Depuis l’annonce de sa candidature à la mairie de Paris, le 7 janvier en prime time sur TF1, Sarah Knafo écume les plateaux télé et radio (France Inter, Franceinfo, RMC, RTL, Europe 1…) et alimente chaque jour son fil X (Twitter) de nouvelles contre-vérités.
Impossible de tout démystifier dans ce déluge de mensonges appliquant la stratégie trumpienne bien connue du flood the zone with shit (“inonder la zone de merde”). Soit raconter des mensonges et balancer des fake news chaque jour en attirant, monopolisant et en détournant l’attention.
Que l’on commente chacune de ses sorties est précisément ce qu’attend Sarah Knafo. Et pendant que la candidate Reconquête fait le buzz sur BFMTV en se trompant sur le prix du pass Navigo (“52 euros annuels”) et en se retrouvant piégée par sa méconnaissance du PSG, on en viendrait presque à oublier que derrière l’identité graphique néo-vintage de sa campagne – largement pompée sur celle de Zohran Mamdani à New York – se cache un programme d’extrême droite, entre surenchère sécuritaire (doubler les effectifs de la police, armer la police municipale, vidéosurveillance dopée à l’IA…) et mesures anti-immigration.
Focus sur 10 mensonges (liste non-exhaustive) diffusés par la candidate du parti d’Éric Zemmour.
Avant-propos : Sarah Knafo est bien d’extrême-droite
Dans la plupart de ses interviews, Sarah Knafo se présente comme une femme “gaulliste” et rejette l’appellation d’extrême droite à son sujet. En vérité :
- Elle est membre (et serait à l’origine du nom du parti) de Reconquête, parti classé à l’extrême droite dans les “blocs de clivage” du ministère de l’Intérieur.
- Elle relaie la théorie complotiste, raciste et caractéristique de l’extrême droite du “Grand remplacement”.
- Elle a été directrice de la campagne présidentielle d’Éric Zemmour, un homme politique d’extrême droite dont la haine raciale lui a valu d’être multicondamné.
- Au Parlement européen, elle siège au sein du groupe L’Europe des nations souveraines (ENS). Ce groupe rassemble des personnalités néonazies, formations nationalistes radicales, dont les élus de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), un parti allemand classé à l’extrême droite, connu pour ses positions condamnables sur l’immigration et l’identité, et qui défend notamment la déportation de personnes étrangères.
1 / La “réalité” de Paris décrite… avec de l’IA
La déclaration : “Pendant que les élus parisiens se retrouvent entre eux au Conseil de Paris, du moins ceux qui font l’effort d’y assister, moi je vous montre ce qu’ils ne veulent pas que vous sachiez”, a déclaré la candidate Reconquête sur X (désolés pour les liens X, Sarah Knafo n’est pas sur Bluesky ou Mastodon et préfère communiquer sur un réseau social tenu par un fasciste).

La réalité : Insalubrité, bouchons… Le vrai visage de Paris, que Sarah Knafo prétend révéler, repose en réalité sur des images générées par IA. Rappelons que le code électoral (article L97) sanctionne “ceux qui, à l’aide de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manœuvres frauduleuses, auront surpris ou détourné des suffrages, déterminé un ou plusieurs électeurs à s’abstenir de voter”, d’un emprisonnement d’un an et d’une amende de 15 000 euros.
2 / Le “Hijab Day” serait annuel et obligatoire à Science Po Paris
La déclaration : “À l’intérieur de Science Po aujourd’hui, chaque année, y’a un jour qui s’appelle le Hijab Day, c’est un journée où toutes les jeunes femmes de Science Po doivent venir avec un foulard islamique, pour marquer leur solidarité à l’égard des femmes musulmanes.”
Les faits : Cet événement a été organisé une seule fois, en 2016, en réponse aux propos racistes de la ministre socialiste des droits des femmes Laurence Rossignol, qui avait comparé les femmes choisissant de porter le voile aux “nègres qui étaient pour l’esclavage”. C’était un événement organisé par des étudiantes qui proposaient aux volontaires éventuelles de “se couvrir les cheveux d’un voile le temps d’une journée.” Un reportage du Monde mentionne :“Sur la table installée dès 8 heures dans le hall de l’établissement, une dizaine de foulards sont mis à la disposition des volontaires, invités à poser leurs questions”. Rien de contraignant et rien d’annuel : Sarah Knafo a totalement déformé la réalité.
