Il n’y a aujourd’hui plus aucun doute sur la nécessité de sortir des GAFAM et de trouver des alternatives. C’était vrai avant que Donald Trump arrive au pouvoir, c’est d’autant plus vrai depuis qu’il est de retour. En 24H, lui et ses acolytes pourraient mettre la France et l’Europe à genoux.
Pour alerter sur le sujet, pour la démocratie et s’extirper du capitalisme de surveillance, nous avons publié sur Bon Pote deux fictions dans un format inédit, d’abord GAFAM : 24h dans la peau d’un addict puis GAFAM : dans la peau d’un repenti, en donnant des alternatives. Dans la foulée, nous avons publié une infographie sur ces alternatives et nous avons reçu plus de 5000 commentaires et suggestions sur les réseaux sociaux Bon Pote (Instagram, Bluesky, Facebook, Linkedin…). Merci infiniment pour cette belle énergie.
Après avoir lu et passé au peigne fin ces suggestions et multiplié les échanges avec des spécialistes, nous avons résumé ces solutions dans l’article ci-dessous. Pour être moins dépendants des GAFAM et retrouver un semblant de “souveraineté numérique”.
Sommaire
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Avant toute chose, les solutions ci-dessous sont des solutions individuelles, qui ne demandent qu’à être rendues collectives et structurelles. Comme pour le climat, nous ne pouvons faire reposer la transition sur des petits gestes individuels. Il faut que les États, les entreprises et les collectivités locales s’engagent, investissent et aident les citoyens et citoyennes à changer d’outils numériques. Il n’y aura pas de miracle.
Quand il est écrit investir, cela ne signifie pas quelques millions à droite à gauche, mais un soutien de plusieurs milliards en France et dizaines de milliards à l’échelle de l’Union Européenne pour retrouver un semblant de “souveraineté” numérique. Encore une fois, il n’y aura pas de miracle.
Nous utilisons souvent le mot GAFAM comme un mot valise, en englobant bien sûr les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) mais aussi d’autres services, la plupart américains, qui sont en position de domination. Spotify n’est par exemple pas américain, mais ils rémunèrent très mal les artistes, remplacent des vrais musiciens par des I.A. et son PDG Daniel Ek (toujours au board) investit 600 millions dans Helsing, une entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle militaire. Donc sortir des GAFAM* pour raisons environnementales, sociales, démocratiques, et de patrons qui adoubent un fasciste comme Donald Trump, choisissez votre critère.
Deux derniers points.
Tout d’abord, ne partez pas du principe que la personne en face de vous connaisse bien les sujets numériques et soit prête à changer, même si cela parait facile pour vous. Le nombre de commentaires reçus qui disaient “bah t’es con, go Linux, c’est carrément mieux que Windows”… est mettre de côté les rouages qui font que les GAFAM dominent : c’est facile à utiliser, c’est pratique, ne nécessite aucune compétence informatique particulière, etc.
Proposer des alternatives plus éthiques mais plus exigeantes techniquement peut également renforcer la fracture numérique.
L’inverse est également vrai : ne sous-estimons pas le pouvoir des habitudes qui nous coincent dans des solutions anciennes ou compliquées à utiliser. Windows a toujours été miné par des aberrations et les dernières versions avec notamment l’obligation de connecter un compte Microsoft, l’obsolescence programmée, sont des contraintes dont beaucoup se sont facilement affranchis, guidés notamment par des associations et citoyens qui créent un tissu de pédagogie numérique sur le territoire.
Enfin, le conseil le plus important : ne changez pas tout en même temps. C’est le meilleur moyen pour s’y perdre ou se décourager face aux difficultés rencontrées. Nous conseillons de changer une ou deux choses d’abord, d’essayer sur quelques semaines ou mois, et de compléter les changements au fil du temps (le même conseil pourrait s’appliquer dans la lutte contre le changement climatique !)
Comment avons-nous choisi les alternatives aux GAFAM ?
Sur l’aspect technique, des choix dans la liste ci-dessous ont été faits selon certains critères :
Le protocole, seul garant d’une mobilité numérique
Les services doivent reposer sur un protocole : je ne change pas de service numérique pour m’enfermer dans un silo qui peut tomber 6 mois après, mes données avec ! Le protocole, c’est lui qui vous permet d’envoyer un courriel depuis votre gmail vers le mail orange de vos parents. C’est ce qui permet au SMS envoyé depuis l’iPhone d’un ami de faire vibrer vos notifications Android.
