Comment l’écologie peut gagner : 5 méthodes efficaces pour 2026

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©Crédit Photographie : Montage Bon Pote | Valentine Michel
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Diffamés, discrédités, tabassés. Et parfois, victorieux. Bon Pote l’a documenté, l’année 2025 a été particulièrement éprouvante pour les défenseurs et défenseuses de l’environnement. Comment se battre pour l’intérêt public environnemental quand on fait face à la fois aux discours hostiles d’une grande partie de la classe politique mais aussi à la répression et à la criminalisation du militantisme environnemental le tout dans un contexte de régression inédite des droits et protections environnementales ?

Des collectifs et militants ont montré la voie. De nombreux combats sont menés malgré tout, avec efficacité et pugnacité. Des batailles sont remportées. Voici le récit de cinq d’entre elles. 

1) La petite association qui a fait plier Total

A ma droite, Total Energie, 15 milliards de bénéfices en 2024, plus de 100 000 employés à travers le monde. A ma gauche, Ecologie pour Le Havre. Une association qui compte une cinquantaine d’adhérents, à peine 600 abonnés sur Facebook et qui ne reçoit aucune subvention publique. Le combat semblait perdu d’avance pour les écologistes. Et pourtant. 

Août 2022. La Russie attaque l’Ukraine. Le gouvernement français accepte dans la précipitation que Total construise au large du Havre un Terminal Méthanier Flottant. Il s’agit d’un bateau-usine doté d’équipements permettant d’importer des gaz liquéfiés issus principalement de l’exploitation de gaz de schistes. Cette aberration climatique a été validée par le ministère de la Transition énergétique en mars 2023, puis construite en dérogeant à la loi et aux procédures environnementales, malgré des protestations de parlementaires et des recours devant le tribunal administratif. Pourquoi ? Une enquête menée par Greenpeace et le média d’investigation Disclose montre que Total a mené un lobbying intense pour convaincre le gouvernement français d’un risque de pénurie de gaz. C’était faux, révèle l’enquête : la France n’avait pas besoin de nouvelles infrastructures.

L’installation construite, le fait accompli risquait de l’emporter. C’était sans compter la détermination créative de quelques écologistes havrais. Pierre Dieulafait, président de l’association Écologie pour le Havre (EPLH) décrit son plan d’action à Bon Pote : « Nous avons commencé par la mobilisation citoyenne, en alertant et en demandant la désinstallation immédiate du terminal méthanier. Nous avons eu le soutien de nombreuses associations, dont Scientifiques en rébellion, Extinction Rébellion et Greenpeace ». L’association dépose des recours, d’abord sans succès. 

Crédit photo : Denis Meyer/Greenpeace


Jusqu’en août 2025, quand l’association et son avocat adoptent une nouvelle stratégie. Ils ont demandé au tribunal administratif de « constater que les conditions qui avaient justifié l’installation du terminal n’étaient plus d’actualité, ce qui doit motiver l’abrogation de son autorisation d’exploitation et donc sa mise à l’arrêt ». Banco.  Le tribunal administratif de Rouen leur a donné raison en octobre dernier.

La recette :  Pierre Dieulafait liste les faibles moyens derrière cette victoire : « Nous étions cinq sur ce dossier, dont deux investis particulièrement, la vice -présidente de l’association Annie Leroy et moi. Et comme j’ai du mal à me déplacer, elle était seule à assister aux séances du tribunal administratif. ». Il nous donne deux conseils. Le premier, sur le fond : « il faut être très au courant de l’actualité et de la jurisprudence, pour opter pour la bonne stratégie juridique ». Le second, sur l’aide juridictionnelle qui leur a permis de payer leur avocat :  : «  Peu d’associations le savent, mais ce dispositif n’est pas réservé qu’aux particuliers. »

2) Cinq bénévoles passent le chantier de l’A69 à la loupe

Plusieurs dizaines d’hectares de chantier illégal. Mi-décembre 2025, le procureur de Toulouse a demandé la suspension des travaux de l’A69 sur 46 sites défrichés illégalement par le concessionnaire Atosca, soit 42 hectares de chantier non autorisé. Sans attendre la décision du juge sur cette demande, prévue le 12 janvier prochain, le préfet du Tarn a publié un arrêté suspendant le chantier sur les sites concernés. La victoire n’est que partielle, puisque cette décision n’empêche pas la poursuite des travaux sur le reste du tracé. Mais c’est une épine dans le pied des porteurs du projet. Et un exploit au regard du déséquilibre entre les moyens de chaque camp. 

