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Pétrole à 100 $ : un choc pour l’économie française ?

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Pétrole
©Crédit Photographie : Montage : Valentine Michel
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Que se passe-t-il en France quand le baril de pétrole dépasse les 100 dollars ? Fluctuant au gré de la situation géopolitique, le cours du pétrole flambe régulièrement. Depuis la crise économique de 2008, le baril de Brent de la mer du Nord, qui sert de référence pour le marché européen (et donc la France) a déjà franchi plusieurs fois le seuil des 100 dollars : printemps arabes, embargo sur le pétrole iranien, invasion de l’Ukraine par la Russie, et récemment dans le cadre de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël en Iran fin février. Et ce ne sera vraisemblablement pas la dernière fois. 

Augmentation du cours du pétrole (Brent) dans le cadre de la guerre en Iran, avec un dépassement des 100$ les 9 et 12 mars 2026. Source : Boursorama

Pourquoi le cours du pétrole augmente-t-il, et quelles en sont les conséquences en France ? D’où vient le pétrole que nous consommons ? Quelles sont nos dépendances, et comment en sortir ?

Pourquoi le prix du pétrole augmente-t-il ?

Le cours du pétrole brut Brent a déjà franchi à plusieurs reprises la barre des 100 dollars le baril : 

  • 2008 : Crise économique mondiale. Plusieurs facteurs expliquent la hausse du pétrole à ce moment-là, dont l’insuffisance des approvisionnements face à la forte croissance de la demande en pétrole entre 2002 et 2008 a porté le prix du baril à 147 dollars à l’été 2008 (une valeur atteinte aussi bien pour le Brent que le WTI, référence du marché américain). Une flambée à laquelle l’instabilité politique de pays exportateurs tels que l’Iran et l’Irak a aussi contribué. Le cours du Brent est ensuite retombé aux alentours de 40 dollars lors de la crise de 2008-2009.  
  • 2011 : Printemps arabes. Baisse de la production pétrolière au Yémen (en raison d’une interruption de fonctionnement d’un pipeline), sabotages de gazoducs dans le Sinaï (Egypte)… Les soulèvements qui se sont multipliés dans cette région productrice de pétrole ont chamboulé le marché, avec un Brent atteignant jusqu’à 127 dollars
  • 2012 : Embargo pétrolier contre l’Iran. Soupçonnant l’Iran de vouloir se doter d’une arme nucléaire sous couvert d’un programme nucléaire civil, l’Union européenne met en place au début de l’année 2012 des sanctions à l’égard de l’Iran. Dans la foulée, ses exportations de pétrole chutent de moitié. Le Brent tutoie alors les 130 dollars. En 2012-2014, il restera quasi continuellement au-dessus de la barre des 100 dollars en raison des tensions géopolitiques au Moyen Orient, notamment dans le cadre du conflit syrien
  • 2022 : Invasion de l’Ukraine par la Russie.  La guerre suscite de fortes inquiétudes sur les approvisionnements en hydrocarbures russes (la Russie assurant 11 % de la consommation mondiale de pétrole). D’autant que l’Union européenne et le Royaume-Uni annoncent leur intention de réduire leur dépendance aux énergies fossiles russes. Le Brent atteint jusqu’à 125 dollars durant l’été 2022. 

Dans le cas actuel, à savoir le déclenchement de la guerre en Iran par les États-Unis et leur allié israélien, le blocage du détroit d’Ormuz (qui a notamment amené l’Irak à réduire sa production de pétrole de 70 %) alimente la hausse des prix. 

