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Santé et climat : 7 bonnes raisons de lutter contre le réchauffement climatique

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Pedestrians pass the One World Trade Center, center, amidst a smokey haze from wildfires in Canada, Wednesday, June 7, 2023, in New York. Smoke from Canadian wildfires poured into the U.S. East Coast and Midwest on Wednesday, covering the capitals of both nations in an unhealthy haze, holding up flights at major airports and prompting people to fish out pandemic-era face masks. (AP Photo/Julie Jacobson)
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Cet article sur la santé et le climat est écrit par Kévin Jean, maître de conférences en épidémiologie au Conservatoire national des arts et métiers à Paris. Ses travaux portent entre autres sur les bénéfices pour la santé de l’action climatique.

Le changement climatique a d’ores et déjà des impacts perceptibles sur nos sociétés, nos infrastructures, nos économies, nos modes de vie… mais aussi et surtout : sur nos corps et sur nos esprits. Le dérèglement climatique est ainsi devenu une menace majeure pour la santé physique et mentale, au point que dès 2015, la commission scientifique sur la santé et le changement climatique du journal Lancet, mettait en garde : “Les effets du changement climatique pour une population mondiale de 9 milliards de personnes menacent de renverser un demi-siècle de progrès en termes de développement et de santé publique”.

En effet, les menaces que le changement climatique fait peser, directement ou indirectement, sur la santé des individus et des populations sont très variées, et elles ne feront qu’empirer à mesure que le thermomètre global s’affolera. Pourtant, et malgré ce constat sombre, les enjeux de santé pourraient également constituer un levier très puissant pour favoriser l’action climatique. Car toutes les mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre – ou presque – sont susceptibles de se traduire par des bénéfices de santé à court terme.

Aucune région n’est à l’abri

Commençons par le constat principal : les éléments scientifiques sont sans équivoque, le changement climatique a d’ores et déjà des effets délétères sur la santé. Dans la synthèse de son dernier rapport d’évaluation, le GIEC a regroupé les effets du changement climatique sur la santé en 4 catégories pour lesquelles le groupe d’expert.es considère les éléments scientifiques suffisamment solides pour conclure à un impact néfaste :  i) les maladies infectieuses; ii) la chaleur, la malnutrition et les dommages causés par les feux de forêt ; iii) la santé mentale ; et iv) les déplacements de population. 

Source : GIEC, AR6_SYR Longer Report (p14)

Ce qui ressort de cette synthèse de la littérature par le GIEC, c’est tout d’abord que les effets du dérèglement climatique sur la santé sont systématiquement défavorables, que ce soit à l’échelle locale ou globale, et ce avec un niveau de confiance allant de moyen à très élevé (à quelques exceptions près). Exit l’idée que le changement climatique pourrait aussi avoir des effets sanitaires bénéfiques.

L’autre point saillant de cette synthèse : aucune région du monde n’est à l’abri des effets délétères du changement climatique pour la santé, qui affectent tous les continents.  

Comment le changement climatique affecte notre santé ?

On peut considérer que les effets du climat et de ses dérèglements sur la santé des individus et des populations sont de trois ordres. En effet, les conditions climatiques peuvent avoir :

  • des effets directs sur l’organisme humain : c’est le cas par exemple des effets de la chaleur durant les canicules,
  • des effets sur les écosystèmes, qui vont à leur tour se répercuter sur la santé humaine : c’est le cas par exemple de l’augmentation des feux de forêts, dont les fumées exposent des populations de plus en plus importantes à certains polluants atmosphériques ; c’est également le cas lorsque que les dérèglements climatiques favorisent l’émergence ou la diffusion d’agents biologiques pathogènes (virus, bactérie, protozoaire…),
  • des effets sur les systèmes socio-économiques, qui vont se répercuter sur la santé des populations : on peut notamment penser aux migrations climatiques qui font suite à des pertes et dommages colossaux (les inondations de 2022 au Pakistan par exemple), et dont les conséquences (logements et infrastructures englouties) ne permettent plus aux populations de subsister sur place. Plus proche de nous, la canicule de juillet 2023 s’est traduite par une augmentation de +25% à +30% de l’affluence dans les hôpitaux italiens, présageant ainsi d’un risque d’engorgement du système de soin en cas de vague de chaleur intense et durable, et donc d’une possible incapacité à prendre en charge les urgences autres.

Ces trois types d’effets ne sont pas exclusifs, et s’ils sont parfois plus difficiles à démêler qu’il n’y paraît, ils permettent d’appréhender un peu mieux les répercussions du climat sur la santé. 

Ces différents types d’effets impactent ensuite différentes fonctions ou dimensions de la santé : santé cardio-vasculaire, respiratoire, fonction rénale, santé mentale… De sorte que les effets directs et indirects du climat sur la santé vont être nombreux et variés. Sans viser à l’exhaustivité, nous présentons ici certains des effets qui font l’objet de préoccupations dans la communauté des sciences de la santé.

Raison 1 : effets de la chaleur sur la santé

Est-il nécessaire de le rappeler : la hausse de la température moyenne sur la planète se traduit aussi et surtout par des événements météorologiques extrêmes plus fréquents et plus intenses. C’est le cas notamment des vagues de chaleur, dont les effets se font sentir directement sur nos organismes.

La température interne du corps humain est une constante biologique très bien régulée : différents mécanismes physiologiques permettent de réagir à une baisse de cette température (frissons, contraction vasculaire), et donc à un risque d’hypothermie, ou au contraire à une hausse et à un risque d’hyperthermie (transpiration, dilatation vasculaire). Cependant, en cas d’exposition trop intense et/ou prolongée à des extrêmes de température, ces mécanismes peuvent se trouver dépassés.

C’est ce qui se passe dans le cas de chaleurs intenses, surtout si elles sont accompagnées d’une forte humidité (qui limite l’effet de la transpiration). Les premiers symptômes d’une température interne excessive sont assez bénins : crampes, œdèmes, épuisement… mais peuvent ensuite conduire à la syncope, à l’épuisement, voire même au coup de chaleur et au décès. La température interne du corps humain est un paramètre qui affecte l’ensemble des mécanismes physiologiques. Dès lors, les effets de la chaleur sur le corps sont très larges et nombreux: impacts cardio-vasculaires et respiratoires, rénaux (par exemple les insuffisances rénales chroniques fréquemment observées chez les travailleurs en ambiances chaudes), sur la fonction cognitive, etc. 

