|
Getting your Trinity Audio player ready...
|
Avec Hugo Clément sur la scène de Valeurs actuelles (avril 2023). Avec Jean-Marc Jancovici dans le cadre des élections européennes (avril 2024). Au World Impact Summit (février 2026) et avec les membres du think tank Les Shifters dans le cadre des municipales (février 2026, également).
L’extrême droite multiplie ces dernières années les débats avec des personnalités et groupes écologistes.
Les écologistes qui s’y prêtent y voient un impératif démocratique : il serait logique de parler « avec tout le monde », de façon apartisane. Ce serait aussi une façon (à condition d’avoir confiance dans son talent oratoire) de pouvoir montrer l’ineptie des propositions d’extrême droite sur l’écologie. Enfin, ne pas discuter avec l’extrême droite alimenterait sa posture de « victimes du système » ou de la « pensée unique », ce qui renforcerait sa base électorale.
Face à eux, bon nombre d’observateurs estiment que ces débats banalisent l’extrême droite et normalisent ses idées et projets intolérables dans une démocratie (le racisme est un délit, pas une opinion, on ne le rappellera jamais assez). C’est toujours grave, ça l’est encore plus alors que nos démocraties sont très affaiblies, notamment la démocratie française. Débattre avec l’extrême droite peut enfin sembler de toute façon contre-productif tant l’anti-écologisme est une composante essentielle de toutes les extrêmes droites. Ou, pour paraphraser le journaliste Stéphane Foucart, tant dans notre époque : « tout semble en place pour une réinvention du vieux fascisme européen autour de la question environnementale. »
Le sujet est brûlant. Nous avons tenté de mobiliser un maximum de ressources et de spécialistes des sciences sociales, historiques et politiques pour répondre à cette question : faut-il débattre (d’écologie) avec l’extrême droite.
Définir l’extrême droite : de qui parle-t-on ?
Précisons d’abord le cadre de notre article.
Dans notre article, « débattre avec l’extrême droite » désignera le fait d’argumenter en public avec des personnalités, des responsables politiques ou des leaders d’opinions d’extrême droite. Parler en privé avec votre voisin ou votre cousin assumant des idées d’extrême droite n’a pas du tout les mêmes implications, ce sera un autre sujet. Et, bien sûr, chaque contexte particulier a un impact sur notre sujet : un débat mené lors d’un événement conçu par un journal condamné pour injure raciste – comme c’était le cas pour Hugo Clément chez Valeurs actuelles – n’a pas le même impact qu’un simple échange sur un plateau TV. Les débats menés en 2002 alors que l’extrême droite était une force politique a priori minoritaire n’ont pas la même incidence que ceux réalisés en 2026 alors que c’est le premier groupe à l’Assemblée nationale.
Pourquoi le Rassemblement National est bien d’extrême droite
Deuxième précision. L’étiquette d’extrême droite est très souvent questionnée et même contestée par les personnalités politiques ainsi désignées. En France, ni Marine Le Pen (RN), ni Sarah Knafo (Reconquête) ni Jordan Bardella (RN) ne s’y reconnaissent, arguant qu’ils respectent le jeu démocratique.
Sauf que des travaux universitaires (Cas Mudde, Elisabeth Carter) s’accordent pour classer à l’extrême droite non seulement les mouvements politiques ouvertement favorables à une prise du pouvoir violente et hors des urnes, mais aussi des partis qui certes se présentent aux élections mais nient certaines valeurs incontournables de la démocratie.
Le Rassemblement national veut appliquer la préférence ou priorité nationale à propos de certains droits humains et sociaux fondamentaux. Ces mesures impliquent que tous les hommes et les femmes ne naissent pas égaux et égales en droit, à tel point qu’elles sont considérées par des experts et expertes du sujet comme contraires à la Constitution. Anti-démocratique, bien sûr. Le RN rejette voire menace par ailleurs de façon systématique les contre-pouvoirs que sont la presse et la justice. Or le principe de séparation des pouvoirs est à la base du contrat démocratique.