Sans oublier les frappes et attaques de drones visant les infrastructures énergétiques dans la région. Plusieurs d’entre elles sont désormais à l’arrêt : l’usine de liquéfaction de Ras Laffan pour le gaz (Qatar), la raffinerie géante de Ras Tanura (Arabie Saoudite), le complexe pétrolier d’Al-Maameer (cœur de l’industrie pétrolière du Bahreïn), sans oublier un champ pétrolier dans le Kurdistan irakien et plusieurs dépôts de pétrole de Téhéran

Source : Al Jazeera/Reuters sur X


Une augmentation qui concerne tous les produits pétroliers

Quand on pense au pétrole, c’est souvent le carburant qui vient en tête en premier. Ce serait oublier que l’“or noir” satisfait plus de 30 % des besoins énergétiques mondiaux. En plus d’alimenter les voitures, camions et avions, et de servir de combustible dans le chauffage domestique, il est vital pour la pétrochimie (plastiques, mais aussi peintures, colorants, cosmétiques, etc.)

Selon un rapport de l’OCDE (2023), 99 % des plastiques dans le monde sont produits à partir d’énergies fossiles (à partir du naphta, un produit issu de la distillation du pétrole), les bioplastiques ne constituant que 1 % de la production. Résultat : “Dès lors que le naphta, et donc le pétrole lui-même, se raréfie ou devient plus cher, automatiquement, il y a une répercussion sur le produit final”, indique Joseph Tayefeh, secrétaire général de Plastalliance, l’organisation européenne de l’industrie du plastique, au micro de RFI. De quoi anticiper selon lui une augmentation des prix dans de nombreux secteurs pour cette raison, de la fabrication de voitures au bâtiment. 

Autre produit clé affecté par la hausse des prix, en l’occurrence sur le gaz fossile (dont le  cours en Europe est passé de 30 euros le mégawattheure avant la guerre en Iran à plus de 60 le 9 mars 2026) : les engrais. Analyste du cabinet Argus Media, Arthur Portier a indiqué au journal Le Monde que “près de 80 % du coût de l’ammoniaque (un composant clé pour les engrais, ndlr) est lié à celui du gaz.”

Comment est fixé le prix du carburant en France ?

La France n’importe que 11,9 % de son pétrole du Moyen Orient (chiffres 2024 de l’INSEE). Sa première source de pétrole brut importé est l’Amérique du Nord (23 % du total), suivie de l’Afrique subsaharienne (21 %) et l’Afrique du Nord (17 %).

Malgré cette dépendance relativement faible au pétrole du Moyen Orient, les perturbations liées à la guerre affectent le marché au niveau mondial, et n’épargnent pas la France.

Dans son cas, c’est le cours du Brent qui fait foi. Déterminé par la loi de l’offre et de la demande, le prix du pétrole raffiné européen – dérivé du Brent – se négocie quant à lui à Rotterdam. Et ce, même lorsqu’il provient d’autres régions. Par exemple, aux États-Unis, la référence est le West Texas Intermediate (WTI), coté à New York. 

Les cours du Brent et du WTI sont fortement corrélés, les deux indices réagissant aux mêmes facteurs – notamment géopolitiques – affectant le marché mondial du pétrole.

Source : Oil Price

Quel est l’impact du cours du Brent sur le prix à la pompe ?

À la suite de l’augmentation du Brent sur fond de guerre en Iran, les stations-service françaises ont rapidement revu leurs tarifs à la hausse, avec un gazole dépassant le seuil symbolique des 2 euros le litre. Le SP95 a quant à lui atteint 1,855 euro le litre le 9 mars (contre 1,764 le 28 février, au premier jour des frappes israélo-américaines sur l’Iran). 

Il existe une forte corrélation entre le cours du pétrole brut et le prix des carburants, évaluée à 0,94 par l’Institut national de la consommation. En clair : 94 % de la variation du prix du carburant à la pompe s’explique par la variation du cours du pétrole brut.

Le fait que le pétrole vendu aujourd’hui sous forme de carburant a été acheté à une époque où le baril était à 60 dollars a de quoi rendre la hausse rapide des prix suspecte. En réalité, cela s’explique, en tout cas en partie, par “le mécanisme bien connu du ‘crack spread’ (marge de raffinage)”, précise Patrice Geoffron, économiste spécialiste de l’énergie, auprès de l’Humanité. “Les distributeurs et raffineurs ne fixent pas leurs prix d’après le coût historique de leurs stocks, mais d’après le prix de remplacement — c’est-à-dire ce que leur coûtera le prochain approvisionnement. Dès que le baril monte sur les marchés à terme, ils anticipent en remontant les prix à la pompe immédiatement, même s’ils écoulent du carburant acheté moins cher.”

