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Après quasi vingt années de règne de Gérard Collomb à la mairie, les élections municipales de 2020 à Lyon sont remportées par le candidat écologiste Grégory Doucet et ses alliés de gauche. Même son de cloche à la métropole, qui passe du côté des verts.
Une première pour la troisième ville de France, qui se réchauffe plus vite que la moyenne nationale et qui subit déjà étés caniculaires, sécheresses sévères et pics d’ozone à répétition chaque été. Alors qu’ont mis en place la métropole et la ville écologiste en termes de mobilité, d’urbanisme, de déchets ou encore d’alimentation pour adapter la ville au changement climatique, protéger la biodiversité ou encore réduire la pollution ?
Après Bordeaux et Grenoble, cet article sur la capitale des Gones et sa métropole est le nouvel épisode de notre série sur les municipales de 2026. Nous évoquerons dans cet article les compétences de la mairie et quelques-unes de la métropole, cette dernière ayant les compétences majeures en termes climatiques (mobilité, urbanisme, végétalisation…). Pour rappel, lors des élections municipales de mars prochain, les élu(e)s de la métropole seront elles et eux aussi renouvelé(e)s par le vote.
A l’échelle de la métropole écologiste, une politique économique (et donc d’adaptation) de rupture
La Métropole du Grand Lyon est l’une des plus puissantes d’Europe avec 4 milliards de budget annuel, 1,4 millions d’habitant(e)s réparti(e)s sur une cinquantaine de communes et des compétences similaires à celles d’un département et d’une métropole.
Les années où Gérard Collomb était à la tête de la ville ou de la métropole ont été marquées par un désir de placer la métropole sur la carte, d’assumer la concurrence avec d’autres métropoles françaises et européennes afin de la rendre toute puissante. Il était un défenseur du modèle métropolitain où un maximum de richesses devait être concentré dans peu d’espace, pour garantir une hypercroissance. Avec les conséquences bien connues désormais en termes écologiques et sociales : artificialisation des sols, hausse des prix généralisée, éviction des classes populaires vers les périphéries et dépendance de la métropole pour à peu près toutes les ressources.
En arrivant en 2020 aux manettes, les écologistes et leurs alliés ont voulu sortir de cette croissance comme objectif principal et inventer un autre modèle. “En arrêtant d’encourager le toujours plus, les écologistes ont voulu apporter des réponses à tous ces problèmes de métropolisation” affirme Marie-Hélène Lafage, urbaniste et autrice de l’essai Les Métamorphoses, Les Petits Matins, 2025, interrogée par Bon Pote, ils et elles ont osé dire que la métropole n’a pas vocation à accueillir tout le monde, qu’il faut répartir les emplois sur le territoire. C’était bien d’arrêter et l’économie ne s’est pas cassée la figure.”
Le meilleur exemple pour elle étant le quartier de la gare Part-Dieu, où le projet était en 2020 de construire plus de tours de bureau et les élu(e)s ont dit stop. A la place, il y a aujourd’hui un boisement et des zones plus mixtes pour qu’il y ait de la vie après 18h. “La métropole doit capter la richesse sans nuire aux territoires voisins. Ce n’est pas très bien perçu par les milieux économiques, mais les résultats sont là” nous dit-on à la métropole.

Un tournant donc ? Oui et non pour Marie-Hélène Lafage : “La métropole est réputée de longue date : les plans canopée et ville perméable ou encore l’aménagement des berges du Rhône existait déjà. Mais là, depuis 2020, un tournant inédit a vu le jour pour l’adaptation, avec une volonté plus forte, et surtout plus de budget”.
Cette augmentation du budget dédié à l’adaptation se voit concrètement sur la métropole dans :
- la plantation de plus de 200 000 arbres
- le doublement du budget dédié au transport en commun – on y reviendra,
- la création d’une convention métropolitaine sur le climat,
- la désimperméabilisation et la végétalisation, 230 hectares depuis 2019.
On l’a compris, les politiques majeurs se font à la métropole. Et l’urbaniste de nous prévenir : “La presse est hyper focalisée sur Grégory Doucet et sa municipalité, la métropole n’est pas visible. Et si la métropole est perdue par les écolo, les élus de la ville ne pourront plus faire grand chose.”
CO2 et pollution de l’air… Où en est la ville et la métropole de Lyon ?
