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Depuis le 19 juillet 2024 et sa révélation par le journal L’Humanité, le projet Pericles du milliardaire Pierre-Edouard Stérin a fait couler beaucoup d’encre. Et pour cause : ce plan détaillé de 150 millions d’euros sur 10 ans vise à placer l’extrême-droite à la tête de municipalités et de l’Etat, former des milliers de hauts fonctionnaires, journalistes, cadres et entrepreneurs pour gagner la bataille culturelle et mener un programme ultraconservateur.
Si la plupart des dizaines d’initiatives soutenues portent sur des sujets sociétaux au service de sa vision ultra-conservatrice et libertarienne, plusieurs d’entre elles contribuent directement à l’obstruction climatique et mettent en avant la scène climatosceptique française.
Bon Pote a enquêté sur les principaux moyens employés par Pierre-Edouard Stérin et présente ci-dessous les méthodes et relais du projet libertarien :

Pierre-Edouard Stérin, via Pericles, soutient l’IREF et sa revue Contrepoints, ouvertement climatosceptiques.
Pericles ne fait pas mystère, sur son site Internet, de soutenir l’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) et sa revue Contrepoints.

Figure 2 : IREF, Contrepoints et IFP (encadrés en jaune) parmi les organisations soutenues par Pericles (sur son site)
L’IREF, dont les liens avec la droite extrême sont avérés, diffuse des publications ouvertement climatosceptiques sur son site Internet et son “Journal des Libertés”, remettant en cause la réalité de l’urgence climatique ou les modèles utilisés par le GIEC (pourtant fiables), qualifiant la Stratégie française pour l’énergie et le climat de “politique malthusienne vers la décroissance et l’écologie punitive”.
La revue Contrepoints permet à l’IREF de renforcer cet argumentaire. Nicolas Lecaussin, directeur de l’IREF et ancien président de l’IFRAP, y est un des auteurs les plus actifs pour alimenter la fabrique du doute, ironiser sur le “catastrophisme climatique” et “les histoires à dormir debout sur le climat”.
Pericles soutient aussi l’Institut de Formation Politique (IFP) où interviennent des champions de l’obstruction climatique
Autre organisation soutenue par Pericles, l’Institut de Formation Politique (IFP), qui revendique 3 600 jeunes formés depuis sa création en 2004. Sur la forme, il vise à outiller leur engagement politique, associatif ou journalistique. Sur le fond, l’intitulé des cours laisse peu de doute sur l’orientation idéologique : “décrypter l’idéologie woke”, “s’armer contre le wokisme”, “les valeurs de la droite”, “l’écologie politique, fossoyeuse de nos libertés ?”, “discrimination, liberté d’expression : faut-il abroger la loi Pleven ?”, “la (lourde) fiscalité française décryptée”, “libérer les entreprises des contraintes juridiques et réglementaires”…
Arrêt sur Images avait révélé par exemple le profil ultra-conservateur de l’Institut Libre de Journalisme qui fait partie de l’IFP. Parmi les intervenants listés sur le site de l’IFP, on retrouve plusieurs personnes ouvertement climatosceptiques.
Outre Nicolas Lecaussin déjà évoqué, apparaissent :
- Charles Gave, dont Bon Pote a décrypté le discours
- Eric Zemmour, jamais avare de mensonges sur le climat et par ailleurs définitivement condamné pour propos racistes en septembre 2025
- Marion Maréchal qui minimise la part de la responsabilité humaine dans le changement climatique.
- Le Rassemblement National est également représenté par Jordan Bardella, président d’un parti hostile aux mesures pro-écologie et à l’action climatique, qui minimisait lui-même en mars 2025 la responsabilité de la France dans les émissions mondiales.
- Jean-Yves Le Gallou, ancien du FN et du MNR, fondateur du “think tank” d’extrême-droite Polemia qui a organisé le 15 novembre 2025 le onzième “Forum de la dissidence” au titre évocateur “L’alarmisme climatique – Nouvel avatar de la pensée totalitaire ?” et publie régulièrement des billets climato-dénialistes dignes des années 1970.