En particulier, le lien entre chaleur et santé mentale a été documenté de façon robuste : une méta-analyse a par exemple calculé que pour chaque élévation de la température de 1°C, les troubles mentaux augmentent de près d’1% et la mortalité associée à ces troubles augmente de plus de 2%. Par ailleurs, le lien entre hausse des températures et mortalité par suicide a lui aussi été documenté de façon robuste.

Chaleur et risques de décès

L’étude du lien entre température ambiante et risque de décès révèle d’autres aspects importants lorsque ce lien est observé à l’échelle de différentes populations. Cette relation est typique d’une courbe en U: le risque de décès est élevé aux températures basses, il diminue ensuite progressivement pour atteindre un niveau minimum, généralement autour de 20-25°, puis, passé ce minimum, il augmente très rapidement.

N’en déplaise aux climato-rassuristes, même si un réchauffement climatique pourrait réduire la mortalité liée aux jours froids (et encore, ce point précis reste controversé), cela ne compensera pas, loin s’en faut, les décès en excès attribuables aux jours chauds.

Source : The Lancet

Par ailleurs, la forme générale de la courbe et la température optimale peuvent varier d’un pays à l’autre, ce qui peut s’expliquer par des facteurs physiologiques (l’acclimatation) ou socio-culturels (l’adaptation des sociétés). Mais ce que nous dit plus généralement cette courbe, c’est que ce ne sont pas que les vagues de chaleur qui peuvent tuer : la fréquence accrue de jours chauds mais pas exceptionnellement chauds (les plateaux de chaleurs, en quelque sorte, par opposition aux pics de chaleur) peut s’accompagner d’un sur-risque de décès.

C’est d’ailleurs ce qu’a mis en évidence le récent bilan que Santé Publique France a tiré de l’estimation de la mortalité attribuable à la chaleur lors de l’été 2022 : sur les 7 000 décès en excès qu’on peut attribuer à la chaleur sur la saison, les ⅔ environ sont survenus en dehors des jours d’alerte canicule. 

Chaleur et habitabilité 

Dans une approche plus proche de l’écologie que de l’épidémiologie, une équipe internationale a tout récemment tenté d’évaluer ce que l’augmentation des températures moyennes peut avoir comme implications en termes d’habitabilité de régions entières. Cette équipe a d’abord tenté de reconstituer ce à quoi pouvait ressembler la “niche écologique” de l’espèce humaine en lien avec la température extérieure, en estimant la distribution de la population humaine en lien avec la température annuelle moyenne. L’équipe a ainsi défini une limite supérieure à cette niche : une température moyenne annuelle de 29°C. 

En effet, sur la période de référence 1960-1990, l’équipe a estimé que seuls 0.03% de l’humanité (soit environ 12 millions d’humains) étaient exposés à des conditions météorologiques aussi extrêmes. Or, les niveaux actuels de réchauffement climatiques auraient d’ores et déjà rejeté 600 millions de personnes en dehors de cette niche ; et une trajectoire de réchauffement à +2.7°C pourrait rejeter près d’un tiers de la population mondiale en dehors de cette niche. 

On le voit, ce type d’études se place à un niveau d’observation bien plus macroscopique – et donc moins précis sur son appréhension des mécanismes d’action – que des études physiologiques ou épidémiologiques. Néanmoins, elles ont l’avantage de donner à appréhender l’ampleur de la menace que l’augmentation du thermomètre mondial peut faire peser sur des populations et des régions entières du globe.  

Raison 2 : climat et qualité de l’air

A l’image du lien entre climat et santé au sens large, le lien entre climat et qualité de l’air est lui aussi complexe, à la fois direct et indirect. 

Indirect, car il ne faut pas manquer de le rappeler : la principale cause du réchauffement climatique, la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) contribue largement à la pollution atmosphérique. Que ce soit dans des centrales électriques à charbon ou à gaz, dans des fourneaux industriels, dans les moteurs de voitures thermiques, ou encore dans des chaudières de résidence, la combustion d’énergies fossiles produit des polluants atmosphériques, principalement des particules fines (PM2.5) et du dioxyde d’azote (NO2).

Dès lors, on voit s’esquisser l’un des co-bénéfices pour la santé les plus évidents à l’action climatique : réduire la combustion d’énergies fossiles permet du même coup de réduire l’émission de polluants atmosphériques, et donc de gagner sur deux tableaux (nous y reviendrons dans un prochain volet).

Au-delà de ce lien indirect (deux problèmes, le réchauffement climatique et la pollution atmosphérique, qui trouvent leur source à la même racine), le climat influence aussi directement la chimie de l’atmosphère, et donc la qualité de l’air, selon des processus complexes et dynamiques. En effet, plusieurs paramètres climatiques ont un effet sur la qualité de l’air : la température ambiante, les rayonnements solaires qui vont influencer certaines réactions chimiques, l’ennuagement qui peut lui-même bloquer partiellement ce rayonnement solaire, les sécheresses qui vont favoriser la volatilité des aérosols, et enfin les précipitations qui contribuent au contraire à “nettoyer” l’atmosphère de ses polluants.

Commençons par la pollution à l’ozone : sous l’effet conjoint du rayonnement solaire et de la température, les précurseurs chimiques que forment les oxydes d’azote (NOx) et les composés organiques volatiles (COV) peuvent conduire à la formation d’ozone dans les basses couches atmosphériques : on parle de l’ozone troposphérique, ou du “mauvais ozone”, par opposition à l’ozone stratosphérique, la couche d’ozone, qui nous protège des rayons UV délétères.

Or, à la différence de l’ozone stratosphérique, l’ozone troposphérique est à hauteur de nos poumons : inhalé régulièrement, il est un facteur de risque de maladies respiratoires, cardio-vasculaires, et d’asthme. Pour la seule région Ile-de-France, AirParif estimait que l’ozone était responsable en 2019 de 1 700 décès. La température ambiante étant en cause dans le processus de formation de l’ozone, il est attendu que le réchauffement climatique viendra renforcer le phénomène de pics d’ozone durant les étés. 

La pollution aux particules fines (PM2.5)

La second type de pollution atmosphérique qui peut être liée directement au changement climatique, est la pollution aux particules fines (PM2.5). La hausse des températures globales s’accompagne d’une hausse des températures au sol, qui va favoriser la volatilité des aérosols : les dépôts de particules sur un sol asséché peuvent ainsi être plus aisément remis en suspension, là où un sol humide en retiendra davantage.