3 / Des voitures sur les berges, c’est possible “sans pollution”
La déclaration: “Anne Hidalgo a fermé les voies sur berge pour en faire un symbole politique contre la droite. Résultat : plus de bouchons, plus de pollution, des heures perdues dans les embouteillages”. Son objectif : rouvrir la circulation aux voitures le long des quais “sans pollution” et “sans bruit” tout en construisant une grande promenade piétonne juste au-dessus.
Les faits : Selon les données d’AirParif, la piétonnisation des berges (effective depuis septembre 2016) a entraîné une “amélioration de la qualité de l’air le long des quais fermés à la circulation”, mais aussi “une dégradation plus ou moins marquée autour des carrefours dans cette zone et à l’Est, dès la fin de la portion piétonnisée”. De manière générale, conclut l’observatoire de la qualité de l’air, “aucun impact significatif sur l’exposition des populations n’a été mis en évidence à la hausse ou à la baisse.”
À l’échelle de la ville, cependant, AirParif note que la pollution de l’air a drastiquement chuté entre 2012 et 2022 (-40 % en moyenne pour le dioxyde d’azote, -28 % pour les particules fines PM2.5). Une baisse attribuée en partie à la diminution du trafic routier dans la capitale (responsable de 25 % de la baisse de dioxyde d’azote et de 17 % de celle de PM2.5).
En outre, “rouvrir une route dans ce contexte ne peut faire rien d’autre que de créer un appel d’air, rendre plus attractives les voitures et donc créer du trafic supplémentaire. Toutes les infrastructures de transport créent du trafic. Ça a été prouvé depuis bien longtemps”, souligne Mathieu Chassignet, ingénieur spécialiste des mobilités durables et de la transition écologique des villes.
4 / “Rétablir les 80 km/h sur le périph’ permettra de lutter contre la pollution”
La déclaration :“Pour la qualité de l’air, pour la fluidité dans Paris, pour vos temps de trajets, pour votre pouvoir d’achat, je vais simplifier drastiquement le stationnement à Paris et rétablir les 80 km/h sur le périphérique.”
Les faits : En octobre 2024, la vitesse maximale autorisée sur le périphérique parisien était passée de 70 à 50 km/h. Bilan un an plus tard, réalisé par AirParif : les concentrations moyennes de dioxyde d’azote ont diminué de 6 % en moyenne ; les émissions de particules fines (PM₁₀ et PM₂,₅), elles, sont restées stables. Pendant la même période, indique l’observatoire, le trafic routier a diminué de 4 % sur cet axe, et les embouteillages de 14 % (selon l’Apur).
Contrairement à ce qu’affirme Sarah Knafo, la mesure a donc permis de gagner en fluidité tout en réduisant légèrement la pollution.
5 / “Les deux-roues, c’est une ville qui respire”
La déclaration : “Les deux-roues, c’est la liberté, la fluidité, et une ville qui respire”, assure la candidate aux municipales, à bord d’une moto à moteur… thermique.

La réalité : En conditions réelles, indique une étude réalisée à Paris, les deux-roues rejettent – pour la même quantité de carburant – jusqu’à 11 fois plus de monoxyde de carbone et 6 fois plus de dioxyde d’azote (NOx) que les voitures à essence. Certes, les motos et scooters consomment moins de pétrole au kilomètre, mais la pollution (sans même parler de la pollution sonore) est bien réelle. Bref, on a vu mieux pour “respirer”.
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6 / Les lampadaires vont “faire fuir les agresseurs”
La déclaration : “Tant de femmes ont peur de sortir le soir aujourd’hui en plein de cœur de Paris”, introduit Sarah Knafo, déambulant dans les rues de la capitale la nuit, avant de mettre en scène une agression générée par IA. “Ce n’est pas une fiction : c’est la réalité que vivent des milliers de Parisiennes chaque soir dans notre ville”, poursuit la candidate d’extrême droite avant de présenter sa solution high-tech : des réverbères équipés de capteurs d’intelligence artificielle capables de détecter les agressions et de déclencher une lumière pour “faire fuir les agresseurs”.