À l’inverse, Linkedin n’est pas basé sur un protocole : vous ne pourrez pas passer de Linkedin à une alternative européenne en deux clics. C’est l’objectif des entreprises numériques prédatrices : coincer l’utilisateur dans son monde et rendre la migration techniquement compliquée. On appelle ça la portabilité, comme c’est le cas désormais pour changer de forfait de téléphone ou changer de banque.
Un service à succès construit sans protocole a très peu de chances de s’y mettre plus tard. D’ailleurs les GAFAM mènent une lutte sans merci contre l’Union Européenne pour mettre des bâtons dans les roues de cette mobilité numérique…
Le code ouvert, deuxième rempart à l’emmerdification des services
L’emmerdification, c’est quoi ? Un néologisme qui décrit l’évolution des plateformes numériques qui d’abord servent leurs utilisateurs pour les rendre dépendants en perdant de l’argent (compensé par les milliards des investisseurs) puis progressivement dégradent la qualité de service pour répondre aux injonctions des actionnaires, des annonceurs publicitaires, ou encore du président étasunien.
En l’absence de protocole (voir ci-dessus), il est important de vérifier que le code du service numérique est au moins en partie ouvert : c’est une porte de sortie qui permettra à d’autres entrepreneurs de proposer une alternative à un logiciel qui ne répond plus, que ce soit pour cause d’emmerdification, de revente à un géant aux intentions questionnables, ou simplement d’une faillite !
Et ce n’est qu’un des avantages du code ouvert, l’autre étant par excellence la transparence des algorithmes. Personne n’a les clefs des algorithmes de TikTok qui semblent mettre en avant les contenus d’extrême-droite : c’est une boîte noire.
Les codes ouverts sont aussi une barrière au siphonnage de la vie privée de l’utilisateur : pas vu, pas pris ! Que le service soit vendu comme “confidentiel” voir “crypté”, qu’il soit dans le cloud ou sur votre machine à l’instar de Word, peu importe : si son code est fermé, ces promesses n’engagent que ceux qui les croient.
Vérifier l’immatriculation et l’actionnariat de la société
L’immatriculation (dans quel pays est enregistrée l’entreprise) est importante, car une entreprise européenne n’est pas soumise aux mêmes règles de confidentialité de la donnée qu’une entreprise étasunienne, soumise au Cloud Act et ce même si le service est opéré par une filiale dans des centres de données européens !
Mais l’immatriculation ne fait pas tout : de nombreuses entreprises sont créées en France ou en Europe, puis sont ensuite rachetées, parfois sans que la nouvelle ne fasse la une.
À titre d’exemple, si Deezer est bien une entreprise français au sens juridique, elle est possédée en large majorité par un groupe multinational étasunien. Or, vous le savez, ce sont les actionnaires qui décident : d’un rachat, d’une réorganisation, et même d’un complot des services secrets étasuniens pour miner le numéro un mondial français de la puce.
Le problème : l’actionnariat d’une entreprise non cotée en bourse est souvent opaque.
Où sont les données et les algorithmes ?
LA question à se poser en permanence : où sont les données. Une entreprise peut cocher toutes les cases précédentes, mais tourner sur des serveurs étatsuniens, dont le fameux cloud Amazon (AWS). C’est le cas par exemple du quasi-monopole privé Doctolib (qui n’est ni ouvert, ni basé sur un protocole, mais semble toujours sous actionnariat français).
Trouver une solution vraiment française est aussi difficile que de trouver un vêtement véritablement made in France (ou UE). Qu’est-ce que cela signifie ? La solution peut-être française, mais hébergée sur AWS (Amazon). Le diable se cache dans les détails !
Par ailleurs, certains prétendent que se passer d’AWS est impossible. D’autres comme Bluesky démontrent que c’est au contraire bénéfique en tenant leur croissance exponentielle. D’autres créent leur propre centre de données. L’européen Lidl a imité Amazon en lançant son propre cloud avec succès. Des entreprises comme Scaleway (Free), le géant français OVH (qui a racheté Qwant) et l’allemand Hetzner proposent des alternatives souvent moins chères que celles des GAFAM.
L’important, c’est d’adopter l’architecture la plus agnostique possible à une marque particulière de cloud : innover en faisant des compromis, pourquoi pas ! Mais ne jamais se rendre captif pour éviter le désastre d’une migration interminable quand l’entreprise augmente radicalement ses tarifs du jour au lendemain (voir le précédent Google Maps de 2018).
