Le danger de la pensée en silo

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur linkedin
LinkedIn
la pensée en silo

Dans un monde qui n’a jamais été aussi complexe, la pensée en silo n’aura jamais été aussi dévastatrice qu’elle ne l’est aujourd’hui. Nous la retrouvons dans tous les domaines : la politique, la finance, l’écologie, la santé… Le problème, c’est que cela ne s’arrête pas aux 60 millions de prix Nobel français que nous avons sur les réseaux sociaux : c’est aussi le cas de ceux qui nous dirigent. Comment est-il possible que tant de personnes aient un avis tranché sur des sujets incroyablement complexes, après avoir seulement vu une vidéo de deux minutes sur Youtube ? Regardons d’un peu plus près les ravages de la pensée en silo, dans une liste de sujets malheureusement non exhaustive.

Critiquer le politique, sport national français

Une fois n’est pas coutume, je vais un peu défendre nos politiques. Pendant que certains pensent ‘MAIS PUTAIN C’EST ÉVIDENT T’ES CON OU QUOI‘, chaque décision à prendre relève plus d’un labyrinthe que d’une partie de plaisir. Plus votre périmètre de responsabilités est élevé, plus le politique aura de variables à prendre en compte. Une décision politique, c’est un arbitrage permanent : que va-t-on y gagner ? Qui va y gagner ? Quelle partie de la population sera touchée ? Quand vous devez composer avec les états d’âme des uns, le portefeuille des autres, c’est très rarement facile. Même lorsque vous prenez une décision dans l’intérêt général, la partie de la population lésée ne se laissera jamais faire sans réagir.

Voilà pourquoi, entre autres, j’ai beaucoup de mal avec les personnes qui ont une pensée en silo. Qui émettent un avis sur une situation sans connaître les tenants et aboutissants. Poser des questions, oui, toujours. Affirmer, sans prendre ni hauteur ni recul, jamais.

PS : rassurez-vous, quand je parle des variables avant de prendre des décisions, le courage et l’éthique, le politique… c’est son truc, mais que le dimanche à 14H42. En dehors, pas trop.

Récupération politique et Chloroquine

Ce sujet m’épuise. Au-delà des peurs que le virus représente, des morts, des personnes qui ont le courage de travailler sans protection, j’essaye parfois de me mettre à la place des chercheurs, des scientifiques qui passent leur vie à essayer de trouver des vaccins. Ce chercheur en ce moment, il sait plus que jamais que son travail peut sauver des vies. Mais que se passe-t-il dans sa tête, s’il a le malheur de se balader sur les réseaux sociaux ? Que peut-il penser de ce pays où apparemment, les résultats d’un traitement ne doivent plus reposer sur des études fiables, mais sur un sondage Facebook ? Bravo si vous arrivez à garder votre calme, car à mes yeux, c’est un immense manque de respect envers votre profession.

Alors que Joziane Epidemy nous donne son avis dans le groupe fermé ‘Raoult 2022’, très bien, on peut passer outre. Là où cela devient dangereux, c’est quand des figures politiques s’en mêlent. Vous savez à quel moment j’ai commencé à penser que cette histoire sentait mauvais ? C’est quand j’ai vu la liste des personnes qui étaient sûres qu’il fallait administrer de la chloroquine, de façon urgente, au bout de 48H de confinement. Me vient en tête une personne qui a connu le haut de l’affiche, et qui depuis est en compagnie de Jules Vernes à 20000 lieues sous les mers. Non, pas Manuel Valls. J’ai nommé Ségolène Royal. HE HO la Bravitude, tu peux m’expliquer depuis quand tu es experte santé ? Ta formation diplômante Doctissimo pour devenir virologue, ça vaut autant que ton action au Conseil de l’Arctique : rien.