Les faits : Non, “des milliers” de femmes ne se font pas agresser chaque soir à Paris. Au cours de l’année 2023, 656 agressions sexuelles et 93 viols commis sur la voie publique ont été enregistrés par la police à Paris, selon les chiffres fournis au Point par la préfecture de police. De plus, comme nous l’analysons sur Bon Pote, Il n’y a pas de causalité systémique entre l’augmentation du vandalisme ou des violences à la personne et l’extinction de l’éclairage public la nuit.
7 / Son plan irréaliste pour faire économiser 10 milliards d’euros à Paris
La déclaration : “Je suis la seule à proposer un plan d’économies de 10 milliards d’euros sur dix ans pour Paris.”
Les faits : Pour arriver à cette somme, la candidate propose de diviser par deux le nombre de fonctionnaires à Paris, tout en augmentant le nombre de policiers municipaux et de personnels de crèche. Ce qui revient à supprimer 31 000 emplois dans les autres effectifs de la ville. C’est-à-dire, a calculé l’Obs, rien de moins que 70 % des effectifs (hors crèche et police) ! À part Javier Milei ou Donald Trump, qui peut feindre de croire que des services publics peuvent fonctionner dans ces conditions ?
Autre solution avancée par la candidate : vendre 10% des logements sociaux de la ville. Le problème : c’est illégal… et coûterait à la ville plusieurs dizaines de millions d’euros d’amende par an. Une fois la vente des logements encaissée, cette idée creusera les déficits de la ville.
8 / La ville achèterait des immeubles Place des Vosges pour en faire des HLM
La déclaration : “Madame Hidalgo achète Place des Vosges des immeubles à 40 000 euros du mètre carré pour y mettre du logement social, c’est totalement aberrant.”
Les faits : C’est une réécriture totale de l’histoire, avec un mensonge et des extrapolations. La candidate surfe sur une polémique déclenchée en novembre dernier par l’opposition municipale à la suite d’un projet consistant à transformer en 17 logements sociaux une propriété de la ville de Paris. Il s’agit d’une ancienne annexe du musée Victor-Hugo, vide depuis plusieurs années : l’Hôtel de Fourcy, situé au n°8 de la place des Vosges.
D’abord, l’immeuble n’a pas été acheté, puisqu’il appartient de longue date à la ville. Ensuite, l’immobilier dans le quartier peut certes atteindre 15 000 à 20 000 euros/m2, mais pas 40 000 euros comme elle le prétend. Si l’immeuble avait été acheté au prix du m2 avancé par Sarah Knafo, l’opération aurait coûté plusieurs dizaines de millions d’euros. En réalité, le projet de réhabilitation du bâtiment est estimé à 7,6 millions d’euros dont 2,3 millions d’euros financés par la ville. Ces sommes sont légitimement questionnables, comme toutes les dépenses publiques. L’opposition estime ainsi qu’il serait préférable de financer du logement social dans d’autres quartiers moins coûteux. La majorité assume au contraire de vouloir maintenir des habitants dans un centre-ville qui se vide et qui est saturé par les Airbnb.
Sarah Knafo, elle, pollue ce débat politique en le déformant pour alimenter les rumeurs d’une gabegie autour du logement social.
9 / “Paris a perdu 50 000 logements à louer depuis la mise en place de l’encadrement des loyers”
La déclaration : “Paris a perdu 50 000 logements à louer depuis la mise en place de l’encadrement des loyers”, affirme la candidate Reconquête, dont le programme prévoit la suppression de ce dispositif mis en place en 2019 pour faciliter l’accès au logement pour les habitants.
Les faits : Selon les chiffres de la mairie de Paris dévoilés à Mediapart, la capitale est passée d’un million de logements en location en 1945 à 600 000 en 1980, puis à 350 000 en 2024. La tendance décrite par Sarah Knafo est donc bien antérieure à la mise en place de l’encadrement des loyers. Surtout, ce dernier n’explique pas à lui seul le resserrement du parc locatif. D’après l’Atelier parisien d’urbanisme dans un rapport (2023), le taux de résidences secondaires a été multiplié par 4 en 50 ans et les locations touristiques de courte durée sont en pleine expansion (environ 25 000 logements ont ainsi été “détournés” de leur usage au profit de Airbnb et consorts). En 2025, cet organisme a conclu qu’aucune baisse durable du nombre d’annonces ne semble directement imputable à l’encadrement”.