Mais la hausse des températures et les sécheresses peuvent aussi jouer sur une autre source d’émissions de particules, qui est devenue de plus en plus flagrante au fil des étés passés : les feux de forêt. Ces feux dégagent de très importantes quantités de particules qui peuvent être la source d’expositions intenses et prolongées de larges populations : on pense bien sûr aux images de la ville de New York sous un ciel aux couleurs apocalyptiques au début de l’été 2023, conséquence des feux de forêt qui ravageaient l’est du Canada.

La contribution de ces feux de forêt au fardeau sanitaire de la pollution atmosphérique est loin d’être anecdotique. Pour l’institut des politiques énergétiques de Chicago, cela a en partie contrebalancé les progrès en termes de qualité de l’air réalisés en Europe et aux Etats-Unis, et pourrait être l’une des causes majeures d’exposition des populations à la pollution atmosphérique à l’avenir.

Raison 3 : maladies infectieuses et climat

C’est généralement l’une des premières menaces qui vient à l’esprit quand on aborde les risques pour la santé liés au changement climatique : avec la hausse des températures, les insectes vecteurs (principalement les moustiques) vont remonter vers nos latitudes et nous exposer à toutes les maladies infectieuses tropicales qu’ils peuvent transmettre. Cette image d’Epinal n’est pas totalement fausse, mais elle doit être modérée. La communauté scientifique est par exemple divisée sur la question de savoir si le paludisme risque ou non de faire sa réapparition en Europe du fait du réchauffement climatique. 

Prenons un autre exemple qui préoccupe les autorités de santé : la propagation en France  du moustique tigre (Aedes albopictus) qui est responsable d’un nombre croissant de transmissions autochtones de Chikungunya et de Dengue en France métropolitaine. Certes, la montée du thermomètre a sans doute facilité la propagation de cette espèce invasive, en prolongeant la période saisonnière de reproduction et de piqûre du moustique.

Elle peut également favoriser le développement des virus en question, dont la reproduction au sein de leur vecteur (des organismes ectothermes, qui ne régulent pas leur température interne) est aussi liée à la température ambiante. Pour autant, cette propagation du moustique tigre semble devoir bien plus à ses “qualités” d’espèce invasive, adaptable à de nombreux milieux, ainsi qu’à d’autres facteurs humaines, notamment le boom du transport et du commerce international des dernières décennies, plutôt qu’au phénomène de réchauffement climatique.

Le Haut Conseil pour le Climat l’avait d’ailleurs évoqué à l’occasion de la crise Covid : si la pandémie de Covid-19 n’est pas directement liée au réchauffement climatique, les deux crises trouvent néanmoins leurs origines aux mêmes sources (mondialisation des échanges, évolution de l’alimentation, pratiques de mobilité et de consommation…).

Si le réchauffement climatique n’est peut-être pas la cause majeure des modifications en cours dans le paysage global des maladies infectieuses, il reste néanmoins qu’il est un facilitateur, bien plus qu’un frein, à la diffusion des maladies. Une étude récente sur le sujet a ainsi passé en revue l’influence des différents risques climatiques (température, précipitations, sécheresses) sur les maladies infectieuses connues, et a montré que près de 60% d’entre elles pourraient voir leur fardeau accentué par le changement climatique, contre seulement 16% dont le fardeau serait atténué.

Source : Over half of known human pathogenic diseases can be aggravated by climate change
Nature Climate Change

Les effets sanitaires de l’effondrement de la biodiversité

Pour la plupart des spécialistes (infectiologues, écologues, épidémiologistes), le moteur des changements dans le paysage des maladies infectieuses est moins à rechercher du côté du changement climatique que de celui d’une autre crise planétaire majeure : l’effondrement de la biodiversité. Dès 2010, une étude avait tenté de revenir sur les causes des émergences de maladies infectieuses documentées depuis les années 1940. Cette revue montrait que près de la moitié de ces phénomènes d’émergence trouvaient leur source dans des perturbations de la biodiversité, en premier lieu desquels le changement d’usage des sols (déforestation, artificialisation…) ou l’intensification de l’agriculture (qui affecte entre autres la diversité génétique des espèces animales comme végétales). 

On le comprend : l’évaluation du risque infectieux qui résulte du changement climatique nécessite de prendre en compte les dimensions parfois complexes liées à la biodiversité. C’est ce qu’a tenté de faire une étude publiée en 2022 dans la revue Nature, dont la conclusion principale était que le réchauffement climatique allait augmenter de façon spectaculaire le partage de virus entre espèces animales, facilitant d’autant le passage de barrière d’espèces, et in fine le risque d’émergence de nouveaux pathogènes dans les populations humaines.

Sur la base de projections de réchauffement climatique et d’usage des sols, l’étude prédisait que de très nombreuses espèces de mammifères verraient leurs aires de distribution se concentrer dans des régions un peu plus élevées (où les températures seraient plus clémentes), permettant ainsi des cohabitations nouvelles entre espèces, et donc de nouveaux échanges de virus. Ces nouveaux “hotspots” de biodiversité et de circulation de virus seraient par ailleurs localisés dans des régions à forte densité de population humaine (Inde, Asie du Sud-Est, région équatoriale de l’Afrique et de l’Amérique), augmentant ainsi le risque de passage de nouveaux virus vers l’humain. 

Enfin, signalons que des travaux ont également fait le lien entre des aléas climatiques (notamment les sécheresses) et des pathologies qui ont a priori peu à voir avec le climat, en particulier le VIH. Cela vient illustrer une nouvelle fois les nombreux effets indirects que le changement climatique peut avoir sur la santé. Ici, le mécanisme invoqué est le suivant : les sécheresses font baisser la productivité agricole et exposent les populations à l’insécurité alimentaire. De ce fait, certains ménages vont chercher à retirer plus tôt leurs filles de l’école, à les marier pour toucher leur dot, et ainsi à les exposer plus tôt au risque d’infection par le VIH.

Raison 4 : eco-anxiété: un trouble dont on commence à prendre la mesure

L’éco-anxiété peut être définie comme un spectre de sentiments négatifs (peur, angoisse, colère) ressentis face aux désastres environnementaux en cours ou futurs et qui peuvent entraîner des symptômes divers. Elle est généralement perçue comme un problème de privilégiés, un état d’âme réservé aux enfants des beaux quartiers. Mais cette vision a été battue en brèche par une étude internationale d’une envergure sans précédent, publiée dans la revue Lancet Planetary Health en 2021, révélant l’éco-anxiété comme un sujet de santé publique et de santé mentale d’envergure mondiale. 