Entre 2019 et 2025, les émissions de CO2 ont baissé sur le territoire métropolitain de 36%. Pour l’élu à la municipalité Gautier Chapuis, interrogé par Bon Pote, la “reconnexion au chauffage urbain des logements, l’isolation thermique des bâtiments et la diminution de la circulation automobile expliquent en grande partie cette baisse.” Nous y reviendrons.
Selon Raphaël Desfontaines, de l’observatoire de la qualité de l’air en Auvergne-Rhône-Alpes, l’exposition moyenne des habitants de Lyon au dioxyde d’Azote (NO2) a diminué de 34% entre 2019 et 2024. Dit autrement, la population potentiellement exposée au seuil de pollution au dioxyde d’azote est passée de 15 200 personnes en 2019 à aucune en 2024. Une baisse du même ordre est observable pour l’exposition moyenne des habitants aux particules fines, -18% entre 2019 et 2024. Ces ordres de grandeur (et ses baisses) sont sensiblement les mêmes qu’à Bordeaux sur la même période.

La concentration de la pollution de l’air pour Lyon centre © Atmo
Mobilité : du vélo et encore du vélo (mais toujours des voitures)
Quelle politique Vélo a été mise en place ?
Au baromètre de la Fédération des usagers de la bicyclette de 2025, Lyon a récolté un B, “favorable”, et se place juste derrière le trio de tête Strasbourg, Grenoble et Rennes, qui font figure de référence pour les grandes villes. La note de climat cyclable augmente de plus d’un demi-point par rapport à 2021 et de quasi un point par rapport à 2019 (la dernière mandature donc) – ce qui est beaucoup. En chiffres, cela donne 134 km de voies cyclables nouvelles et une augmentation de 50 % du nombre d’usagers du vélo.
Un autre bon point, la diminution des vols de vélos grâce au déploiement de 6000 places sécurisées – il y en avait 1500 en 2020). Les plus visibles se trouvent à la Part-Dieu, où 1700 places sont sorties de terre depuis 2020. Frédérique Bienvenüe, co-présidente de Ville à Vélo, interrogée par Bon Pote, cite également la généralisation des panneaux M12, “On se pose moins de questions aux feux rouges, ça apaise les relations avec la police et pour les femmes c’est rassurant”, la sécurisation des carrefours rive gauche, et l’arrivée des nouveaux vélo’v électrique en 2024, “ils sont bien adaptés aux côtes, ça marche super bien.”
La co-présidente de Ville à Vélo a une explication toute rationnelle à ces améliorations :
“C’est la première fois qu’il y a un budget dédié pour des aménagements cyclables à grande échelle. Il y a eu des projets symboliques par le passé, et, depuis 2005, les usages du vélo augmentent de 10% à 15% par an, mais, depuis 2020, on assiste à des changements structurels beaucoup plus forts.”
Avec de l’argent, c’est plus facile effectivement. Pour avoir les ordres de grandeur en tête, c’est environ 200 millions qui ont été investis par la ville (500 à l’échelle de la métropole). C’est beaucoup, et ce n’est, par exemple, que 50 millions de moins qu’à Paris. Alors tout va bien dans le meilleur des mondes ?
Pas tout à fait. Frédérique Bienvenüe nous fait remarquer que sur les 250 km promis pour 2026, seuls 170 km (dont 60 km préexistants) seront livrés. “Le réseau comporte encore de nombreuses discontinuités à des carrefours” tient-elle également à nous préciser, ce qui constituent autant de freins pour attirer de nouveaux(elles) cyclistes. Autres points à améliorer selon Frédérique, les discontinuités avec les autres villes de la métropole et le manque d’aménagements dans les quartiers prioritaires : “les premières stations vélo’v datent d’il y a deux ans seulement !”

Une piétonisation en demi-teinte
La municipalité a créé 12 kilomètres de zones de rencontre où le piéton est prioritaire sur les voitures. Ces améliorations se concentrent sur la Presqu’île, quelques rues du quartier de la Croix-Rousse et autour des écoles avec le dispositif de la “rue aux enfants”. C’est peu pour une métropole de cette taille et surtout quand on la compare à Bordeaux ou Strasbourg. Mais pour Frédérique Bienvenüe, ça s’explique : “Avec la place prise par la végétalisation et le plan vélo, il ne reste plus beaucoup de place pour l’aménagement piéton.”
