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Ce sont probablement les images les plus impressionnantes jamais filmées d’une inondation. Plus de 400 morts et 1000 disparus au Népal et au Tibet suite à l’effondrement de glacier du Langtang Lirung, à environ 5200 mètres d’altitude. Le bilan humain s’alourdit toutes les 30 minutes et il est impossible d’avoir une estimation finale, compte tenu de la géographie du lieu et de la censure appliquée (pour l’instant) par les autorités chinoises.
Cet article a plusieurs objectifs. Faire un rappel de ce que nous savons du lien entre changement climatique et glaciers, et contrer la désinformation complètement ahurissante qui sévit sur les réseaux sociaux, à l’instar des commentaires sous notre post Facebook sur le sujet. Si comme le précise le chercheur Christian Huggel, il est trop tôt pour attribuer l’évènement au changement climatique (comme à chaque fois avec les inondations, c’est complexe et multi-factoriel, voir notre article sur la science de l’attribution), il est primordial de rappeler que ces images seront amenées à se répéter avec le changement climatique.
A massive flash flood in the Himalayan border areas of Nepal and China's Tibet. Initial report say it may have been caused by a glacial lake rupture.
— Michael LaFrance (@mlafrance.bsky.social) 2026-08-26T14:46:51.996Z
Vérification : un tremblement de Terre à l’origine de la catastrophe ?
Tout d’abord, et c’est un point central de désinformation, ce n’est pas un tremblement de terre qui est à l’origine du drame, mais bel et bien une gigantesque avalanche de roches et de glace survenue sur le versant nord du Langtang Lirun… ce qui a ensuite provoqué un tremblement de terre de magnitude 5,2.
C’est bien l’effondrement de plusieurs millions de tonnes de glace et de roche qui ont fait vibrer le sol et qui a été considéré par l’USGC comme un séisme. Selon Christian Huggel, cela représenterait entre 100 à 200 millions de m3. Autre ordre de grandeur, c’est 10 à 20 fois plus important que celui de l’avalanche de glace de roches de Blatten (Suisse) en 2025 qui avait déjà marqué les esprits.
Glaciers et changement climatique : quel lien ?
Nous avons publié sur Bon Pote un article dédié entre le changement climatique et les glaciers. Il est disponible ici, et voici 3 points importants à retenir :
- Depuis la fin du 19ème siècle, dans le monde entier, les glaciers ont perdu de leur masse et reculé. De nombreuses études scientifiques analysées par le GIEC permettent de considérer, avec un degré de confiance élevé, qu’au cours des deux dernières décennies, les glaciers de presque toutes les régions du globe ont continué à se réduire.
- Les glaciers ont varié de tout temps de manière naturelle au cours des derniers siècles et millénaires et il est probable que des taux de perte de volume aient, par le passé, été du même ordre. Mais les échelles de temps et l’amplitude des fluctuations observées actuellement n’ont rien à voir avec le reste de l’Holocène. Le recul observé des glaciers depuis plusieurs décennies est imputable, avec un très haut niveau de confiance, au réchauffement climatique.
- Quel que soit le scénario climatique considéré, l’évolution des glaciers dans les prochaines décennies est en partie déjà actée du fait de l’inertie du système climatique et du temps de réponse très lent des glaciers aux changements climatiques. Leur diminution va donc se poursuivre de façon irréversible d’ici la moitié du 21ème siècle. Pour la seconde moitié du siècle, l’évolution climatique dépendra de la trajectoire d’émissions de gaz à effet de serre qui sera suivie dès à présent.
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Que sait-on exactement dans cette zone ?
Il existe des études scientifiques plus précises par secteur. Pour la zone de la catastrophe, la climatologue Valérie Masson-Delmotte apporte quelques précisions via une étude publiée en juin 2026 :
Perte de masse qui accélère depuis les années 1990, accélération du recul de la surface des glaciers de ce secteur depuis la fin du 20ème siècle, amincissement généralisé, remontée en altitude de la ligne d’équilibre (là où l’accumulation contre-balance la fonte) de 175 mètres pour atteindre 5500 mètres à partir des années 2010, réchauffement prononcé, amplifié en altitude (+0,3°C par décennie 1964-2003 au-dessus de 4000 mètres),amincissement qui s’est propagé vers l’amont des glaciers, et fragmentation des glaciers et déconnexion, amplifiant le recul en altitude, la formation de falaises de glace instables, et, en vallée, la dégradation de langues de glaciers couvertes de débris.
Nous savons grâce à une étude de Rather & al. (2026) que “sous l’effet du changement climatique, les glaciers de l’Himalaya reculent rapidement, ce qui entraîne la formation et l’expansion généralisées de lacs glaciaires et accroît le risque de crues soudaines provoquées par la rupture de ces lacs. À ce jour, plus de 388 crues soudaines de ce type ont été recensées dans la région.”

