La démographie : sujet tabou de l’écologie ?

Démographie cover

Il ne se passe pas un jour sans que le mot “démographie” n’apparaisse dans les débats écologiques. Ouais mais de toute façon on est trop sur la planète !” “Bah t’es gentil, va d’abord dire aux indiens de faire moins d’enfants après je ferai peut-être des efforts !”. La démographie électrise les débats, au point de susciter chez certain.es le choix de ne pas faire d’enfant pour ‘faire sa part’ dans la lutte contre le changement climatique.

Alors, sommes-nous vraiment trop nombreux ? Quelle est la limite soutenable ? Pouvons-nous continuer à faire des enfants les yeux fermés ? Pour y répondre, j’ai fait appel à Emmanuel Pont. Ingénieur de formation, il s’est passionné pour la question démographique pour laquelle il a entre autres publié dans la revue Yggdrassil. Il revient ici sur les principales questions qui fâchent autour de la démographie et du climat.

La population mondiale est-elle en croissance exponentielle ?

Effectivement quand on regarde de loin on peut avoir l’impression qu’elle explose. C’est pourtant une illusion d’optique, le taux de croissance de la population mondiale décroit régulièrement depuis 1970 et l’ONU estime une stabilisation autour de 2100 pour 11 milliards d’habitants.

démographie et croissance de la population mondiale
Source : https://ourworldindata.org/world-population-growth

Attention, les projections démographiques ne sont pas des prévisions ! Les démographes n’ont pas plus de boule de cristal que vous et moi, et ne peuvent que prolonger les tendances “toutes choses par ailleurs”, sans compter les guerres, épidémies, famines, ou autres évènements.

Pourquoi la population se stabilise-t-elle ?

Tous les pays passent par ce qu’on appelle la transition démographique. La mortalité commence à baisser grâce à l’augmentation du niveau de vie, les progrès de l’hygiène et de la médecine. A ce moment la population augmente rapidement, car la natalité baisse plus tard et plus lentement. Elle diminue progressivement pour atterrir autour d’un taux où les naissances compensent les morts, donc qui assure la stabilité de la population.

Image for post
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Transition_d%C3%A9mographique

Ce taux, appelé “seuil de renouvellement des générations” est autour de 2,1 enfants par femme dans les pays développés, de 2,3 en moyenne dans le monde, et peut monter jusqu’à 3,4 : il dépend de la répartition de la population entre hommes et femmes, et de la mortalité avant l’âge d’avoir des enfants. Atteindre 2,1 ne stabilise pas immédiatement la population, elle est nettement plus lente, ce qu’on appelle “l’inertie démographique”. Ainsi la population chinoise augmente encore doucement malgré un taux de fécondité très bas de 1,6 enfants par femme.

Cette augmentation n’est-elle pas responsable de la majorité des émissions de gaz à effet de serre ?

Au-delà de l’intérêt limité de cette question, cela dépend de ce qu’on calcule et comment. On peut lire par exemple “Entre 1990 et 2014, les émissions de CO2 dans le monde ont crû de 58 %, mais seulement de 15 % par tête d’habitant. L’augmentation de la population y a donc contribué environ pour les trois-quarts.” C’est numériquement vrai, mais la conclusion est un contresens complet car en fait les émissions ont surtout augmenté dans des pays à faible natalité alors que la population a surtout augmenté dans des pays à faibles émissions. Le problème classique des moyennes trop larges : “quand Bill Gates entre dans un bar, en moyenne tous les clients sont milliardaires”. Quand on découpe un peu plus finement, on se rend compte par exemple que la moitié de l’augmentation a été en Chine. Encore pire, à l’échelle individuelle les 10% les plus riches au monde sont responsables de 52% des émissions sur cette période.

démographie et répartition des émissions de GES par oxfam
Source : https://www.oxfamfrance.org/climat-et-energie/combattre-les-inegalites-des-emissions-de-co2/

Il vaut donc mieux être très prudent avec le concept de “population mondiale”, qui amalgame des situations extrêmement différentes .

Les pays pauvres à forte natalité ne rêvent-ils pas de rejoindre notre niveau de vie ?