Pour compléter cette équipe, citons les intervenants réguliers des médias Bolloré Mathieu Bock-Coté, qui s’opposait à une proposition de loi visant à interdire les propos climatosceptiques et Elisabeth Lévy, qui multiplie les attaques contre l’écologie notamment dans ses éditoriaux sur Sud Radio, qualifiant la Convention Citoyenne pour le Climat de “sommet de la supercherie”, la proposition de loi contre la désinformation écologique de “recul énorme de la liberté et de la raison” et l’association QuotaClimat de “soviétique”, affirmant que “le climat, c’est la nouvelle religion planétaire”. Une rapide recherche du mot-clé “climat” sur le site du magazine Causeur, qu’elle a fondé et dont elle est directrice de rédaction, montre qu’il alimente la désinformation climatique, en diffusant par exemple les thèses climatosceptiques de Steven Kooning ou François Gervais.
Enfin, n’oublions pas Julien Rochedy, théoricien de l’écofascisme, un courant raciste qu’on retrouve sur la carte des pensées écologiques.
L’IFP a été fondée sur le modèle du Leadership Institute états-unien par Thomas Millon (fils de Charles Millon), Jean Martinez et Alexandre Pesey. Les trois hommes se présentent sur le site de l’IFP en mettant en avant le nombre de leurs enfants, comme un écho aux exhortations des sphères catholiques ultra conservatrices, de Marion Maréchal à Pierre-Edouard Stérin, à faire plus d’enfants “de souche européenne”. Alexandre Pesey, directeur exécutif de l’IFP, est d’ailleurs un proche de Stérin, présenté comme un “conseiller opérationnel” du projet Pericles dans le document révélé par L’Humanité. Très connecté au réseau Atlas en France et aux Etats-Unis, il a œuvré à des rapprochements ces dernières années.
L’influence d’Alexandre Pesey et du réseau Atlas, au service du projet de Pierre-Edouard Stérin
Avec Alexandre Pesey, Pierre-Edouard Stérin bénéficie d’un accès privilégié au réseau Atlas. Ce réseau, décrypté par l’Observatoire des Multinationales, revendique plus de 500 membres (des instituts “think tanks” et fondations), dans plus de 100 pays. Il œuvre depuis sa création en 1981 à déplacer la fenêtre d’Overton (théorisée par Joseph Overton, ancien senior vice president du Mackinac Center, membre du réseau) pour faire gagner la bataille culturelle aux idées et politiques néolibérales et libertariennes.
Son influence s’étend partout sur la planète, du Brexit aux mandats de Javier Milei et Donald Trump, du rejet de la Constitution au Chili à celui du référendum The Voice en Australie…

Le réseau est aussi un des adversaires les plus résolus et puissants de l’écologie depuis des décennies. Pour Julia Steinberger, une des autrices principales du groupe III du GIEC, “les think tanks du réseau Atlas ont sans doute été les plus grands vecteurs et soutiens de la promotion du négationnisme climatique dans le monde entier.”
Alexandre Pesey a des liens étroits avec les membres français d’Atlas (dont l’IFP a fait partie pendant de nombreuses années et peut-être encore aujourd’hui). Il est président et directeur de publication de Contribuables Associés, une association de contribuables typique de ce réseau, très connectée à la droite dure et à l’extrême-droite. Sans surprise, l’association s’oppose à toute politique climatique ambitieuse, entretenant le doute sur la responsabilité humaine dans le changement climatique ou la percevant comme un moyen d’augmenter taxes et impôts. Elle a des liens directs avec Pericles, qui l’a conseillé pour sa stratégie vidéo sur les réseaux sociaux.
Contribuables Associés est par ailleurs membre depuis l’origine de l’Association des Climato-réalistes, au coeur de la sphère française du déni climatique, dans laquelle on retrouve de nombreux auteurs français parmi les plus influents de la sphère climatosceptique européenne, comme Benoît Rittaud, Christian Gérondeau (dont nous parlions dans cet article), Vincent Courtillot (débunké par Le Réveilleur ici, ici et là), François Gervais (également décrypté par Le Réveilleur ici et là), et l’états-unien Richard Lindzen (débunké ici et là). La branche française des climato-réalistes est membre du réseau européen ECRN, aux côtés de leurs homologues climatosceptiques comme la britannique Global Warming Policy Foundation (GWPF) et la néerlandaise Climate Intelligence (CLINTEL).