Pourtant, dans le cœur de la ville, sur la Presqu’île, la piétonisation concerne quasi toutes les rues depuis un an avec la mise en place d’une zone à trafic limité. Une bataille que la métropole et la municipalité ont mené de concert et qui a soulevé pas mal de remous du côté des commerçant(e)s. Sur ce sujet, Frédérique Bienvenüe ménage le chèvre et le chou : “On avait demandé une piétonnisation totale de la Presqu’île, on n’y est pas. Mais c’est beaucoup plus apaisé pour les piétons et ça a été dur pour la ville et la métropole, je ne sais pas s’il y a de l’énergie pour faire ça ailleurs aujourd’hui.” Espérons que les futurs élu(e)s au pouvoir la fassent mentir.

L’autre avancée concerne les écoles et la piétonisation des rues qui les abordent. Des initiatives qui font désormais leur preuve à Bordeaux, Paris, mais également dans les villes moyennes et également à Lyon, où, à date, 104 établissements bénéficient d’une “Rue aux enfants”: “c’est très bien car ça fait des ruptures de continuité pour les voitures et ça permet à plus de familles de s’y rendre à pied ou à vélo et d’y rester, créant de la convivialité entre les familles” souligne la co-présidente de la Ville à Vélo.
Un sacré bond en avant pour les transports en commun
Nous le disions plus haut, la métropole (qui a la compétence sur les transports en commun) a doublé le budget dédié par rapport à la précédente mandature, pour atteindre 2,55 milliards d’euros. Les réactions avaient été nombreuses en 2020 et beaucoup d’élu(e)s y voyaient une forme de démagogie ou n’y croyaient tout simplement pas.
Cinq ans plus tard pourtant, les résultats sont là. Sur le tram – la principale part du budget, 3 nouvelles lignes ont été créées (23 kilomètres en plus) et des zones, comme Vaulx-en-Velin et Saint-Fons, jusqu’ici très éloignées, ont pu être raccordées au centre de la métropole. La ligne B du métro a également été étendue. “Ça faisait 30 ans qu’on promettait le T9 ou le T10 et les écolos l’ont fait” nous rapporte une source proche de la métropole. La fréquentation est en hausse depuis 2019, +2%, et la barre des 500 000 abonné(e)s a été franchi, une première.
Le revers de la médaille : les travaux. Lyon et sa métropole sont un vaste chantier et même s’il s’agit d’améliorations notables (voies de vélo, de tram, piétonnes, végétalisation en tête), certain(e)s habitant(e)s ont fait savoir que trop c’est trop. Courant du mandat, la métropole a décidé de prioriser et de stopper certains travaux face à l’exaspération. L’exercice du pouvoir se révèle parfois plus compliqué que prévu.
La voiture, toujours bien présente
En 2022, 84 % des rues de la ville ont vu leur vitesse abaissée à 30 km/h. Résultat : entre 2019 et 2023, -35 % d’accidents de circulation, -29 % de blessés enregistrés de façon globale et jusqu’à -38 % parmi les cyclistes selon la mairie. Nous l’avons évoqué plus haut, les chiffres de la pollution de l’air sont également bien meilleurs qu’en 2019, dus notamment à la diminution du trafic routier d’environ 20% à Lyon (des chiffres plus nuancées dans le reste de la métropole).

Il n’empêche, la capitale des Gones reste une ville où la bagnole règne – 70% de sa surface lui est dédiée. Cela se traduit par “pas mal de conflits d’usage entre voitures et cyclistes et un climat global d’irrespect et de crispation qui a même tendance à augmenter” pour Frédérique Bienvenüe, co-président de la Ville à Vélo. Les récentes prises de position du candidat de droite Jean-Michel Aulas ne devraient pas arranger les choses sur ce sujet.
Urbanisme : comment Lyon et sa métropole agissent face au dérèglement climatique (surtout les chaleurs) ?
D’abord le contexte. La Métropole de Lyon est un des territoires qui se réchauffe le plus vite en France, les températures y augmenteront de plus de 4 degrés d’ici 2100 (diagnostic territorial de la Métropole de Lyon). Elle devrait par conséquent connaître jusqu’à 40 nuits tropicales (température ne descendant pas en dessous de 20 degrés) en moyenne par an en 2050 soit 2 à 3 fois plus qu’aujourd’hui.
Cette chaleur se fait déjà bien ressentir depuis quelques années à Lyon, où les 40°C sont une nouvelle norme l’été et où les îlots de chaleur créés par la densité et le bitume font que les températures du centre urbain dépassent de 4,6°C celle de la campagne, moins dense.