L’étude en question a été conduite auprès de plus de 10 000 jeunes (de 16 à 25 ans) dans 10 pays, dont des pays du Sud (Brésil, Inde, Nigeria et Philippines). Parmi ces jeunes, près de 60% se disaient préoccupé.es par le changement climatique, et plus de la moitié rapportaient des sentiments négatifs associés, comme la tristesse, l’angoisse, la colère ou encore l’impuissance.

Près de 45% estimaient que ces sentiments affectaient de façon négative leur vie de tous les jours. De manière encore plus marquante, les jeunes enquêtés étaient plus nombreux à ressentir de la colère ou de la trahison (près de 60%), plutôt que de la confiance (autour de 30%), envers leurs gouvernements. 

Le concept d’éco-anxiété prend sa racine dans celui de solastalgie, qui a été proposé dès 2003 par le philosophe australien Glenn Albrecht. Depuis, il a été largement repris, et critiqué pour l’utilisation qui en est parfois faite en individualisant un problème collectif ou en pathologisant une réaction justifiée. Ce concept a dans un premier temps été manié par des psychiatres dans le seul but de nommer un état de fait: un nombre croissant de personnes, notamment des jeunes, ressentent des sentiments négatifs forts, face aux désastres environnementaux. Pour autant, les premiers à avoir manié ce concept se sont bien gardés d’en faire une pathologie.

D’une part, parce qu’il s’agit d’une réaction normale et justifiée : il est tout à fait normal de se sentir angoissé.e, désespéré.e, furieux.se face aux menaces existentielles que représentent les crises environnementales, et c’est plutôt la réaction inverse (le déni ou le cynisme) qui tiendrait du pathologique.

D’autre part, parce qu’il ne s’agit pas ici de prendre en charge médicalement un trouble (au risque de mettre toute une génération sous anti-dépresseurs), mais plutôt d’apprendre à vivre avec, voir même à s’en appuyer pour aller vers l’engagement et l’action collective. L’étude internationale mentionnée plus haut montrait d’ailleurs que ce sentiment d’éco-anxiété était très corrélé à la perception d’un manque d’action des gouvernements face au changement climatique. 

Et c’est d’ailleurs sur le lien entre éco-anxiété et action climatique que des travaux stimulants commencent à être menés. Ainsi, en 2022 une étude conduite auprès de près de 300 jeunes adultes américains confirmait ce que bien des militants pour le climat ont déjà rapporté : l’engagement au sein d’actions collectives permet de jouer le rôle de tampon face au risque que l’éco-anxiété peut représenter pour la santé mentale (au contraire de l’action individuelle qui ne jouait pas ce rôle de tampon).

Autrement dit, en termes épidémiologiques : l’étude confirmait bien le lien entre sentiment d’éco-anxiété (mesuré par une échelle psychométrique validée) et risque de trouble anxieux généralisé, mais ce lien est significativement réduit chez les personnes rapportant un engagement collectif pour le climat.

Raison 5 : climat et santé nutritionnelle

Au classement des risques les plus préoccupants pour la sécurité alimentaire, et donc pour la santé nutritionnelle à l’échelle globale, l’effet du réchauffement climatique sur la production agricole se classe sans doute parmi les premiers. On peut citer au moins trois phénomènes à l’œuvre, qui relient le changement climatique à la sécurité alimentaire et la santé nutritionnelle. 

Premièrement, l’effet direct de l’augmentation des températures sur les rendements agricoles. Les résultats de nombreuses études aux méthodologies très variées (en ayant en tête que la triangulation de méthode parvenant au même résultat est un élément très probant dans la démonstration scientifique) convergent pour considérer que l’augmentation des températures s’accompagne d’une perte de rendement agricole.

Deuxièmement, l’augmentation des températures risque de favoriser la prolifération des espèces ravageurs de cultures, et donc d’augmenter les pertes de récoltes : les pertes liées au ravageurs pourraient ainsi augmenter globalement de 10 à 25% pour chaque degré de réchauffement. Troisièmement, la hausse de la concentration atmosphérique en CO2 (le coupable principal du réchauffement climatique) réduit la qualité nutritionnelle des plantes cultivées, particulièrement leur concentration en fer et en zinc. Or, chez l’humain, un déficit en fer ou en zinc favorise les anémies, les diarrhées et les maladies infectieuses.

Les projections disponibles suggèrent que cette hausse des pathologies liées aux carences alimentaires toucherait en premier lieu l’Asie du Sud-Est et l’Afrique subsaharienne, illustrant encore une fois la notion d’injustice climatique. 

Raison 6 : climat et santé au travail

Les éléments présentés jusqu’ici illustrent bien la diversité des effets que l’emballement climatique peut causer sur la santé. A cela, il faut ajouter encore un niveau d’analyse : les effets sanitaires du changement climatique peuvent également s’exercer dans des contextes particuliers d’exposition, c’est le cas tout particulièrement en ce qui concerne ces effets en milieux de travail.

Dans une évaluation de 2018, l’Anses estimait que parmi les 17 types de risques professionnels classiquement pris en considération (risque de chute, risque incendie, risques psychosociaux, etc.), 15 seraient amplifiés par le réchauffement climatique (les seuls risques non affectés seraient les risques liés au bruit et au rayonnements). 

Plusieurs mécanismes sont invoqués pour expliquer une si large augmentation des risques professionnels, mais le mécanisme principalement mis en cause est celui de l’effet de la chaleur, déjà décrit plus haut. Il affecte tout particulièrement certaines populations professionnelles qui présentent, et parfois combinent, deux caractéristiques : celle de ne pas pouvoir se protéger de la chaleur et/ou celle de pratiquer une activité impliquant un effort physique, qui va contribuer à augmenter la température corporelle.

On pense ici aux travailleur.euses en extérieur, notamment dans le secteur du bâtiment, mais cela concerne également d’autres professions : travailleur.eurs agricoles, livreur.euses à vélo…

Mais les effets de la chaleur en contexte professionnels ne se réduisent pas à ces risques d’hyperthermie ou de coup de chaleur, certains de ces effets sont moins perceptibles. Un exemple: les vagues de chaleur sont caractérisées par des journées, mais aussi des nuits chaudes : les organismes sont donc plus éprouvés et le repos est de moindre qualité. Cela peut potentiellement se traduire par une baisse de vigilance, et engendrer un risque accru d’accident de travail.