Cette dernière, fondée en 2019, est à l’origine d’une “déclaration mondiale” niant l’urgence climatique et reprenant tout le vieil argumentaire climatosceptique classique : changement climatique causé aussi par des facteurs naturels, bien moins rapide que prédit et n’ayant pas augmenté les catastrophes naturelles, non fiabilité des modèles climatiques, CO2 bénéfique pour les plantes… Benoît Rittaud en est l’ambassadeur officiel pour la France et parmi les signataires et soutiens, on retrouve une grosse vingtaine de membres des associations climato-réalistes dans le monde. L’internationale climatosceptique y est aussi bien représentée avec notamment la canadienne Friends of Science, la néo zélandaise NZCSC, l’allemande EIKE, et les états-uniennes CO2 Coalition et Heartland Institute.
Contribuables Associés est dirigé par Benoît Perrin, ex-directeur de l’IFP, qui a cofondé Action Ecologie, autre grand acteur de l’obstruction climatique. Son porte-parole Bertrand Alliot affirmait par exemple juste avant la COP16 sur la biodiversité que celle-ci ne s‘effondrait pas en Europe, une affirmation fausse et dangereuse.
En France, parmi les organisations qui ont des liens avec le réseau Atlas, on retrouve l’IFRAP (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques) et l’institut Économique Molinari (IEM), dont les directrices sont intervenantes à l’IFP d’Alexandre Pesey.
L’IFRAP a fait partie du Stockholm Network, un réseau d’une centaine de think tanks néolibéraux dont vingt ont émis des publications climatosceptiques. Plus récemment, une analyse de ScienceFeedback a montré que près d’un tiers des articles publiés par l’IFRAP sur son site internet (dans la catégorie “Agriculture et énergie”) reprend des discours trompeurs ou inexacts sur l’énergie.
L‘Institut Économique Molinari (IEM) s’est illustré dès les années 2000 par un climatoscepticisme sans fard. En témoigne par exemple cette publication de sa cofondatrice et présidente Cécile Philippe en 2005, affirmant l’absence de consensus scientifique sur le réchauffement climatique et convoquant des figures du climatoscepticisme comme Ross McKitrick, Bjorn Lomborg, ou Richard Lindzen. Pas un acte isolé pour autant, Cécile Philippe ayant publié en 2007 un livre climatosceptique où elle s’attaque à ce qu’elle nomme des “idées fausses” comme “l’homme est coupable du changement climatique”, “le protocole de Kyoto peut nous sauver !”, “le marché tue l’environnement” ou encore “le développement durable est bon pour l’homme !” (voir le sommaire dans les extraits du livre). Cet engagement n’est peut-être pas sans rapport avec le financement reçu par Exxon Mobil en 2004… Aujourd’hui l’IEM ne nie plus officiellement le changement climatique et se fait même promoteur de l’énergie nucléaire pour le combattre. Il met toutefois en avant des partenaires internationaux sur son site qui contribuent à l’obstruction climatique, comme le réseau Atlas et le réseau européen EPICENTER.
Alexandre Pesey est aussi fondateur de la Bourse Tocqueville, dirigée par son épouse Kate Pesey, qui envoie depuis 2004 des jeunes se former auprès des membres états-uniens du réseau Atlas. La directrice de l’IFRAP, Agnès Verdier-Molinié, a été lauréate de la première promotion. Parmi les autres lauréats, on retrouve les fondateurs de deux structures soutenues par Pericles : René Boustany et Thibault Mercier (Cercle Droit & Liberté), et Nicolas Pouvreau-Monti (Observatoire de l’Immigration et de la Démographie, décrypté ici et là).
Avec Alexandre Pesey, Pierre-Edouard Stérin semble ainsi avoir trouvé un pont idéal entre les deux rives de l’Atlantique. Le projet Pericles, avec sa vision “métapolitique”, sa volonté de constituer une réserve de personnes pour prendre des postes clés en cas de prise de pouvoir de l’extrême-droite en 2027, et sa toile d’araignée de think tanks, fondations, instituts et écoles, fait immanquablement penser à l’organisation du réseau Atlas aux Etats-Unis et au “Project 2025”, chapeauté par la Heritage Foundation.