Mais le prix des carburants dépend aussi “d’autres facteurs, plus stables, qui lissent leurs variations”, à l’instar de certaines taxes fixes, précise l’Institut nationale de la consommation. C’est ce qui explique que la hausse du prix à la pompe (+16 % pour le gazole entre le 27 février et le 9 mars) est largement moindre que celle du Brent (+61,5 % sur la même période). 

Quelle est la composition du prix du carburant ?

Selon les données de l’Ufip, au 6 mars 2026, le prix du carburant SP95 E10 se décompose comme suit : 

Source : Ufip, 6 mars 2026
  • La taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), désormais appelée “accise sur les produits pétroliers” représente 37 % du prix du carburant. Son objectif est d’inciter les ménages à réduire progressivement leur consommation d’énergies fossiles. Il s’agit de la principale composante de la fiscalité environnementale en France. “Cette taxe est prélevée sur les volumes des produits pétroliers vendus et non sur leurs prix de vente. De ce fait, elle ne subit pas l’impact des fluctuations des prix du brut, du raffinage et de la distribution. Son montant est fixe sur une année et est défini par la loi de finances”, indique l’Institut national de la consommation. 
  • La TVA (hors TICPE) est de 9 %. Comme le précise l’Institut national de la consommation, cette taxe (qui concerne en réalité 20 % du total) s’applique également à la TICPE. “Ainsi, une partie de la TVA collectée par l’Etat est constante : la TVA sur la TICPE. En revanche, la TVA sur le produit perçue par l’Etat, est variable et dépend des cours du pétrole brut et des marges de raffinage, transport et distribution.”
  • Les coûts de distribution s’élèvent quant à eux à 19 % du total en comprenant les certificats d’économie d’énergie (CEE). Les fournisseurs d’énergie, dont les distributeurs de carburant, doivent en effet financer des actions d’économies d’énergies chez des tiers (particuliers, entreprises, collectivités…) sous peine de pénalités financières, qu’ils répercutent sur le prix à la pompe. 
  • La cotation de Rotterdam, désignant les prix des produits pétroliers déjà raffinés (largement dérivé du Brent) ne constitue que 28 % du prix total du carburant.

Comment le monde du pétrole a changé en 20 ans

En regardant l’évolution du Brent et des prix du carburant au cours des dernières années, on pourrait s’étonner que l’augmentation du premier n’affecte pas toujours le second de la même manière. 

Un exemple : en 2008, alors que le cours du Brent a atteint 147 dollars, le gazole se vendait à 1,43 euros le litre en France. Très loin des 2 euros observés le 9 mars alors que le Brent culminait à 119,5 dollars. 

Un décalage dû à plusieurs facteurs, nous explique Anna Creti, professeure d’économie à l’Université de Paris Dauphine-PSL, directrice scientifique de la Chaire Économie du Gaz et de la Chaire Économie du Climat : 

“En plus des taxes qui ont augmenté depuis, et des certificats d’économie d’énergie, qui n’existaient pas, il y a un facteur macro-économique important : le taux de change euro-dollar était plus faible (si le dollar est faible par rapport à l’euro, il faut moins d’euros pour acheter un baril, ndlr), de même que les marges de transport et distribution (le coût additionnel sur le litre vendu était donc moins élevé, ndlr). En 2008, on avait aussi beaucoup plus de sites de raffinage en Europe  (rendant le raffinage moins onéreux, ndlr), mais qui n’étaient pas très rentables, et qui ont donc fermé.”  En près de vingt ans, on est passé dans un “autre monde pétrolier”, conclut-elle. 

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Peut-on agir sur la fiscalité des carburants ?