On ne peut pas affirmer que c’est un évènement “GLOF” (Glacial lake Outburst flood), comme cela a été annoncé à plusieurs reprises sur les réseaux. Il y aura probablement une étude d’attribution et plus d’informations à suivre dans les jours à venir, nous communiquerons les informations via notre newsletter gratuite.
Ce que nous savons en revanche, et qu’il est indispensable de rappeler : les risques de “flash flood” (crue éclair) augmentent avec le changement climatique, c’est documenté depuis des décennies par les scientifiques. Mieux encore, il faudrait que les médias qui parlent du sujet fassent le lien avec le changement climatique, et surtout les causes du changement climatique. Un ordre de grandeur à retenir particulièrement efficace rappelé par Valérie Masson-Delmotte : une analyse à l’échelle mondiale montre que chaque kg de CO2 émis entraîne la fonte d’environ 15 kg de glace de glaciers. Des émissions de CO2 provenant des énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole) et de la déforestation, ce qui est rarement (voire jamais !) rappelé si vous regardez les médias mainstream depuis 24H. Ni au JT de France 2 à midi, ni au JT de TF1, ni sur BFMTV en direct.

Injustice climatique partout, changement radical nulle part
Reprécisons-le encore : il est plus difficile pour les inondations de les attribuer au changement climatique, et c’est souvent multi-factoriel, comme nous l’avions expliqué avec l’hydrologue Florence Habets dans cette synthèse complète. Donc pour ce cas précis, il faudra attentre l’étude d’attribution (probablement du World Weather Attribution) pour en savoir plus.
En revanche, il n’y a aucun doute sur la tendance de fond. L’enchaînement des catastrophes n’est pas le fruit du hasard, ce ne sont pas des “catastrophes naturelles”‘, mais bel et bien le chaos climatique qui tue. Au Népal, comme dans bien d’autres régions et pays du Sud Global, les habitants payent au prix de leur vie les excès des pays. Les médias qui parlent de cette catastrophe doivent faire le lien, causes et conséquences. Et surtout de faire le lien sur l’injustice environnementale, en plus du double standard médiatique : imaginez une seconde que la même chose arrive à New-York à Paris, quel traitement médiatique aurions-nous ?
L’injustice climatique est aussi visible dans l’adaptation. Précision importante à nouveau de Valérie Masson-Delmotte:
L’enchaînement des évènements en cascade (effondrement de glacier, lave torrentielle, effet de barrage sur une rivière et risque de vidange brutale) est comparable à celui qui a touché la vallée du Lötschental en Suisse, fin mai 2025. Dans ce cas, le suivi automatique des instabilités de glaciers, le système d’alerte précoce, l’évacuation 10 jours avant l’évènement et la reprise de l’écoulement de la rivière sans vidange brutale catastrophique avaient permis de protéger les personnes (et animaux d’élevage) et limité les conséquences en aval, mais le village de Blatten avait été détruit à 90%.
Cela souligne l’importance des systèmes d’observation et d’alerte précoce et le besoin de financements pour leur mise en oeuvre dans des contextes particulièrement vulnérables.
L’écologie étant politique et entre autres le fruit des votes des partis politiques, il est utile de rappeler que le Rassemblement National sabote l’adaptation climatique à l’Assemblée nationale depuis 2022. Les mêmes qui veulent baisser les budgets des agences qui étudient et alertent sur les catastrophes climatiques, main dans la main avec le centre et la droite. Une leçon, une de plus, à retenir lors des votes pour 2027. Impossible de se cacher derrière un “qui aurait pu prédire”, puisque tous les faits et alertes sont sous nos yeux.
2 Responses
Je suis impressionné par le rapport 1 Kg de CO2 fait fondre 15kg de glacier.
Cela veut dire qu’avec un aller retour Paris-Kathmandu en classe économique, on fait fondre 40 tonnes de glacier. Pas de quoi être fier une fois revenu de voyage…
L’écologie n’est pas politique ! L’écologie est une science qui étudie des mécanismes du Vivant ! Cet amalgame permanent entre ce terme et les effets des actions humaines sur l’environnement rend illisible l’analyse scientifique des modifications du climat d’une part, des modifications des écosystèmes, ET l’analyse des impacts imputables à l’humain, où là , la politique entre en jeu quant aux décisions à prendre pour le futur . Plus il y a de mélange, moins il y a de lisibilité. Je rappellerai par exemple que “l’écologie humaine” est en réalité la sociologie, ou l’anthropologie. Vous accusez les grands médias, mais vous tous, journalistes, mélangez allègrement les disciplines. Pourquoi ?