagne des municipales de Pau.
La liste de l’ancien Premier ministre est arrivée en tête avec 7% d’avance sur seconde liste.

3/ André Santini, en tête (Issy-les-Moulineaux, Hauts-de-Seine)
À 85 ans, le maire d’Issy-les-Moulineaux est visé par une information judiciaire ouverte depuis octobre 2024 pour harcèlement moral, harcèlement sexuel et agression sexuelle. Deux anciens collaborateurs dénoncent un « système de terreur et de soumission ». Des enregistrements, diffusés en janvier 2025 par France Inter et Mediapart, glacent par leur crudité : on y entend l’élu sommer un subordonné de se rapprocher « Approche-toi encore plus près, merde ! » ou monnayer sa protection contre une proximité physique « Rapproche-toi de moi pour être protégé ». Malgré les témoignages décrivant des caresses imposées et une tentative de baiser forcé, André Santini, qui nie en bloc et dénonce une « tentative d’extorsion ». Le 13 janvier dernier, la justice a annulé la protection fonctionnelle que le maire s’était fait octroyer par sa propre majorité, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise estimant que les frais de défense d’un élu pour de tels actes n’ont pas à être supportés par le contribuable
Sa liste est arrivée largement en tête au premier tour, avec 43,9% des voix.

4/ Paul Burro, réélu (Belvédère, Alpes-Maritimes)
Ce maire de la Métropole de Nice est accusé d’avoir pisté son ex-compagne avec une balise GPS, menacé de publier des photos d’elle nue et d’user « de sa qualité de maire de la commune de Belvédère pour faire retirer à sa petite-fille, la place qu’elle avait obtenue à la crèche de Villeneuve-Loubet ». Il a été condamné en première instance et en appel. Mais il s’est pourvu en Cassation si bien que sa peine d’inéligibilité de cinq ans ne s’applique pas.
Il a été réélu, et ce à 58% des 649 suffrages exprimés.
5/ Damien Abad, en tête (Oyonnax, Ain)
Pour ces municipales, l’ancien ministre figure en troisième position sur une liste de centre droit. Il est la cible d’un information judiciaire ouverte en juin 2023 pour « viol » et « tentative de viol » et qui concerne désormais trois plaignantes. L’ancien député est « mis en examen pour tentative de viol sur l’une des trois plaignantes et placé sous le statut de témoin assisté dans le cadre de deux autres plaintes pour viol », informait Médiapart en février dernier. Damien Abad est présumé innocent et invoque son handicap comme preuve de l’impossibilité physique de commettre ces actes.
Il avait échoué aux législatives en 2024, et peut encore espérer mieux en 2026 : sa liste est arrivée en tête au premier tour, mais avec une centaine de voix d’avance sur la seconde.
6/ Jean-Michel Baylet, réélu (Valence d’Agen,Tarn-et-Garonne)
L’ex-ministre a été visé par une enquête, révélée en mars 2021, pour des “viols et agressions sexuelles” sur une mineure qui avait entre 12 et 14 ans. C’est une médecin qui avait d’abord dénoncé en 2002 les violences dont aurait été victime la fille d’un ancien sénateur du Tarn-et-Garonne par Jean-Michel Baylet. Cette dernière a ensuite porté plainte en 2020 pour ces faits qui auraient eu lieu au début des années 1980, ce que Jean-Michel Baylet a toujours contesté. Trop tard : cette enquête a été classée sans suite pour cause de prescription, ce à quoi l’avocate de la plaignante a commenté : « Ce qui est important, c’est que le parquet ne dit pas qu’il a classé parce que les faits sont insuffisamment caractérisés ». Au début des années 2000, décrivait Médiapart, Jean-Michel Baylet avait déjà été visé par une enquête préliminaire après qu’une collaboratrice l’avait accusé de « coups ». Selon le site d’informations BuzzFeed, cette accusation s’est soldée par un classement sans suite et une transaction financière.
Jean-Michel Baylet a été réélu avec plus de 61 % des voix.
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7/ Grégory Marty, réélu (Port-Vendres, Pyrénées-Orientales)
Le maire a été visé en 2024 par une enquête pour agression sexuelle et harcèlement contre une jeune secrétaire de la mairie de 22 ans. Il a été placé en garde à vue. Quelques semaines plus tard, France 3 Occitanie dévoilait deux nouvelles plaintes déposées. Une employée de mairie âgée d’une quarantaine d’années l’accuse de harcèlement sexuel et moral, une autre personne l’accuse d’avances insistantes de tentatives de baisers forcés.
Présumé innocent, il a été élu avec 79% des voix.
8/ Philippe Janicot, réélu (Boisseuil, Haute-Vienne)
Mis en examen pour des viols dont l’accusent quatre plaignantes, ce maire a été réélu au premier tour avec 51,6 % de suffrages exprimés (885 voix). Selon Le Populaire, il n’a pas pu assister au dépouillement du fait de son contrôle judiciaire.
Présumé innocent, il pourra assister aux conseils municipaux escorté par des gendarmes.
9/ Nicolas Bazzucchi, en tête (La Penne-sur-Huveaune, Bouches-du-Rhône)
L’ancien maire est poursuivi depuis 2024 pour violences conjugales, viols et enregistrement d’image à caractère sexuel sans consentement, des faits qui auraient eu lieu entre le 1er janvier 2023 et le 21 juillet 2024 et qui sont dénoncés par deux anciens compagnes. Présumé innocent, il a été placé en détention provisoire puis libéré sous contrôle judiciaire impliquant l’interdiction de paraître dans sa commune et de rentrer en contact avec les agents municipaux et les deux plaignantes. La Provence décrivait : « Il a d’ailleurs exceptionnellement présidé le conseil municipal du 17 mars, en présence de son avocat, face à douze chaises vides d’adjoints mécontents de son retour. Deux semaines plus tard, le 1er avril, onze élus ont démissionné.»
Présumé innocent, il est arrivé en tête de quelques voix à peine au premier tour dimanche dernier.
10/ Laurent Brosse, en tête (Conflans-Sainte-Honorine, Yvelines)
Ce maire (Horizons) a été définitivement condamné en appel en décembre dernier à dix mois d’emprisonnement avec sursis pour violences, harcèlement et tentative d’agression sexuelle sur son ex-compagne. La Cour d’Appel est en revanche revenue sur les cinq ans d’inéligibilité requis il y a deux ans par le tribunal correctionnel.
De quoi lui permettre de se présenter à nouveau et d’arriver en tête à l’issue du premier tour avec 33% des voix.