Maintenant, place aux alternatives aux GAFAM.

du site Bon Pote
Email : comment remplacer Gmail ?
Mailo, l’email 100% Français : Mailo est une solution propriétaire 100% française. Il y a aujourd’hui 500 000 utilisateurs, ce sont les 3 mêmes actionnaires depuis la création et leur objectif est de déployer une alternative souveraine européenne.
Une équipe en France, des data centers en France… une vraie solution française. Email, agenda, cloud, chat, notes et tâches, une app mobile…
Concernant la sécurité : il existe deux niveaux de sécurité si vous le souhaitez. En cas de demande explicite des autorités françaises, Mailo sera dans l’obligation de transmettre les échanges.
Ce qui nous amène à la deuxième solution…
Proton
Proton : c’est probablement l’alternative la plus connue à Gmail, avec un service de messagerie électronique chiffrée de bout en bout, garantissant la confidentialité de vos communications. Le service est utilisé par des dizaines de millions de personnes.
Une confiance qui a tenu jusqu’en 2021, où l’entreprise a donné les adresses IP de militants Youth For Climate à la police suisse, trahissant alors leur promesse de ne pas garder les logs d’adresse IP, ce qu’ils ont changé sur le site dans la foulée. Le PDG s’est péniblement justifié sur son blog, en indiquant qu’il respectait la loi.
On apprend surtout que des loi anti-terroristes ont été utilisées pour ensuite demander des renseignements auprès de Proton, ce qui témoigne, comme nous l’avons montré sur Bon Pote, d’une criminalisation des activistes climat.
Mais ce n’est pas tout concernant Proton et son PDG Andy Yen, qui félicite Trump et les Républicains le 4 décembre 2024 d’avoir choisi Gail Slater dans leur équipe. le 4 décembre, soit après la réélection de Trump, les horreurs racistes et climatosceptiques de la 2eme campagne, etc. La réponse d’Andy Yen : “Officiellement, Proton doit toujours rester politiquement neutre. La seule exception concerne les questions relatives à la vie privée, à la sécurité et à la liberté, où influencer les politiques publiques nécessite souvent de s’engager politiquement.”
Finalement, et après avoir fait couler beaucoup d’encre, le PDG de Proton serait plutôt libéral. Mais nous attirons l’attention sur l’argument “neutre politiquement”, souvent utilisé par le même type de personnes qui se retrouvent à un congrès organisé par Valeurs Actuelles ou à inviter la candidate d’extrême-droite Sarah Knafo dans son podcast. Neutre donc.
PS : Informaniak fait aussi très bien le job pour les emails !
Office : comment remplacer Google Docs et Office 365 ?
Office 365 et Google workspace dominent très largement le marché. Quel chemin parcouru depuis 2 décennies ! Et c’est une personne qui utilise Office 2007 depuis bientôt 20 ans qui vous le dit.
Quelques chiffres : Goole Docs a plus d’un milliard d’utilisateurs actifs par mois, Microsoft Word 750 millions. Google Sheets 900+ millions, Microsoft Excel 700 millions. C’est gigantesque. La domination est totale, et nous rencontrons de nouveau les mêmes problèmes posés par les GAFAM. Comment en sortir ?
LibreOffice, Framapad… Et LaSuite !
LibreOffice est la suite bureautique la plus connue en dehors des GAFAM, gérée par une organisation à but non lucratif, The Document Foundation. Son utilisation est gratuite, et remplacera sans aucun problème Microsoft Office sur votre machine.
Seul petit hic, il n’y a pas de partage en ligne de vos documents. Pour les personnes qui ont la mauvaise habitude d’utiliser Docs de google, nous conseillons Framapad, qui permet de rédiger des textes en ligne et à plusieurs. Autre solution, cryptpad.fr, un français au code ouvert qui permet sans compte de partager un tableur Web en deux clics.
Les suites commerciales comme Proton, ou libre comme NextCloud proposé en France par Zaclys proposent bien sûr docs et tableurs en ligne.
Dans une première version de notre infographie, nous avions recommandé LaSuite. Et bien.. nous recommandons toujours d’utiliser LaSuite ! Une suite d’outils open source, sécurisés et simples d’utilisation. C’est ouvert à tous les agents de la fonction publique, mais aussi aux personnes ou organisations privées (acteurs de droit privé éligibles à l’identification ProConnect grâce à son Siret : entreprises, associations, etc).
