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Iran : comment le détroit d’Ormuz peut bloquer l’économie mondiale

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Détroit d'Ormuz
©Crédit Photographie : Exercice militaire dans le détroit d’Ormuz, février 2026 – AFP PHOTO / HO / SEPAHNEWS
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Samedi 28 février, les États-Unis et Israël ont bombardé l’Iran. “Notre objectif est de défendre le peuple américain en éliminant les menaces imminentes que représente le régime iranien, un groupe vicieux de personnes très dures et terribles”, a justifié Donald Trump à la suite de cette nouvelle offensive impérialiste, alors qu’un mouvement social d’ampleur gronde dans ce pays du Moyen-Orient depuis la fin de l’année 2025.

Selon le Croissant-Rouge iranien, au moins 555 personnes sont mortes dans les frappes israélo-américaines, dont une centaine dans une école détruite au sud du pays. 

Autre conséquence de ces attaques : la quasi-mise à l’arrêt du détroit d’Ormuz, annoncée par les Gardiens de la révolution en Iran le 28 février qui ont menacé d’incendier tout navire qui tenterait de le franchir. Dans la foulée, plusieurs grandes compagnies maritimes comme Maersk et Hapag-Lloyd ont annoncé qu’elles éviteraient désormais ce couloir étroit – une cinquantaine de kilomètres de large – reliant le golfe persique au golfe d’Oman, et par lequel transite 20 % des approvisionnements mondiaux de pétrole brut. Selon les informations du Financial Times, le 2 mars, le trafic y avait diminué de 70 %, et les frais d’assurance des navires ont explosé.

Capture d’écran du site MarineTraffic (3 mars),
montrant le fort ralentissement du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.

L’occasion pour Bon Pote de se pencher sur ce lieu ultra-stratégique du commerce mondial d’hydrocarbures. 

Ce qu’il faut savoir sur le détroit d’Ormuz

Si le détroit d’Ormuz est aussi stratégique, c’est parce qu’il est le point d’entrée unique – par les voies maritimes – vers le golfe persique, hub majeur des énergies fossiles. C’est grâce à ce couloir géré conjointement par l’Iran et le sultanat d’Oman que les pays de cette région (Arabie Saoudite, Iran, Koweït, Émirats arabes unis…) peuvent exporter leurs hydrocarbures vers le golfe d’Oman, débouchant sur la mer d’Arabie et l’océan Indien. 

En temps normal, près 21 millions de barils de pétrole y transitent tous les jours en provenance de huit pays du golfe persique. Avec la fermeture de ce passage bordant l’Iran et Oman, c’est un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié (GNL) qui se retrouve à l’arrêt. Sans oublier les 33 % d’engrais mondiaux (dont le soufre et l’ammoniac), également tributaires de ce couloir. 

Source : Wikimedia

La situation est loin d’être nouvelle. Avant de devenir un point névralgique de la sécurité énergétique mondiale, le détroit d’Ormuz servait déjà de carrefour maritime reliant la civilisation mésopotamienne à la vallée de l’Indus (dans l’actuel Pakistan)… il y a plus de 4000 ans.

Un statut juridique discuté

“Juridiquement, l’Iran n’a pas le droit” de bloquer le détroit d’Ormuz, rappelle Francis Perrin, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), auprès de l’Express. “Cela étant, le respect du droit international n’est pas nécessairement la priorité de Téhéran. Militairement, l’Iran en a la possibilité. Il est, avec Oman, l’un des deux États riverains du détroit”.

L’Iran n’est en effet que signataire de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, qu’il n’a jamais ratifiée, complète Emmanuel Hache pour Bon Pote, adjoint scientifique et économiste-prospectiviste à IFP Énergies nouvelles et directeur de recherche à l’Institut de relations nationales et stratégiques (IRIS). Pour le dire plus simplement : le pays ne reconnaît pas la nature internationale de ce passage. Il ne reconnaît qu’un droit de passage en transit “sans entrave”. Ce qui lui permet “potentiellement, selon son droit, d’intervenir et de fermer son espace maritime s’il estime que c’est nécessaire”, poursuit le chercheur. 