Il a fallu un investissement considérable de cinq bénévoles, issues de France Nature Environnement Occitanie Pyrénées et du collectif La Voie Est Libre, pour mener des recherches et rassembler des preuves de violations des règles environnementales. 

« Ces cinq personnes y ont passé des journées entières », décrivait  à Bon Pote Hervé Hourcade, juriste de cette association, après la décision du procureur  : « Trois de ces cinq personnes n’ont fait que ça, elles ont mis leur activité professionnelle et leur vie familiale entre parenthèses.  Ils ont d’abord étudié image satellite par image satellite le tracé réalisé et l’ont comparé avec les cartes du dossier de demande d’Atosca. C’est comme ça qu’ils sont arrivés à identifier vingt dépassements principaux sur l’ensemble du tracé. Ils ont ensuite confirmé ces points en se rendant sur site, et en prenant des photos ». Pour se justifier de ces dépassements, le responsable de l’entreprise concessionnaire, Atosca, a assuré qu’il avait prévu d’alerter les services de l’Etat. Selon lui, ce serait fait ultérieurement, lors de la « phase de couture fine » de la fin de chantier. Délicate expression alors qu’on parle de plusieurs dizaines d’hectares déboisés et terrassés sans autorisation. 

La recette : Quelques bénévoles seulement, là aussi, sont à l’origine de la procédure. L’un d’eux, militant à la Voie est libre, raconte à Bon Pote : « Face aux passages en force de l’Etat et des porteurs du projet, notre réponse est l’abnégation. Nous ne lâchons pas. Nous connaissons le dossier par cœur, pas grand monde ne l’a autant étudié que nous, pas même le concessionnaire. Nous avons produit un document de 150 pages, extrêmement précis, qui démontre l’ensemble des dépassements »

3) TotalEnergies condamné pour greeenwashing

Pour la première fois dans le monde, la justice a reconnu qu’une multinationale de l’industrie fossile s’est livrée à du greenwashing. En octobre 2025, le tribunal judiciaire de Paris a condamné TotalEnergies pour pratiques commerciales trompeuses en matière climatique, à l’issue d’une procédure portée par trois ONG françaises.

Au cœur de cette décision : l’écart entre la communication verte de TotalEnergies et la réalité de ses activités, toujours largement fondées sur l’extraction fossile. Alors que la science établit l’incompatibilité entre l’ouverture de nouveaux gisements d’hydrocarbures et l’objectif de neutralité carbone, l’entreprise continue de prévoir une hausse de sa production pétrolière et gazière. Le tribunal a souligné que ses investissements dns les renouvelables – très minoritaires  dans ses activités – ne compensent en rien sa stratégie industrielle, contraire aux recommandations internationales alignées sur l’Accord de Paris.

Total condamné greenwashing vignette
©Crédit Photographie : AFP / Christophe Archambault

La justice considère que ses messages publicitaires vantant sa « neutralité carbone » et son rôle « majeur » dans la transition énergétique étaient susceptibles d’induire en erreur, le groupe est désormais contraint de supprimer les communications incriminées et de publier le jugement sur son site. 

La recette :  Cette bataille a été menée par Les Amis de la Terre France, Greenpeace France et Notre Affaire à Tous, avec le soutien de ClientEarth. C’est une grande victoire qui fera jurisprudence et ouvre une brèche pour les futures batailles contre le greenwashing. Elle force désormais les grands émetteurs à aligner leur discours public sur leurs actes, sous peine de sanctions. 

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4) Victoire en Guyane

Le mois de décembre fut décidément celui des victoires écologistes. En Guyane, l’association Guyane nature environnement a appris le 10 décembre que le tribunal administratif a annulé un arrêté préfectoral autorisant une compagnie minière à exploiter une mine dans une crique classée en zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique (ZNIEFF).

Guyane Nature Environnement avait repéré que le dossier soumis ne comportait pas d’évaluation environnementale complète avec inventaire des espèces protégées, comme c’était obligatoire pour ce type de projet. L’association a démontré au tribunal que le préfet avait manqué à ses obligations en ne l’exigeant pas, malgré les risques identifiés pour la faune locale.