Il est URGENT que l’Etat mette le paquet sur LaSuite et permette à des millions de Français et Françaises de sortir des griffes des GAFAM. C’est possible !
Chrome : quel navigateur pour le remplacer ?
Inutile de rappeler que le modèle économique de Chrome repose principalement sur la collecte de données et la publicité. Chrome est un navigateur propriétaire et le code n’est pas open source. Il est indispensable d’y trouver une alternative.
Google a développé Chrome et donc Chromium, la version open source de Chrome. Cela sert de base pour une multitude de navigateurs, dont Vivaldi, Edge, Brave…. Chrome est tellement dominant que sa valeur a été estimée de 50 à 100 milliards de dollars. Voyons les alternatives.
Firefox
L’alternative la plus connue est sans doute possible Firefox. Le navigateur fait ses preuves depuis plus de 20 ans. Gratuit, testé, approuvé, vous pouvez y aller sans risque. Contrairement aux autres navigateurs, Firefox n’est pas basé sur Chromium.
Firefox est détenu par la Fondation Mozilla, une fondation sans but lucratif qui contrairement à Google, ne se base pas sur nos données de navigation pour faire du profit. Il y a eu quelques remarques sur le financement de Mozilla et de Firefox. En vérifiant, il est bien indiqué dans le rapport annuel que la majorité des revenus provient d’un seul client : Google.

C’est un secret de polichinelle. C’est ce qui a permis à l’époque à Mozilla de (sur)vivre, le moteur de recherche par défaut est celui de Google. Pour rappel, Safari a la même démarche avec Google et leur moteur de recherche, sauf qu’on parle dans ce cas-là de plusieurs milliards par an.
Autre sujet et non des moindres, le rapport à l’IA, et l’IA générative. La communauté Firefox est en alerte sur le sujet alors que le nouveau PDG de Mozilla Anthony Enzor-Demeo a présenté l’IA comme l’un des principaux axes de développement. Avec Firefox 148 lancé le 24 février, Mozilla annonce :
“vous pourrez bloquer en un seul endroit les fonctionnalités IA génératives actuelles et futures dans Firefox. Vous pourrez également consulter et gérer les fonctionnalités IA individuelles si vous choisissez de les utiliser. Cela vous permettra d’utiliser Firefox sans IA pendant que nous continuons à développer des fonctionnalités IA pour ceux qui le souhaitent.”
A suivre donc !
Vivaldi : l’alternative open source ?
Vivaldi : Vivaldi est donc un navigateur basé sur Chromium, avec des versions modifiées du code source. Une solution seulement en partie ouverte, mais annoncée comme ne vendant pas les données. On avait dit qu’on devait sortir des GAFAM et donc de Google, de Chrome, de Chromium. Effectivement. Et si cela ne vous plait pas, vous pouvez toujours utiliser Firefox. Mais au moins, Vivaldi ne propose pas (n’impose pas) de fonctions IA inutiles.
PS : pour vérifier le niveau de sécurité et vie privée, le site PrivacyTests.org est un must.
Google Search : quelle alternative au moteur de recherche ?
C’est une surprise pour personne, Google Search domine très largement le marché des moteurs de recherche. C’est une guerre chaque année pour être bien classé par mots clefs, une guerre à plusieurs centaines de milliards de dollars.
Les poursuivants sont très loin derrière, à l’instar de Bing (Microsoft), Yahoo, DuckDuckgo…Qwanto, etc. Voici un chiffre impressionnant mais qui donne la mesure de ce qu’il faut ou faudrait faire : Microsoft a dépensé environ 100 milliards de dollars en 20 ans pour Bing, et est loin d’avoir 10% du marché mondial. On ne parle pas de la start up du coin, mais Microsoft, qui réalise plusieurs milliards de dollars de bénéfices chaque année depuis 2016.
Google Search aurait environ 90% du marché mondial des moteurs de recherche, un chiffre contesté puisque certains pays comme la Chine (Baidu) ou la Russie (Yandex) ne semblent pas être dans cette statistique mais qui restera tout de même très largement majoritaire à l’échelle mondiale, en Europe, en France, etc.
Qwant, l’alternative souveraine ?
Racheté en 2023, le moteur de recherche Qwant appartient à 75% au fondateur d’OVH Octave Klaba et son frère via la holding Synfonium, et à 25% à la CDC. L’ambition est claire : avoir un moteur de recherche souverain. Ici pas de sujet sur le cloud, Qwant est bien évidemment chez OVH, les employés sont en France, les data centers à Strasbourg et Dunkerque.