Effectivement, ce phénomène a même été nommé “aspiration bomb” par ceux qui ont peur de la “population bomb”. Comme on peut le voir sur le graphique précédent, pour l’instant cette croissance a été très faible. Et pour le futur ? Pour avoir une idée il faut utiliser des projections et calculer l’effet de la natalité sur les émissions. C’est ce qu’a réalisé une étude de 2010, dont voici les résultats :

Image for post
Source : https://www.pnas.org/content/early/2010/09/30/1004581107

Pour être précis, elle a calculé l’effet qu’aurait une variation du taux de fécondité de 0,5 enfant par femme, et on constate que l’effet est extrêmement faible dans les pays pauvres. C’est notamment le cas de l’Afrique subsaharienne, qui est la grande région du monde où la natalité est encore élevée. Ce n’est pas entièrement une surprise, aujourd’hui l’Afrique subsaharienne c’est seulement 2% des émissions de l’humanité.

Faut-il alors faire entièrement oublier la démographie des pays pauvres ?

Pas forcément, car ces pays sont aussi les plus fragiles face au réchauffement climatique et à la plupart des problèmes écologiques que nous vivons, et la surpopulation amplifiera ces difficultés :

démographie
Source : https://www.maplecroft.com/insights/analysis/tackling-climate-change-and-modern-slavery-together/

Par ailleurs leur empreinte écologique est plus élevée pour d’autres sujets comme l’eau, les sols, la déforestation, la biodiversité, les déchets … Il faut donc bien aider les pays pauvres à accélérer leur transition démographique, mais d’abord pour eux et leurs environnements, pas pour le climat. Et même pour le climat certaines interventions (par exemple combler les besoins non pourvus en contraception) peuvent être très efficaces, même si l’ampleur du résultat sera limité.

Faut-il réduire la population dans les pays riches ?

La majorité des émissions étant dans les pays riches, on peut supposer que réduire leur population aurait un effet non négligeable sur le climat. Il faut par contre s’interroger sur les mesures à prendre et sur leur résultat. Notre objectif à la suite de l’Accord de Paris et désormais traduit dans la loi française est d’atteindre la neutralité carbone en 2050, soit une division des émissions par 7 environ (et -7% par an à un rythme régulier). On peut donc estimer un ordre de grandeur avec le simulateur de l’INED de l’effet en 2050 de mesures démographiques :

démographie  et graphique avec Ined
https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/jeux/population-demain/
  • Interdiction des enfants au-dessus de 2 : -5% de population
  • Enfant unique : -19% de population
  • Aucun enfant : -36% de population

Ce n’est pas négligeable … si l’on est prêt au moins à instaurer l’enfant unique ! Les grandes questions sont donc la justice et l’acceptabilité de ce genre de mesures, notamment par rapport à d’autres politiques sur les émissions :

démographie et réduction des émissions par type d'action
Source : Emmanuel Pont

En tout cas même la mesure démographique la plus radicale qui soit est très loin d’arriver à notre objectif de division par 7 en 2050. Ne nous voilons pas la face : la grande majorité de l’effort doit porter sur les émissions par personne, quelle que soit l’évolution de la population

A titre individuel, renoncer aux enfants est-il ce que je peux faire de mieux pour la planète ?

On peut effectivement croiser des calculs inquiétants sur l’empreinte carbone d’un enfant, comme :

Image for post
Source : https://twitter.com/afpfr/status/1049282260707540992

Sauf que tout est très discutable dans ce calcul :

  • responsabilité comptée pour la descendance jusqu’à la fin des temps
  • construction purement théorique qui n’a rien à voir avec les bilans carbone habituels (les autres lignes du graphique)
  • hypothèses impossibles d’évolution de la population et des émissions

Calcul qui aboutit au total absurde de 19000t de CO2 par enfant aux Etats-Unis, soit 1000 ans d’émissions d’un américain moyen (qui ont été divisés par parent et par durée de vie pour obtenir les 60t du graphique) !

Si l’on considère qu’on est responsable des 20 premières années d’émissions de ses enfants et que nous allons réduire nos émissions pour atteindre la neutralité en 2050 (ordre de grandeur tout à fait possible individuellement, “l’enfant moyen” n’existe pas), on arrive à un total de 51t de CO2 par enfant. Ce qui, en reprenant les mêmes divisions, donne beaucoup moins :

Image for post
Source : Emmanuel Pont

Exemple courant : faut-il avoir peur de la population indienne ?