Quelles sont les alternatives au détroit d’Ormuz ?

Alors certes, il existe des pipelines permettant de “contourner” ce goulet d’étranglement majeur. Parmi eux, le pipeline East-West du géant pétrolier Saudi Aramco (Arabie saoudite) construit lors de la guerre Iran-Irak dans les années 1980 pour protéger ses arrières en cas de fermeture du détroit d’Ormuz, l’Abu Dhabi Crude Oil Pipeline (Émirats arabes unis) inauguré en 2012, ou encore Goreh-Jask (Iran) en 2021. 

Mais ces oléoducs ne peuvent transporter qu’une partie de la production de pétrole. Tant et si bien que “la majeure partie des volumes transitant par le détroit d’Ormuz ne dispose d’aucun autre moyen de quitter la région”, précise l’agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) dans une note publiée en juin 2025. 

L’East-West pipeline a une capacité de 5 millions de barils par jour (alors que la production saoudienne atteint 8,9 millions de barils) et l’Abu Dhabi Crude Oil Pipeline, de 1,5 million de barils (alors que la production émiratie dépasse les 2,9 millions de barils). L’oléoduc iranien, quant à lui, ne peut transporter que 350 000 barils par jour selon les déclarations officielles, soit une fraction des 1,5 million de barils qu’ils exportent habituellement.

Certains pays du Golfe, comme l’Irak, le Koweït et le Qatar n’ont quant à eux aucun plan B en cas de blocage du détroit pour exporter leurs hydrocarbures, indique Fatiha Dazi-Héni, chercheuse sur la péninsule Arabique et le golfe Persique à l’Irsem (Institut de recherche stratégique de l’École militaire), auprès de Mediapart.

Le détroit d’Ormuz au cœur de la géopolitique mondiale

Des conflits, le détroit d’Ormuz en a vu d’autres. Ce passage “a toujours été un objet de chantage et un outil de pression utilisé notamment par l’Iran envers ses voisins”, rappelle Emmanuel Hache.

“Même au plus fort du conflit entre l’Iran et l’Irak dans les années 1980, même durant les guerres du Golfe, le détroit n’avait jamais été fermé”, explique le chercheur, selon lequel la fermeture la fermeture du détroit d’Ormuz incarne la “politique du pire” et signe “l’internationalisation du conflit”. “Côté iranien, on sait très bien qu’il va potentiellement y avoir des conséquences sur le marché pétrolier, et que celles-ci vont être mondiales.”

Bloquer le détroit d’Ormuz revient aussi à mettre un stop aux importations, dans une région “structurellement dépendante des importations alimentaires”, soulignent les analystes de XP Investments, cités par l’Agence France Presse (via BFMTV). En juin 2025, lors de la précédente opération militaire américaine en Iran, des cargaisons entières de riz à destination de la région avaient été bloquées en Inde. 

Pour l’Iran, la fermeture du détroit s’apparente à un “suicide stratégique et économique”, analyse Emmanuel Hache, puisque le pays se met ainsi “à dos les pays qui dépendent des importations de pétrole venant du détroit, notamment asiatiques”. Tout en hérissant ses voisins du Golfe dont les exportations se retrouvent entravées. 

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Qui seraient les perdants et les gagnants d’un blocage prolongé du détroit d’Ormuz ?

L’Asie est en effet en première ligne : selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie, 83 % du pétrole brut et du condensat passés par le détroit d’Ormuz sont allés sur les marchés asiatiques en 2023. Parmi les principaux pays importateurs, on retrouve la Chine (dont 45 % du pétrole importé passe par le détroit d’Ormuz), l’Inde (50 %) et la Corée du Sud (68 %). L’enjeu est d’autant plus important, fait remarquer Emmanuel Hache, que “c’est l’Asie qui tire la croissance mondiale aujourd’hui.” 