Qwant a absorbé Lilo en 2025 et s’est rapproché d’Ecosia en lançant Staan, une API (interface de programmation d’application, c’est proche des protocoles dont on vous a parlé plus haut) qui permet aux LLM d’accéder à l’index et à la recherche de Qwant et Ecosia. Il est en effet peu probable de concurrencer directement Google Search, donc Qwant mise également sur d’autres marchés.
Mais c’est quoi un index ? C’est un dictionnaire géant qui dit : “pour ce mot clef, ‘carotte’, voici les sites pertinents : un site de recette, la page Wikipedia, la page de jardinage, etc.”. Et qui le fait sur toutes les recherches possibles et imaginables par les internautes.
C’est le nerf de la guerre. Nous avons échangé avec le PDG de Qwant Olivier Abecassis et Qwant prévoit d’avoir 90% d’indépendance d’ici la fin de l’année 2026 en France, avant de voir comment tendre vers 100%. Même objectif à terme en Allemagne. Pour la compréhension, cela signifie que le résultat de toutes les autres requêtes non assurées par Qwant le sont par Bing, donc Microsoft.
Être dépendant de BING représente un risque, notamment depuis que Microsoft a fait le choix de couper son API a quasi tout le monde en août 2025 pour forcer les clients à s’orienter vers des alternatives axées sur l’IA générative.
Enfin, sur l’avenir de Qwant, Olivier Abecassis nous assure que Qwant ne cherche pas à remplacer Google Search mais à être un plan B. L’objectif est qu’il y ait donc plusieurs plans B et que les gens aient le choix. Pour avoir un meilleur produit, il faudrait non seulement que l’outil soit plus utilisé, mais aussi un soutien politique qui manque cruellement en France. “Mais je ne fais pas de politique”, précise Olivier Abecassis à Bon Pote.

Après un rapide passage sur son compte Twitter et un partage d’une photo de Trump et Netanyahou le 13 octobre 2025, nous sommes rassurés de savoir qu’il ne fait pas de politique. Nous non plus d’ailleurs, nous sommes un média apolitique.
Google maps : quelles alternatives ?
Google Maps est une application à 360° : vous pourrez (presque) tout y faire. Pour l’instant, aucune alternative ne peut se targuer d’être aussi complète : vous devrez sûrement jongler entre 2 ou 3 applications.
OpenStreetMap
Impossible de parler d’alternative à Google Maps sans OpenStreetMap : c’est le wikipedia de la cartographie. Chacun peut contribuer à ajouter le numéro de téléphone d’un restaurant, ajouter une borne poubelle verre ou même tracer la rue d’un nouveau quartier.
Problème : OpenStreetMap (OSM) est une base de données, pas une interface ! Ça veut dire que pour l’utiliser, vous devrez utiliser une app basée sur OpenStreetMap, car le site est avant tout fait pour la contribution.
Apple Maps est une de ces apps ! Pour concurrencer le monopole Google Maps, conscient qu’un système d’exploitation sans cartes a un trou dans son plancher, Apple a investi des milliards d’euros mais n’a pas osé contourner le Wikipedia des cartes. Mais Apple Maps reste un GAFAM, étasunien, au code fermé, etc.
Cartes.app
Cartes.app est un projet français et libre de cartes en ligne. Accessible dans votre navigateur, vous ne le trouverez pas sur les stores des deux GAFAM Apple et Google. Vous pourrez quand même l’installer sur l’accueil de votre smartphone en deux clics. L’app fait les itinéraires marche, vélo, transport en commun dans toute la France ainsi que le projet Panoramax, un street view souverain co-financé par l’État, alimenté en photos par les internautes et qui couvre un peu plus de territoire chaque mois !
Si vous préférez une app native (donc installée via les stores) qui fonctionne hors ligne, pratique pour la randonnée ou le mode GPS voiture, Comaps fera l’affaire, en digne successeur ouvert de Maps.me et d’OrganicMaps. Plus technique et complète, Osmand vous permettra de personnaliser l’interface à votre guise.
Côté initiatives françaises privées, il y a bien sûr l’acteur historique Mappy (évidemment basé sur OpenStreetMap) récemment racheté par la RATP, le tchèque Mapy (un seul p !) ou le français ViaMichelin (spécialisé dans le mode voiture et le tourisme étoilé). Ces projets sont fermés et leur modèle d’affaire repose comme Google Maps sur la publicité.
