La faute à notre cerveau, vraiment ? Les erreurs du Bug humain de S. Bohler

Bug Humain

“Ce n’est pas de notre faute si nous détruisons l’environnement, c’est notre cerveau ! Vous n’avez pas lu le Bug Humain de S. Bohler ?”

Voilà le type de phrases que l’on peut entendre dans de nombreuses conférences ou dans les grands médias français. Joli coup marketing, sans aucun doute. Il suffit de taper ‘cerveau+écologie’ sur Google pour le constater. En revanche, le fond pose beaucoup plus problème. Outre le fait qu’il soit cité à tort et à travers sans aucun fact-checking (oui, il faut des compétences précises pour le faire), le livre de S. Bohler présente de graves lacunes, tant sur l’aspect neurologique que sociologique. Thibault Gardette, docteur en neurodéveloppement, nous propose ainsi une critique du Bug Humain.

Texte de Thibault Gardette

 « Pourquoi, alors que nous sommes dotés d’outils extrêmement précis qui nous informent clairement de la tournure que vont prendre les événements dans quelques décennies, restons-nous impassibles ? Pourquoi, face à la catastrophe, continuons-nous à agir comme par le passé ? Qu’est-ce qui, en nous, est si dysfonctionnel ? »

Taraudé par cette question, Sébastien Bohler a décidé de l’étudier via le prisme du cerveau. Il présente ses découvertes dans un livre intitulé Le Bug Humain. La thèse qu’il y développe est résumée à la fin de l’introduction : « Ce que j’ai découvert m’a glacé. Ce cerveau […] est en réalité un organe au comportement largement défectueux, porté à la destruction et à la domination, ne poursuivant que son intérêt propre et incapable de voir au-delà de quelques décennies. Nous sommes emportés dans une fuite en avant de surconsommation, de surproduction, de surexploitation, de suralimentation, de surendettement et de surchauffe, parce qu’une partie de notre cerveau nous y pousse de manière automatique, sans que nous ayons actuellement les moyens de le freiner. »

Ainsi, ce serait notre cerveau même qui nous empêche d’agir et nous pousse à détruire l’environnement. Nous verrons ici que cette thèse est trop simpliste, ce défaut l’amenant de facto à être utilisée dans des discours immobilistes pour se dédouaner ou maintenir le statu quo. Elle rappelle également l’excuse numéro 2 de l’inaction climatique : le changement serait contre-nature.

Fig. 1 : Même les grands médias français prennent la thèse de S. Bohler pour argent comptant (source)

Les éléments développés dans le livre sont certes intéressants. Mais s’ils permettent de comprendre pourquoi les ventes de SUV augmentent, ils ne permettent pas de comprendre notre dépendance à la voiture. Ils manquent ainsi de nuance, de contextualisation, et surtout de sociologie. Ici, nous essaierons d’apporter les deux premiers éléments et d’aborder l’importance du troisième.

Qui est Sébastien Bohler ?

Si l’on ne juge pas un livre à sa couverture, il est toutefois important de savoir qui l’a écrit pour avoir une première idée de sa pertinence et de ses biais. Ainsi, avant de se pencher sur le contenu du Bug humain, il est donc nécessaire de s’intéresser à l’auteur.

Sébastien Bohler a soutenu une thèse de neurobiologie en 2001 et est actuellement journaliste scientifique, rédacteur en chef de la revue Cerveau & Psycho. Il n’est donc pas chercheur en neurosciences, mais a été formé pour les étudier et possède une expertise dans la vulgarisation des travaux scientifiques. On peut ainsi attendre de lui une approche de vulgarisation basée sur la synthèse et la simplification de différents travaux. Son livre va cependant plus loin que le simple travail de vulgarisation, puisqu’il y développe une thèse en recoupant différents travaux, mais également en se basant sur diverses hypothèses non sourcées. Et c’est à ce niveau que connaître S. Bohler nous permet de mieux comprendre d’où il parle, c’est-à-dire quels sont les axiomes implicites de sa thèse.

L’auteur est connu en France pour être un défenseur et surtout un promoteur de la psychologie évolutionniste (ou evopsy)*. Cette dernière cherche à expliquer les comportements et la psychologie des individus en se basant sur le mécanisme de l’évolution. Ici, nous ne jugerons pas de la scientificité de l’evopsy. Ce qui nous intéresse est plutôt qu’on la retrouve de plus en plus comme argument dans les discours conservateurs pour justifier le statu quo car il serait naturel (pour explorer ce sujet, on pourra lire un article intéressant sur l’evopsy dans ces discours). Par exemple, des personnalités comme Peggy Sastre se basent sur de mauvaises interprétations de l’evopsy pour justifier les différences femmes-hommes dans notre société, car elles proviendraient d’une pression de sélection sur les individus de chaque sexe : les hommes chassaient et les femmes s’occupaient de leurs enfants, cette répartition des tâches et les comportements liés (propension à la violence/au soin des autres) seraient donc imprégnés dans notre cerveau et nos choix de métier en découleraient. Par son accointance avec l’evopsy, S. Bohler développe donc une thèse s’en rapprochant. Mais sa thèse est superficielle, elle prend peu en compte l’influence de la société et se retrouve utilisée comme argument dans des discours conservateurs.