Image rare de Ségolène Royal en 2020

En parlant de récupération politique…

Les vendeurs d’ENR

J’aime débattre. C’est ce qui permet à notre société d’avancer. Alors depuis maintenant plus d’un an, dès qu’une personne aborde le sujet du nucléaire, je lui pose quelques questions. Surtout lorsqu’elle me dit qu’il faut en sortir et qu’on doit avoir 100% d’Energies Renouvelables (ENR) en France. Très bien. A quiconque est en train de lire ce texte, j’offrirai un salaire si la personne m’explique :
-comment remplacer 100% du parc nucléaire en France par des ENR, alors qu’il fournit 70%+ de l’électricité en France
-comment on stocke et pilote l’énergie
-combien cela va nous coûter en plus et les arbitrages budgétaires que nous allons faire à cause de ce choix
-le prix de l’électricité en France suite à cette décision
-le bilan carbone de cette décision, et comment nous allons respecter les accords de la COP 21
-l’impact sur la biodiversité : les éoliennes, et les panneaux solaires, cela prend de la place (surtout du Made in France)

Je vous épargne un peu de suspense, et rappelle une évidence : il est impossible de maintenir notre niveau actuel de consommation énergétique avec du 100% ENR. Tout politique avançant le contraire sans rationnel ne mérite pas plus d’attention que Paco Rabanne. C’est ce que je reproche entre autres aux charlatans que nous pouvons voir sur les plateaux télé, à l’instar de Sandra Regol. Vous ne pouvez pas vouloir une chose sans en voir les impacts négatifs. C’est pourtant tellement évident, que je me demande pourquoi nous donnons encore du temps de parole à ces personnes.

Vous ne pensiez pas que nous allions parler de la pensée en silo, sans évoquer Jean-Michel CAC 40 ?

L’avis de Jean-Michel CAC 40 sur les dividendes

Jean-Michel nous a fait un come back cette semaine avec son avis sur les dividendes. Il a comme d’habitude tout compris, et est sur le point de finaliser sa thèse commencée il y a 2 semaines sur comment cultiver le dividende au Pérou . Alors pour Jean-Mich et à tous les donneurs de leçons sur Twitter, rappelons ce qui est écrit dans le livre La finance pour les nuls, chapitre dividende : LE DIVIDENDE N’ENRICHIT PAS L’ACTIONNAIRE. Le montant de l’action baisse mécaniquement du montant du dividende détaché. C’est un simple transfert de liquidité.

L’inquiétude actuelle, c’est la liquidité des entreprises. C’est effectivement une faute de gestion que de verser des dividendes alors que vous mettez une bonne partie de vos effectifs en chômage partiel, ou que vous demandez des aides de l’Etat. En revanche, pour les autres entreprises qui ont été peu ou pas touchées par la crise, cela serait une faute de ne pas distribuer de dividendes. Non seulement parce que ce versement de liquidités pourrait être réinvesti dans des entreprises qui en ont besoin, et surtout parce qu’annuler les dividendes baisserait les recettes fiscales de l’Etat, qui je crois, en a bien besoin en ce moment !

Je ne suis pas fan de l’expression, mais c’est très exactement du populisme : jouer sur l’ignorance, surfer sur le mensonge, ce que fait à merveille Jean-Luc Mélenchon.

Pensée en silo : Mélenchon et l’économie

Je vois un peu la crédibilité des personnes comme un jeu vidéo. Vous commencez avec 3 vies, puis après 3 conneries, game over. JEANLUK, j’ai l’impression qu’il a trouvé le cheatcode pour avoir la vie infinie. J’avais été forcé de m’intéresser au personnage en 2017, comprendre qui il était, ce qu’il proposait pour la France. Il a perdu le 1/100 de crédibilité à mes yeux quand Vanessa Burggraf, sur le plateau d’On est pas couchés, lui demanda ‘Mr Mélenchon, comment allez-vous financer votre programme ?’
Réponse de JEANLUK, après que la journaliste insiste pour avoir une réponse ‘mais l’argent, on le trouvera Madame !’. Ah. Bah non, ça ne marche pas comme ça. Quand je me présente pour acheter une maison, je ne dis pas au vendeur ‘t’inquiète, je vais le trouver le million, on joue la confiance’.

