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35°C dans la classe : quand passer le BAC devient infernal

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©Crédit Photographie : QUENTIN TOP / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
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« Les enfants, interdits de courir ! ». Dans les écoles françaises, le personnel scolaire en est réduit à contraindre et à réprimer les élèves pour leur permettre de survivre à l’épisode caniculaire exceptionnellement grave que traverse la France. 

Des classes à plus de 35°C, cela n’a rien de nouveau, nous avions déjà reçu des alertes chez Bon Pote de la part de professeurs dépités car impuissants face aux fortes chaleurs en 2025. Cette année, ce sont des examens qui auront lieu en pleine canicule.  

Des professeurs et élèves de nouveau en danger, abandonnés par un gouvernement et son inaction climatique. Leurs décisions climaticides ont condamné en toute conscience les enfants à un avenir climatique dangereux. Pire : le minimum n’a pas été fait pour assurer la sécurité et la santé dans nos écoles. 

Des écoles totalement inadaptées au climat d’aujourd’hui 

Un constat, tout d’abord. De très nombreux établissements scolaires (on compte 51000 écoles, collèges et lycées publics) ne sont pas du tout adaptés au climat actuel. Et ce problème a été très clairement identifié depuis au moins 2019.

Cette année-là, une canicule intense avait entraîné le report des épreuves du brevet des collèges. Cet épisode n’était qu’une alerte, amenée malheureusement à se répéter. Cette menace a été documentée par un nombre impressionnant de travaux tous publiés en 2023. Il est clair qu’un tournant aurait dû être pris à l’époque.

Un rapport d’information de l’Assemblée nationale sur l’adaptation de l’école aux enjeux climatiques avait ainsi conclu que 86 % du parc scolaire français devait être rénové, dont 10 % était identifié comme vétuste et « devant faire l’objet d’une action prioritaire ».

Le ministère de l’Éducation nationale partageait ce constat, avançant que les vagues de chaleur « vont impacter beaucoup plus le fonctionnement des écoles et des établissements scolaires dont le bâti n’est pas toujours conçu pour faire face à de telles situations ».

Le ministre délégué aux collectivités territoriales, interrogé par une mission d’information du Sénat, avait lui toujours en 2023 travaillé à une estimation des investissements nécessaires : 52 milliards d’euros sur 10 ans (une estimation tout à fait en phase avec celles publiées précédemment). L’équation était claire : il fallait investir environ 5 milliards d’euros par an pour protéger les enfants.

Financement des rénovations d’écoles : le grand écart entre les budgets et les besoins

En réponse, le gouvernement a déployé le programme « ÉduRénov », destiné à prêter (et non à donner) 2 milliards d’euros aux collectivités. Une enveloppe très loin d’être à la hauteur des enjeux. Logiquement, un premier bilan du dispositif a depuis montré que le rythme des rénovations était insuffisant : à peine un tiers du parc scolaire aura engagé une rénovation d’ici à 2030.

En 2024, Emmanuel Macron promettait par ailleurs le versement de subventions pour ces rénovations, avec 500 millions d’euros débloqués via le Fonds vert : « Notre objectif, c’est dans les 10 ans de pouvoir rénover 40 à 44 000 écoles ». Mais, illustration typique des revirements écologiques de la macronie : le même Fonds vert a été réduit de moitié quelques mois plus tard. Plusieurs maires, dont celui de Châtillon en région parisienne, ont témoigné de l’impact délétère de ce volte-face sur leur capacité à rénover leurs écoles. Selon le ministère de l’Écologie, seuls 65 établissements ont finalement obtenu des subventions pour des travaux énergétiques en 2025. 

Le Haut conseil climat (HCC) a d’ailleurs tranché dans son rapport 2025 : les dispositifs existants en matière de rénovation des établissements scolaires sont insuffisants pour atteindre les objectifs de neutralité carbone de la France. La réalité est venue confirmer ces travaux : pas moins de 2000 écoles avaient dû fermer leurs portes face à la canicule en juin 2025.