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Le rôle de la Heritage Foundation
Cette fondation puissante (plus de 100 millions d’euros de budget annuel) prépare avant chaque élection présidentielle depuis Ronald Reagan, le “Mandate for Leadership”, un programme politique complet pour les futurs présidents issus du Parti Républicain. Le neuvième et dernier en date, le fameux “Project 2025”, a été écrit pour le candidat Trump.
Après avoir nié avant l’élection connaître le document, Donald Trump et son administration, le suit à la lettre, et à une vitesse folle : en moins d’un an, plus de la moitié du programme a déjà été mis en oeuvre ! Ce n’est pas si surprenant quand on sait que plus de 50 membres éminents de l’administration Trump et 70% de son cabinet ont des liens avec les groupes derrière ce projet.
Dans ses grandes lignes, le Project 2025 déroule une politique d’extrême-droite ultra-conservatrice sur le plan sociétal (anti- immigration, IVG, minorités de genre, etc.) et garantissant sur le plan économique une “interférence minimale avec le fonctionnement du marché libre et de la libre entreprise”. Sur le plan environnemental, c’est le musée des horreurs : “arrêter la guerre au pétrole et au gaz”, démanteler la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), éliminer ou remanier en profondeur les branches de l’État fédéral en charge de promouvoir les énergies renouvelables et l’agence de protection de l’environnement (EPA), supprimer les programmes en lien avec la justice environnementale, s’opposer aux “réparations climatiques”… La Heritage Foundation, dont le climatoscepticisme est documenté depuis longtemps, ne s’en cache même pas sur la page de son site dédiée au climat, parlant de transition énergétique forcée au profit de la Chine, d’une “hystérie climatique” et minimisant la responsabilité des Etats-Unis.
Pericles vu en dehors de la France
Pericles semble avoir attiré l’attention outre-Atlantique. D’abord celle de Paul Manafort, ex-directeur de la première campagne de Donald Trump, condamné à des peines cumulées de sept ans et demi de prison dans le cadre de l’investigation sur une possible collusion entre la Russie et l’équipe Trump, puis gracié fin 2020. Il a proposé ses services à Pericles, qui, selon son directeur Arnaud Rérolle, a finalement décliné.
Mais ce n’est peut-être pas la fin de l’histoire de Pericles avec les Etats-Unis. Grâce à nouveau à Alexandre Pesey et ses réseaux cultivés depuis le début des années 2000. Il a en effet organisé la première venue en France de Kevin Roberts, président de la Heritage Foundation, pour trois jours fin mai 2025. Trois jours bien remplis puisqu’il y a notamment rencontré Marion Maréchal, Eric Ciotti, Eric Zemmour, Sarah Knafo… ainsi que François Durvye, le DG d’Otium Capital, fonds détenu par Pierre-Edouard Stérin (et conseiller économie de Marine Le Pen), et Arnaud Rérolle le DG de Pericles.
Difficile de dire sur quoi débouchera cette rencontre. Elle s’inscrit néanmoins dans une activité intense des troupes trumpistes auprès du Parlement Européen et de deux pays clés de l’Union Européenne, la France donc, et l’Allemagne. On peut penser par exemple aux soutiens appuyés d’Elon Musk et JD Vance à l’AfD et sa dirigeante Alice Weidel en décembre 2024 et début 2025. Transparency International et France Télévisions notent aussi une forte accélération des interactions au Parlement Européen avec une cinquantaine de rencontres avec la sphère conservatrice états-unienne, dont six avec la Heritage Foundation et sept avec Republicans for National Renewal (RNR).
Le Sommet des Libertés, co-organisé par Pericles, une attaque en règle de l’”écologie punitive”
Le Sommet des Libertés, qui a eu lieu au Casino de Paris le 24 juin 2025, est un exemple concret de coopération entre le Pericles de Stérin et un média Bolloré, le JDNews. L’évènement a été également co-organisé avec Contribuables Associés, qu’on ne présente plus, et l’Institut Sapiens, “think tank” co-fondé par Olivier Babeau, qui ne jure que par l’innovation, sauf quand il s’agit de la Convention citoyenne pour le climat et par Laurent Alexandre qui multiplie les sorties climatosceptiques et les attaques mensongères sur les écologistes.