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Dans le détail pour la ville de Lyon : une végétalisation “partout où c’est possible”
Au total, de 2020 à 2025, plus de 260 actions de plantation ont été réalisées pour 13,8 hectares de nature regagnés sur le bitume et un budget de 150 millions (le deuxième en termes d’investissement derrière l’école) selon la mairie. Dans le détail :
- 129 rues végétalisées
- 39 parcs réaménagés
- 25 rues aux enfants végétalisées
- 71 cours nature (écoles et crèches)
- 11 800 arbres plantés
- 20 000 arbustes
- 35 hectares récupérés sur le bitume
- 37 aires de jeux rénovées ou créées
- 54 vergers plantés d’ici au printemps 2026, soit 1 verger/an dans chaque arrondissement.

Les investissements ont aussi servi à accompagner l’ensemble des aménageurs urbains (bailleurs privés, sociaux, métropole, le SYTRAL…) pour que l’arbre soit “au cœur de l’aménagement” nous a garanti Gautier Chapuis, adjoint au maire de Lyon : “On a voulu diversifier les essences, afin d’avoir un juste équilibre et pour s’adapter aux enjeux du réchauffement climatique. Les platanes représentent 60% des grands arbres, on a planté plus d’arbres qui transpirent quand il fait chaud.”
Autre fierté pour l’élu, qu’on pourrait aisément prendre pour un pépiniériste, tant il nous détaille avec précision les essences choisies par rapport au type d’ensoleillement ou de sols : la pleine terre : “On a changé les règles du PLU en augmentant la part de pleine terre des aménagements urbains. Résultat : on a regagné 35 hectares de pleine terre, même en construisant.” Lorsqu’on lui rétorque que 70% du foncier est privé à Lyon, Gautier Chapuis ne se démonte pas “je sais, c’est pour ça qu’on a aidé les copropriétés à débitumiser les cours, en finançant 50% à 60% des travaux.” On ne peut qu’abonder : en privilégiant la pleine terre et en rendant le sol perméable, une fraîcheur se fait sentir et les eaux de pluie sont rendues à la terre.
D’autres manières de rafraîchir
Qu’en pense la spécialiste de l’adaptation Marie-Hélène Lafage ? Elle souligne les efforts mais tempère : “Même en mettant des gros moyens, les gens ont chaud dans leur quartier. Adapter les villes, c’est aussi des solutions souples pour des besoins d’urgence comme l’ombrage, les brumisateurs, voilage.” L’installation sur la place Bellecour (et les vives critiques) montrent que ce genre de solutions sont attendues par les habitant(e)s.
La mairie a créé une cartographie des lieux frais et itinéraires fraîcheur dans toute la ville. Une première en France, avec plus de 700 lieux à l’intérieur et à l’extérieur comme des parcs, piscines, équipements publics rafraîchis ou bornes fontaines d’eau potable (300 au total). Un bon outil qui mériterait d’être étendu dans toutes les villes en France désormais.
Quid des cours d’école à Lyon ?
C’est un enjeu majeur pour la santé des enfants et du personnel, les cours d’école : des espaces où règnent le béton et qui deviennent impraticables en été. Depuis 2020 :
71 cours nature ont été végétalisées sur les 200 et quelques écoles que comptent la ville et 350 arbres y ont été plantés.

Un bon début qui est accompagné par une accélération dans la rénovation des écoles, indispensable pour ne pas avoir des températures trop élevées dans les classes (et inversement en hiver). D’autant que quasi aucune n’avait été rénovée en 2020.
D’après la mairie, d’ici la fin du mandat municipal, un tiers des établissements scolaires aura bénéficié de travaux majeurs et si la dynamique se poursuit, l’ensemble des écoles sera concerné d’ici “à la fin du prochain mandat”, assure Sylvain Godinot, adjoint au maire de Lyon en charge de la transition écologique et du patrimoine, à France 3. Pour les établissements non rénovés, des mesures d’urgence sont mises en place (ventilateurs, brumisateurs et protection des fenêtres).
Enfin, ajoutons que la ville a investi, en tout, 327 millions d’euros pour l’éducation depuis 2020, principalement pour la végétalisation et la rénovation. Il s’agit “du premier budget d’investissement de la ville, selon Gautier Chapuis.
Lyon a-t-elle fait baisser sa consommation d’énergie ?