Côté voiture, notons que Waze a été racheté il y a 13 ans par… Google ! L’assureur français Roole a lancé son app Roole Map sans publicité. Mais Google est si tentaculaire que Roole Map ne pourra pas marcher sans Google sur Android. Un comble.
Le néérlandais Magic Earth est une autre alternative. Deux autres app néerlandaises sont à noter : Here WeGo et bien sûr le GPS TomTom.
Pour les transports en commun, les métropolitains peuvent utiliser Citymapper, une app fondée à Londres mais rachetée par… un groupe étasunien. L’alternative québécoise Transit assume son objectif : aider les gens à se passer de voiture individuelle.
Enfin pour la randonnée, le très apprécié allemand Komoot a été vendu pour la coquette somme de 300 millions à un fond italien, licenciant au passage 80 % de ses employés, qui n’ont pas pu forker (tracer leur chemin, un peu comme une coopérative de salariés qui reprend la direction d’une usine) son code source privé.
Heureusement, toutes ces alternatives reposent sur OpenStreetMap, un commun d’intérêt européen : améliorer la carte OSM c’est améliorer 10 apps d’un coup, et quand une app disparaît, les cartes continuent d’exister !
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Spotify : remplacer par Deezer ou Qobuz ?
Spotify n’est certes pas un GAFAM, mais comme expliqué en intro, c’est un mot valise, et l’entreprise et ses dirigeants reproduisent exactement les mêmes types de comportement : soutien financier à Trump, pauvre rémunération des artistes, multitude d’artistes IA poussés par leurs algos… Il fallait donc également trouver des alternatives au leader du streaming de musique en ligne.
Qobuz : un service français, une sélection éditoriale 100% humaine et qui exclut les morceaux générés par IA. C’est l’entreprise qui rémunère également le mieux les artistes, et c’est enfin un must en termes de qualité d’écoute.
Deezer, une alternative crédible à Spotify
Inutile de présenter Deezer, le plus grand concurrent de Spotify en France. Point positif : les morceaux d’IA générative ne sont pas recommandés dans les playlists ni par l’algo, et le service de streaming rémunère bien mieux les artistes que Spotify (market centric) grâce au modèle “Artist-Centric”.
Deezer est-elle française ?
Si 90% de l’effectif de Deezer est en France, tout comme son siège social, et son PDG Alexis Lanternier, c’est bien l’actionnariat qui nous intéresse ici.
Deezer a été racheté en partie par le milliardaire américain Lev Blavatnik, proche du Kremlin. Est-ce que l’entreprise est encore Française, ou Européenne ? Lev Blavatnik a 36,2% des parts via Access Industries et 4% via Warner, soit plus de 40%. Il détenait plus de 50% des parts dans le passé. 10% des parts appartiennent à des fonds saoudiens, et 33,8% de l’actionnariat est sous “autres actionnaires”. Impossible donc de dire si Deezer est “toujours Française”, le PDG est lui-même évasif lorsqu’il est interrogé sur le sujet.
Notez que AWS héberge Qobuz et Deezer est sur AWS et Google Cloud.
Cloud : par quoi remplacer AWS, Azure, Google Cloud ?
C’est le nerf de la guerre. Les GAFAM dominent le cloud à un tel niveau qu’il est difficilement possible de se représenter le danger et les conséquences économiques, sociales, politiques et géopolitiques de cette domination. Nos banques utilisent AWS. Microsoft héberge nos hôpitaux. La SNCF a migré chez AWS.
Ce n’est pas une domination à la marge, c’est une situation de domination quasi totale, où les entrepreneurs sont pieds et mains liés avec AWS ou Azure, parce “que c’est performant, ça rassure les clients”. A partir de là, ils font ce qu’ils veulent. AWS pourrait augmenter les tarifs de 30% du jour au lendemain sans avoir une fuite massive de leurs clients. Ils dominent, sont plus performants dans l’immense majorité des cas, ils le savent, et en abusent. Ils font ce qu’ils veulent, et cela doit changer.
OVHcloud
OVHcloud est le leader européen du cloud et existe depuis plus de 20 ans. L’entreprise est française, détenue en très grande majorité par son fondateur Octave Klaba et sa famille à hauteur de 79%.
L’ambition est claire et dirigée vers le cloud souverain. Une très grande majorité d’entreprises qui sont chez AWS ou Azure pourraient migrer sur OVHcloud sans trop de difficultés.