Ce “Sommet des Libertés” est surtout la rencontre des milieux libertariens avec la droite extrême et l’extrême-droite… Et sans surprise, les déclarations anti-écologie s’y sont multipliées.
Pendant la table-ronde animée par Pierre Garello, membre du Conseil d’Administration de l’IREF et directeur d’IES-Europe, deux structures proches du réseau Atlas, Anne-Laure Blin, députée LR épinglée pour ses propos climatosceptiques de mars 2021, se livre à un joli numéro de “cherry picking” pour décrédibiliser les actions de l’Ademe en ne citant que les anecdotiques campagnes “Plante ton slip” et “Lave ton jean”. Et affirme la nécessité de supprimer un grand nombre de comités et agences nationales de protection de l’environnement.
Quelques mois plus tard, Anne-Laure Blin a mis sa menace à exécution en déposant une proposition de résolution (le 27 octobre 2025) et 2 propositions de loi (le 18 novembre 2025, ici et là). Elle y réclame notamment la suppression de l’Agence Bio, des instances représentatives de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) et d’agences cruciales pour la transition écologique, l’adaptation au changement climatique et le contrôle des risques comme l’Ademe, le Cerema et l’INERIS. La députée LR n’oublie pas non plus l’Office Français de la Biodiversité (OFB), cible privilégiée de la droite dure et de l’extrême-droite, décrit comme un “opérateur décrié”, qui “représente aujourd’hui la technocratie aveugle méprisante pour nos agriculteurs”, dont elle veut rediriger les missions vers un organisme avantageusement rattaché à la gendarmerie nationale et donc au Ministère de l’Intérieur… Une démarche immédiatement saluée par Nicolas Lecaussin, directeur de l’IREF.
A l’instar de l’intervention d’Anne-Laure Blin, la soirée cumule les déclarations contre les normes contraignantes et en particulier sur les sujets de l’écologie, présentée comme “punitive”. Celle d’Alexandre Jardin d’abord, auto-proclamé porte-parole des “gueux”, mouvement qu’il a créé, ironique quand on connaît son milieu social. Il y fustige dans un clip vidéo les Zones à Faibles Émissions (ZFE), qui introduiraient “le tri des voitures et donc des êtres humains”, une caricature dangereuse de cette mesure efficace pour la qualité de l’air et le climat, à condition de veiller à l’équité sociale. Dans la foulée, il reprend les argumentaires de l’extrême-droite sur la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE), qui coûterait 300 milliards d’euros (faux), doublerait la facture moyenne d’électricité (mensonger) et serait inutile parce qu’”on a déjà suffisamment d’énergie décarbonée avec notre nucléaire”, ce qui est bien sûr totalement faux, environ 60% de notre consommation finale d’énergie provenant toujours d’énergies fossiles.
La deuxième partie de la soirée est l’occasion d’une séquence animée par Christine Kelly, dont l’émission “Face à l’info” sur CNews du 26 septembre 2022 a été condamnée par l’Arcom pour “manquement à l’honnêteté de l’information” à une amende de 50 000€, une décision rarissime.
Au programme de cette séquence, douze minutes de prise de parole sans contradiction pour chacun des cinq responsables de formation politique de droite dure et d’extrême-droite invités, Jordan Bardella (président du Rassemblement National), Éric Ciotti (président de l’UDR), Sarah Knafo (députée européenne Reconquête !, conseillère et conjointe d’Éric Zemmour), Nicolas Dupont Aignant (président de Debout la France) et Marion Maréchal (présidente d’Identité et Liberté).
Une tribune qui permet par exemple à Jordan Bardella de s’offusquer de la densité du Code de l’Environnement, de s’opposer au Green Deal européen, synonyme d’”écologie punitive”, d’appeler à la suppression de la CSRD et du devoir de vigilance des entreprises. Une charge malheureusement suivie d’effet avec l’adoption du paquet législatif Omnibus 1 le 13 novembre 2025 avec les voix de la droite et l’extrême-droite.