Sujet pour le moins explosif, l’augmentation du prix à la pompe fait régulièrement resurgir des débats sur la fiscalité des carburants. La hausse liée à la guerre en Iran n’a pas dérogé à la règle. Dimanche 8 mars, l’association 40 millions d’automobilistes a fustigé un “hold-up fiscal”.

Pour réduire le prix à la pompe, le RN a quant à lui appelé à baisser la TVA et l’accise sur les produits pétroliers. De son côté, le président de la commission des Finances à l’Assemblée nationale, Éric Coquerel (LFI) a demandé au gouvernement de “réfléchir à un blocage des prix de l’essence et, “si la situation perdure”, de procéder à des “ajustements” sur l’accise. Une baisse de la TVA et de la TICPE est pour l’heure  jugée “inconcevable” par la ministre déléguée à l’Énergie Maud Bregeon, car cela créerait un “trou” de près de 20 milliards d’euros dans le budget de l’État.

“Baisser la fiscalité dans un pays qui a déjà 5 % de déficit, c’est un petit peu osé. Ça coûterait extrêmement cher”, confirme Nicolas Goldberg, expert de l’énergie chez Colombus Consulting, sur le plateau de Franceinfo. “Quand vous baissez la fiscalité, vous annihilez une partie du signal-prix, donc vous ne jugulez pas la demande. Alors que justement le message, là, c’est qu’il va falloir baisser la demande pour que l’offre s’ajuste.” 

Quand les aides d’urgence renforcent la dépendance aux énergies fossiles

Ces débats soulèvent des questions de justice sociale. Comme l’a montré une  étude de l’INSEE en 2023, les Français ne sont pas tous égaux face à la flambée des prix à la pompe. En fonction du lieu de vie, notamment : “Les ménages automobilistes urbains ont dépensé en 2022, en moyenne, 981 euros par an en frais de carburant, contre 1480 euros pour les ménages automobilistes vivant en zone périurbaine et 1855 euros pour ceux vivant en zone rurale. Par conséquent, un même choc de prix a des conséquences différentes sur les montants dépensés.”

Cette étude révèle en outre que les remises à la pompe déployées par le gouvernement en 2022 pour enrayer la hausse des prix ont davantage bénéficié aux 25 % des plus aisés, qui consomment en moyenne davantage de carburant que les foyers à faibles revenus. L’allègement de la facture a été compris entre 64 et 115 euros pour les 25 % les plus aisés, contre entre 29 et 48 euros pour les 25 % les plus modestes. 

À court terme, des aides ciblées pour les ménages à faibles revenus auraient été plus efficaces, estime la Cour des comptes (2024). Une telle stratégie aurait en effet “permis parallèlement de maintenir une incitation à la baisse de consommation à travers le signal-prix”. Selon une étude du Conseil d’analyse économique sur la consommation de carburant des automobilistes, la “remise carburant” a augmenté les émissions de CO2 de 48 à 93 kg, en moyenne, par ménage automobiliste, et la consommation annuelle de carburant routier a augmenté de 2,2 % en 2022 par rapport à 2021. Soit un effet totalement contre-productif sur le plan climatique. 

Pour le dire autrement, ces mesures d’urgence n’ont absolument rien fait pour réduire la dépendance aux énergies fossiles – au contraire.

À quoi servent les réserves stratégiques ?

Créée en 1974 au lendemain du premier choc pétrolier, l’Agence internationale de l’énergie s’est donné pour mission d’“assurer la sécurité énergétique”. Dans ce cadre, et conformément à l’Accord sur un programme international pour l’énergie, chaque pays de l’AIE a l’obligation de détenir des stocks de pétrole équivalents à au moins 90 jours d’importations nettes et d’être prêt à réagir collectivement aux graves ruptures d’approvisionnement affectant le marché mondial du pétrole”. En novembre 2025, la France détenait un stock équivalent à 122 jours (si l’on considère que la France a importé 0,9 million de barils de pétrole brut par jour en 2024, cela correspond donc à un stock de 110 millions de barils). 