En fait l’Inde a déjà en majorité fini sa transition démographique, avec un taux de fécondité moyen de 2,1 enfants par femme. Par ailleurs il y a de grandes différences entre états, et entre une Inde urbaine qui concentre la majorité des émissions mais avec un taux de fécondité bas, et une Inde rurale avec les caractéristiques inverses :

Pourquoi “l’appel des 10000 scientifiques” recommande-t-il d’agir sur la démographie ?

Cet appel part de l’étude que nous avions indiquée précédemment, qui calcule que réduire la natalité de 0,5 enfant par femme réduirait les émissions de l’humanité de 40% en 2100. Problèmes : 2100 c’est trop tard, et cette réduction serait très difficile à faire accepter dans les pays riches, où cela reviendrait presque à l’enfant unique. Lorsqu’on regarde des politiques plus acceptables et des résultats en 2050, la démographie semble un levier très limité.

Sommes-nous déjà “trop” ?

Nous sommes assurément trop pour que l’humanité vive comme un français moyen aujourd’hui sans compromettre notre environnement. Par contre quand on regarde les besoins fondamentaux, par exemple l’alimentation, on se rend compte qu’on pourrait déjà largement nourrir 10 milliards d’humains, de manière soutenable et avec les technologies actuelles. La question est donc principalement politique : comment voulons-nous partager la capacité écologique de notre planète ? Quant à la “capacité maximale” de la planète, on trouve des estimations entre 1 et 40 milliards d’humains, qui traduisent surtout les préférences de leurs auteurs…

Einstein a-t-il dit que la démographie est la troisième bombe (après l’atomique et l’information) ?

J’ai cherché un peu la source de cette citation, soupçonnant un faux (aucun résultat google, la citation semble circuler uniquement parmi les communautés francophones anti-natalité). Elle proviendrait en fait d’un entretien entre Einstein et l’abbé Pierre en 1948 ! Par contre il n’y a pas eu de transcription et rien dans les archives de l’abbé Pierre. Elle n’a été rapportée publiquement qu’en 1993, lors de l’émission “Noms de Dieux” sur la RTBF (à partir de 50:00).

D’ailleurs c’est intéressant, sa phrase est “deux autres explosions, avec des conséquences en bien et en mal : l’explosion de la vie … ça ne peut pas être laissé à soi-même … terrorisme pour s’installer au nord de la Méditerranée …”. Einstein (ou l’abbé Pierre qui s’exprime à travers lui ?) avait donc sur le sujet principalement peur du manque de nourriture et des tensions politiques autour des migrations ! Il parle aussi de vie plutôt que de démographie.

Enfin, le débat autour de la démographie est-il un tabou ?

Ce débat est tellement un tabou qu’il revient quasi systématiquement quand on parle d’écologie … Disons plutôt qu’il est délicat, car il touche à la liberté de reproduction et prend très facilement des accents néo-colonialistes fâcheux. Accents à la fois non justifiés (le poids écologique de l’humanité est très largement dans les pays riches), mais aussi particulièrement injustes car les pays pauvres à forte natalité sont aussi les plus fragiles face à des crises écologiques dont ils ne sont pas responsables. Quand des gens comme Nicolas Sarkozy invoquent régulièrement ce sujet, cela ressemble très fort à un appel à ces sentiments. Evidemment, il est beaucoup plus confortable d’imaginer des solutions “en réduisant les autres” pour pouvoir garder notre niveau de vie insoutenable comme si de rien n’était.

Si vous voulez approfondir le sujet, j’ai écrit un article beaucoup plus long et détaillé sur https://medium.com/enquetes-ecosophiques/d%C3%A9mographie-et-climat-5a6ef5be37ed

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur linkedin
LinkedIn

Soutenez moi sur tipeee !!