Dans le même mouvement, Sarah Knafo souhaite la suppression du fonds de mobilité active qui finance notamment les pistes cyclables. Nicolas Dupont-Aignant voit rouge contre les “éoliennes de merde qu’on a mis partout”, le Green Deal et l’interdiction des véhicules thermiques. Et s’emporte contre “l’euro numérique qui va tracer votre comportement : si vous prenez trop d’avions, si vous consommez de la viande, si vous n’êtes pas sages, on vous coupera votre salaire et votre retraite”.
A l’unisson, Jordan Bardella, Eric Ciotti et Marion Maréchal appellent à la suppression de l’Arcom, présentée comme un organe de “censure”, et à la privatisation du service public audiovisuel qui ferait de la “propagande”. Peut-être à cause des multiples rappels à l’ordre de l’Arcom à C8 et CNews, devenue le premier média français définitivement condamné pour désinformation climatique et qui est une habituée de la mésinformation climatique ? Peut-être aussi parce que l’audiovisuel public s’impose comme un “rempart face à la désinformation climatique” ?
L’écologie est politique et l’extrême-droite l’a bien compris
Que les partis d’extrême-droite soient des partis pro énergies fossiles, ce n’est plus une surprise. Nous pouvons en revanche nous étonner de la contradiction entre les valeurs de Pierre-Edouard Stérin, qui envisage de devenir un saint, et ses soutiens à des organes et médias climatosceptiques. L’église est pourtant très préoccupée par le changement climatique et ses conséquences mais ce n’est pas la première fois que des milliardaires invoquent une religion et ses valeurs sans les respecter.
L’analyse du soutien de Pierre-Edouard Stérin à la sphère climatosceptique le démontre une fois de plus : les programmes d’extrême-droite, en plus d’abîmer la démocratie et d’écraser la justice sociale, sont incompatibles avec les engagements climatiques de la France. L’écologie est politique et certains acteurs font tout pour nous précipiter vers un monde en partie inhabitable. Il est encore temps d’agir pour les en empêcher.
Article de Loïc Marcé, citoyen engagé pour la sensibilisation et l’accompagnement à la transition écologique et sociale
3 Responses
Edouard a un prénom de droite et des opinions de droite mais il fait autant de fautes d’orthographe qu’un gauchiste. Sans doute pour étayer son argumentation.
Comme c’est bon de se rassurer en “vérifiant” que “les autres” sont tous des fachos.
On connait le mécanisme, mais c’est toujours bon d’en rappeler les ficelles (un peu épaisses quand même).
1 – La lutte des classes. Le monde est fait de groupes homogènes (c’est le principe). Il y a LE bon (le mien, très à gauche) et les mauvais (les autres qu’on va appeler les fachos pour simplifier).
2 – L’identification des groupes : Donc tout ce que pense, dit ou écrit un groupe est classé selon la nomenclature du groupe ci-dessus : le bon et les fachos. Un peu la logique des supporters de foot.
Distinguer des nuances est une perte de temps et éventuellement d’intelligence.
3 – L’assimilation des individus aux groupes : Evidemment, tout ce que pense, dit ou écrit un des membres d’un de ces groupes se voit appliqué la même punition – A l’inverse, chacun sait que les gauchistes pensent tous la même chose très exactement (spoiler : humour ironique) et que donc c’est la même chose du côté des fachos.
4 – Je fais peur : J’établis tous les liens que je peux (si si un jour il a déjeuner avec lui, donc ils pensent la même chose, …) pour démontrer que la “fachosphère” est très active, étendue : ça fait plus peur –> Il faut se mobiliser contre eux.
Et donc en conclusion on tombe dans une logique manichéenne ou aucune discussion n’est possible, aucun débat non plus.
Exemple : l’écologie !
Dire qu’il n’y a pas que la décroissance pour traiter le réchauffement climatique est assimilé à du climatosceptique puisque l’auteur est dans un de ces “cercles d’influence” et donc est un facho et donc rien de ce qu’il dit n’est digne d’intérêt.
Je vous laisse avec vos certitudes et vos idéologies bien tristes et sans avenir.
Merci pour cet article d’utilité publique !