Dans les grandes lignes, la ville annonce avoir baissé sa consommation d’énergie globale de 22% sur le mandat (-7% lors du dernier) et s’approvisionner avec 100% d’électricité et 25% de gaz d’origine renouvelable. Les toits de 18 sites municipaux ont été équipés de panneaux solaires pour produire de l’énergie et atteindre 10% d’autoconsommation (c’est 41% pour Bordeaux, qui a mis le paquet comme nous le soulignions dans notre article).
Un plan de sobriété a été adopté en 2022 et au-delà des mesures d’accompagnement proposées aux habitant(e)s et commerçant(e)s, des initiatives très concrètes ont été prises :
- 19°C dans les locaux administratifs, les bibliothèques, les crèches et les écoles
- 14°C dans les gymnases
- 16°C dans les équipements inoccupés plus de 24h
- 26°C dans l’eau des piscines qui accueillent le public scolaire
- Allumage du chauffage à partir le 1er novembre au lieu du 15 octobre
- Déclenchement de la climatisation à 28°C
- Coupure de l’eau chaude des lave-mains des bâtiments publics (hors douches) à l’exception des crèches.
Au niveau de la métropole, les consommations énergétiques ont baissé de 36,6 % sur les 640 sites que compte le territoire.

Où en est la rénovation des bâtiments publics ?
“La ville a récupéré un patrimoine en mauvais état” selon Marie-Hélène Lafage et ce n’est pas la seule à nous l’avoir partagé. Pour adapter les plus de 800 bâtiments du parc de la ville, 23 millions d’euros sont investis chaque année depuis 2020 : écoles (Diderot, Gémeaux – ici en photo -, Joliot-Curie, Laborde…), crèches (Montbrillant, Chevreul…), bâtiments patrimoniaux (palais de Bondy), culturels (Marché Gare et Halle Tony Garnier) ou sportifs (patinoire Baraban, piscine de Vaise…).
La mairie souligne que toutes les solutions ont été mises à contribution : meilleure isolation, ventilation naturelle, pose de brise-soleil, rénovation de chaufferie, utilisation de matériaux bio-sourcés pour réduire l’empreinte carbone des travaux. Au total, environ 90 000 m² ont été rénovés, une très forte accélération – la précédente municipalité n’avait entrepris que 2 rénovations globales contre 25 depuis 2020, mais qui va prendre encore de nombreuses années tant un retard avait été pris.
L’éclairage public
Entre fin 2019 et fin 2024, la baisse de la consommation d’électricité due à l’éclairage public a été de 32 %, grâce au remplacement par les LED en grande partie, à la baisse de puissance à certaines heures de la nuit dans 6 arrondissements sur 9, mais aussi à la diminution de l’éclairage patrimonial. A noter que du 3 novembre 2022 au 6 février 2023, une expérimentation de l’interruption de l’éclairage public entre 2h et 4h30, 4 nuits par semaine avait été testée par la mairie. Celle-ci ne s’est pas renouvelée devant les difficultés techniques que cela occasionne et les “incompréhensions” de certain(e)s habitant(e)s. Pour en savoir plus sur l’éclairage public, vous pouvez consulter notre article.

L’alimentation : plus de local et de bio dans les cantines
Avant le bio, le contexte. La cuisine centrale de Lyon, c’est 27 000 repas par jour et le plus gros marché pour la ville avec 40 millions d’euros de budget selon Gautier Chapuis, l’adjoint en charge à la mairie. Dès le départ, la municipalité a mis en place une commission pour les approvisionnements et à travailler à une structuration d’une filière bio et locale avec trois objectifs :
- une juste rémunération des paysans,
- la relocalisation, la production de fruits, légumes, viande et légumineuses grâce à la commande public,
- l’aide à la transition en bio des producteurs

Aussi, la mairie s’engage sur des volumes d’achat avec des producteurs, ce qui permet de structurer avec un minimum d’achat à l’année. En chiffres, ça donne sur la période 2021 – 2024, une multiplication par 10 des produits laitiers en bio et local, par 6 pour les fruits et légumes et la sécurisation de 11 équivalents temps plein auprès d’une vingtaine de producteurs(rices) bio et locaux du territoire.
Cette politique permet à la cuisine de supprimer les produits ultra transformés “d’aller vers du “maison”, autant que possible en diminuant le nombre de produits transformés” complète Gautier Chapuis.