Maintenant que l’auteur et son point de vue sont bien définis, nous allons tâcher d’expliquer ce qui ne va pas dans son livre. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur les articles qu’il a choisis ou sur sa façon de les présenter, mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici. En effet, que nos comportements écologiquement néfastes proviennent de telle ou telle structure de notre cerveau n’est pas très intéressant. Face à sa thèse (et au défi climatique que l’on doit relever), la question est plutôt « est-ce qu’ils proviennent principalement de notre cerveau ? » ou encore « comment changer ? ».

Le striatum, un ami qui te veut du mal ?

S. Bohler explique que « Le cerveau humain est programmé pour poursuivre quelques objectifs essentiels, basiques, liés à sa survie à brève échéance : manger, se reproduire, acquérir du pouvoir, le faire avec un minimum d’efforts et glaner un maximum d’informations sur son environnement. » Ces cinq objectifs sont désignés dans le livre comme « renforceurs primaires » (on préfèrera le terme « renforçateur » en français) et correspondent à des stimuli essentiels pour la survie d’un organisme et sa reproduction. Ces renforçateurs primaires seraient ainsi présents « depuis les premiers animaux qui ont vu le jour dans les océans à l’ère précambrienne, il y a un demi-milliard d’années, jusqu’au dirigeant d’entreprise ». S. Bohler fait ensuite le lien entre ces différents renforçateurs primaires et une structure particulière du cerveau : le striatum.

Striatum en image, via le bug humain
Fig. 2 : Le striatum (en rouge), image par Life Science Databases (LSDB) (source)

Cette région du cerveau participe à différents mécanismes comportementaux et non-comportementaux. Parmi les mécanismes comportementaux sur lesquels il possède un rôle, on retrouve la prise de décision et de nombreuses études le lient au contrôle (ou non) de l’impulsivité. C’est principalement sur ce rôle-là que se construit la thèse de S. Bohler. Ainsi, le striatum contrôlerait notre prise de décision et surtout serait le maître de notre cortex, structure permettant d’effectuer des comportements complexes (coopération, planification, vie en société).

On a ici l’un des plus gros problèmes techniques du livre. Le striatum ne contrôle pas le cortex. Le striatum reçoit des informations et participe à la prise de décision en comparant les différentes options (gains potentiels, efforts nécessaires, immédiateté de la récompense). Mais il n’est pas le seul à participer à la décision, c’est un mécanisme de coopération et de dialogue entre différentes structures. Pour l’anecdote, même des structures à l’extérieur du cerveau possèdent un rôle. Ainsi, l’étude de l’influence du microbiote intestinal – domaine en plein essor depuis quelques années – montre un lien entre le type des bactéries de nos intestins et nos choix d’alimentation (grasse, sucrée, etc.) (Panduro et al., 2017).

Ensuite, S. Bohler réduit la prise de décision à la dopamine. Cette molécule serait libérée au niveau du striatum à la suite d’une action répondant à un renforçateur primaire, renforcerait les connexions nerveuses liées à l’action effectuée mais surtout provoquerait une sensation de plaisir, ce qui nous pousserait à répéter les actions sources de dopamine. En plus de cet effet, par un phénomène d’accoutumance, notre striatum chercherait à obtenir toujours plus de dopamine. Cette vision est simpliste puisqu’une sécrétion de dopamine semble pouvoir favoriser une action, tout comme elle semble pouvoir la défavoriser (Kim et Im, 2018). De plus, la dopamine n’est pas vraiment une hormone du plaisir, une confusion engendrée par le terme «circuit de la récompense», mais plutôt une hormone de prédiction du résultat d’une action. Enfin, les phénomènes d’accoutumance à la dopamine existent bel et bien, mais leurs effets semblent plus complexes qu’une simple augmentation des actions permettant d’obtenir la molécule.

On en arrive donc au plus gros problème du livre, cette fois-ci sur la forme mais qui impacte le fond. L’auteur essaye d’expliquer des mécanismes complexes et donc relativement peu compris, mais il est catégorique dans ses propos et hypothèses. Cela se voit dans la forme, puisqu’il n’utilise que deux fois le verbe « suggérer » et très peu le conditionnel. Ainsi, il donne l’impression que ce dont il parle est bien connu et accepté par la communauté scientifique : ce n’est pas le cas. Par exemple, l’une des études phares de la thèse de S. Bohler avançant que le contrôle de l’impulsivité chez l’enfant résulte en de futures réussites sociales, le test du marshmallow, est actuellement remise en question : c’est l’origine sociale qui permettrait un meilleur contrôle chez l’enfant ET de futures réussites. Ces dernières ne découleraient donc pas d’un meilleur contrôle. Mais S. Bohler ne présente pas ces informations.

