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Blocus américain à Cuba : une île prise au piège du pétrole

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Blackout à Cuba
©Crédit Photographie : Blackout à Cuba, mars 2026. Source : ADALBERTO ROQUE / AFP
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Le pétrole fera-t-il plier le régime communiste cubain ? En janvier, l’administration Trump a instauré un blocus énergétique à Cuba, poussant un cran plus loin l’embargo visant à empêcher les entreprises américaines de faire du commerce avec l’île des Caraïbes depuis des décennies. 

Concrètement, le pétrole a quasiment cessé d’affluer vers le pays ces dernières semaines, provoquant des blackout massifs et une grave crise humanitaire.

Le 16 mars, le président étatsunien a déclaré qu’il aurait “l’honneur de prendre Cuba”. Son objectif est clair : renverser le régime communiste qu’il estime menaçant pour la “sécurité nationale” américaine, en privant le pays d’énergie. L’étau se resserre. Après le Venezuela, le Groenland et l’Iran, Cuba sera-t-elle la prochaine cible de Donald Trump ? 

L’“or noir” se retrouve plus que jamais au cœur de la crise cubaine, alors que le pays met depuis une décennie les bouchées doubles sur l’énergie solaire pour déjouer l’impérialisme américain.

Pourquoi y a-t-il un blocus énergétique à Cuba ?

Le blocus pétrolier américain ne sort pas de nulle part. Cela fait plus de soixante ans que Cuba vit sous embargo. A la suite de la révolution cubaine en 1959, les Etats-Unis ont instauré de nombreuses sanctions visant à interrompre tout échange commercial entre les deux pays. L’objectif avait le mérite d’être clair : “Amener la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement.” Il aura fallu attendre 2000 pour que les sanctions sur l’envoi de denrées alimentaires et de médicaments américains vers Cuba soient supprimées. 

L’embargo n’affecte pas seulement les relations entre Cuba et les Etats-Unis. Les lois Torricelli de 1992 et Helms-Burton de 1996 étendent l’embargo contre Cuba à l’ensemble de la planète et limitent les possibilités d’investissement étrangers sur l’île. Les activités économiques à Cuba basées sur l’utilisation des biens confisqués par le régime cubain lors des nationalisations de 1959 sont proscrites par les Etats-Unis (même si elles concernent des entreprises étrangères).

Au-delà de la bataille idéologique, il faut dire que le régime communiste de Fidel Castro était peu compatible avec les intérêts commerciaux américains sur l’île, le nouveau président cubain ayant décidé de nationaliser les compagnies pétrolières américaines et britanniques. En pleine Guerre froide, l’Île-État s’était même tournée vers le pétrole soviétique, jusqu’à en faire son principal fournisseur. Une affaire qui roulait jusqu’à ce que l’URSS s’effondre en 1991, ébranlant du même coup l’économie cubaine et son système énergétique.

Un blocus historique

Cuba s’est alors mise à importer une large partie de son pétrole du Venezuela. Un deal avantageux lui permettra de l’obtenir “à des prix très inférieurs au marché mondial”, rappelle la politologue Janette Habel, chercheuse à L’Institut des Hautes Études de l’Amérique Latine. “En échange, en guise de paiement, Cuba exporte des services médicaux, des enseignants, des techniciens mais aussi des militaires qui viennent prêter main forte à Hugo Chavez.”

Une dépendance aux importations de pétrole que Cuba paiera à nouveau au prix fort lorsque les approvisionnements en pétrole cubain s’effondrent à partir de 2022, en partie à cause des sanctions américaines qui iront jusqu’à l’enlèvement de son président Nicolas Maduro dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026 au mépris total du droit international. Depuis, les importations vénézuéliennes vers Cuba ont été complètement interrompues.

Importations de pétrole à Cuba (2025-2026) Source : S&P

S’inscrivant dans la continuité du durcissement des sanctions (l’administration Trump ayant notamment proscrit en 2019 l’importation de médicaments à Cuba si au moins 10 % en est produit aux États-Unis), le blocus énergétique instauré en janvier 2026 est assorti d’une augmentation des “tariffs” (droits de douane) visant tout pays fournissant du pétrole à Cuba, arme de choix du président. Le Mexique, qui était devenu le principal fournisseur de pétrole du pays, a jugé cet interdit “très injuste” sans pour autant le braver. La Russie, elle, semble prête à tester le blocus américain puisque l’un de ses pétroliers fait route vers Cuba.

Interviewé par Bon Pote, Thomas Posado (maître de conférences en civilisation latino-américaine à l’Université de Rouen Normandie) souligne la dimension historique prise par les sanctions américaines depuis le début de l’année :“Ce qui est nouveau, c’est le fait que les États-Unis prennent la décision d’empêcher militairement les importations de pétrole à Cuba (en se positionnant au large de Cuba) et économiquement (en menaçant de représailles tous les navires qui livrent du pétrole à la Havane).”

Pourquoi Trump veut-il “prendre” Cuba ?