Restez informé des dernières parutions

Articles similaires

Commentaires

11 Comments

  1. Tomas Togni Tarquinio 2 octobre 2020

    La planète et les ressources sont limitées. La population aussi.
    La population intégrée dans la Société termo-industrielle est aujourd’hui de l’ordre de 4,5 milliards, contre 1,8 milliards en 1980 (accès à l’essentiel et au superflu à différents niveaux).
    L’intégration de ces 2,7 milliards de personnes, au cours de ces 40 dernières années, a accéléré la dégradation du milieu naturel comme l’humanité n’a jamais connue.
    L’évaluation des dommages causés par la population dépend de paramètres qui vont au-delà de l’augmentation numérique des habitants. On peut les agréger les dommages en trois groupes. Le premier, les différentes types de dégradations liées à la quantité de biens et services que la population produit et consomme. Le second, concerne l’étendue spatiale des dégâts, c’est-à-dire dommages locaux, régionaux ou globaux. Le troisième, concerne l’ampleur, la dimension du dommage : il peut-être réparable, régénérable, ou irréparable, irréversible, impossible à atténuer.
    Par exemple, la dégradation causée par la petite production agricole (autoconsommation, autarcique…) est peu significative (faible contribution au réchauffement climatique, peu d’énergie fossile, engrais, agrotoxiques…). La pollution du milieu naturel est plutôt organique. La principale source d’énergie est la biomasse végétale (un milliard d’agriculteurs n’ont pas d’électricité.). Les dommages les plus importants de l’agriculture pauvre affectent plutôt la biodiversité.
    Pourtant, la plupart des impacts négatifs sont plutôt réparables, locaux et régionaux.
    La population agricole mondiale est de l’ordre de 2,8 milliards d’habitants (2020). Les agriculteurs sont le plus grand contingent de travailleurs de la planète. Environ 38 % de la population mondiale. La plupart sont pauvres, à faible revenu et le taux de fécondité n’est toujours pas élevé, varie selon les régions.
    Les petits agriculteurs font partie des 50 % les plus pauvres de la population mondiale. Ce 50 % sont les responsables pour 10 % des émissions de CO2. Alors que les 10 % les plus riches émettent de 52 % du CO2 mondial. Aujourd’hui, si cette population plus pauvre n’existait pas, le réchauffement climatique continuerait imperturbable sa trajectoire ascendante.
    Actuellement, l’alimentation du bétail utilise 77 % des terres agricoles mondiales (cultures agricoles e pâturages). Le restant des surface sont destinées à l’alimentation humaine. Le bétail produit 18 % des calories mondiales et 37 % des protéines totales. La production agricole est essentiellement destinée aux animaux. Le rétrécissement des espaces naturels est plutôt dû à l’expansion de l’agriculture moderne (Amazonie…) et non à l’agriculture vivrière de subsistance ou autarcique.
    Pour ces raisons, pour réduire les dommages au milieu naturel, il faut réduire la surconsommation et la surproduction des populations qu’utilisent de biens et des services intensifs en énergie et matières premières et que provoquent des dommages globaux et irréversibles. Les résultats seraient plus efficaces et immédiats que contrôler la surpopulation pauvre. Nous n’avons pas beaucoup de temps devant nous.
    Il souffrit de regarder un exemple parlant que ne concerne la population la plus pauvre. Par exemple, les nord-américain consomment le double de matières et d’énergie que les Européens pour un niveau de vie matérielle semblable.
    Le problème plus grave aujourd’hui ce n’est pas le nombre de bébés qui arrivent dans le monde. Le problème est le nombre de personnes qui sont à chaque année intégrées dans la société thermo industielle.
    La population de l’Europe (UE) est de 446 millions d’habitants. La population des Etats Unis est de 330 millions, soit 116 millions de plus. La consommation d’énergie primaire par habitant est de 6,9 tep/habitant/an, tandis que celle du Bangladesh est de l’ordre de 0,25 tep/hab/an. Les Etats-Unis consomment le double d’énergie que les Européens et leur niveau de vie est semblable. Les nord-américains n’ont pas une qualité de vie matérielle meilleure que celle des Européens de l’UE.
    Il faut aussi analyser l’impact négatif de l’accroissement de la population urbaine pauvre. Il s’agit d’un autre problème.