La fatigue engendrée peut aussi se traduire par une certaine irritabilité, qui s’ajoute aux effets psychiatriques et cognitifs mentionnés plus haut pour se traduire par une potentielle hausse des risques psychosociaux au travail, en particulier chez les professionnel.les exposés au public. On le voit, bien que certaines professions soient tout particulièrement exposées aux effets délétères du climat sur la santé, ces risques peuvent potentiellement affecter toutes les professions. 

Si les travailleurs sont affectés par ces effets du climat, il en découle aisément que la productivité globale va elle aussi être affectée. Or, une étude récente a suggéré que les pertes de productivité attribuables à la chaleur avaient jusque-là été largement sous-estimées : les vagues de chaleurs seraient responsables d’environ 650 milliards d’heures non travaillées chaque année (l’équivalent de 150 millions d’équivalent temps plein), soit l’équivalent des pertes liées à la crise Covid-19. 

Raison 7 : effets du climat sur les systèmes de santé

Au-delà de nos corps, nos infrastructures de santé sont elles aussi vulnérables aux conséquences du changement climatique. Tout comme cela a été évoqué pour les vagues de chaleur, le changement climatique engendre des précipitations extrêmes plus fréquentes et plus sévères, qui peuvent elles-mêmes être responsables d’inondations.

Une récente évaluation de ce risque au Royaume-Uni a ainsi révélé que 10% des sites hospitaliers publics du pays étaient vulnérables à ce type de risque : entre avril 2021 et mai 2022, ce ne sont pas moins de 176 inondations qui ont été recensées dans des structures de santé publique (principalement des hôpitaux). A notre connaissance, il n’existe pas une telle analyse de risque à l’échelle nationale pour la France, mais une étude réalisée pour le compte de la Mairie de Paris a révélé que dans le scénario d’une crue de la Seine égalant celle de 1910, les hôpitaux parisiens verraient leur capacité d’accueil réduite de 40%, au moment même où ceux-ci seraient justement très largement sollicités. 

Comme dans beaucoup d’autres secteurs, ce sont les politiques d’adaptation qui permettront de faire face aux risques inévitables des dérèglements climatiques déjà en cours. L’Organisation Mondiale de la Santé commence ainsi à édicter des recommandations afin de renforcer la résilience des établissements de santé, mais aussi leur soutenabilité écologique.

Conclusion

Le changement climatique affecte des dimensions multiples de la santé (maladies chroniques, santé nutritionnelle, maladies infectieuses, santé mentale). Les conséquences du changement climatique pour la santé des populations sont déjà majeures (mortalité attribuable aux vagues de chaleur, effets sur la santé mentale…), mais elles pourraient bien devenir catastrophiques. 

Hiérarchiser ces risques sanitaires reste difficile : cela tient à la fois à la complexité et la multifactorialité de ces effets, que les outils actuels ont parfois du mal à prendre en compte (un exemple: la modélisation des rendements agricoles sous différents scénarios de réchauffement ne prend encore que rarement en compte l’effet conjoint de l’augmentation de la chaleur et du risque de sécheresse) et aux hypothèses de mise en place, ou non, de mesures d’adaptation dans le futur. 

L’emballement du thermomètre mondial peut de plus générer des risques en cascade : ses effets sur la santé nutritionnelle pourraient se traduire par une plus grande vulnérabilité aux maladies infectieuses, qui seraient difficilement prises en charge par un système de santé (littéralement) sous l’eau… Les mesures d’adaptation ne pourront nous protéger que jusqu’à un certain point, et que de certains risques : la climatisation aura peu d’effet sur les pertes de rendement agricoles par exemple. Dès lors, les efforts de réduction des émissions deviennent primordiales : si chaque vie compte, alors chaque demi-degré compte, chaque tonne de CO2 compte, chaque année compte. 

Si ce constat n’a rien d’optimiste, nous verrons toutefois dans un prochain volet tout l’intérêt qu’il peut y avoir à prendre cette question par l’autre bout : au-delà des effets du réchauffement climatique sur la santé, mettre en avant les bénéfices pour la santé des politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre. 


Lien vers le 2ème article : Tout ce qui est bon (ou presque) pour le climat est bon pour la santé

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9 Responses

  1. un détail dans l’article : le fer : la majorité des occidentaux n’a pas de déficit en fer, il y a même des soupons que l’apport en fer des viandes rouges serrait en partie responsable de la moindre espérance de vie des hommes (qui sont en moyenne + grand consommateur de viande rouge que les femmes).Donc si quelque chose diminue l’apport en fer, à court terme (et peut-être même à moyen terme), ce n’est pas une évidence négative. c’est bien évidement un problème pour d’autre région du monde, mais je doute de la capacité à court terme que la majorité des occidentaux puissent se dire que c’est un problème global alors que c’est positif à court terme pour eux, donc perso, je trouve préférable de faire l’impasse sur ce point, il y a tant d’autres points plus “consensuel” qui ont déjà bien du mal à faire passer à l’action