Sur l’année scolaire 2024-2025, la bio représentait 66,34% en valeur d’achat et le local, 31%. Des produits comme le sel et le poisson ne pouvant être comptabilisés en bio par exemple. En revanche, le 100% a été atteint en 2023 dans les crèches de la ville et 70% dans les collèges, régis par la métropole.
Rappelons que la loi fixe à 20% la part de bio obligatoire dans les cantines scolaires. Des très bon chiffres donc pour Lyon, qui s’expliquent aussi par la mise en place de nouvelles contraintes pour favoriser les petit(e)s producteurs(rices) du coin : la sortie du calibrage pour passer en grammage pour les fruits et légumes, fromage à la coupe, une viande 100% régionale, etc. Enfin, un plat végétarien est proposé chaque jour dans les cantines, quand la loi n’oblige qu’à une journée par semaine.
Quelle stratégie de résilience alimentaire adoptée ?
L’Agriculture urbaine, c’est 1,2 million d’euros sur le mandat, principalement pour la plantation, l’entretien des vergers et des fermes urbaines (quartiers Mermoz et Langlet-Santy ou à la Duchère par exemple).
Avec quels objectifs ? “C’est surtout pour la sensibilisation, le lien pour des personnes qui vivent dans un milieu urbain et qui sont loin de la saisonnalité.” nous décrit Gautier Chapuis. Et l’autonomie ? “On a besoin de l’environnement qui entoure la ville et plus loin. Je ne crois pas à la souveraineté de la ville.” Une stratégie similaire à celle de la ville de Bordeaux et qui s’explique également par la réalité du territoire : Lyon, c’est 47 km2 et… une ferme de 6 hectares.

Mais n’y a-t-il pas un risque de s’accaparer les denrées des campagnes ? Pour y parer, la ville a signé 12 contrats de réciprocité avec des communes du territoire, afin d’y développer l’agriculture, en finançant par exemple des parcours pour les jeunes agriculteurs(rices). Les contrats proposent également des services de la commune de Lyon aux communes rurales : éducation populaire, culture, jumelage entre des écoles, etc. “Nos destins sont liés en termes de résilience mais pas que.” souligne l’élu.
La ville travaille également avec la métropole et son projet d’alimentation territoriale (PAT), un des plus ambitieux de France avec un budget de 10 millions d’euros (multiplié par 4 par rapport à la précédente mandature). Ses deux objectifs principaux sont la structuration de la filière bio et locale et l’amélioration de la justice alimentaire, en favorisant l’accès de toutes et tous à une alimentation de qualité.
Les chiffres attestent d’un dynamisme important (70% de bio dans les collèges par exemple) et d’un soutien fort à la filière bio (761 000 € d’aides en 2023), pour un territoire, qui avec ses installations agricoles actuelles, pourraient subvenir aux besoins de ses habitant(e)s, chose rare en France. Mais malgré cette capacité, seuls 4% des denrées consommées sur le territoire sont locales.
Quelle place pour la publicité ?
Là encore, prenons l’échelle de la métropole pour cette question. C’est elle qui a la main sur le type de publicité (taille, écrans…) accepté sur le territoire et leur emplacement, via les contrats avec les concessionnaires (JCDecaux, Clear Channel…).
La précédente équipe avait tenté de réguler sans succès la publicité dans les rues, mais, c’est en 2023, sous mandature écologiste, que de vraies contraintes ont été imposées : la publicité numérique en extérieur est interdite, la dimension maximale des publicités ne dépasse pas 4 m² contre 10 m² précédemment, elle est bannie autour de 95 % des établissements scolaires, et les bâches publicitaires sur les monuments sont interdites.
“C’est le programme le plus ambitieux de France en termes de régulation, tranche Marie-Hélène Lafage. Un des éléments phares de cette nouvelle réglementation est l’interdiction des écrans publicitaires (pas les affiches) dans tous les espaces dédiés du réseau de transport public. “Les deux nouvelles stations de métro sur la ligne B n’ont carrément pas de publicités !” ajoute l’urbaniste.
De là à étendre cette initiative à l’ensemble de la ville en rompant le contrat avec le concessionnaire – comme Grenoble en 2015 ? “Casser un contrat, c’est hors de prix, tempère Marie-Hélène Lafage, ça peut faire qu’un logement social ne soit pas construit. Les concessionnaires vendent du mobilier urbain en plus de la publicité, ça les rend quasi indispensables. Mais pourquoi pas, voyons ce qui se passe à la fin du contrat avec JCDecaux.” Le rendez-vous est pris. La Métropole souhaitait réduire de 60%, voire de 90%, le nombre de panneaux publicitaires d’ici 2026. Nous n’avons pas pu vérifier où en était cet objectif.