Premier client de l’Iran (dont les exportations de pétrole sont entravées par les sanctions américaines, contournées à l’aide d’une flotte “fantôme”), Pékin est d’ailleurs un allié de longue date de Téhéran “dans le cadre de ses efforts pour renforcer son influence stratégique et économique au Moyen-Orient”, rappelle Reuters. Une influence qui vient contrebalancer la présence américaine dans la région en multipliant les bases militaires (au Qatar, au Koweït, en Arabie Saoudite ou encore aux Émirats arabes unis) et les navires de guerre (comme au Bahreïn).

En comparaison avec la Chine, les États-Unis sont peu dépendants du pétrole du golfe persique (environ 8 % des importations américaines de pétrole brut et de condensat en 2023). Surtout, ils le sont moins que dans le passé puisque ces importations ont diminué de moitié depuis 2018 à mesure que la production nationale a augmenté. Idem en Europe, dont 10 % des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) proviennent de cette région, et dont la dépendance au détroit d’Ormuz a là aussi “largement diminué”, précise Emmanuel Hache. 

Cela dit, “la flambée des prix pénalise l’ensemble des pays importateurs de pétrole dans le monde, pointe Francis Perrin dans l’Express. Même si un pays n’achète pas de pétrole iranien, il subira la hausse des prix si la crise fait monter les cours mondiaux. Le pétrole sera vendu au prix du marché du moment, et non au prix antérieur.”

Un blocage durable du détroit d’Ormuz rebattrait forcément les cartes au niveau mondial. Selon une analyse du média Politico, il est possible que des importateurs de pétrole comme l’Inde et la Chine se tournent alors vers la Russie. C’est en tout cas le discours qu’a tenu Vladimir Solovyov, propagandiste notoire du Kremlin :“Pour notre budget, [l’attaque contre l’Iran] est un atout majeur. Si Trump frappe les champs pétroliers iraniens, alors, aussi regrettable que cela puisse paraître, nous [la Russie] deviendrions l’un des rares pays producteurs [de pétrole] restants.” Une perspective qu’Emmanuel Hache tient à nuancer : “La production russe ne peut pas être augmentée à court terme : tout le monde ne sera pas servi.”  

Cela vaut aussi pour les États-Unis, qui pourraient difficilement augmenter du jour au lendemain leur production d’“or noir”. “En revanche, d’autres pays, en Amérique du sud, connaissent une augmentation assez importante de la production, comme le Guyana, le Brésil et l’Argentine”, indique le chercheur. 

Vers un nouveau choc pétrolier ?

Depuis l’annonce du blocage du détroit d’Ormuz, scénario redouté depuis longtemps, la presse s’affole. Un peu partout rôde le spectre d’un nouveau “choc pétrolier” digne de 1973,  lorsque des membres de l’OPEP ont imposé un embargo sur les exportations de pétrole à l’encontre des alliés d’Israël lors de la guerre du Kippour, secouant l’économie mondiale.

Ces projections sont – en tout cas pour l’instant – grandement exagérées. Le cours du Brent (qui sert comme référence de prix pour le pétrole d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient) est passé de 70 à 80 dollars entre ce week-end et ce mardi 3 mars (contre 60 dollars début janvier). Selon Bloomberg, dans le pire scénario, le baril pourrait franchir le seuil des 108 dollars. Dans tous les cas, on est très, très loin du triplement des prix lors du choc pétrolier de 1973. “Les autorités iraniennes cherchent à créer un sentiment de peur sur les marchés et auprès des populations”, estime Emmanuel Hache.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le prix du baril de pétrole augmente temporairement en raison de conflits militaires dans la région. Lors des bombardements israéliens en Iran, en 2025, le cours avait bondi de 20 % au cours du mois de juin pour atteindre les 79 dollars.