La « thèse » qu’il développe dans son livre n’est donc pas une thèse, juste une hypothèse qui n’a pas été vérifiée par des expériences scientifiques. Mais il la développe toutefois avec un vernis d’assurance trompeur et met de côté des hypothèses contraires à la sienne. S’il trouve des explications à notre surconsommation dans notre striatum et notre évolution, notre comportement pourrait tout aussi bien, voire plus facilement, être expliqué en utilisant une grille de lecture sociologique ou même une grille de lecture neuroscientifique non déformée.

Et l’éducation dans tout ça ?

Dans tout son livre, l’auteur ne parle de l’influence de l’éducation sur nos comportements que quatre fois. La troisième illustre bien le problème de l’hypothèse présentée comme une thèse. Ainsi, après avoir passé 149 pages à expliquer que le striatum faisait de nous des êtres égoïstes, S. Bohler décrit une expérience permettant de visualiser l’activité du striatum des femmes et des hommes alors qu’on leur demande de garder ou de partager une somme d’argent (Soutschek et al. 2017). Dans cette étude, les femmes ont plus tendance que les hommes à partager l’argent. Cependant, leur striatum présente une activité similaire. Les chercheurs ont inhibé le striatum des femmes, ce qui entraîne une diminution du choix de partager l’argent. S. Bohler en conclut que les femmes ont tendance à obtenir plus de plaisir en partageant que les hommes. Il évoque une potentielle origine évolutionnaire de ce comportement, mais va (une fois n’est pas coutume) favoriser l’hypothèse d’une origine éducative. Ainsi, l’éducation pourrait nous permettre de contrecarrer notre nature égoïste.

Parmi toutes les études citées dans le livre, c’est sûrement la plus intéressante par rapport à l’hypothèse de S. Bohler. En effet, cette étude lie l’activité du striatum avec un choix de partage altruiste (dit « prosocial » dans l’article d’origine) et les chercheurs inhibent le striatum pour confirmer cette relation. La lecture de cette étude permet donc plusieurs remarques :

Tout d’abord, il avance que les femmes retirent plus de plaisir à partager. Or les chercheurs n’ont pas corrélé le plaisir au partage, ce qu’il avance est donc trompeur. Ensuite, S. Bohler (comme les chercheurs de l’article cité) considère le fait de garder l’argent comme égoïste et tend à dire que les hommes sont donc plus égoïstes. Mais la motivation poussant les hommes à garder l’argent n’est pas connue : peut-être souhaitent-ils l’utiliser pour leur famille ? Il est d’ailleurs connu, en sociologie, que les schémas sociaux poussent les hommes à se sentir plus responsables de l’apport économique dans leur famille. Dans ce cadre-là, la décision de conserver tout l’argent n’est pas forcément liée à l’évolution et encore moins à un égoïsme intrinsèque aux hommes issu de l’évolution. De plus, les chercheurs de l’article n’inhibent pas uniquement le striatum des femmes, mais également celui des hommes. Alors, ils observent une augmentation du choix « prosocial » à un niveau similaire aux femmes (avec inhibition du striatum), soit autour de 45%.

Striatum en image, via le bug humain
Source : Fig. 3 : Inhibition du striatum par l’amisulpride (en rouge) chez 27 femmes et 29 hommes pouvant partager une somme d’argent (choix prosocial) ou non. Soutschek et al. 2017

Si pour S. Bohler la diminution de la proportion de choix « prosociaux » chez les femmes au striatum inhibé révèle une influence de l’éducation, il ne parle pas de l’éducation comme facteur favorisant un comportement « égoïste » chez les hommes. Enfin, si l’inhibition du striatum retire bien l’influence de l’éducation sur le choix, alors les humains sont « naturellement » prosociaux dans 45% des cas soit environ la moitié. La nature humaine ne serait donc pas vraiment plus égoïste qu’altruiste dans le cas du partage des ressources (ici de l’argent), ce qui va totalement à l’inverse de l’hypothèse de S. Bohler. Attention : c’est juste une hypothèse suggérée par les résultats de Soutschek et al., ce n’est pas un consensus scientifique. Mais cette hypothèse n’est pas plus ou moins solide que celle de S. Bohler.

Striatum et individus

Pour aller plus loin dans la critique de l’hypothèse de S. Bohler, il est pertinent de s’intéresser aux différences inter-individuelles. En effet, son hypothèse suggère que tous les individus sont naturellement accros à la dopamine obtenue via les rapports sexuels, la nourriture, le pouvoir (qui permet d’obtenir le reste), etc. Cependant, au niveau des individus, ce n’est pas ce que l’on remarque. On observe des disparités avec des personnes à risque d’addictions et d’autres non. S. Bohler lui-même présente différentes « addictions » (pouvoir, sexe, etc.) pour les relier au striatum en précisant que certains individus ont plus tendance à y être soumis. Pour expliquer ces différences inter-individuelles, S. Bohler écrit régulièrement que les plus addicts seraient ceux au striatum le plus développé ou le plus actif. Il en conclut que c’est le striatum qui va pousser les individus à répondre à leurs pulsions. Mais il n’y a pas de sources allant dans ce sens précis.