Quelques semaines après cette canicule, un nouveau rapport publié cette fois par l’Alliance écologique et sociale (AES, qui rassemble Greenpeace, Oxfam et les syndicats CGT Éducation et Snes-FSU) invitait à dresser d’urgence un bilan du bâti scolaire à l’échelle nationale (moins de 5000 bâtiments scolaires détiennent un DPE) . Pour ce rapport, un questionnaire a été adressé à 9000 personnes de l’Education nationale : 95 % déclaraient souffrir de températures trop élevées en classe, et 12 % affirmaient avoir déjà constaté un thermomètre grimpant jusqu’à 35 °C dans leur salle.

« Qui aurait pu prédire » que les choix politiques pris ces dernières années allaient à nouveau exposer des enfants lors d’une canicule catastrophique en mai 2026 ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, rebelote en 2026. le Parisien décrivait par exemple ce mardi combien les températures sont montées dans les classes mal-adaptées de Seine-Saint-Denis.

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Pourquoi les enfants souffrent-ils plus de la chaleur et des fortes températures ?

Les températures au-dessus de 30 degrés constituent déjà un risque pour la santé des adultes, même sédentaires. Mais pour comprendre la gravité de la situation, il faut faire ce que notre société rechigne en permanence : se mettre à la place des enfants.

C’est ce qu’a fait en juin 2025 le Cerema, un organisme public fort utile destiné à accompagner l’aménagement et l’adaptation des territoire au défi climatique (et donc logiquement victime de la guerre menée à coup de baisses de dotations par l’exécutif et la majorité parlementaire contre les agences publiques environnementales, à tel point que le Cerema a dû programmer sa cessation de paiement). 

Le Cerema rappelait que l’équilibre thermique des enfants est différent de celui des adultes. Les enfants transpirent moins facilement, ont moins le réflexe de boire ou d’ôter un vêtement… Et ce n’est pas tout. Ils sont aussi plus petits, et donc plus proches du sol. Cette évidence n’en est visiblement pas une puisque la quasi-totalité des cours d’école sont ou ont été bitumées, et ce afin de faciliter la vie des adultes qui en ont la charge. 

Le Cerema a mesuré les conséquences : « la température de l’air au niveau de la tête d’un enfant d’âge préscolaire est de 10 à 15°C supérieure à celle au niveau de la tête d’un adulte » dans une cour bitumée. Voilà ce que vive les enfants à qui l’ont propose de s’amuser dans des espaces qui ressemblent à des parkings. Selon le rapport de l’AES cité plus haut, plus de 65% des personnels de l’Éducation nationale estiment encore que les espaces extérieurs de leur école sont insuffisamment végétalisés. 

Ce que dit la science sur l’impact de la chaleur sur l’apprentissage

De très nombreuses études ont démontré combien ces choix sont nocifs pour les élèves. En 2025, une revue d’études basée sur les données de plus de 14 millions d’élèves dans 61 pays a montré que l’exposition aux fortes chaleurs altère les capacités d’apprentissage et les performances cognitives des étudiants. 

Les travaux sont unanimes, les températures élevées nuisent à la mémorisation, aux capacités verbales ou aux performances intellectuelles globales. Des études suggèrent même que les enfants auraient besoin de températures plus fraîches encore que les adultes pour atteindre des performances maximales.  A l’inverse, une étude menée à Barcelone a montré qu’une exposition accrue aux espaces verts à l’école améliore significativement la mémoire de travail et réduit l’inattention des enfants. 

Ce n’est pas tout. Ces études montrent que les écoles et élèves de villes et quartiers défavorisés sont particulièrement touchés par ces vagues de chaleur.  Ces inégalités sont renforcées par d’autres : seuls les élèves dont les familles disposent de maisons bien isolées voire de résidences secondaires peuvent échapper à ces canicules en séchant l’école les jours de canicule. 

Continuité pédagogique et canicule : une instruction obligatoire mais devenue impossible

En France, l’instruction obligatoire et la continuité des services publics sont deux socles du fonctionnement démocratique. Alors que se préparent des épreuves du Bac professionnel les 28 et 29 mai, les très nombreux commentaires reçus par Bon Pote et certains témoignages diffusés sur les réseaux sociaux montrent que beaucoup d’établissements ne sont pas pas en mesure de proposer autre chose que des palliatifs (hydratez-vous, restez immobiles à l’ombre et restez chez vous en dehors des temps scolaires). 