Enfin, les dirigeants politiques du RN présentent leur société française fantasmée comme homogène au niveau culturel et/ou ethnique, alors que le respect du pluralisme des valeurs, des opinions et des intérêts est encore un principe démocratique. On notera d’ailleurs la rhétorique particulièrement manipulatoire du RN sur ces sujets, puisque c’est au nom d’une volonté populaire mythifiée que ce parti envisage de s’en prendre aux principes fondamentaux de la démocratie. Enfin, des chercheurs et chercheuses comme Cécile Alduy ont analysé des années de discours du RN et montrent que la discrimination reste centrale dans son projet, et que les changements opérés par rapport à sa création ne sont que cosmétiques. Or il faut rappeler que ce parti a été cofondé par des membres du groupe néofasciste Ordre Nouveau, par des anciens membres de l’organisation clandestine ultra-violente OAS et par des anciens Waffen-SS. Le RN est donc un parti d’extrême droite, sans aucun doute.

Pourquoi Reconquête est bien d’extrême droite
Toutes ces cases sont également cochées par le parti Reconquête. Son dirigeant Eric Zemmour a notamment été condamné pour provocation à la haine raciale mais aussi pour injure raciste, il prône une remigration qui ne serait ni plus ni moins qu’une déportation d’un million de personnes, et ses membres relayent la théorie raciste et complotiste du Grand remplacement. Tout ce qui s’écarte de leur idéologie (Islam, personnes LGBT, le prétendu wokisme…) est désigné comme une menace civilisationnelle incompatible avec leur idée de la France, ce qui est totalement anti-démocratique.
Enfin, on peut ajouter dans la sphère des personnalités d’extrême droite une grande partie des têtes de ponts du système médiatique du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré. « Cyril Hanouna est un pilier dans l’entreprise idéologique de Vincent Bolloré », analyse ainsi l’historienne des médias Claire Sécail, chercheuse au CNRS, autrice d’une étude qui a montré l’absurde sur-représentation de l’extrême droite sur CNews. Un seul exemple : entre septembre et décembre 2021, l’émission TPMP a dédié 44,7 % de son temps d’antenne politique au seul candidat du parti Reconquête Eric Zemmour. Selon la chercheuse, son émission est une« entreprise de désinformation » qui « menace les fondations de la démocratie ».
A-t-on déjà essayé de refuser de débattre avec l’extrême droite ?
La Belgique a mis en place progressivement à partir de 1988 « un cordon sanitaire » contre l’extrême droite. Nous avons interrogé à ce sujet François Debras, professeur à l’Université de Liège et spécialiste de l’analyse des discours d’extrême droite. Ce cordon sanitaire recouvre deux réalités très différentes :
- Dans toute la Belgique, ce cordon est un accord de principe entre les partis pour refuser toute coalition de gouvernement avec l’extrême droite. Attention toutefois : cet accord n’est pas contraignant et n’empêche pas, en Flandre, le débat politique. De plus, sa portée est parfois mise à l’épreuve : le parti du Premier ministre actuel (la NVA), qui n’existait pas lors de la signature de l’accord initial sur le cordon sanitaire, siège ainsi avec le groupe des Conservateurs et Réformistes (ECR) au niveau européen, aux côtés de partis d’extrême droite.
- En Belgique francophone (dite Fédération Wallonie-Bruxelles), s’ajoute un cordon sanitaire médiatique qui est encadré par un cadre légal. « Les médias ne tendent pas un micro en direct à un représentant d’un parti non démocratique », résume François Debras. Ce qui veut dire que ce cordon ne s’applique pas qu’à l’extrême droite, et que les télés et radios peuvent citer l’extrême droite en différé (le Conseil de déontologie journalistique a ensuite décidé d’élargir ce principe à l’ensemble des médias francophones, presse écrite comprise).
En Belgique francophone, le principe démocratique de pluralité des opinions est respecté, mais les paroles anti-démocratiques ne s’expriment que dans un cadre contrôlé pour éviter de relayer des propos contraires à la loi ou pouvant porter atteinte à l’intégrité de certaines personnes. A l’inverse, en Flandre belge, l’extrême droite (Vlaams Belang) bénéficie de la même normalisation médiatique que dans les autres démocraties occidentales.