La consommation d’eau de la mairie baisse-t-elle ?
La métropole a décidé de passer en régie, c’est-à-dire que l’eau est à nouveau un service entièrement public. Cela permet de mettre en place des mesures plus ambitieuses pour préserver la ressource :
- le tarif du mètre cube double au-delà de 180 m3 d’eau consommés annuellement depuis 2025,
- la mise en place des fontaines en ville dont on a parlé plus haut,
- une meilleure transparence sur les polluants présents dans l’eau
- des objectifs de réduction de la consommation claire (-15% d’ici à 2030), car faut-il le rappeler, sortie du marché, l’eau ne devient plus un bien de consommation comme un autre.
Au niveau de la ville maintenant, de 2022 à 2024, la consommation atteint une moyenne de 630 000 m3 alors que celle des années 2017-2019 était de l’ordre de 770 000 m3, soit une réduction observée des consommations d’eau de 18% entre ces deux périodes. Pour comparer, sur la même période, Bordeaux a réduit de 77% sa consommation. A noter que la Ville a subi une hausse de 40 000 m3 en 2023, dûe aux fuites sur des réseaux vieillissants, notamment dans les cimetières. “Une problématique que viendra corriger les nombreux investissements prévus dans les prochaines années” nous a affirmé la mairie.

Pour réduire la consommation de l’eau potable pour l’arrosage (91% des villes arrosent avec 100% d’eau potable en France), la mairie a désormais quatre manières d’arroser (par ordre d’importance) :
- le captage dans les nappes phréatiques
- l’arrosage naturel (la pluie) avec les végétaux en pleine terre,
- les cuves de récupération d’eau notamment dans les écoles,
- l’eau récupérée par la Saône et le Rhône.
En plus, elle a développé ce qu’elle appelle le GRAL (gestion raisonnée de l’arrosage de Lyon) : des capteurs dans les massifs, avec du goutte à goutte qui permet d’arroser au bon moment par rapport à l’indice hydromique. La prise de conscience est là du côté de la mairie, mais il reste beaucoup à faire pour un territoire qui va voir ses périodes de sécheresses augmenter.
Biodiversité et condition animale
La ville a voté un plan de 60 mesures pour améliorer la condition animale, avec la participation d’une trentaine d’associations variées (LPO, SPA…) et autour de 4 axes : les animaux domestiques, les animaux liminaires (pigeons…), les animaux d’élevages et captifs (pour les cantines) et les animaux sauvage (zoo et les autres).
Au classement “une ville pour les animaux” de L214, Lyon est deuxième, derrière Grenoble et devant Strasbourg. L’augmentation du nombre de repas végétariens et les mesures en faveur des animaux domestiques et liminaires sont saluées par l’association.

Sur la biodiversité, l’élu Gautier Chapuis se veut offensif : “Ce n’est pas parce que c’est très urbain qu’il n’y en a pas”. La mairie a ainsi voté une stratégie biodiversité pour la ville : connaitre (atlas de la biodiversité), faire (végétalisation, réglementation sur les ravalements de façades, plan lumière avec des trams noires) et faire connaître (sensibilisation avec des chercheurs(euses), découvertes, conférences, ateliers en appui avec le jardin botanique). Une telle stratégie est une première pour la ville, mais ce n’est pas une rupture.
En 2019, la métropole avait déjà remporté le prix de la “Capitale française de la biodiversité 2019”. A noter également que la ville n’utilise plus de pesticides dans ses parcs et jardins depuis 2008, soit 9 ans avant que la loi ne l’oblige. Avec la disparition à grande échelle de la biodiversité dans les campagnes ces dernières années, sa protection, en ville, n’est pas anecdotique, mais bien primordiale et on ne peut qu’être rassurée par sa prise en compte par la municipalité.
Et maintenant, plus de politique ?
D’abord, nous allons nous répéter : à l’instar de Bordeaux, il faut souligner que l’ensemble des interlocuteurs(trices) que nous avons interrogés – élu(e)s, représentant(e)s associatifs et salariés de l’administration, sont convaincu(e)s qu’il faut adopter des mesures radicales pour s’adapter et lutter contre le dérèglement climatique. Cette remarque est d’autant plus importante à Lyon, puisque le candidat de droite déclaré, Jean-Michel Aulas, favori pour le moment dans les sondages, propose un programme aux contours flous, sur l’écologie en particulier, et à rebours en termes d’adaptation.