Le marché avait d’ailleurs anticipé le problème puisque les pays du Golfe ont accéléré les exportations vers la Chine depuis quelques jours. En plus de ces “stocks flottants” en mer, ajoute-t-il, les membres de l’OCDE et de l’Agence internationale de l’énergie disposent de stocks stratégiques (90 jours) qu’ils peuvent utiliser en cas de blocage. Bien sûr, admet Francis Perrin dans l’Express, “ce n’est pas une solution durable : personne ne peut se passer de pétrole”. 

Un choc gazier ?

Selon Emmanuel Hache, tout se joue désormais sur la durée du conflit et ses impacts sur les infrastructures de production d’hydrocarbures. L’une des plus grandes raffineries de pétrole du monde, en Arabie Saoudite, a déjà été visée par une attaque de drones le 1er mars.

Les choses sont plus inquiétantes du côté du gaz, dont le cours s’est envolé de 50 % en Europe après l’arrêt de la production par QatarEnergy, qui a été la cible d’une attaque de drones iraniens. Selon Goldman Sachs, le prix du gaz en Europe pourrait augmenter de 130 % si le détroit d’Ormuz était bloqué pendant plus d’un mois. 

Si ces chiffres paraissent impressionnants, on est loin des niveaux atteints en 2022 au début de la guerre en Ukraine. Le 3 mars au matin, le cours du gaz naturel en Europe (TTF) atteignait 44,5 euros, contre plus de 300 euros à l’époque. 

Il est plus que jamais utile de sortir des énergies fossiles

L’économie mondiale a beau être moins dépendante du pétrole qu’en 1973 (moins de 30 % aujourd’hui contre 56 % à l’époque), le blocage du détroit d’Ormuz met une fois de plus en lumière les vulnérabilités du système énergétique mondial. 

Ce n’est pas la première fois qu’un tel électrochoc se produit (si tant est que l’on puisse encore en être surpris). En 2022, la guerre en Ukraine avait déjà mis en évidence la dépendance très forte de l’Europe à l’égard des hydrocarbures russes et inspiré de grands discours sur la nécessité de la “transition énergétique” sur le Vieux continent. 

“On est dépendants d’énergies qui ne nous permettent pas de nous préserver justement de ce type de choc, donc il faut décarboner, martèle Emmanuel Hache. Si on ne comprend toujours pas, après 2022 et après ce qui se passe aujourd’hui, de la nécessité de décarboner, je ne sais pas ce qu’il faut faire.”

Capture d’écran d’une étude parue dans la revue Nature (2025)

Le problème, c’est que la plupart du temps, les conflits ont plutôt tendance à entraver la lutte contre le dérèglement climatique, conclut une étude parue dans la revue Nature. Au-delà de leurs impacts directs (émissions de gaz à effet de serre, destructions), ils accaparent l’attention médiatique et les fonds, et nuisent à la coopération internationale. Avec ce conflit, c’est une fois de plus la désinformation et la reprise sans filtre de la propagande de guerre qui l’ont emporté.

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2 Responses

  1. Attention, une coquille dans le paragraphe “Vers un nouveau choc pétrolier” :
    Le prix qui serait passé “de 70 à 8078 dollars”, ça fait un sacré bon.

  2. C’est le debut du livre “la theorie des dominos” d’Alex Scarrow!!
    A suivre de pres donc…

    Sinon désormais le pétrole > 65$, l’extraction par fracturation au US redevient rentable….

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Auteur
Sophie Kloetzli
Spécialisée sur l’écologie, elle a travaillé depuis 2018 pour plusieurs médias engagés sur ces thématiques. Elle a aussi couvert des sujets scientifiques et chroniqué la numérisation du monde sous un angle technocritique.

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  1. Attention, une coquille dans le paragraphe “Vers un nouveau choc pétrolier” :
    Le prix qui serait passé “de 70 à 8078 dollars”, ça fait un sacré bon.

  2. C’est le debut du livre “la theorie des dominos” d’Alex Scarrow!!
    A suivre de pres donc…

    Sinon désormais le pétrole > 65$, l’extraction par fracturation au US redevient rentable….

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