Le cordon sanitaire en Belgique francophone a nui à l’extrême droite :
La chercheuse néerlandaise Léonie de Jonge a publié en 2020 un article de référence à ce sujet « Pourquoi n’y a-t-il pas de populisme de droite en Wallonie ? ». Elle y décrit le contraste frappant entre la Flandre belge, où l’extrême droite est une force politique de premier plan, et la Wallonie, qui reste « immunisée » contre ce phénomène malgré des conditions socio-économiques a priori favorables à l’extrême droite. S’il est impossible d’être tout à fait affirmatif sur les explications de phénomènes électoraux, la chercheuse montre qu’en dehors du cordon sanitaire médiatique, aucun élément ne semble pouvoir expliquer l’absence de succès de l’extrême droite en Wallonie.
Voilà qui permet d’envisager que le succès ou l’échec de l’extrême droite ne dépend pas seulement de la réception des électeurs, mais aussi de la réaction des autres partis et des médias. Une analyse partagée par de nombreux chercheurs et chercheuses, dont François Debras : « L’absence de débat entraîne une faible visibilité de leurs candidats et permet en plus de ne pas lui permettre de contaminer le débat public avec ses cadrages. C’est très important quand on connaît la capacité des groupes d’extrêmes droites à créer des concepts qui vont être mobilisés par d’autres ». Le chercheur rappelle ainsi qu’en France, le concept raciste et mensonger de « grand remplacement » – déjà théorisé sous une autre appelation par Adolf Hitler dans Mein Kampf – a pu (à force d’être martelé par l’extrême droite française) devenir un sujet sur le service public pendant les présidentielles 2022. De même, le terme manipulatoire et biaisé de francocide a été imposé dans le débat public français par Eric Zemmour.
A-t-on déjà essayé de parler à l’extrême droite ?
En Allemagne, oui, malheureusement
Il faut rester très prudent avec les analogies historiques, surtout quand elles visent des périodes sombres de l’Histoire. Mais, depuis la sortie du livre de l’historien Johann Chapoutot (Les Irresponsables: Qui a porté Hitler au pouvoir ?), bon nombre de spécialistes du fascisme confirment des similitudes entre le comportement des élites dirigeantes des années 1930 et celles au pouvoir actuellement.
Nous avons interviewé Olivier Mannoni, traducteur d’Hitler et spécialiste du fascisme. Il confirme à Bon Pote que l’on trouve « dans toutes les biographies d’Hitler » des passages concernant « la manière dont le dialogue a fini par s’ouvrir entre lui et la presse conservatrice », avant que celle-ci « lui serve de marchepied ». Selon lui, Adolf Hitler s’est même servi de façon préméditée et organisée de la presse y compris internationale, en choisissant soigneusement ses interlocuteurs, pour améliorer son image et cacher ses intentions réelles.
En France, oui, et « ça n’a servi à rien d’autre qu’à légitimer, à normaliser les prises de position de l’extrême droite»
La nécessité du débat avec l’extrême droite est devenue la posture majoritaire en France depuis le début des années 2000 (2002 est une année charnière avec le passage de Jean-Marie Le Pen au second tour), analyse pour Bon Pote Aurelien Mondon, professeur de politique à l’Université de Bath, co-auteur de Reactionary Democracy (Comment le racisme et le populisme d’extrême droit sont devenus mainstream, Verso, 2020) : « Si on regarde la trajectoire des vingt dernières années, on constate que les média mainstream, les élus et les universitaires ont tous essayé d’écouter, de comprendre, de répondre aux peurs et aux demandes véhiculées par l’extrême droite. Ça n’a servi à rien d’autre qu’à légitimer, à normaliser leurs prises de position.»