S. Bohler va même jusqu’à avancer que « le niveau d’activité de ce striatum permettait de prédire si une personne donnée allait être modérément ou gravement touchée par les symptômes d’addiction à la pornographie sur le Web » en citant un article qui ne dit pas ça (Brand et al., 2016). En effet, les auteurs de l’article concluent principalement que le niveau d’activité du striatum est plus élevé chez ceux qui sont déjà addicts à la pornographie et qu’il est possible de le prédire en fonction. Ce que font les chercheurs est donc l’inverse de ce qu’écrit S. Bohler : le score à un questionnaire d’addiction à la pornographie leur permet de prédire plutôt bien la réponse du striatum à la suite de la visualisation d’images pornographiques. Ce qui révèle que la phrase de S. Bohler est factuellement fausse et trompeuse.

Cet article permet même d’aller plus loin dans la critique de l’hypothèse de S. Bohler. En effet, les chercheurs ont essayé d’ajouter l’âge de la première utilisation de pornographie et la fréquence hebdomadaire de masturbation au modèle de prédiction de l’activité striatale. Cependant, l’ajout de ces paramètres ne permet pas de prédire plus précisément l’activité striatale. Ce qui suggère que le comportement n’est pas une variable si importante pour prédire l’activité du striatum, et souligne donc qu’il ne faut pas réduire la prise de décision au striatum.

Striatum en texte, qui informe la thèse du Bug Humain
Fig. 4 : Conclusion de l’article sur la relation entre réponse du striatum ventral et symptômes de l’Addiction à la Pornographie sur Internet (IPA) ou consommation actuelle de pornographie. Brand et al., 2016

Pour conclure les critiques sur l’aspect neuroscientifique de l’hypothèse de S. Bohler, nous n’avons donc pas de preuve concrète permettant de favoriser l’hypothèse que c’est le striatum de chaque individu (et donc la “nature humaine”) qui dirige nos actions en fonction des renforçateurs primaires, et qui nous a conduit à la catastrophe écologique, et qui nous empêche d’agir. Dans la suite de l’article, nous opposerons à l’hypothèse de S. Bohler une vision prenant en compte l’influence de notre société, afin d’approfondir notre compréhension du problème. Mais avant cela, nous nous attarderons sur la vision de S. Bohler de l’évolution, ou du moins ce que son livre laisse transparaître de sa vision.

Evolution et coopération

Pour expliquer l’origine des comportements activant le striatum, S. Bohler va chercher des hypothèses du côté de l’évolution. Des hypothèses non seulement controversées, mais en plus pas toujours sourcées. Parmi toutes les hypothèses évolutives, aucune ne semble basée sur la coopération. Toutes reposent sur une compétition inter-individus, suggérant une vision biaisée de l’évolution. Alors que le rôle de la coopération était déjà présent dans la théorie darwinienne de l’évolution, avant d’être masqué par Herbert Spencer qui a imposé sa vision (vision qui reste malheureusement très présente dans l’imaginaire collectif, malgré l’avancement de la connaissance académique sur la théorie de l’évolution). Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir le sujet, voici un court article de libération évoquant l’effacement de la coopération dans la théorie darwinienne par Spencer, et un long article sur l’importance de la coopération dans l’évolution.

En ne prenant pas en compte l’aspect coopératif de l’évolution, on peut par exemple supposer que notre tendance à manger de façon excessive proviendrait de nos ancêtres qui, dans un monde où les ressources étaient rares, auraient eu un avantage sur les autres en mangeant plus. Mais celui qui mangeait peu et partageait avec les autres permettait à son groupe de tenir plus longtemps. Et un groupe est plus efficace pour survivre : répartition des tâches (collecte d’eau, cueillette, chasse, etc.), protection des progénitures, nombre permettant d’avoir un avantage dans un conflit. Il est donc difficile d’affirmer que, si l’on est des goinfres égoïstes aujourd’hui, c’est parce que grand-papy ne partageait pas son dessert.

Evolution vs. Système

Si sa vision de la prise de décision est réduite au striatum et à la dopamine, si ses hypothèses évolutives sont réduites à la compétition, LE gros problème de son hypothèse est qu’elle réduit la destruction de l’environnement à la nature humaine. Ainsi chaque être humain serait, de base, façonné par des millions d’années d’évolution pour se comporter de la manière dont il se comporte aujourd’hui. L’évolution aurait amené l’humain à sa forme actuelle, comprendre « l’occidental moyen qui surconsomme ». Cela est une réflexion très individualiste, et surtout ethnocentriste. Cette vision ignore les sociétés actuelles qui se sont développées avec un faible impact environnemental, mais également le fait que tout le monde ne surconsomme pas. L’être humain n’est donc pas fondamentalement défectueux. Alors pour comprendre ce qui nous pousse à la surconsommation, il est bien sûr intéressant de comprendre les mécanismes au niveau individuel. Mais cette approche est largement insuffisante si elle n’est pas accompagnée d’une réflexion systémique/sociologique.