La recette :
Le préfet avait autorisé le projet, c’est encore une petite association locale qui s’est chargée de défendre le droit, face à l’Etat, devant le tribunal administratif. En retour, l’association a fait l’objet d’attaques de la Fédération des opérateurs miniers de Guyane qui l’accuse d’agir en faveur de l’orpaillage illégal, rapportait Franceinfo La 1ère

5) Holcim dans le viseur de la justice  

Enfin, à l’international, une autre lutte menée par quelques personnes isolées a franchi une étape décisive, toujours en décembre 2025. Quatre habitants et habitantes de l’île de Pari, en Indonésie (Ibu Asmania, Pak Arif, Pak Edi et Pak Bobby), ont obtenu une victoire procédurale essentielle contre le géant suisse du ciment Holcim (ex Lafarge), l’un des plus gros émetteurs mondiaux de CO2.

Leur demande ? Que l’entreprise réduise ses émissions pour être en ligne avec la trajectoire scientifique des 1,5 °C degré de réchauffement, qu’elle contribue financièrement aux mesures d’adaptation indispensables sur leur île menacée par le changement climatique et qu’elle les indemnise pour les pertes et dommages déjà subis. Malgré des tentatives de la multinationale pour faire rejeter l’affaire, les juges du canton de Zoug ont confirmé que les victimes du dérèglement climatique ont le droit de tenter d’obtenir justice face aux pollueurs. 

La recette : Le tribunal a rappelé un principe simple : c’est à la victime de choisir contre qui elle agit, et cela vaut aussi pour la menace climatique. Ce n’est qu’un début, mais cette décision historique ouvre désormais la voie à un jugement sur le fond. Et à une jurisprudence ? Fait important, la décision démonte frontalement la rhétorique habituelle des industries fossiles et cimentières, qui prétendent que le changement climatique relèverait uniquement de décisions politiques. En clair, la responsabilité climatique peut entrer au tribunal. 

En route pour 2026

Toutes les victoires ne sont pas franches ou définitives. Prenez la Loi Duplomb, lancée au départ par une citoyenne isolée bientôt suivie par de nombreuses associations. Elle a permis de faire, pour une fois, une place à l’intérêt général sanitaire et environnemental dans les débats publics en 2025. Mais la loi n’a été que partiellement censurée. Prenez encore les actions menées en justice par une association de défense de l’environnement norvégienne. Elles ont échouées, d’abord, mais ont permis de mobiliser la société civile et ont conduit le gouvernement norvégien à reporter au moins pour quatre ans l’exploitation minière des fonds marins, potentielle bombe climatique.

Ces exemples peuvent nous inspirer. Ils prouvent qu’il suffit parfois d’une poignée de personnes très organisées et déterminées pour rouvrir l’horizon. Si le rapport de force est inégal, il est encore possible d’avoir de l’impact face des entreprises pollueuses et à des États défaillants.

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  1. “Prenez la Loi Duplomb, lancée au départ par une citoyenne isolée bientôt suivie par de nombreuses associations. Elle a permis de faire, pour une fois, une place à l’intérêt général sanitaire et environnemental dans les débats publics en 2025.”
    Encore une fois la pétition contre la loi Duplomb est d’une grande hypocrisie, et cette hypocrisie rend cette pétition contre-productive.
    Vouloir interdire une méthode agricole en France tout en vendant en France légalement des produits venant d’autres pays qui utilise cette même méthode agricole, c’est hypocrite, et quand cela dessert les agriculteurs français dont les consommateurs français délaissent les produits pour des produits étrangers qui ne sont pas soumis aux règles auxquelles ils sont soumis, on voit bien que cette hypocrisie est contre-productive.
    Et on est facilement tenté de questionner le sérieux de vos raisonnements quand vous présentez cette pétition comme une victoire.

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  1. “Prenez la Loi Duplomb, lancée au départ par une citoyenne isolée bientôt suivie par de nombreuses associations. Elle a permis de faire, pour une fois, une place à l’intérêt général sanitaire et environnemental dans les débats publics en 2025.”
    Encore une fois la pétition contre la loi Duplomb est d’une grande hypocrisie, et cette hypocrisie rend cette pétition contre-productive.
    Vouloir interdire une méthode agricole en France tout en vendant en France légalement des produits venant d’autres pays qui utilise cette même méthode agricole, c’est hypocrite, et quand cela dessert les agriculteurs français dont les consommateurs français délaissent les produits pour des produits étrangers qui ne sont pas soumis aux règles auxquelles ils sont soumis, on voit bien que cette hypocrisie est contre-productive.
    Et on est facilement tenté de questionner le sérieux de vos raisonnements quand vous présentez cette pétition comme une victoire.

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