Cette posture semble liée à la grande confiance et à la certitude qu’ont beaucoup de décideurs français dans leur capacité à battre l’extrême droite grâce à l’argumentation. On le perçoit notamment dans cette sélection très pertinente réalisée en vidéo par la Chaîne Philoxime. On y voit des responsables politiques, des philosophes, des conseillers ou encore des journalistes d’accord sur un point : on peut combattre sur « le terrain des idées », en l’emportant pas des arguments logiques et rationnels.
Cette confiance se ressent également dans les propos rapportés par la Revue des médias au sujet des réactions des responsables médiatiques français quand on les interroge sur l’opportunité d’imiter en France le cordon sanitaire médiatique belge. Jean-Pierre Jacqmin, le directeur de l’information de la RTBF (le service public de l’audiovisuel francophone), explique : « J’en ai parlé avec tous les directeurs de l’information de France Télévisions que j’ai rencontrés depuis quinze ans. (…) Ils partagent la conviction que nous pratiquons quelque chose d’inenvisageable, voire, pour certains, d’insupportable. »
Depuis 2002 au moins, la fabrique d’une épistémologie de l’ignorance
S’il est impossible d’affirmer une causalité entre les deux événements, force est de constater que le Rassemblement national est devenu en parallèle de cette banalisation la première force politique à l’Assemblée nationale.
C’est suffisant pour considérer que débattre avec l’extrême droite revient aujourd’hui à faire preuve « d’une naïveté coupable » avance Aurelien Mondon, qui est spécialiste de la normalisation des discours d’extrême droite et en particulier du rôle des personnes ayant un accès privilégié dans les débats publics dans cette normalisation.
Cette naïveté produit à ses yeux ce qu’il appelle une épistémologie de l’ignorance : un processus par lequel les structures médiatiques et politiques dominantes produisent activement un manque de compréhension des mécanismes réels de l’imposition des thèmes de l’extrême droite dans le débat public. En s’obstinant à traiter comme des opinions acceptables ou rationnelles des discours structurellement basés sur l’hostilité aux minorités et aux contre-pouvoirs, on occulte leur nature intrinsèquement anti-démocratique.
NEWSLETTER
Chaque vendredi, recevez un condensé de la semaine, des infographies, nos recos culturelles et des exclusivités.
+30 000 SONT DÉJÀ INSCRITS
Une alerte pour chaque article mis en ligne, et une lettre hebdo chaque vendredi, avec un condensé de la semaine, des infographies, nos recos culturelles et des exclusivités.
Peut-on gagner un débat, sur l’écologie, contre l’extrême droite ?
Remporter ces débats ne va pas de soi. D’abord parce que l’extrême droite ne joue pas le jeu du débat honnête. François Debras rappelle le comportement de l’extrême droite concernant la prétendue menace migratoire : « Aucune donnée ni aucun élément factuel ne soutient la théorie raciste et complotiste du grand remplacement. Mais l’extrême droite n’en a pas besoin, parce qu’elle n’essaie même pas de la démontrer. Elle utilise le martèlement pour convaincre par la répétition, cela fonctionne grâce à ce qu’on appelle le biais de simple exposition». Après tant d’années d’accoutumance à cette théorie, s’y opposer avec des arguments rationnels – « j’ai lu les travaux du démographe Hervé Le Bras, Monsieur Zemmour devrait faire pareil » – a désormais plus de chance de vous faire paraître suffisant, insensible ou bisounours que convaincant.
Il en va de même sur bon nombre de sujets, rappelle François Debras : « Quand on analyse les discours d’extrême droite, on voit qu’ils jouent uniquement sur des émotions comme l’injustice, la colère ou l’impuissance Accepter de débattre avec l’extrême droite, c’est émettre l’hypothèse que des arguments rationnels aussi bons soient-ils peuvent l’emporter sur l’émotion. Or aucune étude ne démontre que les faits bruts l’emportent sur l’émotion dans un débat, ce serait même plutôt l’inverse. »
Ces arguments sont encore plus vrais concernant l’écologie, domaine dans lequel l’extrême droite s’est fait une spécialité de désinformer. Selon l’association Quota Climat, autrice d’un rapport sur la désinformation environnementale en France : « la désinformation sur l’environnement est largement liée à l’extrême-droite. 100% des invités politiques ayant propagé de la désinformation venaient de la droite et de l’extrême-droite ».