En effet, comme l’a montré une étude du cabinet de conseil Carbone 4, même un individu au comportement héroïque mais habitant en France (sans être autarcique) aurait un impact environnemental trop élevé. Un(e) Français(e) moyen(ne) émettant 11t CO2éq/an, doit baisser ses émissions de 80% pour atteindre la neutralité carbone (2t CO2éq/an/hab). Les efforts individuels qu’il peut fournir (de façon réaliste, sans être héroïque) ne représentent qu’un quart de cette baisse. Le reste repose sur des changements systémiques, technologiques (et pas forcément plus de high-tech, il est temps de regarder du côté des low-tech), industriels et politiques.

Fig. 5 : Répartition de l’effort de baisse des GES entre les individus et la société/les industries pour atteindre la neutralité carbone (2t CO2éq/an/hab). Tiré de « Faire sa part » par César Dugast et Alexia Soyeux

Avec cette information en tête, la lecture du Bug Humain est assez frustrante. En se concentrant uniquement sur le cerveau, S. Bohler réduit le problème à la « nature humaine » et occulte l’influence de la société, de ses dynamiques : l’inertie du changement ne vient pas que du striatum, le dilemme du prisonnier non plus. Mais également de ses verrous : les géants du pétrole qui financent le climato-scepticisme sont un frein bien plus important que notre striatum.

Pour être juste, il aborde tout de même l’injonction à la consommation, à travers l’exploitation des désirs pour développer des économies productivistes reposant sur une croissance toujours plus importante sous Hoover (ancien président des Etats-Unis). Il évoque également quelques exemples de cette exploitation, mais sans approfondir. Alors que le nœud du problème est là : si nos désirs nous sont imposés, comment désirer vivre en respectant la nature ? Comprendre le rôle de notre cerveau est intéressant au niveau individuel, mais lutter contre la publicité (par exemple) est beaucoup plus efficace au niveau collectif. Et pour vouloir lutter contre la publicité, comprendre le rôle de notre cerveau est insuffisant. Si l’approche neuroscientifique permet de comprendre et confirmer l’efficacité de la publicité, comprendre comment elle a façonné (et façonne) notre société demande de s’éduquer sur l’histoire de la publicité (ou plutôt de la propagande). Par exemple en visionnant cette excellente série de documentaires par Adam Curtis intitulée « The Century of the Self ». A travers une approche historique, il est facile de comprendre que les désirs humains (et nos striatums) ne sont pas intrinsèquement néfastes, mais qu’ils peuvent être exploités pour développer des économies productivistes, consuméristes, individualistes et polluantes. Et qu’ils l’ont été.

Changer les gens pour changer le monde ou Changer le monde pour changer les gens ?

La dernière partie du livre aborde quelques pistes pour améliorer la situation. La réflexion la plus étayée reste dans la vision d’une écologie individuelle : la méditation pleine conscience. S. Bohler développe l’idée qu’en s’inspirant de cette pratique, il est possible de se satisfaire de peu, mais également d’y trouver plus de plaisir que dans notre mode de vie actuel. Mais cette piste présente deux problèmes majeurs. Nous avons déjà démontré que le striatum n’est pas le cœur du problème, ainsi se concentrer dessus pour changer le comportement des pollueurs n’est pas forcément le plus efficace. De plus, cet angle d’approche étant individualiste, il est encore moins efficace pour changer une société.

S. Bohler parle toutefois un peu d’actions de plus grande ampleur, comme lier les comportements respectueux de la planète au statut social, pour déplacer le désir vers ces comportements. Ce qui est essentiel. En adoptant un mode de vie sobre et en en faisant la promotion, les influenceurs (à l’instar de Nabilla) auraient un impact considérable. Cependant, il ne traite jamais de législation, de manifestation, de rapport de force, etc. Alors que jouer là-dessus est le plus urgent. Nous avons besoin de mesures fortes portées et acceptées par le plus grand nombre. Attention, changer les comportements individuels n’est pas inutile. Il est même indispensable de les changer, mais c’est insuffisant (comme évoqué plus tôt).

Vous pouvez répéter la question ?

Revenons à la question d’introduction : « Pourquoi, alors que nous sommes dotés d’outils extrêmement précis qui nous informent clairement de la tournure que vont prendre les événements dans quelques décennies, restons-nous impassibles ? »

Pour simplifier : nous sommes informés des catastrophes qui arrivent, mais nous n’agissons pas. C’est cette réflexion qui aurait poussé S. Bohler à écrire Le bug humain. Or, son postulat de base est faux :

1) Les gens ne sont pas forcément informés

Bien sûr en France (et sûrement dans d’autres pays occidentaux), nous sommes régulièrement exposés à des infos sur le dérèglement climatique. Mais parmi le « grand public » (les non-initiés), ces informations restent superficielles. La Convention Citoyenne pour le Climat l’a bien montré : face aux experts et aux informations approfondies, des climato-sceptiques ont changé d’avis et même des personnes déjà sensibles au sujet ont réalisé la gravité de la situation.

Fig. 6 : Valérie Masson-Delmotte a fait verser quelques larmes dès la première conférence, preuve que tout le monde n’est pas suffisamment informé (source).