Sur le fond, l’objectif du président américain n’est pas si différent de ses prédécesseurs des années 1960 qui cherchaient à délégitimer le régime communiste en poussant sa population à bout. “Cuba incarne sans doute le mieux l’esprit d’insubordination américaine”, nous explique Thomas Posado, auteur, avec Jean-Baptiste Thomas, de Révolutions à Cuba, de 1868 à nos jours (Syllepse, 2020). Faire plier le régime communiste serait ainsi “le meilleur symbole de la mise en place de sa politique ‘Donroe’”, soit le corollaire Trump de la doctrine Monroe. Comprendre : une affirmation de puissance des Etats-Unis sur l’ensemble du continent américain, qu’ils considèrent comme leur zone d’influence.

Un agenda que porte aussi le secrétaire d’État, Marco Rubio (fils d’émigrés cubains), qui a “bâti toute sa carrière politique sur le changement de régime à La Havane”, poursuit le chercheur. “L’objectif est bien là. Il n’y a pas de ressources particulières à Cuba comme c’est le cas au Venezuela, et sur lesquelles les Etats-Unis pourraient mettre la main”. En revanche, l’administration Trump a fait du pétrole un “levier pour affaiblir le gouvernement cubain, et l’empêcher d’avoir des touristes sur son sol(un coup dur pour l’ex-destination star des Caraïbes), conclut-il. Tout en précisant que le pétrole n’est pas l’unique levier activé par l’administration Trump, qui a aussi fait pression sur plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes pour qu’ils mettent un terme à leurs accords respectifs de coopération médicale avec Cuba.

Des exceptions pour les entreprises privées

Il y a tout de même une faille dans ce blocus énergétique. Comme on l’a appris au début du mois de mars, les Etats-Unis autorisent en effet les exportations de pétrole à Cuba destinées à des entreprises privées. Seule condition : que les transactions ne profitent pas au régime de La Havane. 

“Le secteur privé cubain est assez restreint, a déclaré Marco Rubio lors d’un sommet des nations caribéennes fin février. Il existe, certes, mais il est de petite taille et, à lui seul, il n’a certainement pas la capacité de faire face à l’ampleur des défis actuels. Si l’économie cubaine était pleinement fonctionnelle, son secteur privé serait bien plus important.” Un discours qui a l’avantage de rejeter la faute de la ruine de Cuba sur ses dirigeants, plutôt que sur le blocus. Et de faire pression sur ces derniers pour les contraindre à libéraliser leur économie… au profit, notamment, d’entreprises américaines. 

Le 25 mars, Reuters a indiqué que “les fournisseurs américains [avaient] expédié environ 30 000 barils de carburant au secteur privé cubain depuis le début de l’année, ce qui laisse penser qu’un plan de l’administration Trump visant à favoriser les entreprises privées au détriment des entreprises d’État est bien avancé.” Soit un tiers seulement des importations habituelles de Cuba (100 000 barils par jour), pas de quoi résorber la crise énergétique qui frappe l’île. 

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Quelles sont les conséquences du blocus américain sur la population et sur l’économie ?

Conséquence directe du blocus, le prix du carburant est monté en flèche. Selon Euronews, les Cubains doivent désormais débourser jusqu’à neuf dollars le litre, soit plus de 300 dollars pour faire le plein (une somme largement supérieure au salaire annuel de la majorité de la population.) Le Monde décrit également de longues files de voitures pour se ravitailler.

Darkness falls in Havana as Cuba hit by total electricity blackout.The latest blackout comes as the United States pursues its oil blockade against the island

AFP News Agency (@en.afp.com) 2026-03-17T07:41:09.851Z

La dystopie ne s’arrête pas là. Causées notamment par un réseau électrique vétuste, les pannes ne sont pas un phénomène nouveau à Cuba, mais la pénurie de carburant aggrave le phénomène. Il y a déjà eu trois blackout nationaux au mois de mars, et sept depuis un an et demi (selon un décompte d’Euronews), avec des effets en chaîne sur les hôpitaux, la réfrigération de la nourriture ou encore l’accès à Internet. “Ce n’est pas qu’une crise électrique, énergétique et économique. Ça se transforme en crise sanitaire et humanitaire”, résume à Bon Pote Margot François, chercheuse spécialiste de Cuba au centre GEODE. Elle évoque, entre autres, un “effondrement du système hospitalier” (qui s’ajoute aux pénurie de médicaments, aux risques sanitaires liés à l’arrêt du ramassage des poubelles et aux épidémies qui font rage sur l’île). 

“Les unités de soins intensifs et les salles d’urgence sont compromises, tout comme la production, la livraison et le stockage des médicaments”, a averti le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. En février, des experts en droits humains aux Nations Unies ont également condamné le blocus en le qualifiant de “grave violation du droit international” et de “forme extrême de coercition économique unilatérale”. Le tout, dans un contexte économique déjà difficile, marqué par une inflation galopante depuis la réforme monétaire de 2021

Face à un droit international piétiné, des activistes et responsables politiques de plusieurs pays ont embarqué à bord de la flottille d’aide humanitaire Nuestra América pour déjouer le blocus. Elle a accosté le 24 mars à La Havane.