  2. Article effectivement très pertinent mais qui continue à s’inscrire dans la même ligne directricMais e que toute la prose éditée sur ce thème depuis 50 ans : dénoncer les effets destructeurs du monde moderne, basé sur la technlogie et l’hyperconsommation. Certes : personnellement, j’approuve à 100 %.
    Le hic, c’est qu’on peut encore écrire pendant cent ans de telles choses, dépenser énormément d’argent dans des études scientifiques, sociologiques et autres, sans en ressentir le moindre effet, si ce n’est une éphémère prise de conscience des gens, avec pour seul changement concret un accroissement notable de l’éco-anxiété. Pourquoi ? Parce que l’individu lambda vivant dans le monde occidental,parfaitement conditionné par les médias, est incapable d’en déuire des changements personnels à mettre en oeuvre dans sa popre vie. Dans sa tête, le raisonnement est simple (je n’invente rien, mes trois enfants de 30, 34 et 38 ans, tous fortement diplomés en sont l’exemple type) : les industriels sont responsables, l’Etat est responsable. Tout ça est certes très angoissant mais bon : nous pouvons compter sur la science et la technologie. Etant nés dans la stabilité politique, économique et financière, ils ne peuvent imaginer le chaos : ça n’existe qu’à la télé, dans des pays qui n’ont pas de chance….
    De toutes façons, que font les gens très lucides sur la gravité du problème, lorsqu’ils ont fini leurs études ou la rédaction de leur articles : ils prennent leur auto, partent au ski ou aux antilles, font des milliers de cadeaux pour noel, possèdent 40 paires de chaussures, un bel iphone et une auto à 40K€…
    Cessez d’acheter et les industriels s’adapteront ! continuez à acheter et ils continueront leurs stratégies, leurs marketing et leur green washing. Ils auraient tort de se géner dans un monde tant hypocrite !!
    Et puis n’oublions pas que hélas, l’environnement n’est qu’un des sept chaos (au moins, j’en oublie surement) qui nous menacent : chaos géopolitique (là aussi sortons de notre naiveté, sachons voir ce qui se passe entre les blocs de l’est et de l’ouest !) chaos institutionnel (voyez le niveau de plus en plus lamentable des poltiques, élus ou prétendants, voyez la misère du secteur public) chaos économique (entreprises de moins en moins performantes, industries possédées par des fonds étrangers, salariés en plein désengagement), chaos financier (dette insondable) chaos social (et encore, tant que les gilets jaunes s’en prennent à l’état, ce n’est pas trop grave : tôt ou tard ils réaliseront que l’ennemi est celui qui possède encore, le petit épargnant et propriétaire français = guerre civile), chaos sanitaire (cf article ci-dessus), chaos environnemental…
    Et pendant ce temps, moi qui habite les Alpes et en sors le moins possibles, je vois défiler à chaque vacances (cinq fois par an) des millions de belges, de hollandais, d’allemands, d’anglais de français…Je me dis toujours : un sur trois est persuadé d’être un bon écolo)
    N’oublions pas que l’écologie – ce mot a été détourné, ils désignait jadis l’étude du vivant) n’est pas et ne sera jamais politique : elle est individuelle. Apprenez à chaque individu à changer son comportement et vous résoudrez bien des problèmes. Et tant qu’à faire, retrouvez la foi en Dieu : elle seule vous permettra en même temps d’être plus humble, plus frugal, et plus confiant dans la vie : vous guérirez votre éco-anxiété et serez plus ouverts à vos prochains.

    1. J’étais d’accord avec pas mal de point jusqu’à lire le dernier paragraphe: “l’écologie n’est pas et ne sera jamais politique”. Je dirais plutôt que c’est éminemment le contraire, l’écologie c’est hyper politique.
      – c’est politique de financer des autoroutes inutiles au lieu d’améliorer l’existant et financer des reports sur le train.
      – c’est politique de financer les méga-bassines plutôt que de mettre en place des mesures d’économie et de partage de l’eau.
      – c’est politique de favoriser massivement l’agriculture intensive et son fameux glyphosate plutôt que d’encourager et développer l’agriculture biologique.
      – c’est politique de donner autant de voix aux lobbies de la viande alors qu’on sait scientifiquement qu’il faut réduire la consommation (cf bashing de S. Rousseau).
      – c’est politique de financer l’industrie de la pêche intensive qui défonce les océans et la biodiversité marine plutôt que la pêche artisanale et la vraie protection des fonds marins.
      – c’est politique de financer des projets de centrales nucléaires (qui porteront leur fruits dans 15 ans au mieux) plutôt que de financer massivement l’isolation des bâtiments (qui portera ses fruits dès la 1ere rénovation) pour réduire la consommation d’énergie tout de suite.
      – c’est politique de dénigrer et criminaliser les militants écologiques plutôt que de mettre en place des politiques écologiques publiques efficaces.
      – c’est politique de ne pas vouloir taxer les super-profits et de ne pas vouloir taxer les ultra riches alors que ça permettrait de dégager des fonds importants pour mieux financer la transition écologique/l’hôpital/l’éducation…
      Etc.
      Alors oui, le citoyen peut et doit faire des efforts. Mais si le politicien et la politique ne freinaient pas autant (voire ne pédalaient pas en sens contraire…) on irait pas mal plus vite et plus efficacement.

    2. je suis triste pour vous. triste de lire que vous avez toutes les réponses mais que vos enfants ont le problème dont vous avez la solution
      triste aussi de lire que “que font les gens très lucides sur la gravité du problème ? que des gestes incohérents”
      et particulièrement sur ce dernier point, pour moi il n’y a pas beaucoup de gens très lucides et oui on a presque tous des incohérentes, mais pointer ce problème ainsi revient en quelque sorte à dire que personne ne fait rien de cohérent donc on a rien à se reprocher à l’être aussi,facteur de l’inaction.
      le dernier point aussi (que je résume par “prie dieu et l’éco-anxité disparaît donc dieux va nous sauver” résonne aussi pour moi comme un discoure de l’inaction : il n’y a rien besoin de faire, c’est la technologie divine qui va nous sauver.
      Je remplacerais tout cela par : faire sa part et militer pour que le système fasse la sienne (en mode ET et non pas en mode “OU”, ironiquement cela rrejoint un peu votre phrase “Apprenez à chaque individu à changer son comportement”

  3. Entendu de la part d’un membre de ma famille (ne niant pas la responsabilité humaine, mais n’assumant pas que l’espèce humaine “culpabilise”: attention, ça dépote;
    -“les rhinocéros aussi, il y a des millénaires, ils ont écrasé des forêts”
    -“les écolos et LFI, ils hurlent trop, ils me donnent envie de faire pile le contraire”
    -“en disant que l’humanité est responsable, que les énergies fossiles sont responsables, tu nies donc l’histoire de l’humanité [son père etait concessionnaire Renault et s’est fait tout seul de pompiste à richissime]
    -“ne pas manger de la viande, soit, mais de toute façon manger c’est forcément tuer un etre vivant”
    -“on a toujours mangé de la viande”

    >> ce que j’entends dans tout ça (et ça n’est qu’un extrait d’une litanie insupportable); c’est: REFUS de descendre l’espèce humaine de son piédestal de supériorité. Tant qu’on ne fait pas cette démarche (certes difficile car ça remet en cause le “génie” humain absolu), tout le reste va avec: on justifie tout au nom de l’ “espèce supérieure”: autoroutes, exploitation de l’animal, technologies “géniales” etc etc…

  4. J’ai apprécié en particulier la partie sur l’éco-anxiété, ce qui est pathologique n’est pas de s’inquiéter pour le climat mais bien le contraire sous forme de déni! Cette partie du rapport insiste sur la solution qu’apporte l’engagement dans des actions COLLECTIVES pour le climat. A mon avis tout est là, comment se mettre d’accord (collectivement) sur quelques actions qui feront la différence? Nous avec l’association taca.asso.fr pensons que le 110 sur autoroute, proposée en 2020 par la Convention Citoyenne pour le Climat, peut être cette action COLLECTIVE pour faire la différence et montrer qu’ensemble on peut transformer notre juste anxiété en action COLLECTIVE et changer le cours des évènements.