    Pour égayer le thème, à tous ceux que préconisent le contrôle de la population appliqué aux femmes pauvres, je propose une solution moins chère et plus rapide : vasectomiser tous les mâles de la planète que consomment plus de 2,0 Tep/an. Ils font beaucoup plus mal à la nature que les femmes pauvres. En plus, si on veut faire des économies d’énergie et de matières premières, éviter les émissions de CO2 pour mettre en place ce programme alternatif, deux gros cailloux feront l’affaire.

    Répondre
    1. Bon Pote 3 octobre 2020

      Votre conclusion ne sera jamais acceptée dans notre bonne société patriarcale, mais y a de l’idée 🙂 Plus sérieusement, je rejoins l’ensemble de votre texte. Pour complément, ce papier est très intéressant : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0959378020307512?via%3Dihub

      Répondre
  2. Françoise 2 octobre 2020

    Plus qu’un problème de démographie, la crise écologique est un problème de MODE DE VIE des 20 % de la population mondiale qui consomme 80 % de ce que la planète produit. C’est tellement facile pour ceux qui se goinfrent de reporter la responsabilité sur les plus pauvres qui par la sobriété de leur mode de vie ne mettent pas en danger , eux, la planète. “C’est pas moi, c’est les autres! “

    Répondre
  3. Pika2503 2 octobre 2020

    Le taux de natalité évoluant historiquement dans le sens inverse de celui de la richesse; ,doit-on craindre, avec la décroissance, que l’humanité (même en Europe et au Japon) recommence à miser sur une reproduction très élevée, donnant encore moins de liberté pour les enfants?
    Penses-tu alors, que le véritable progrès social est d’arriver à maintenir un taux de natalité bas malgré des fiches de paye en baisse? Est-ce que cela n’a t-il jamais été fait par le passé?

    Répondre
    1. Emmanuel Pont 2 octobre 2020

      Ce n’est pas impossible, mais jusqu’ici les cas de retours sur la transition démographie ont été très rares, et liés à la fois à des facteurs économiques et culturels (Maghreb/Egypte récemment). La décroissance organisée est un concept tellement nouveau qu’il est difficile de trouver des équivalences.

      Répondre
  4. Archi3 1 octobre 2020

    Il y a plusieurs choses que je ne comprends pas dans les chiffres présentés :
    “Calcul qui aboutit au total absurde de 19000t de CO2 par enfant aux Etats-Unis, soit 1000 ans d’émissions d’un américain moyen (qui ont été divisés par parent et par durée de vie pour obtenir les 60t du graphique) !”
    comment un enfant peut il émettre 1000 ans de consommation? ça inclut toute sa descendance ? mais qui dit qu’il va se reproduire ? et si il le fait, alors pourquoi s’arrêter à 1000 ans ou pas 10 000 ou 100 000 ans ?

    “Si l’on considère qu’on est responsable des 20 premières années d’émissions de ses enfants et que nous allons réduire nos émissions pour atteindre la neutralité en 2050 (ordre de grandeur tout à fait possible individuellement, “l’enfant moyen” n’existe pas), on arrive à un total de 51t de CO2 par enfant. ”

    un peu absurde aussi dans l’autre sens ! pourquoi ne serait-on responsable que des 20 premières années d’émissions? l’enfant n’a pas demandé à venir au monde, pourquoi lui demanderions nous de ne plus émettre après 20 ans ?

    Le plus logique est de considérer que chaque enfant perpétue une consommation moyenne pendant la durée de la vie et puis c’est tout.

    Mais le raisonnement bute toujours sur le même “point aveugle” des discours climatiques, c’est de confondre les émissions annuelles avec les émissions intégrées; on retrouve le même problème pratiquement à chaque discussion : baisser la population baisserait certainement la consommation de fossiles, mais ne baisserait pas la quantité qu’il y a dans le sol. Donc ça donnerait plus de temps avant leur épuisement, mais ça ne changerait pas à la fin la quantité totale émise, et donc le climat.

    A moins qu’on croit dur comme fer qu’il y aurait une date fixe à laquelle on a pu remplacer tous les fossiles avant leur épuisement , et qu’il s’agirait seulement d’en produire le moins possible d’ici là , …mais dans ce cas est il vraiment indispensable de s’embeter à restreindre la population alors ?