2) Les gens ‘informés’ du défi climatique ne sont pas tous impassibles

Les climatologues qui se battent depuis des décennies pour comprendre/vulgariser/diffuser le sujet ne sont pas impassibles. Les militants qui se battent pour faire changer les mentalités et les lois ne sont pas impassibles. Les personnes développant des éco-villages ne sont pas impassibles. Les personnes qui arrêtent la viande ou l’avion ne sont pas impassibles. Et toutes ces personnes ne souffrent pas d’une lésion du striatum.

Fig. 7 : Marche pour le climat remplie de Français(es) au striatum endommagé ?

Conclusions

En plus d’être une interprétation parfois erronée des articles cités et d’être basée sur des hypothèses évolutives hasardeuses et des hypothèses neuroscientifiques fausses, l’hypothèse de S. Bohler s’inscrit dans une réflexion individualiste des phénomènes de société. Il participe donc (involontairement) à la dépolitisation de la question climatique, en invisibilisant le besoin d’un changement de la société au profit d’un changement de l’individu, et à la préservation du statu quo.

En l’absence de réflexion neuroscientifique solide, de réflexion sociologique, de prise en compte des individus qui essayent d’améliorer leur comportement, mais surtout de retenue dans les conclusions, ce livre se rapproche plus du développement personnel que de la vulgarisation scientifique. Ce n’est pas pour autant qu’il est inintéressant, il permet notamment de rappeler que les industriels façonnent puis exploitent nos désirs pour faire tourner l’économie et obtenir la sacro-sainte croissance. Mais il n’est pas un outil suffisant pour comprendre la complexité de notre situation et s’en extirper. Cela s’illustre parfaitement dans son explication de l’origine de la crise écologique, qui occulte l’histoire environnementale, économique, anthropologique, et bien d’autres. On lui préfèrera donc des ouvrages tels que Aux Racines de l’Anthropocène ou encore Le Capitalocène.

Par sa vision déformée des neurosciences et en occultant la sociologie, l’hypothèse de S. Bohler possède un côté « fatalisme de la nature humaine ». On la retrouve donc, sans grande surprise, dans les discours conservateurs défendant le statu quo. Ce n’était certainement pas son intention, mais expliquer dans un livre entier que le striatum contrôle nos actions, que des millions d’années d’évolution contrôlent le striatum, sans s’attarder sur les mécanismes sociaux… mène à des raccourcis comme « on n’y peut rien, c’est la nature humaine ».

« Etonnamment », en replaçant la notion de nature humaine dans une perspective historique, on observe qu’elle est souvent utilisée contre les progrès sociaux – contre les droits des femmes, contre les droits des racisés, contre les droits des LGBT+, ou encore aujourd’hui contre les droits de la nature – jamais contre le « progrès » technique. C’est pourtant bien ce dernier qui aujourd’hui met la survie de millions d’habitants en danger. Qu’adviendra-t-il de la nature humaine, sans nature ?

Merci à Thibaud Griessinger, Loïc Giaccone et Kumokun pour leurs retours et corrections. 

* Pour aller plus loin dans la critique du discours de S. Bohler et de sa vision evopsy, on pourra lire la critique par Odile Fillod d’une des émissions de S. Bohler datant de 2012. Comme nous, elle relève une mauvaise interprétation des études citées, la présentation d’hypothèses comme des faits, et un vernis artificiel de scientificité et de consensus. Vous pourrez également lire la réponse de S. Bohler (qui nous semble taper à côté de la critique). Et, enfin, la réponse finale d’O. Fillod.

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Commentaires

8 Comments

  1. Thomas 10 novembre 2020

    Bonjour,
    merci beaucoup pour cette critique documentée qui était vraiment necessaire.
    J’ai moi-même acheté le livre dans l’idée d’en faire une lecture critique suite à des discussions avec des amis, pourtant sensibles aux valeurs écologiques, chez lesquels ce livre a eu un effet dévastateur… Les poussant à l’inaction et l’àquoibonisme
    Pour ma part, je pense qu’il est très pertinent de se documenter en neuro-science et en marketing afin de mettre ces outils au service de l’humanité, de notre qualité de vie et de notre survie.
    Nous débutons d’ailleurs dans l’utilisation de ces outils dans le concept des AlterPubs, visibles sur notre site: informer, éduquer et motiver, voire pour citer Glenn Aldrecht donner la passion de la nature.
    Votre critique sur notre travail nous serait très utile: https://alter.pub/galeries/
    Amicalement

    Répondre
  2. Syloux 8 novembre 2020

    Merci pour cette critique.
    Coïncidence amusante, je venais de lire l’article de carbone 4 que vous citez, le même jour que j’ai lu votre critique

    Lorsque vous citez l’article de Carbone4 : « En effet, comme l’a montré une étude du cabinet de conseil Carbone 4, même un individu au comportement héroïque mais habitant en France (sans être autarcique) aurait un impact environnemental trop élevé. Un(e) Français(e) moyen(ne) émettant 11t CO2éq/an, doit baisser ses émissions de 80% pour atteindre la neutralité carbone (2t CO2éq/an/hab). Les efforts individuels qu’il peut fournir (de façon réaliste, sans être héroïque) ne représentent qu’un quart de cette baisse. Le reste repose sur des changements systémiques, technologiques (et pas forcément plus de high-tech, il est temps de regarder du côté des low-tech), industriels et politiques. »

    Vous pourriez d’autant plus appuyer l’importance du collectif et « des règles du jeu » plutôt que « l’action des joueurs » étant donné qu’un mode d’action « héroïque » n’occasionnerait qu’une baisse des émissions de CO2 de 2,8T CO2/an contre 2,2 T CO2/an pour un mode d’action « réaliste ».