Ce type pourrait me faire rire si c’était un ivrogne dans un bar PMU. Le problème, c’est qu’il a fait 19.58% au premier tour en 2017, et qu’on le voit toujours sur les plateaux télé. Il a d’ailleurs recommencé cette semaine. Après son fameux ‘faut supprimer la dette de l’Etat!!!’, il est revenu avec un ‘faut suspendre les loyers !!!”’. Allez hop. Pensée en silo. Et les propriétaires qui dépendent de ce loyer, qui se retrouvent dans la même merde noire que le locataire qui ne peut pas payer son loyer ? On y pense, ou il compte pas ?

‘Comment ça, Chavez n’est pas un humaniste ?’

JEANLUK, je crois que maintenant, il faut arrêter les effets d’annonce, et prendre ta retraite bien méritée.

L’impact du Coronavirus sur l’économie et l’environnement

Au risque de me répéter… Personne, PERSONNE n’est capable de prédire l’impact exact du Coronavirus sur l’économie, et encore moins sur l’environnement. Personne ne connaît à l’avance les dates de sorties des dizaines de pays en confinement, et sous quelles conditions. Etant confiné, je ne suis pas loin de prendre 5 min par jour pour lister tous les prophètes qui nous annoncent des chiffres, sans jamais utiliser le conditionnel. Pis, les personnes qui partagent les discours de ce prophète, sans avoir compris pourquoi la personne l’avait dit, et quel était son intérêt à le dire.

J’ai par exemple vu des personnes partager un papier de Mr Patrick Artus sur ses projections de sortie de crise. Je tiens tout de même à rappeler que c’est la même personne qui disait en 2007 que la crise des subprimes était une broutille. Autant te dire qu’à mes yeux, son avis ne vaut pas plus que Madame Irma au fin fond de sa roulotte. Passer d’un poster de Friedman dans sa chambre à un tee shirt de Pablo Servigne, je crois qu’il faudrait peut-être prendre quelques pincettes lorsqu’on écoute les économistes.

Le mot de la fin

Le danger de la pensée en silo est sans aucun doute le mal du 21ème siècle. Avec une population qui prend de moins en moins le temps de prendre du recul, de croiser ses sources, j’ai vraiment peur de l’évolution des prochaines années. Peur car certains gourous surfent sur l’ignorance, et sont déjà aux portes du pouvoir. A partir du moment où la presse parle plus de Nabilla au téléphone avec Brigitte Macron que de Valérie Masson-Delmotte et le climat, je crois qu’il y a quand même de quoi avoir quelques frayeurs.

Le nombre de domaines dans lesquels la pensée en silo est néfaste est sans limite. Toujours dans l’optique de garder des articles de cinq minutes, j’ai volontairement écarté certains sujets, comme la 5G, ou encore l’urbanisme, sujet très évoqué en ce moment au sein des discours écologiques. ‘Il faut tous repartir à la campagne, avoir sa maison autonome, son indépendance alimentaire‘ ! ‘Les villes c’est le malllll‘ Ce n’est vraiment, vraiment, pas aussi simple que cela. Avant d’opposer la densification à la végétalisation, il y a plein de pistes à explorer, plein d’usages de l’espace à renégocier et de stratégies territoriales à développer.

Vraiment, quand une personne arrive avec une solution toute faite, assurez-vous que son étude d’impacts soit complète, qu’elle présente également les inconvénients de sa solution, et pas que les avantages. Pour les prophètes qui ont tout vu, tout compris, j’ai une proposition à vous faire : et si vous alliez jouer à l’épreuve du poteau de Koh Lanta, au milieu de l’Océan ?