La mairie actuelle a végétalisé sans commune mesure avec le mandat précédent, a investi plus de 300 millions d’euros dans la rénovation des écoles, s’est emparée du sujet de la rénovation alors que le parc était dans un état très mauvais, a développé une politique de résilience alimentaire et du bio très ambitieuse… Même observation du côté de la métropole, avec une remise en cause du modèle d’hypercroissance, un développement des infrastructures du vélo sans précédent, une végétalisation du territoire très importante, une politique bio remarquable…
Il y a des “peu mieux faire” c’est sûr, notamment sur la piétonisation, l’arrosage, les infrastructures vélo, la place de la voiture ou encore les disparités entre les quartiers du centre et de la périphérie. Les écologistes se sont aussi confronté(e)s au réel et, à plusieurs reprises, on dût revoir leur copie, sous la pression des habitant(e)s ou des milieux économiques. Mais les bases ont été plus que posées par la ville et la métropole pour continuer d’adapter un territoire qui souffre déjà de changements climatiques qui ne vont que s’amplifier. Ainsi, un cap très ambitieux de transformation de la ville a été tenu, on l’a vu.
Nous nous retrouvons assez bien dans une remarque glissée durant son interview par l’urbaniste Marie-Hélène Lafage : “Même si l’action est sans proportion, on reste en retard sur ce qu’il reste à faire.” Il serait ainsi bien dommage de freiner le dynamisme actuel.
Et pour que ce dynamisme soit à la hauteur, ce territoire nous montre qu’une métropole du même bord politique que la municipalité fonctionne beaucoup mieux pour faire avancer les chantiers d’adaptation. Nous le redisons, mais en mars prochain, les élections seront aussi bien pour élire les maires que les élu(e)s des métropoles et des agglomérations. Sans cette strate administrative d’intercommunalité, pas d’amélioration majeures sur les infrastructures vélo, les déchets, les rénovations de bâtiments, la végétalisation, l’eau…
10 Responses
Merci pour votre article, très complet mais s’il vous plait, plus de féminisation des termes (élu(e) agriculteurs(rices)) entre parenthèses !
Et pourtant les écologistes vont perdre à plat de couture mairie comme métropole et la majorité de ce qu’ils ont fait va être bulldozé par Aulas et la droite.
Merci pour votre article. Simplement il faut espérer que l’équipe municipale reste en place. Elle représente l’avenir pour la santé des futures générations.
Y a-t-il une source pour les 70% de la surface prise par la voiture ? Le chiffre est très intéressant et j’aimerais pouvoir le réutiliser, mais il paraît haut, donc il faut pouvoir le défendre.
Bonjour,
Les 70% sont une moyenne communiquée par la mairie.
Dans le détail, il s’agit de 50% pour le centre-ville de Lyon et de 60% à 90% dans les arrondissements extérieurs et les autres communes de la métropole. Source : https://bonpote.com/municipales-2026-10-idees-pour-la-mobilite-et-les-espaces-publics/.
Article très intéressant et complet. Mais, s’il vous plait, un effort sur l’orthographe !
En complément de la section sur les mobilités : la Ville à Vélo (https://lavilleavelo.org/) a réalisé un site qui vous permet de visualiser tous les aménagements cyclables de la Métropole de Lyon (ainsi que ceux réalisés durant le dernier mandat) :
👉 https://veloscore.lavilleavelo.org/
Merci pour ce travail.
Un sujet à creuser qui est au coeur de la campagne à Lyon : l’économie et l’attractivité économique de Lyon. Ce mot ne figure qu’une fois dans l’article et c’est pourtant sur ce sujet que les candidats Aulas et Sarselli critiquent beaucoup l’équipe en place.
Il faudrait donner la parole aux collectifs de commerçants qui sont pour (ou contre) la piétonisation, mettre en perpective les indicateurs économiques, etc.
Bon courage !
A propos du tram, de la ligne T10 et T9 c’est toujours un chantier depuis plusieurs années qui n’avance pas !
Malgrès les nuisances de ces travaux les objectifs sont clairs et en passe d’être atteint.
Seul bémol et ça vaut pour tous l’absence (à ma connaissance) de projet clair autour des équipements sportifs (manque de 30% selon l’office des sports) et de la jeunesse.