A nos parents et grands-parents

Ce n’est pas facile tous les jours d’être le petit écolo de la famille. L’écolo du bureau. L’écolo de la bande d’amis qui a beaucoup changé, parfois un peu trop aux goûts de certains.

Ce n’est pas toujours facile de parler d’écologie ou de politique sans que le ton monte. On ne sait jamais trop comment s’y prendre. Vous perdez patience, nous perdons patience, et cela finit en dialogue de sourd. Alors cette lettre veut essayer de mettre les choses à plat. Repartir sur de bonnes bases. A l’écrit, à tête reposée, le message aura peut-être plus de chance d’être entendu.

Avant toute chose, clarifions un point. Cette démarche n’a pas pour but de pointer du doigt une personne, un groupe de personnes, voire une génération. Le but est de dialoguer, pas de fustiger. Nous avons besoin de vous, et n’y arriverons pas sans vous.

Nous ressentons qu’il est parfois difficile d’aborder les problématiques d’écologie avec vous, plus qu’avec d’autres personnes. Pourtant, le but n’est pas d’accuser. Ou de chercher des coupables pendant 30 ans. Nous avons vraiment mieux à faire. Oui, certains d’entre vous ont merdé. Ont consommé à outrance, sans penser aux conséquences. Mais nous aussi on a merdé. Nous aussi on a grandi en voulant toujours le dernier gadget à la mode, la plus grande télé et la plus grosse voiture. S’envoler à l’autre bout du monde et prendre la meilleure photo pour récolter des likes sur Instagram. C’est très exactement ce mode de vie là qu’il faut urgemment abandonner.

Ces derniers mois, nous avons pu entendre les pires excuses pour ne pas changer. C’est toujours la faute des autres, ou aux autres de changer en premier. Ça aussi, ce n’est plus possible. Le changement climatique est un problème physique qui se moque des états d’âme. Nous sommes rentrés dans une course contre la montre où tout le monde devra non seulement participer, mais gagner. A la différence de la compétition habituelle, si le gagnant n’aide pas les autres, il aura également perdu.

Il est inutile de vous rappeler à quel point nous sommes dans une situation critique. L’Amazonie, fameux poumon de la Terre (c’est faux), émet plus de CO2 qu’elle en absorbe. Les glaciers que nous avions la chance d’observer lors de nos vacances pendant 20 ans fondent à une vitesse record. La biodiversité est en chute libre depuis 40 ans. En Californie, à cause des sécheresses, ils transportent des saumons dans des camions afin de les mettre dans une autre rivière. Que faut-il de plus ?

Personne n’est à l’abri, tout le monde sera concerné et touché. Sans changement drastique, il fera 50 degrés en France avant 2050. Personne n’a envie de connaître ça. Alors nous vous demandons 3 choses.

Premièrement, ecoutez-nous. La manière n’est pas toujours parfaite, mais si nous vous répétons que la situation est grave et qu’il faut changer, ce n’est pas par plaisir : c’est par nécessité. Ce que nous répétons n’est pas une opinion. Ce sont les conclusions de décennies de recherches scientifiques. Des décennies que des scientifiques alertent sur la situation et nous devons tout faire pour rectifier le tir avant que la seule chose qu’ils aient à nous dire soit “on vous avait prévenus”. Ce cri d’alarme n’est pas une guerre d’égos pour savoir qui a tort ou raison. Rassurez-vous, nous préférerions que tout ceci soit faux et que le changement climatique n’ait rien à voir avec l’activité humaine. Car non, tout ceci n’est pas naturel. C’est faux. Même si le voisin, Jean-Michel Cyclesolaire, l’a entendu sur CNEWS. Cela n’a aucun fondement scientifique.

Deuxièmement, comprenez-nous. Si vous nous écoutez, vous comprendrez alors pourquoi nous sommes mal à l’aise dans ce métier qui contribue à accélérer la destruction du vivant. Pourquoi la définition de la réussite que nous avons appris depuis 50 ans n’a plus aucun sens. Vous comprendrez pourquoi nous ne pouvons plus accepter que vous partiez une semaine à l’autre bout du monde et qu’au retour, vous soyez en train de regarder la prochaine croisière en Méditerranée. Que vous ayez travaillé toute votre vie pour nous assurer un confort, nous l’entendons parfaitement. Mais si ce confort est basé sur l’exploitation du vivant, ou d’autres êtres vivants (sous quelque forme que ce soit), nous n’en voulons plus. Ca ne pourra pas continuer ainsi.

Enfin, et c’est la suite logique des deux premiers points : nous aimerions que vous fassiez l’effort de ne pas enfoncer le clou. La situation est catastrophique, mais nous avons encore la possibilité de rendre cette planète soutenable. Pour vous, pour nous, pour nos enfants. Nous ne pourrons y arriver que si nous faisons un effort tous ensemble. Il est impensable de le faire sans une partie de la population qui, nous en sommes sûrs, nous aime et ne souhaite pas laisser une planète invivable. Aussi, vous comprendrez qu’il n’est plus possible de dire que vous nous aimez et que vous feriez tout pour nous et nos enfants, tout en continuant à vivre comme s’il n’y avait pas de lendemain. Cette liberté à travers ces voyages à l’autre bout du monde, ces croisières, la viande midi et soir, ce siège chauffant indispensable… Tout ceci doit être à titre exceptionnel, et non la norme. Cette liberté a un prix, c’est l’avenir de vos enfants et de vos petits enfants.