Scaleway (solution française) et Hetzner (solution allemande) ont également fait leurs preuves.
PS : comme dirait l’une des personnes interrogées pour le bien de cet article, ‘si votre DSI prétend qu’il lui est impossible de se passer d’Amazon, changez de DSI’.
Stockage Cloud : par quoi remplacer One Drive, Google Drive et Dropbox ?
Même logique pour le stockage Cloud, où les GAFAM dominent outrageusement le marché. Mais là encore, il existe des alternatives.
Proton Drive,Kdrive (Infomaniak) et Cozy.io font très bien l’affaire et remplace sans aucun problème les classiques Onde Drive, Google Drive ou Dropbox (américain).
Visio : comment remplacer Google Meet et Zoom ?
La visio est un des services les plus simples à changer, car il n’y a pas de données à stocker, si ce n’est peut-être la liste des contacts pour les appels entre amis.
Il vous suffit de partager un lien Jitsi gratuit, qui pourra rester permanent (“meet.jit.si/ma-super-réunion-très-productive”) pour discuter avec vos collègues chaque semaine ! Jitsi est possédé par une entreprise cotée étasunienne mais le code du logiciel est libre : ils ne gagnent de l’argent qu’en proposant de l’héberger pour les entreprises.
Si vous avez créé un compte Infomaniak pour profiter de leur suite mail+bureautique en ligne+drive, vous aurez accès à Kmeet qui n’est autre que… Jitsi !

Infomaniak fait de même (capture).
Autres solutions simples : si vous avez déjà créé un compte sur Element, la visio est intégrée aux discussions, comme sur Whatsapp. Idem sur Signal, l’équivalent étasunien porté par une fondation.
Enfin, dernier arrivé dans l’arène et non des moindres : l’État a lancé sa propre solution ouverte, nommée sobrement “Visio”. Réservée avant tout aux 6 millions d’agents publics, elle est désormais accessible à tout salarié d’entreprise via ProConnect.
Point d’attention : tous les agendas ne proposent pas de lien direct pour une visio; comme Google Meet peut être par exemple directement intégré. A voir si les solutions que vous utilisez le proposent (à titre d’exemple, Infomaniak le permet !)
Googleforms :
Google Forms est l’outil de référence pour créer des formulaires en ligne, des enquêtes…
Les alternatives disponibles sont bien sûr Framaforms et Tally, qui appartient toujours aux deux co-fondateurs Marie Martens et Filip Minev, un projet auto-financé sans actionnaire externe, transparent.
Remplacer Wetransfer : quelles alternatives ?
Mais Wetransfer n’est pas un GAFAM ? OUI, effectivement. En revanche, ils avaient prévu d’entraîner une IA avec les données qu’on lui confiait. L’entreprise assure qu’il ne le fera pas, que c’était une méprise…”avaient prévu”, car ils assurent ne pas pouvoir le faire, mais sont toujours très confus, malgré le tollé provoqué. Une alternative s’impose.
FromSmash, l’alternative française !
From Smash est une entreprise 100% française dont le siège est à Lyon, qui assure très bien les mêmes fonctionnalités de WeTransfer.
Seul petit hic, l’entreprise est chez AWS.
Pour une alternative Suisse, SwissTransfer fait également le job. C’est hébergé chez Infomaniak, pas de trace de GAFAM ici.
Faut-il des vallées du silicium européennes ?
La France forme des ingénieurs reconnus, tout comme d’autres professions essentielles à l’informatique. La France a des universités, centres de recherche et technopôles. Mais les 40 services numériques que le français moyen utilise dans la journée ne tournent ni sur les serveurs du technopôle de Brest ni sur celui de Nice-Sophia-Antipolis, qui ont raté le virage numérique comme Laposte s’est faite écrasée par Gmail.

La relocalisation d’une partie de nos services numériques du quotidien est une immense opportunité en termes de souveraineté, mais c’est aussi un eldorado en termes d’emplois : dans l’Union Européenne, la balance commerciale avec les États-Unis affiche -150 milliards de $ en 2024 ! Nous leurs vendons 334, mais en achetons 483.

Conclusion : mettons nous en marche
Cet article a pour but de vous rendre compte de l’immensité de la tâche qui nous attend. Les GAFAM dominent le marché, ont une emprise quasi totale sur notre quotidien et cela représente un risque avéré pour nos démocraties.