Une dépendance encore très forte aux énergies fossiles

La fragilité de Cuba est intimement liée à sa dépendance aux énergies fossiles. 

Le mix énergétique à Cuba repose à 84,3 % sur le pétrole.
Source : Agence internationale de l’énergie, 2023. 

Le système électrique national repose en très large partie sur huit centrales thermoélectriques alimentées au pétrole “très vieillissantes” (entre 34 et 52 ans), “mises en place par des ingénieurs tchécoslovaques sous l’URSS”, nous explique Margot François. Ce à quoi il faut ajouter les centrales flottantes turques dans la baie de La Havane, qui fonctionnent également aux combustibles fossiles. 

La chercheuse ajoute : “La maintenance est rendue très compliquée par l’embargo, mais aussi parce que le pétrole qui est raffiné en majorité à Cuba, que ce soit du produit brut ou du pétrole qui vient du Venezuela, est un pétrole lourd et dur à raffiner. Il endommage les centrales et divise de moitié la durée du cycle de maintenance.”

L’embargo a forcé le pays à la sobriété

Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie, Cuba a assuré 40,6 % de sa consommation de pétrole en 2023 (une production qui a chuté de 35 % depuis 2020). Après la chute de l’URSS, le pays avait augmenté sa production de 7 % en moyenne par an (entre 1992 et 2003), mais sa piètre qualité, en endommageant les centrales thermoélectriques, avait poussé le gouvernement à décréter une “révolution de l’énergie”, rapporte une étude de Guevara-Luna et al. (2024) sur la transition énergétique cubaine. 

Des mesures visant à réduire la demande d’électricité et à augmenter l’efficacité énergétique ont alors été instaurées grâce à des investissements dans des systèmes de production d’électricité décentralisés (2000 petits groupes électrogènes diesel avaient été installés sur l’île). Mais l’île est restée très dépendante des importations de pétrole. 

Entre 2000 et 2023, ses émissions de CO2 ont diminué de 30 %. “En raison de l’embargo, la population cubaine fait déjà preuve d’une grande sobriété pour réduire sa consommation d’énergie”, souligne l’étude sur la transition énergétique à Cuba. 

La percée du solaire a commencé 

Au cours des dernières années, le pays a mis un gros coup d’accélérateur sur le solaire. Un tournant pris en 2014, lorsque Cuba a annoncé sa nouvelle politique énergétique, incluant un objectif de passer de 4,6 % à 24 % la part d’énergies renouvelables dans la production électrique d’ici à 2030. 

Mais jusqu’à peu, ce projet n’avait guère avancé. En 2023, la part des renouvelables dans le mix électrique se situait toujours autour des 4 %. Et ce n’est qu’en 2025 qu’a été inaugurée sa première centrale de panneaux photovoltaïques. La première d’une collection de 92 parcs produits par la Chine pour renforcer, selon la volonté de son président cubain Miguel Diaz-Canel, la “durabilité environnementale” et “la souveraineté énergétique”

De quoi raviver au passage les tensions géopolitiques avec les États-Unis ? “La Chine peut aussi se permettre de faire cela parce qu’elle fait partie des rares Etats dans le monde qui ne craint pas les représailles des Etats-Unis. Mais elle n’a pas non plus livré du pétrole de force aux Cubains pour vaincre le blocus. Son approche est purement commerciale”, analyse Thomas Posado.

Centrales photovoltaïques à Cuba. Source : Powermag, septembre 2025.

Selon un rapport de l’Organisation latino-américaine de l’énergie (OLADE) paru en septembre 2025, la part des renouvelables atteint désormais 14 % de la production nationale d’électricité (et 4 % du mix énergétique), avec une capacité installée de 6200 MW. L’objectif pour 2035 est d’atteindre 37 % de la production électrique nationale. 

À terme, la production d’énergie solaire devrait limiter le risque de blackout. La demande maximale à Cuba avoisine les 3500 MW, et dès que la production passe au-dessous de la barre des 1500 MW, c’est la panne électrique assurée. En février 2026, le ministre cubain de l’énergie a annoncé que ces nouvelles infrastructures avaient généré plus de 900 MW d’énergie solaire – un record encore jamais atteint dans le pays.

L’OLADE indique néanmoins dans son rapport que l’embargo à Cuba freine le développement des énergies renouvelables, notamment “l’accès aux technologies”. De manière générale, note une étude sur les sanctions économiques américaines dans le monde, ces dernières freinent la production de renouvelables (à hauteur de 12 % en moyenne). Une autre conséquence du pétro-impérialisme américain, qui ne manque décidément pas d’imagination pour faire du pétrole un outil d’asservissement. 

L’occasion de rappeler une fois de plus l’urgence – à Cuba comme ailleurs – de sortir des énergies fossiles, pour le bien du climat comme des populations.

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Auteur
Sophie Kloetzli
Spécialisée sur l’écologie, elle a travaillé depuis 2018 pour plusieurs médias engagés sur ces thématiques. Elle a aussi couvert des sujets scientifiques et chroniqué la numérisation du monde sous un angle technocritique.

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