La dernière fois que le pays avait puisé dans ses réserves remonte à la crise énergétique de 2022. Un peu moins de 8 millions de barils (sur les 119 millions de barils qu’elle avait alors en stock) avaient alors été mobilisés par la France afin de contrebalancer la hausse des prix. 

Dans le cadre de la guerre en Iran déclenchée le 28 février 2026, l’AIE a annoncé le 11 mars que 400 millions de barils de pétrole provenant de leurs réserves stratégiques seraient libérés sur le marché, le déblocage “le plus important” de l’histoire de l’institution.

Les 32 pays membres de l’Agence internationale de l’énergie ont décidé “à l’unanimité” de libérer sur les marchés 400 millions de barils de pétrole provenant de leurs réserves stratégiques, le déblocage “le plus important” de l’histoire de l’institution, a annoncé l’AIE.cette option a à nouveau été “envisagée” par Emmanuel Macron et les pays du G7, sans qu’elle ne soit activée pour le moment. 

En réalité, une telle mesure ne résoudrait pas tout, appuie Anna Creti auprès de Bon Pote : “Cela rassurerait un peu l’échange international de pétrole. Mais il reste quand même l’incertitude sur la durée du conflit et sur le blocage du détroit d’Ormuz.” Même son de cloche du côté de Nicolas Goldberg : “Ce n’est pas fait pour faire baisser les prix”, mais pour “sécuriser l’approvisionnement”, qui n’est aujourd’hui “pas menacé”, a-t-il appuyé sur le plateau de Franceinfo. “Surtout, c’est un petit peu dangereux. Imaginez que l’on ait un risque de sécurité d’approvisionnement dans les semaines ou les mois à venir, si on a déjà tapé dans les stocks, on va se retrouver dans une situation difficile”. 

De nouveaux superprofits pour les majors pétrolières ?

L’augmentation du Brent fait aussi des heureux. Dans le contexte de la guerre en Iran, son gagnant est tout trouvé puisqu’il ne s’agit de nul autre que son initiateur, les États-Unis. Le blocage du détroit d’Ormuz pourrait en effet  “inciter d’autres pays producteurs, comme les Etats-Unis, à accélérer leur production pour l’exporter”, table Anna Creti, qui précise qu’augmenter la production (qui nécessite d’accroître la pression au niveau des forages) serait l’affaire de “quelques semaines” seulement.

Autre grand gagnant de la situation : la Russie, qui y voit une occasion inespérée de devenir un fournisseur de substitution des marchés asiatiques. Depuis le 27 février, la valorisation boursière des géants pétroliers russes a augmenté de plus de 21 milliards d’euros, indique Euronews. Selon Vladimir Chernov, analyste chez Freedom Finance Global, cela représente un revenu supplémentaire de 8 à 10 millions de dollars par jour. De quoi renflouer le budget de guerre du Kremlin.

“Jackpot” pour TotalEnergies ?

Avec un Brent à plus de 100 dollars, les producteurs de pétrole profitent de leur côté de marges plus importantes. “Quand les prix sur les marchés mondiaux s’envolent, c’est le jackpot pour vous, car vous produisez plus ou moins à coût fixe”, explique Nicolas Goldberg à Bon Pote. “Typiquement, si vous avez un coût de production à 60-65 dollars le baril (TotalEnergies table pour 2026 sur un baril entre 60 et 70 dollars pour assurer sa rentabilité, ndlr) et que le cours du pétrole est à 60 comme il l’était avant la crise, ce n’est pas terrible. On vend limite à perte pour éviter d’accumuler des stocks. Par contre, quand ça s’envole à 120 comme ça a été le cas, on réalise de vraies marges.”

En fonction de la part de pétrole issu du Moyen-Orient produit par les majors pétrolières, les marges ne sont pas les mêmes. Il ne faut pas oublier que “les majors pétrolières sont aussi très exposées à cette vague d’incertitudes et de chocs”, souligne Anna Creti. 