Commentaires Facebook
Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur linkedin
LinkedIn
Tu l'as lu ça ?

3 Comments

  1. Michel Bruston 12 avril 2020

    1°) Je me suis abonné à votre post, afin d’être averti par mail de tout nouveau commentaire à la suite du mien. Or, y compris maintenant, je n’ai reçu aucun mail me signalant une telle réponse de votre part. Je n’ai par conséquent pas “menti”… et je ne parle pas de vos insinuations plus insultantes encore.

    2°) Vous avez parlé exclusivement de problèmes de FINANCEMENT en cas de reconversion de la production d’énergie, du nucléaire vers les énergies renouvelables. Je vous ai répondu sur le FINANCEMENT de la non-reconversion.

    Que, malgré ça, vous prétendiez que j’ai répondu à côté, est typique de ceux qui défendent un point de vue dominant mais fondamentalement biaisé, avec le calme “olympien” de qui est certain d’être dans le seul et unique “camp de la raison”, sans même admettre que celui-ci est contredit par des points de vue minoritaires et moins froidement exprimés.

    Répondre
  2. Michel Bruston 11 avril 2020

    Votre texte est d’une nullité tout à fait similaire à ce que vous flinguez en quelques lignes lapidaires. Il mérite à l’évidence un bel effet BOOMERANG, un renvoi d’ascenseur, car vous ne maîtrisez pas les dossiers dont vous parlez, à commencer par celui du nucléaire.
    Je vous revoie à la tête tout le mépris que vous exprimez envers vos contradicteurs. Car, si vous insistez à juste titre sur le financement d’un changement, vous n’évaluez PAS le COÛT du MAINTIEN en bon état du parc nucléaire français, après la mise aux normes de sécurité de chaque réacteur, notamment ceux dont la durée de vie est prolongée.
    Vous ne parlez PAS du coût ASTRONOMIQUE du démantèlement des centrales fermées, qui va s’étaler sur des dizaines d’années car on ne sait tout simplement pas quoi faire des matériaux les plus radioactifs, issus du coeur des réacteurs.
    Vous n’évaluez PAS non plus le DANGER que représente une industrie nucléaire qui a déjà perdu en qualité, comme on peut le constater avec les motifs des reports successifs de la fin du chantier EPR de Flamanville : des défauts de fabrication à la chaîne, si graves et sur des pièces si essentielles que ça nécessite leur remplacement pur et simple. Le COÛT de cet EPR a d’ailleurs été multiplié par DIX depuis le début.
    Vous n’en tirez aucune conséquence vis-à-vis du plan gouvernemental de construction de SIX autres EPR dans les prochaines années.
    Vous n’évoquez pas un instant le RISQUE majeur que représentent, à côté de chaque réacteur, la piscine de refroidissement des barres de combustible usagées. Ces accumulations de matériaux très radioactifs ne sont absolument PAS PROTÉGÉES contre une attaque venue des airs, parce cette protection serait FINANCIÈREMENT prohibitive. Le coût de l’électricité bondirait de +100 % au minimum !!!
    Bref, vous parlez de ce que vous ne CONNAISSEZ PAS DU TOUT.

    Répondre
    1. Bon Pote 11 avril 2020

      Bonjour Michel,
      Malheureusement, vous ne réfutez en rien ce que j’ai écrit. Vous me parlez de déchets nucléaires, quand je parle de niveau de consommation d’énergie. Quel est le rapport ? Quand je parle de pommes, vous argumentez sur les fraises ? Votre commentaire est tout à fait passionnant, et bien trop passionné. PS : le fait d’écrire en majuscule n’aide pas du tout à se faire mieux entendre, nous sommes à l’écrit.

      Répondre

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Abonne Toi À La Lettre BON POTE

Une dose hebdo de sarcasme par email

Abonne Toi
À La Lettre BON POTE

Une dose hebdo de sarcasme par email