Notre conseil le plus important est vraiment d’opérer les changements progressivement. Faire un audit de ce que vous utilisez, voir ce que vous pouvez changer facilement et mettre en place un plan de sortir des GAFAM. C’est que nous faisons chez Bon Pote afin de montrer l’exemple, mais surtout de montrer que c’est possible, tout en soutenant les alternatives.
Cela fait bien 20-30 ans que des acteurs alertent sur le sujet, proposent des solutions. Mais cela ne suffit pas, et il est certain que sans efforts et investissements structurels, de l’Etat et des entreprises, il n’ y aura pas de miracle.
Pour aller plus loin sur les alternatives aux GAFAM :
- Se déconnecter (en anglais) avec une belle proposition de classement des apps :

- Se former sur le chiffrement, les réseaux, le stockage etc. : https://www.wikilibriste.fr/
- Avoir encore plus d’alternatives : https://european-alternatives.eu/
- En savoir plus sur le Digital Markets Act (DMA)
- Quel gestionnaire de mot de passe ? Bitwarden
- Pourquoi ne pas recommander Mistral plutôt que ChatGPT ? Mistral n’est pas complètement français et a signé très tôt un partenariat avec TotalEnergies. Nous avons déjà vu plus éthique… plusieurs articles sont disponibles sur Bon Pote sur les problèmes de l’IA.
- Par quoi remplacer Whatsapp ? Nous en ferons un article dédié, mais Signal est l’option la plus mainstream, telegram également, avec le lot de polémiques associées.
- Comment remplacer Adobe acrobat reader ? Okular
- Où stocker mes photos ? Si vraiment vous voulez du cloud, sur Pixel Union ou Immich. Le mieux est encore et toujours de les sauvegarder sur un bon vieux disque dur externe…
- Par quoi remplacer Windows ? Chez Bon Pote, nous mettons en avons des logiciels libres et combattons l’obsolescence programmée de Windows. Linux Mint et Ubuntu seront deux très bonnes alternatives, nous y reviendrons dans un article plus complet. Enfin le décollage pour Linux ?
Ce n’est que le début. Bon Pote publiera d’autres articles à venir sur l’hardware et d’autres solutions qui peuvent facilement remplacer les GAFAM. N’hésitez pas à commenter sous cet article ou à nous écrire sur le sujet, il sera fréquemment mis à jour !
7 Responses
J’ai souhaité envoyer un dossier via SwissTransfer mais l’outil informatique de la Caisse d’Epargne bloque et empêche la lecture d’après le banquier, et n’autorise que Wetransfer. Dommage que les banques françaises ne privilégient pas les outils européens.
Bonjour, j’ai commencé à lire votre article car le sujet me paraît très important, mais je me suis arrêté à la partie e-mail car je n’ai pas compris si l’intérêt était de présenter des alternatives à Gmail ou de les critiquer…
C’est bien de présenter les avantages et les défauts des solutions alternatives mais là, j’avoue ne pas saisir votre positionnement, vous ne donnez presque aucune info intéressante pour Mailto, à par dire “Cocorico c’est français” et vous ne faites que défoncer Proton (à juste titre ou pas, c’est pas la question, il existe plein d’autres excellents services que vous auriez pu présenter et qui n’aient pas de casseroles au Q)…
Vous auriez pu parler de Galae, Tuta, Mailfence, ou Posteo par exemple…
Pour info, voici un site qui donne de bonnes pistes pour changer de fournisseur mail : http://www.demailnagement.net
Merci infiniment pour cette analyse et ce travail de recherche/synthèse, ça m’aide beaucoup ! Hyper déçue par Proton, je n’avais pas vu ça, merci pour les infos. Je suis en train de me mettre sur La Suite grâce à la lecture de l’article également.
Hello Thomas !
Pour la messagerie, Tuta a tous les avantages de Proton, est aussi (voir plus) qualitatif, et est anti-IA (alors que Proton et Infomaniak proposent leur IA maison). Leur fil mastodon (https://mapstodon.space/@Tutanota@mastodon.social) est intéressant, avec pas mal d’activisme anti chat-control, et des propositions de sortir des gafams similaires à cet article (et souvent très détaillées sur leur blog). Et politiquement beaucoup plus nets 😉
Bravo pour cet article, c’est vraiment d’utilité publique !
Hello
Une petite coquille : Ubunto a remplacer par Ubuntu 😉
C’est mis à jour, et c’est parti pour le café surtout !
Bonjour, vous quittez les GAFAM ou vous ce n’est pas pareil que vos lecteurs ?