Typiquement, TotalEnergies puise 28 % de sa production dans le Golfe persique. Selon Reuters, cette exposition est un peu plus faible pour Exxon (20 %) et Shell (20 %). Le décalage est encore plus marqué avec Chevron, dont seulement 1 % du pétrole produit provient de cette région. Ce qui en fait un gagnant logique de la situation :  “Ceux qui n’opèrent pas là-bas et vendent sur un indice international se mettent bien”,  souligne Nicolas Goldberg. Ils ne subissent pas les incertitudes et baisses de la production sur place, tout en tirant profit d’un cours du pétrole en hausse.

Lors de la crise énergétique de 2022, les majors pétrolières avaient réalisé de juteux profits, à l’instar de TotalEnergies qui avait engrangé cette année-là un bénéfice record de 19 milliards d’euros. Un scénario que certains voudraient empêcher de se reproduire. Alors que le prix des carburants augmente à nouveau en mars 2026, le député François Ruffin (groupe Écologiste et Social) a appelé au “blocage des prix à la pompe pour empêcher Total et les autres de se gaver sur la guerre !” 

Afin de lutter contre la hausse abusive des prix à la pompe, le gouvernement a réalisé des contrôles auprès de centaines d’entre elles, révélant 15 à 16 % d’“anomalies” (lorsque le prix affiché sur Internet ne correspond pas au vrai prix à la pompe). 

Mais l’essentiel des profits, pour une entreprise comme Total n’est pas là. Les stations-service sont en effet susceptibles de réaliser “un peu de profit”  mais “étant donné la concurrence entre les stations”, ces marges sont limitées, appuie Nicolas Goldberg. Elles ont logiquement plus de chances d’être réalisées “dans des endroits où la concurrence est faible”, poursuit l’expert en précisant que les distributeurs sont libres de placer leurs prix. “Il y a de la fraude s’il y a eu une entente commerciale entre les stations, ou s’ils vendent à un prix différent que celui qu’ils affichent”. 

Et du côté du gaz ? 

Selon le New York Times, les géants du gaz comme Shell et TotalEnergies (premier exportateur de GNL américain avec 18 % de la production made in USA) ainsi qu’ExxonMobil et Cheniere “devraient réaliser d’importants profits”  dans ce contexte. “Ils constituent les fournisseurs alternatifs les plus viables pour les pays et les entreprises qui dépendaient auparavant du Qatar pour leur approvisionnement en gaz, indispensable à la production d’électricité ou à la fabrication de produits chimiques, d’acier et d’autres biens industriels.” Depuis le 2 mars, les compagnies américaines engrangent déjà  870 millions de dollars de marge supplémentaire par semaine.

L’Europe pourrait ainsi se retrouver encore plus dépendante du GNL américain (qui constitue déjà 60 % de ses importations). “Les effets secondaires de la campagne militaire correspondent tout à fait au programme de domination énergétique de Trump,  analyse Seb Kennedy, rédacteur du site Energy Flux, cité par L’Humanité. En somme : “un appareil de politique étrangère qui orchestre la pénurie, instrumentalise les chaînes d’approvisionnement et exploite les rentes d’un monde qu’il a contribué à déstabiliser.”

La France est encore très dépendante du pétrole

59,6 % de la consommation d’énergie finale en France repose encore sur les énergies fossiles. 38 %, si l’on ne compte que le pétrole, importé à 99 %

Entre 2012 et 2024, la consommation des énergies fossiles en France a diminué de 1,5 % par an en moyenne. Selon le Citepa, la consommation d’énergies fossiles devrait pourtant baisser de 85 % d’ici à la moitié du siècle pour respecter les objectifs de la Stratégie nationale bas-carbone, et le pétrole de 98 %. Ce qui implique plutôt une réduction de… 13 % par an en moyenne. Soit près de 10 fois plus d’efforts que ceux déployés actuellement !