11/ Marc Petit, en tête (Firminy, Loire)
En 2019, l’ancien maire Marc Petit a été condamné à dix mois de prison avec sursis pour agression sexuelle. Sa victime, une employée du Conseil départemental du Puy-de-Dôme, l’accusait d’avoir tenté de l’embrasser en la saisissant par la nuque et en lui empoignant un sein, alors qu’ils se trouvaient seuls et confinés pendant une tentative de coup d’État. Elle affirmait l’avoir repoussé et giflé avant de se confier, en sanglots, à des collègues. L’ancien maire a donc choisi de faire un “retour surprise” aux municipales. Avec succès : il a terminé premier avec 37,6% des voix.
Une urgence démocratique
Cette liste permet de prendre la mesure d’un phénomène structurel. Citant le volet 2 du 6e rapport du GIEC, consacré à l’adaptation, le climatologue Christophe Cassou rappelait récemment pour Bon Pote que : “Viser un monde durable et résilient au changement climatique implique des changements fondamentaux dans le fonctionnement de la société (…) y compris dans les valeurs sous-jacentes, les visions du monde, idéologies, structures sociales, les systèmes politiques et économiques, et les relations de pouvoir”. Lutter contre les violences sexistes et sexuelles partout et y compris au sein des lieux de pouvoirs est un impératif.
Cette liste n’est pas exhaustive, vous pouvez nous signaler d’autres cas à l’adresse thibaut@bonpote.com.
One Response
Vous parlez de Bayrou qui serait “complice” par son silence et ses mensonges des viols de Bétharram, ok.
Mais alors quid d’Emmanuel Grégoire qui savait depuis 2015 pour les affaires de pédophilie dans le périscolaire à Paris ? Ici c’est pire : la mairie est en charge du périscolaire et elle n’a rien fait, ni au niveau des sanctions, ni au niveau du recrutement ni au niveau des protocoles…