10 / “On a volé notre argent pour aller le donner à des associations qui ne le méritaient pas”
La déclaration : “Une association qui est politisée ne doit pas avoir le droit à des financements. On est bel et bien volés. On a volé notre argent pour aller le donner à des associations qui ne le méritaient pas. (…) Vous n’avez pas le droit d’être financé par l’argent de tous quand vous avez des idées qui en excluent certains. Ça doit être un critère d’exclusion des subventions publiques. Et c’est ce que j’appliquerai”, défend-elle sur son compte X.

Les faits : Selon elle, un milliard d’euros peut être économisé sur dix ans en excluant les subventions aux associations militantes. Là encore, toute dépense publique peut et doit être questionnée. Mais la candidate n’apporte aucune information étayant des dépenses inutiles.
On notera que ces subventions font déjà l’objet de débats nombreux et anciens. Une procédure avait par exemple été engagée en 2019 contre une subvention municipale à l’association d’aide internationale SOS Méditerranée. La subvention a été annulée par la Cour administrative d’appel de Paris en 2023, puis le conseil d’État a tranché dans le sens inverse et a lui considéré en juin 2025 que ces subventions sont légitimes puisque “la loi permet aux collectivités territoriales de soutenir toute action internationale d’aide humanitaire qui respecte les engagements internationaux de la France”.
Toutefois, il est important de noter que Sarah Knafo ne semble pas respecter elle-même ses propres directives. Dans son livre enquête Main basse sur la ville (éd. Stock, 2026), la journaliste Nassira El Moaddem a ainsi révélé récemment qu’une subvention de 20 000 euros a été attribuée à une association présidée par Sarah Knafo elle-même. Or Sarah Knafo porte “des idées qui excluent certains”. Surtout, l’utilité de cette subvention est questionnée puisque l’action ciblée n’a selon la journaliste jamais eu lieu. L’association en question a assuré à l’Obs avoir remboursé cette subvention au moment de la dissolution de son association.
Ce n’est d’ailleurs pas le seul cas où la probité financière de Sarah Knafo a été questionnée. Le Canard Enchaîné a notamment pointé “le train de vie très dispendieux d’Eric Zemmour et de sa compagne, Sarah Knafo, désormais eurodéputée” dans le cadre de la campagne de Reconquête aux européennes. Sont listées des nuits passées par le couple dans des palaces et hôtels cinq étoiles facturées jusqu’à 3200 euros pour quatre nuits ou un achat de 71 000 euros de chaises lors d’un meeting.
Conclusion : des médias irresponsables
Voilà pour la partie émergée de l’iceberg. On aurait pu ajouter à cette liste les sondages secrets qui seraient selon le JDD (propriété de Vincent Bolloré, soutien financier et médiatique de Reconquête et d’Éric Zemmour) prétendument en faveur de Sarah Knafo. Une affirmation non étayée et qui arrange la candidate mais qui a été publiée en toute illégalité puisqu’elle est contraire aux règles électorales, rappelait le journaliste à Mediapart David Perrotin.
On aurait aussi pu vous parler du fait que contrairement à ce qu’elle a prétendu, Sarah Knafo n’était pas la première à rencontrer les syndicats de pharmaciens (sa concurrente Rachida Dati l’avait fait quelques jours auparavant) ou encore que selon toute vraisemblance, elle ne s’est sans doute pas fait voler son téléphone 15 fois dans les transports en commun.
Mais la liste aurait été interminable.
Les journalistes qui prennent la responsabilité de l’inviter font un choix politique, d’autant plus lorsque l’interview se déroule sans contradiction. Un choix qui, disons-le clairement, participe à la montée de l’extrême droite.
Qu’il s’agisse de consacrer à Sarah Knafo une place de choix parmi “les 200 qui feront la France de demain” (Une du Figaro magazine) ou de l’inviter dans son podcast (comme celui de Matthieu Stefani, Génération Do it yourself), les “irresponsables” sont décidément nombreux.