Dans ce contexte, l’idée que confronter les personnalités d’extrême droite à l’expertise technique rigoureuse d’un think tank reconnu tel que le Shift project ou au talent oratoire d’un journaliste comme Hugo Clément semble très hasardeuse ou empreinte d’une confiance exagérée.
Cette confiance est probablement liée aux réflexes scolaires de ces ingénieurs et journalistes (un phénomène décrit par Eric Aeschimann dans son livre « Les vipères ne tombent pas du ciel »), qui ont eu l’habitude de performer dans les grands oraux, dissertations et exposés. Mais cette confiance peut être perçue par une arrogance qui rejoue les humiliations scolaires vécues par une partie des classes populaires. Or, analyse le sociologue Benoît Coquard, l’opposition entre des classes sociales qui se valorisent par leur réussite scolaire et d’autres pour qui l’école « reste avant tout la seule scène sociale dans laquelle elles ont été humiliées de leur vie » est l’une des explications à l’ancrage du vote RN.
Voilà qui devrait inviter à la prudence quand il s’agit d’aller montrer sur scène à quel point on aurait de meilleurs arguments ou une tête mieux faite que Sarah Knafo. Si le débat peut sembler parfois révéler l’incompétence technique de l’extrême droite (tout en gonflant l’égo du débatteur), il valide aussi l’importance des thématiques et des arguments de l’extrême droite. L’extrême droite y va malgré tout, parce qu’elle considère que le gain en « notoriété des thèmes » est supérieur à la perte sur la « crédibilité technique ».
La démocratie ne nous enjoint-elle pas à parler à tout le monde ?
Pour Hugo Clément, ne pas parler au RN, c’est mépriser ses 13 millions d’électeurs. Pour certains défenseurs du Shift Project, tant qu’un parti est légal et non dissous, le principe démocratique est de débattre avec lui.
Là encore, le précédent allemand doit être rappelé. Olivier Mannoni explique à Bon Pote que le Parti national socialiste d’Hitler n’était pas interdit en 1933 et qu’il a lui aussi convaincu une majorité relative d’électeurs cette année-là. Ce sont ces mêmes arguments qui ont légitimé ce parti en Allemagne à l’époque. Avec le résultat qu’on connaît.
Il faut ensuite rappeler ici le paradoxe de la tolérance de Karl Popper. Tolérer des débatteurs qui prônent l’anti-tolérance, c’est prendre le risque de les laisser détruire les fondements d’une société libre et démocratique et donc… nuire à la tolérance en croyant la défendre.
On peut étendre ce paradoxe à l’écologie. Les personnalités d’extrême droite qui ont pris récemment le pouvoir ont mis en place des politiques de destruction organisée des politiques et savoirs écologiques. Comment attendre autre chose d’une personnalité comme Sarah Knafo, qui a tout fait pour assister à l’investiture de Donald Trump, le président des Etats-Unis qui a non seulement détruit la politique écologique de son pays mais aussi une partie des capacités mondiales d’analyses et d’actions face au changement climatique ?
Le traducteur d’Adolf Hitler va encore plus loin : « La position de Sarah Knafo sur l’écologie, qui ne peut être au mieux qu’une récupération, n’a aucun intérêt. Son parti ne représente rien, elle est à bannir d’un cadre démocratique ».
Conclusion : une réponse scientifique au débat ?
Bien sûr, aucune étude scientifique ne pourra mesurer avec certitude l’impact du débat entre Jordan Bardella et Hugo Clément chez Valeurs actuelles ou de Sarah Knafo avec le Shift Project. Mais de nombreuses ressources philosophiques comme historiques, et les prises de positions de personnalités des sciences climatiques convergent sur le risque de débattre avec l’extrême droite.