    Bravo pour votre travail,
    Cordialement,

    Répondre
  3. Thibault Gardette 29 octobre 2020

    Merci pour les retours !

    L’objectif n’était pas de critiquer la psychologie évolutionniste, qui est une discipline scientifique avec de très bonnes recherches (et de moins bonnes, comme toute discipline), ni de rentrer dans un débat socio vs neuro qui n’a plus vraiment d’existence dans le monde académique. Le but était bien de s’attarder sur la mauvaise vision de l’evopsy, comme celle promulguée par Bohler. Effectivement, il ne faut pas rejeter le prisme évolutionniste qui permet d’éclaircir nos motivations, mais si on occulte le détournement de ces motivations par le marketing/les industriels alors on reporte le problème sur l’individu/le cerveau. Et c’est l’un des reproches que je fait à S. Bohler — en plus du fait que ses hypothèses evo/evopsy/neuro sont régulièrement hasardeuses, sans que ça ne l’empêche de recouvrir son livre d’un vernis de scientificité.

    Débunker point par point les incohérences (et les hypothèses littéralement contraire aux connaissances actuelles) présentent dans le livre aurait demandé un livre entier. Ici je m’attarde sur quelques grosses erreurs et contresens scientifiques, mais peut-être aurais-je dû m’attarder plus longtemps sur ce point. Afin de mieux démontrer l’incohérence scientifique dont fait preuve S. Bohler dans son livre.

    Quant à l’impassibilité des gens, je dirais justement que même ceux qui éteignent la lumière ne sont pas impassibles. Ils sont juste totalement pas au bon niveau d’action. Cependant, le but de ce passage n’était pas de dire “les gens se bougent”, mais littéralement “tout le monde n’est pas impassible”. Alors que Bohler réduit notre comportement à une caractéristique intrinsèque de notre cerveau, et donc universelle, on observe que tout le monde n’agit pas de la même façon. Et les gens n’ont pas besoin de “hacker” leur striatum pour agir différemment de ce que l’évolution leur imposerait. La simple existence de peuples ne détruisant pas l’environnement démontre que son hypothèse (c’est l’évolution qui, en façonnant notre cerveau, nous “pousse à détruire la planète”) est incorrecte et ethnocentrée.

    Pour le passage sur l’information, “si on veut on peut” n’est pas très pertinent, encore faut-il le vouloir. On peut trouver des explications dans le cerveau au fait que les gens ne s’informent pas plus, mais :

    1) la thèse de Bohler n’explique pas pourquoi on ne s’informe pas plus (en fait dans son livre il ne répond pas à sa question initiale)

    2) s’arrêter au cerveau est réducteur, on pourrait parler de fatigue mentale engendrée par le travail, d’hypernormalisation, de facilité d’accès à l’information, d’injonctions contraires (comme le dit Bohler dans son bouquin, enchaîner un reportage sur “le CO2 c’est pas bien” avec un reportage sur “les emplois Airbus et la croissance c’est cool”), de méfiance envers les “élites”. Oui il y a une part de cerveau dans tout ça, mais pas uniquement. Et surtout cette part n’est encore pas la même que la vision du cerveau développée dans le bouquin, où tout le monde serait poussé à faire la même chose.

    3) enfin, que les gens ne soient pas suffisamment informés pour telle ou telle raison, ne change pas le fait qu’ils ne sont pas suffisamment informés, et donc que le postulat de base est incorrect.

    J’accepte totalement que l’on soit motivé par des processus cognitifs, je une vision d’ailleurs déterministe de nos comportements. J’étais donc très intéressé par son hypothèse au départ, que j’avais découverte en conf, puis j’ai lu son livre en mode lecture critique (comme je le fais pour lire un article scientifique) et en allant lire des sources et mon opinion a changé. La vision de Bohler est réductrice et surtout repose sur des hypothèses factuellement fausses. Il a une caution scientifique, mais il avance des choses que l’on sait fausses ! Il dit parfois l’inverse de ce que les chercheurs font ou concluent ! Donc oui, si on ne s’intéresse pas aux détails de sa thèse, c’est intéressant de savoir que l’on ignore souvent nos motivations et que notre cerveau nous amène à prendre des décisions sans qu’elles soient rationnelles. Et c’est vrai ! Mais le livre de Bohler n’est pas une explication scientifique de ces mécanismes, il propage même une vision erronée du cerveau et de son fonctionnement.