    Répondre
    1. Emmanuel Pont 1 octobre 2020

      Les chiffres sur les émissions découlent du calcul choisi dans l’étude, qui effectivement additionne la descendance jusqu’à la fin des temps (avec un taux de fécondité assez bas pour que l’humanité s’éteigne et que la somme ne soit pas infinie). Plus de détail dans l’article principal !
      Je dis bien que le “contre-calcul” est là pour monter comment on peut faire varier les hypothèses. Il n’y aura pas de définition indiscutable de la “responsabilité”.
      Effectivement c’est une des objections principales au “raisonnement Thanos” que je fais aussi dans l’article principal.

      Répondre
  5. Macquaria 1 octobre 2020

    Bonjour Bon Pote,

    Cet article est un soulagement pour moi. Depuis que je vous ai découvert, je BOIS chacune de vos paroles et ne peux m’empêcher de lâcher un “Bien dit !!!” intérieur face à chacune de vos prises de position. Je trouvais ça limite inquiétant d’être à ce point d’accord avec quelqu’un, et en venais presque à me demander si Bon Pote, c’était pas juste moi somnambule.
    En voyant le titre de ce dernier article, je me suis dit “Ah, ENFIN je vais être en désaccord avec lui”. Je n’ai pas été déçu ^^

    Donc je vais revenir sur le point qui me froisse le plus : comme beaucoup de personnes qui tiennent le même discours, vous faites l’erreur (j’ai presque envie d’appeler ça un sophisme) de balayer d’un revers de la main la question démographique avec un splendide “Ça ne change presque rien d’ici à 2050″.
    Oui … Et alors ? Le monde s’arrête en 2050, il se passe quoi ?
    Pour quelqu’un qui ne cesse de rappeler (à raison) que tous les seuils rabâchés à longueur de journée (1,5°, 2°, 2050, 2100 etc) sont essentiellement arbitraires, et que chaque dixième, que dis-je, chaque centième de degré compte, je trouve ça un peu fort de café 😉
    J”aimerais bien qu’on me dise pour une fois ce que +/- 0,5 enfants changent à l’état de la planète en 2200, pour prendre un peu de hauteur.

    Autre grosse faiblesse de votre article, c’est quoi ce traitement réservé à l’article de O’Niell et al. ? -__-
    “C’est ce qu’a réalisé une étude de 2010 dont voici les résultats :
    bim je te colle un graphique tout sauf évident à lire et interpréter, sans sa légende, sans aucune explication, démerde-toi avec ça.
    Conclusion à côté de la plaque, qui ne répond pas la question posée.”

    Vous nous avez habitués à beaucoup, beaucoup mieux en terme de décorticage d’information scientifique. Là on dirait franchement que vous n’avez pas lu l’étude mais vous en servez comme étendard pour défendre votre opinion, quand bien même sa conclusion est opposée à la vôtre.
    Si on regarde la figure 4B de ce même article, on voit que sous la famille de scénarios B2 (“orienté vers la protection de l’environnement et l’équité sociale à l’échelle locale/régionale” ; voir ici pour les détails : https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2018/03/sres-en.pdf), les émissions en 2100 varient de 7 à 19,5 GtC selon les différents scénarios démographiques. Tiens tiens tiens …
    À votre échelle, ça ressemble un peu à un chef d’oeuvre de cherrypicking non ? 😉

    Un dernier pour la route, vous dites que “réduire la natalité de 0,5 enfants par femme serait très difficile à faire accepter dans les pays riches” … Euh, parce que la décroissance économique ça va passer comme une lettre à la poste peut-être ?
    Je trouve ça assez hallucinant de la part de quelqu’un qui passe son temps à dire qu’il va falloir faire de très lourds sacrifices sur notre mode de vie (et je ne suis on ne peut plus d’accord avec ça) ; j’ose espérer que vous êtes conscient que ce sera AUSSI “très difficile à faire accepter dans les pays riches”, probablement plus encore que 0,5 enfants de moins ?