Cette position a été partagée par plusieurs auteurs et autrices du Giec, qui se sont exprimées sur Linkedin au cours de ces débats. C’est notamment le cas de Christophe Cassou et Yamina Saheb :


Cette position est aussi celle de Jean-Pierre Vernant, historien et résistant, qui plaidait contre les débats avec l’extrême droite en filant la métaphore alimentaire : « Je suis prêt à expérimenter tous les plats qu’on voudra, même les plus étrangers à mon goût et à mon régime. Mais on ne discute pas recettes de cuisine avec des anthropophages. »
C’est encore celle du linguiste italien et auteur de référence sur l’anti-fascisme Umberto Eco : « En s’engageant à refuser de participer aux revues, aux émissions de radio ou de télévision, aux colloques organisés par des gens liés à l’extrême droite, ceux qui signent cet appel (…) expriment leur choix de ne pas cautionner des courants qu’ils jugent dangereux pour la démocratie. Certains voient dans cet engagement une attitude intolérante, ou même l’apparition d’une nouvelle sorte de “maccarthysme”. Cette accusation de maccarthysme est proprement aberrante. Ce qu’on appelle ainsi _ faut-il le rappeler ?, _ c’est une politique officielle d’exclusion, qui a fait perdre leur emploi à certains, qui en a mis d’autres en prison, sous le seul prétexte qu’ils étaient communistes, ou sympathisants. Comment diable peut-on comparer de telles méthodes et la démarche des signataires de cet appel ? Cette démarche constitue un choix : refuser notre participation à toute entreprise intellectuelle, éditoriale ou médiatique liée à l’extrême droite. Chacun a le droit de dire non à ce qu’il n’aime pas ! »
Face à l’urgence climatique et démocratique, il est au moins possible si ce n’est nécessaire de cesser de débattre publiquement avec ceux qui nient les faits ou les droits des minorités.
2 Responses
Bonjour
Il me semble que l’extrême-droite a aussi été ignorée pendant des années, avec assez peu de succès. Il ne fallait pas lire Carl Schmitt par exemple. Ca fait 25 ans que j’entends beaucoup de gens -en particulier des bac+8- se démener pour “ne pas donner une tribune à l’extrême-droite”. Or pendant ce temps elle n’a fait que monter. Il faudrait quand même vérifier si ce barrage n’a pas eu l’effet inverse à celui qui était escompté. Le cas de la Wallonie est beaucoup plus complexe d’ailleurs qu’un simple “cordon sanitaire médiatique”, quand on regarde de plus près : relais de la gauche dans les classes populaires, culture antifasciste développée etc. bref c’est toute la société qui est globalement plus hostile à l’extrême-droite que jute les médias – comment les médias pourraient-ils à eux seuls être une sorte de barrage magique ?
Je suis très régulièrement confronté à cette manie de l’extrême droite d’inventer ses propres chiffres, d’argumenter sur des fakes, et évidemment à leurs idées nauséabondes.
Je me permets toutefois d’apporter un bémol à votre raisonnement qui mériterait de considérer plus stratégiquement les fameux 13 millions d’électeurs qui votent pour, mais ne partagent pas nécessairement toutes les idées de l’extrême droite.
Aujourd’hui la frontière entre la droite et l’extrême droite est des plus poreuses. C’est donc la question de la droite toute entière qu’il faut considérer d’un bloc. Pouvons nous réellement obtenir une transition écologique de notre société sans embarquer les électeurs (et donc les politiques) de droite ? Cantonner l’écologie à gauche, n’est ce pas prendre le risque que l’écologie ne soit traitée que par alternance, quand la gauche est au pouvoir ? Il me semble au contraire que la transition écologique doit devenir un sujet transpartisan, un sujet qui pourra avancer quelles que soient les factions au pouvoir, un sujet qu’il n’est plus possible de reléguer au second plan. Donc oui, discuter d’écologie avec tout le monde. Discuter comme le font les shifters, comme le fait Hugo Clément. Affirmer haut et fort ce qui est de l’ordre des fausses informations, contredire s’il le faut, refuser bien évidemment les autres terrains, les autres idées. Mais la survie de notre planète, de notre économie, de notre société est l’affaire de tous, même de ceux qui ne partagent pas nos valeurs.