  5. Bonjour et merci pour cet article synthèse de la situation. J’aurais pour ma part eu la main un peu + lourde sur le lien entre CC et maladies infectieuses. Cette section de votre article est peut être trop européo-centrée et c’est peut-être une partie de l’explication. Les simulations de l’impact du CC sur le paludisme en Afrique (où à ce jour on compte 95% des cas de palu qui s’élevent à 247Millions/an dont 619 000 décès) sont assez fiables et vont exposer à l’avenir des zones entières du continent à du palu saisonnier ou perenne, dans des zones qui ne sont pas préparées à voir arriver cette maladie (Sadie J. Ryan et al 2020).
    Mais cela n’enlève rien à la qualité de votre papier, qui a le mérite d’essayer de reprendre des données complexes, pronfodément intriquées, tout comme le sera la solution. Merci, jane.

  6. Très bon article ! Pour la partie sur 5. Climat et santé nutritionnelles, il y a 3 raisons évoquées (hausse de température, ravageur, hausse CO2), mais il me semble que la modification des précipitations (sécheresses plus longues et intenses, pluies moins fréquentes et diluviennes) influence énormément les récoltes, peut-être plus que les 3 raisons mentionnées ci-dessus

    1. Bien dit, et j’allais ajouter, avant même de lire ton commentaire, que le CC augmente également l’occurance d’anomalies météorologiques. Un bon exemplej, ce sont les gels tardifs qui peuvent ruiner des récoltes entières (certains types de récolte) en une nuit.

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Auteur
Kévin Jean
Kévin Jean est maître de conférences en épidémiologie au Conservatoire national des arts et métiers. Ses travaux portent entre autres sur les bénéfices pour la santé de l’action climatique.

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9 Responses

  1. un détail dans l’article : le fer : la majorité des occidentaux n’a pas de déficit en fer, il y a même des soupons que l’apport en fer des viandes rouges serrait en partie responsable de la moindre espérance de vie des hommes (qui sont en moyenne + grand consommateur de viande rouge que les femmes).Donc si quelque chose diminue l’apport en fer, à court terme (et peut-être même à moyen terme), ce n’est pas une évidence négative. c’est bien évidement un problème pour d’autre région du monde, mais je doute de la capacité à court terme que la majorité des occidentaux puissent se dire que c’est un problème global alors que c’est positif à court terme pour eux, donc perso, je trouve préférable de faire l’impasse sur ce point, il y a tant d’autres points plus “consensuel” qui ont déjà bien du mal à faire passer à l’action

  2. Article effectivement très pertinent mais qui continue à s’inscrire dans la même ligne directricMais e que toute la prose éditée sur ce thème depuis 50 ans : dénoncer les effets destructeurs du monde moderne, basé sur la technlogie et l’hyperconsommation. Certes : personnellement, j’approuve à 100 %.
    Le hic, c’est qu’on peut encore écrire pendant cent ans de telles choses, dépenser énormément d’argent dans des études scientifiques, sociologiques et autres, sans en ressentir le moindre effet, si ce n’est une éphémère prise de conscience des gens, avec pour seul changement concret un accroissement notable de l’éco-anxiété. Pourquoi ? Parce que l’individu lambda vivant dans le monde occidental,parfaitement conditionné par les médias, est incapable d’en déuire des changements personnels à mettre en oeuvre dans sa popre vie. Dans sa tête, le raisonnement est simple (je n’invente rien, mes trois enfants de 30, 34 et 38 ans, tous fortement diplomés en sont l’exemple type) : les industriels sont responsables, l’Etat est responsable. Tout ça est certes très angoissant mais bon : nous pouvons compter sur la science et la technologie. Etant nés dans la stabilité politique, économique et financière, ils ne peuvent imaginer le chaos : ça n’existe qu’à la télé, dans des pays qui n’ont pas de chance….
    De toutes façons, que font les gens très lucides sur la gravité du problème, lorsqu’ils ont fini leurs études ou la rédaction de leur articles : ils prennent leur auto, partent au ski ou aux antilles, font des milliers de cadeaux pour noel, possèdent 40 paires de chaussures, un bel iphone et une auto à 40K€…
    Cessez d’acheter et les industriels s’adapteront ! continuez à acheter et ils continueront leurs stratégies, leurs marketing et leur green washing. Ils auraient tort de se géner dans un monde tant hypocrite !!
    Et puis n’oublions pas que hélas, l’environnement n’est qu’un des sept chaos (au moins, j’en oublie surement) qui nous menacent : chaos géopolitique (là aussi sortons de notre naiveté, sachons voir ce qui se passe entre les blocs de l’est et de l’ouest !) chaos institutionnel (voyez le niveau de plus en plus lamentable des poltiques, élus ou prétendants, voyez la misère du secteur public) chaos économique (entreprises de moins en moins performantes, industries possédées par des fonds étrangers, salariés en plein désengagement), chaos financier (dette insondable) chaos social (et encore, tant que les gilets jaunes s’en prennent à l’état, ce n’est pas trop grave : tôt ou tard ils réaliseront que l’ennemi est celui qui possède encore, le petit épargnant et propriétaire français = guerre civile), chaos sanitaire (cf article ci-dessus), chaos environnemental…
    Et pendant ce temps, moi qui habite les Alpes et en sors le moins possibles, je vois défiler à chaque vacances (cinq fois par an) des millions de belges, de hollandais, d’allemands, d’anglais de français…Je me dis toujours : un sur trois est persuadé d’être un bon écolo)
    N’oublions pas que l’écologie – ce mot a été détourné, ils désignait jadis l’étude du vivant) n’est pas et ne sera jamais politique : elle est individuelle. Apprenez à chaque individu à changer son comportement et vous résoudrez bien des problèmes. Et tant qu’à faire, retrouvez la foi en Dieu : elle seule vous permettra en même temps d’être plus humble, plus frugal, et plus confiant dans la vie : vous guérirez votre éco-anxiété et serez plus ouverts à vos prochains.