D’ici à 2030, 9,4 des 11,8 millions d’élèves français pourraient être exposés de 2 à 8 jours de fortes chaleurs par an, soit 2 à 5 fois plus que pendant la période 1976-2005 (Modélisation EduRénov, données données de l’INSEE, Météo-France et TRACC (Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique). Et peut-être davantage, si les seules mesures prises pour les élèves consistent non pas à les protéger mais à les contraindre à aller à l’école pendant l’été, saison devenue à haut risque climatique. 

Le fait qu’il devienne impossible d’apprendre dans des conditions acceptables montre de nouveau la totale déconnexion du gouvernement et du président Macron, eux qui en 9 ans n’auront eu que pour objectif de réduire la durée des vacances scolaires d’été des enfants et le port de l’uniforme.

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2 Responses

  1. Il existe une technologie beaucoup moins couteuse, plus rapide à mettre en place et plus efficace pour rendre les salles de classe supportables : la climatisation. Vous réussissez à faire un article d’une trentaine de lignes sans mentionner une seule fois cette solution simple. Rappelons que l’électricité en France est essentiellement décarbonée.

    Rénover, c’est très bien, il faut le faire mais un chantier ça coûte plus cher, ça pollue davantage et cela prend forcément plus de temps. Et même avec une très bonne rénovation, pensez-vous que l’on peut se passer de climatisation pour maintenir un niveau inférieur à 25° (seuil où les capacités intellectuelles commencent à décroitre) lorsqu’il fait 38° dehors dans certains bâtiments (orientation, contraintes techniques, étage élevé, etc.) ? Une grosse rénovation peut d’ailleurs permettre l’installation d’une PAC air / air qui sera réversible !

    Pourquoi ce tabou contre la climatisation ?

  2. Cette situation est vraiment symbolique de la déconnexion des politiques au place avec la réalité.
    Une remarque : le mot “performance” m’a un peu chatouillé.
    Selon moi, l’école devrait être là pour donner des bases communes à tous·tes, et surtout pour donner envie d’apprendre et acquérir des méthodes d’apprentissage.
    Et non pas de permettre aux enfants d’être performant·es.
    Je ne suppose pas du tout que ce soit votre point de vue, mais mettre en avant le bien-être me semble un argument amplement suffisant pour justifier les investissements à faire.
    Merci pour votre travail.

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Thibaut Schepman

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  1. Il existe une technologie beaucoup moins couteuse, plus rapide à mettre en place et plus efficace pour rendre les salles de classe supportables : la climatisation. Vous réussissez à faire un article d’une trentaine de lignes sans mentionner une seule fois cette solution simple. Rappelons que l’électricité en France est essentiellement décarbonée.

    Rénover, c’est très bien, il faut le faire mais un chantier ça coûte plus cher, ça pollue davantage et cela prend forcément plus de temps. Et même avec une très bonne rénovation, pensez-vous que l’on peut se passer de climatisation pour maintenir un niveau inférieur à 25° (seuil où les capacités intellectuelles commencent à décroitre) lorsqu’il fait 38° dehors dans certains bâtiments (orientation, contraintes techniques, étage élevé, etc.) ? Une grosse rénovation peut d’ailleurs permettre l’installation d’une PAC air / air qui sera réversible !

    Pourquoi ce tabou contre la climatisation ?

  2. Cette situation est vraiment symbolique de la déconnexion des politiques au place avec la réalité.
    Une remarque : le mot “performance” m’a un peu chatouillé.
    Selon moi, l’école devrait être là pour donner des bases communes à tous·tes, et surtout pour donner envie d’apprendre et acquérir des méthodes d’apprentissage.
    Et non pas de permettre aux enfants d’être performant·es.
    Je ne suppose pas du tout que ce soit votre point de vue, mais mettre en avant le bien-être me semble un argument amplement suffisant pour justifier les investissements à faire.
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