On aurait pu s’attendre, après la crise énergétique de 2022, à ce que l’Europe tire les leçons de ses dépendances. Si la Commission européenne a bien l’intention de mettre définitivement fin aux importations d’énergies fossiles russes d’ici 2027, le Haut Conseil pour le climat regrette que “le recours massif au gaz naturel liquéfié américain et qatari, bien qu’ayant permis de sécuriser l’approvisionnement à court terme, a généré de nouvelles formes de dépendance, une exposition accrue aux marchés internationaux et des effets de verrouillage fossile (multiplication de contrats long terme, expansion des infrastructures de regazéification)”. 

La menace du “choc énergétique” 

Symptôme de l’inaction climatique française, cette dépendance très forte aux importations d’énergies fossiles coûte cher, surtout quand les cours mondiaux des hydrocarbures s’emballent. Ce n’est pourtant pas faute pour les scientifiques d’avoir martelé depuis des années l’importance de développer les énergies renouvelables pour réduire l’exposition aux “chocs fossiles”. 

Nul besoin de chercher du côté des ONG ou des militants écologistes pour trouver de tels discours, c’est l’Agence internationale de l’énergie elle-même qui le dit : “La transition vers un système énergétique plus électrifié, plus efficace et plus riche en énergies renouvelables réduira l’exposition globale à la volatilité des prix des combustibles fossiles.”

“Bien qu’il y ait des coûts initiaux importants et une certaine volatilité des coûts de production (comme les coûts de construction et les taux d’intérêt), les énergies renouvelables ont des coûts de carburant nuls une fois installées”, fait valoir le groupe de recherche international Zero Carbon Analytics, qui rappelle que dans l’Union européenne, l’augmentation des prix du gaz lors de la crise énergétique de 2022 a été responsable de 36 % de l’inflation. 

Ce scénario pointe à nouveau le bout de son nez dans le cadre de la guerre en Iran. Depuis quelques jours plane en France le spectre d’“une reprise de l’inflation et une baisse de la croissance” (selon l’économiste Philippe Aghion), ou encore d’un “choc stagflationniste majeur”, c’est-à-dire une combinaison d’inflation et de stagnation économique, sur le Vieux continent (selon la Commission européenne). Comme nous vous l’expliquions sur Bon Pote le 3 mars, le scénario noir d’un nouveau “choc pétrolier” est encore loin. Surtout si l’on considère que celui de 1973 s’était accompagné d’un triplement du cours du pétrole. Tout dépend de la durée du conflit et de ses impacts sur la production dans la région.

Une vision court-termiste qui nous coûte cher

Rappelons-le : si elle est loin d‘être une solution magique, l’électrification des véhicules est indispensable pour lutter contre le dérèglement climatique. Surtout, il est plus que jamais urgent de repenser la place de la voiture individuelle dans notre mobilité si l’on veut aller vers des mobilités plus soutenables – ce qui nécessite de bâtir d’urgence des politiques de transport permettant de déployer des alternatives moins polluantes. 

Mais au lieu d’œuvrer à la refonte de notre système énergétique, c’est le statu quo qui prédomine. Voire les reculs. La preuve avec la PPE3 (programmation pluriannuelle de l’énergie) présentée en février 2026, qui acte une réduction de la consommation totale d’énergie de seulement 18 % entre 2012 et 2030 (contre 30 % fixés initialement). “Aucune transition énergétique ne peut réussir sans sobriété”, rappelle pourtant la fédération France Nature Environnement. Celle-ci déplore le manque de soutien aux énergies renouvelables dans cette PPE, au mépris de la “souveraineté énergétique” du pays. 

Une vision un peu courte, surtout si l’on projette comme Nicolas Goldberg des “problèmes sur les approvisionnements de pétrole […] partis pour durer 30 ans vu la géopolitique mondiale.” 

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Auteur
Sophie Kloetzli
Spécialisée sur l’écologie, elle a travaillé depuis 2018 pour plusieurs médias engagés sur ces thématiques. Elle a aussi couvert des sujets scientifiques et chroniqué la numérisation du monde sous un angle technocritique.

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