    Bref, j’attends avec impatience votre prochain article “Xxxx n’est absolument pas durable, il va falloir apprendre à s’en passer rapidement et voici pourquoi Laurent Alexandre raconte de la merde” pour me réconcilier avec vous <3

    Répondre
    1. Bon Pote 1 octobre 2020

      Hello, merci pour ce message.
      Pour répondre concernant l’échelle de temps, j’ai fait un commentaire sur FB, que je vais coller ici cela permettra à tout le monde de le lire:
      “Pour anticiper les commentaires, voici ma position en 2 lignes, car je ne pourrai pas répondre à tout le monde 10 fois :
      OUI, la démographie est un problème. NON, ce n’est pas LE problème. (https://www.sciencedirect.com/…/pii/S0959378020307512…)
      NON, il n’y a pas que le climat, il faut prendre en compte l’empreinte écologique (article à venir), et donc la biodiv, etc, etc etc.
      OUI, le type qui fait ses vacances à Bali en faisant un BBQ de viandes rouges qu’il est allé chercher en SUV avec la clim à fond, est un plus gros problème qu’un africain qui a une empreinte carbone de moins d’1T à l’année, pourtant stigmatisé par beaucoup de personnes. Quand je dis Africain, cela vaut aussi pour l’inde, le chinois… J’entends et vois ces remarques tous les jours (souvent quand la personne en face n’a plus d’argument).
      Ce n’est pas un sujet tabou. Parlons-en, calmement, préparons l’avenir, collectivement.”

      Je rappelle également que le texte est d’Emmanuel Pont, texte que je rejoins cependant. Manipuler les chiffres et s’en servir pour pointer du doigt les autres, je déteste ça, d’où la publication de cet article. Je vais demander à Emmanuel de répondre sur les remarques de l’article, mon point de vue, vous l’avez au dessus !

      Répondre
      1. Macquaria 1 octobre 2020

        Et merci pour cette réponse 🙂

        “OUI, la démographie est un problème. NON, ce n’est pas LE problème.”

        Accordons-nous sur cette phrase qui résume tout alors 😉
        La démographie est à l’heure actuelle le deuxième problème de l’humanité, assez loin derrière le n°1 qui est le mode de vie de sa fraction la plus riche (fraction qui a, ne l’oublions pas, tendance à être de moins en moins minoritaire, comme en témoigne le poids démesuré de la Chine dans la croissance récente des émissions). Tope-là.

        Et ne nous méprenons pas, c’est bien parce que je suis conscient du problème n°1 que je ne fais pas partie ce ceux qui rejettent la faute sur les “sales pauvres qui font 8 enfants au mépris de la planète” ; j’estime que c’est également aux pays riches qu’incombe le plus gros effort de sobriété démographique.

        Yep j’avais lu l’article très complet d’Emmanuel Pont à sa parution, et de mémoire je lui trouvais assez logiquement les mêmes défauts (“effet négligeable en 2050”, “la baisse de la fécondité loin en-dessous de 2 est trop dure à faire accepter”), mais merci pour le rappel, je vais le relire pour l’occasion !

        PS : malheureusement votre lien vers l’article ScienceDirect ne passe pas dans le commentaire.

        Répondre
    2. Emmanuel Pont 1 octobre 2020

      Hello, c’est moi l’auteur du texte !
      – Je pense que vous faites un raccourci quand vous dites “balayer d’un revers de la main le monde après 2050”. C’était un peu long et technique pour cette synthèse, mais j’explique longuement dans l’article complet pourquoi c’est très délicat de raisonner sur 2100. Dans l’idéal il faudrait calculer par budgets carbone mais c’est beaucoup plus complexe à faire
      – Merci j’ai bien lu O’Neil et al. 😀 Les scénarios A et B arrivent tous les deux quasi aux mêmes % de réduction des émissions globales et par groupes de pays, donc j’ai préféré montrer le graph du A qui est plus facile à lire et à expliquer. Oui le graphique n’est pas facile à lire seul, vais clarifier.
      – Personne n’a dit que la décroissance serait facile, mais il y a aujourd’hui des études, des projets politiques, et une majorité de gens convaincus au moins sur le principe. Pour l’enfant unique il y a qui ?

      Répondre

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

RESTEZ INFORMÉ DES DERNIÈRES PARUTIONS