    1. J’étais d’accord avec pas mal de point jusqu’à lire le dernier paragraphe: “l’écologie n’est pas et ne sera jamais politique”. Je dirais plutôt que c’est éminemment le contraire, l’écologie c’est hyper politique.
      – c’est politique de financer des autoroutes inutiles au lieu d’améliorer l’existant et financer des reports sur le train.
      – c’est politique de financer les méga-bassines plutôt que de mettre en place des mesures d’économie et de partage de l’eau.
      – c’est politique de favoriser massivement l’agriculture intensive et son fameux glyphosate plutôt que d’encourager et développer l’agriculture biologique.
      – c’est politique de donner autant de voix aux lobbies de la viande alors qu’on sait scientifiquement qu’il faut réduire la consommation (cf bashing de S. Rousseau).
      – c’est politique de financer l’industrie de la pêche intensive qui défonce les océans et la biodiversité marine plutôt que la pêche artisanale et la vraie protection des fonds marins.
      – c’est politique de financer des projets de centrales nucléaires (qui porteront leur fruits dans 15 ans au mieux) plutôt que de financer massivement l’isolation des bâtiments (qui portera ses fruits dès la 1ere rénovation) pour réduire la consommation d’énergie tout de suite.
      – c’est politique de dénigrer et criminaliser les militants écologiques plutôt que de mettre en place des politiques écologiques publiques efficaces.
      – c’est politique de ne pas vouloir taxer les super-profits et de ne pas vouloir taxer les ultra riches alors que ça permettrait de dégager des fonds importants pour mieux financer la transition écologique/l’hôpital/l’éducation…
      Etc.
      Alors oui, le citoyen peut et doit faire des efforts. Mais si le politicien et la politique ne freinaient pas autant (voire ne pédalaient pas en sens contraire…) on irait pas mal plus vite et plus efficacement.

    2. je suis triste pour vous. triste de lire que vous avez toutes les réponses mais que vos enfants ont le problème dont vous avez la solution
      triste aussi de lire que “que font les gens très lucides sur la gravité du problème ? que des gestes incohérents”
      et particulièrement sur ce dernier point, pour moi il n’y a pas beaucoup de gens très lucides et oui on a presque tous des incohérentes, mais pointer ce problème ainsi revient en quelque sorte à dire que personne ne fait rien de cohérent donc on a rien à se reprocher à l’être aussi,facteur de l’inaction.
      le dernier point aussi (que je résume par “prie dieu et l’éco-anxité disparaît donc dieux va nous sauver” résonne aussi pour moi comme un discoure de l’inaction : il n’y a rien besoin de faire, c’est la technologie divine qui va nous sauver.
      Je remplacerais tout cela par : faire sa part et militer pour que le système fasse la sienne (en mode ET et non pas en mode “OU”, ironiquement cela rrejoint un peu votre phrase “Apprenez à chaque individu à changer son comportement”

  3. Entendu de la part d’un membre de ma famille (ne niant pas la responsabilité humaine, mais n’assumant pas que l’espèce humaine “culpabilise”: attention, ça dépote;
    -“les rhinocéros aussi, il y a des millénaires, ils ont écrasé des forêts”
    -“les écolos et LFI, ils hurlent trop, ils me donnent envie de faire pile le contraire”
    -“en disant que l’humanité est responsable, que les énergies fossiles sont responsables, tu nies donc l’histoire de l’humanité [son père etait concessionnaire Renault et s’est fait tout seul de pompiste à richissime]
    -“ne pas manger de la viande, soit, mais de toute façon manger c’est forcément tuer un etre vivant”
    -“on a toujours mangé de la viande”

    >> ce que j’entends dans tout ça (et ça n’est qu’un extrait d’une litanie insupportable); c’est: REFUS de descendre l’espèce humaine de son piédestal de supériorité. Tant qu’on ne fait pas cette démarche (certes difficile car ça remet en cause le “génie” humain absolu), tout le reste va avec: on justifie tout au nom de l’ “espèce supérieure”: autoroutes, exploitation de l’animal, technologies “géniales” etc etc…

  4. J’ai apprécié en particulier la partie sur l’éco-anxiété, ce qui est pathologique n’est pas de s’inquiéter pour le climat mais bien le contraire sous forme de déni! Cette partie du rapport insiste sur la solution qu’apporte l’engagement dans des actions COLLECTIVES pour le climat. A mon avis tout est là, comment se mettre d’accord (collectivement) sur quelques actions qui feront la différence? Nous avec l’association taca.asso.fr pensons que le 110 sur autoroute, proposée en 2020 par la Convention Citoyenne pour le Climat, peut être cette action COLLECTIVE pour faire la différence et montrer qu’ensemble on peut transformer notre juste anxiété en action COLLECTIVE et changer le cours des évènements.

  5. Bonjour et merci pour cet article synthèse de la situation. J’aurais pour ma part eu la main un peu + lourde sur le lien entre CC et maladies infectieuses. Cette section de votre article est peut être trop européo-centrée et c’est peut-être une partie de l’explication. Les simulations de l’impact du CC sur le paludisme en Afrique (où à ce jour on compte 95% des cas de palu qui s’élevent à 247Millions/an dont 619 000 décès) sont assez fiables et vont exposer à l’avenir des zones entières du continent à du palu saisonnier ou perenne, dans des zones qui ne sont pas préparées à voir arriver cette maladie (Sadie J. Ryan et al 2020).
    Mais cela n’enlève rien à la qualité de votre papier, qui a le mérite d’essayer de reprendre des données complexes, pronfodément intriquées, tout comme le sera la solution. Merci, jane.

  6. Très bon article ! Pour la partie sur 5. Climat et santé nutritionnelles, il y a 3 raisons évoquées (hausse de température, ravageur, hausse CO2), mais il me semble que la modification des précipitations (sécheresses plus longues et intenses, pluies moins fréquentes et diluviennes) influence énormément les récoltes, peut-être plus que les 3 raisons mentionnées ci-dessus

    1. Bien dit, et j’allais ajouter, avant même de lire ton commentaire, que le CC augmente également l’occurance d’anomalies météorologiques. Un bon exemplej, ce sont les gels tardifs qui peuvent ruiner des récoltes entières (certains types de récolte) en une nuit.

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