    J’espère avoir un peu clarifié les critiques. Encore merci pour les retours ! Et bonne journée à vous aussi 😀

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    1. tomate 29 octobre 2020

      OK.
      Je crois que je suis aussi sujet à un biais cognitif (peut être le biais de confirmation?): j’ai acheté le livre, je l’ai cru, il a confirmé ce que je pensais par ailleurs, et je ne veux pas découvrir que les bases scientifiques sont fausses.
      Mais j’essaie de vous croire. Comment un type avec un passé scientifique et une telle notoriété (redac chef de cerveau & psycho) peut il écrire des trucs aussi faux!?

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      1. Thibault Gardette 29 octobre 2020

        Je ne vous demande pas de me croire sur parole, mais au moins de douter (ce que vous avez déjà l’air de faire). Vous pouvez voir d’autres neuroscientifiques réagir au propos de Bohler ici : https://twitter.com/jeremienaudefr/status/1155797409836019713 (différents fils intéressants sont cités). Dans ces tweet, ils réagissent face à une présentation radio (donc forcément incomplète et encore plus simpliste), mais beaucoup des reproches restent pertinent par rapport au bouquin.

        Vous pouvez également lire le billet de 2012 d’Odile Fillod où vous verrez qu’il faisait déjà beaucoup d’erreurs d’interprétation des articles et de présentation d’opinions comme des faits scientifiques acceptés : https://allodoxia.odilefillod.fr/2012/12/22/arret-sur-mirages/

        Et si vous avez la formation ou une grosse motiv pour lire des articles de neuro, je vous conseille de lire au moins les conclusions de ceux que je cite dans ma critique. Et de les comparer aux conclusions de Bohler (p. 50 pour l’expérience de Brand et al. sur l’addiction à la pornographie sur internet qui fait l’inverse de ce que décrit Bohler ; p. 150 pour Soutschek et al. qui ne parle jamais de plaisir comme source de motivation pour partager ou garder l’argent !!!). Vous pouvez comparer également à ma façon de décrire ces articles.

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    2. kuk 2 novembre 2020

      Ton article est très instructif, et la précision que ajoutes ici pas moins. Un grand merci

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  4. tomate 29 octobre 2020

    J’ai lu le livre. J’ai lu votre critique. Les deux sont intéressants.
    Il s’agit du débat classique entre evopsy/neuroscience et sociologie. Là-dessus rien de tranché pour le moment. En effet l’evopsy conduit à conforter les différences actuellement existantes. Mais ce n’est pas une raison pour l’écarter. Débat d’initiés et débat idéologique… On y verra plus clair dans 30 ans 😉
    En revanche, sur les conclusions il faut reconnaitre que le livre a raison: pourquoi restons-nous impassibles? Selon vous car:

    1) Les gens ne sont pas forcément informés => De nos jours, en terme d’information, si on veut on peut. Certains dénoncent même un lobby culturel écolo (films Home, Demain etc…) et diront doc que nous sommes surinformés à ce sujet. Je ne suis pas d’accord avec eux mais on ne peut pas dire que les gens ne sont pas informés actuellement (sinon 4 années de sécheresse ça suffit à être informé en général…) Si on préfère regarder ailleurs c’est peut être… que notre cerveau préfère des récompenses plus immédiates!

    2) Les gens ‘informés’ du défi climatique ne sont pas tous impassibles=> il serait intéressant de voir quel % de la population modifie ses pratiques et milite à la hauteur de ce qu’il serait nécessaire. 1% ?? 5%?? Bref là aussi, que ce soit pour des raisons sociologiques ou biologiques (surement un peu des deux), la conclusion ne change pas: les gens sont informés et ne font rien ou pas grand chose (éteindre les lumières!)

    Votre critique aurait gagné à ne pas contrer le livre sur ces points, mais à accepter cette réalité et à l’expliquer pour des raisons politiques ou sociologiques. Ce que vous faites aussi d’ailleurs 😉 …
    Allez bravo et bonne journée,

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  5. Ziad MALAS 28 octobre 2020

    Pour info, il y a pas mal de recherches sur la co-évolution entre sélection culturelle et sélection naturelle avec l’idée que culture et environnement ont simultanément pu favoriser la sélection de caractéristiques hérités par les gènes… et les caractéristiques héritées par l’éducation.
    Exp synthétique : Henrich, J. (2004), Cultural group selection, evolutionary processes and large scale cooperation, Journal of Economic Behavior and Organization, 53, 3-35
    Dans le même genre d’idées, dans “De l’inégalité parmi les sociétés” (qui porte uniquement sur le versant culturel de la sélection), Jarred Diamond donne l’exemple des maoris et moriori dont les cultures auraient divergés en quelques siècles du fait de contraintes géographiques différentes (Nouvelle-Zélande / îles Chatham, îles marquées par moins de ressources que les grandes îles de N.Z.). Les maoris ayant à l’origine une culture plus guerrière et hiérarchique tandis que les moriori avaient développé une culture plus pacifiste et coopérative.

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