Nous espérons que ce message ne restera pas lettre morte. Il n’y a pas d’écolo parfait, ou d’écolo unique. Nous devons en revanche tous prendre conscience de l’ampleur du problème, se parler, et réfléchir ensemble à comment améliorer la situation. Ne pas se réveiller un jour et avoir le regard d’un enfant qui vous demandera si vous saviez, et ce que vous avez alors fait pour changer la situation. Nous avons besoin de vous. Nous n’y arriverons pas sans vous.

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Commentaires

8 Comments

  1. Espal 22 juillet 2021

    Né en 1955, babyboomer, ayant des grands parents qui n’ont connu le frigo et la télé que vers la soixantaine et qui n’ont jamais pris l’avion, j’ai grandi dans la foi (laïque) dans le progrès et l’éducation.
    J’ai fait de bonnes études d’ingénieur, j’ai travaillé dans un grand groupe et j’ai sans doute contribué, par mon pouvoir d’achat, aux émissions de GES des 10 % des français les plus aisés.

    Mais j’ai été sensible (malheureusement sans lire l’original à l’époque) aux arguments du rapport « du Club de Rome » dans les années 70. Puis j’ai lu, dans les années 90 le livre « Gros temps sur la planète » de Duplessy et Morel (Odile Jacob). Ça m’a remis les idées en place sur le « système terre » et sur l’impact excessif de notre espèce. Auparavant, j’étais un lecteur assidu de Konrad Lorenz et Stephen G. Gould, ce qui fait que l’approche « système » en écologie ne m’était pas inconnue. Je pense que mon parcours de boomer a bifurqué à partir de là.

    Alors depuis 30 ans, je fais durer le plus longtemps possible ma voiture (qui n’est pas grosse), je me déplace en train, je répare tout ce que je peux au lieu de remplacer (mais je le faisais déjà avant, par plaisir – je suis un ingénieur-bricoleur). Je n’ai voyagé « au bout du monde » que pour mon boulot…

    Je suis très sensible à ce « message aux parents et grands-parents » de Bon Pote. J’ai l’impression qu’il s’adresse à moi alors que je ne fais pas de croisière, que je ne vais pas au bout du monde, que je n’achète pas de siège chauffant ni de piscine, que je ne mange que rarement de la viande… Mais je fais partie des retraités à haut niveau de vie, je suis donc « coupable, forcément coupable ».

    Depuis que j’ai du temps disponible, je suis animateur de la Fresque du Climat, je participe activement à l’association des Shifters, je suis abonné aux productions de Jean-Marc Jancovici, Le Réveilleur, Bon Pote, Juliette Nouel, et bien d’autres… J’essaie de faire ce que je peux pour convaincre ma génération (mais aussi la suivante) que notre façon de consommer issue de l’après guerre et des 30 glorieuses est sans issue,… mais c’est très loin de marcher à 100 % !

    It’s a long way !

    Répondre
  2. Oliver Gough 22 juillet 2021

    Si jamais tu as besoin d’un témoignage pour un sujet qui traite du “changement de métier afin de moins contribuer à la destruction du vivant” n’hésite pas à me contacter. Après des études dans le sport (STAPS) puis une ESC et 8 années à bosser dans le VTT et le Ski (mes sports passion), je suis repassé par un peu de charpente, puis ouvrier sylvicole, et maintenant technicien forestier à l’ONF. Je suis très loin d’avoir réduit mon empreinte comme je l’aimerais, mais au moins j’ai changé de carrière pour arrêter de jouer le jeu d’un système capitalisten, trop nombriliste et court-termiste.

    Répondre
    1. Théophile 23 juillet 2021

      Bonjour Olivier,
      je suis intéressé par votre témoignage. Je vous mettrais mon adresse en commentaire si vous répondez à celui-ci (ou si bonpote peut vous la transmettre).
      Merci d’avance
      Théophile

      Répondre
  3. Cautain 22 juillet 2021

    Bien sûr cette lettre aux aïeux est bien naturelle louable utile etc …mais elle arrive hélas bien
    trop tard . Ceux qui sont bien informés le savent parfaitement .

    La génération boomer a saccagé la planète sans vraiment le vouloir ni même le savoir : post 45 une autoroute de l avenir infini s ouvrait en grand et tout devenir possible au nom du progrès .
    Mais aveugles et euphoriques personne n a écouté le rapport meadows en 72 . Rapport que les dirigeants ont pourtant lus …en l’ignorant .

    Il nous faut a présent enfants et petits enfants payer la facture de nos aïeux qui ont péter dans la soie . C est un fait .

    Les eco villages Bisounours st en effet une des solutions mais peanuts en rapport au mastodonte industriel et consumériste . L inertie dévastatrice est bien trop puissante et nous n avons plus une seconde devant nous .

    A lire : ” le climat n est pas le bon combat de Jean Christophe Anna ” qui pose magistralement la globalité du collapse en cours .

    Répondre
    1. 1) Le rapport Meadows a quasi tout faux…. et n’a pas pensé au “progrès”
      2) le progrès, c’est aussi nourrir/soigner les gens mieux qu’avant. On est passé de 2 à 8 milliards d’habitants, sans progrès on serait resté à 2… de là a conclure qu’on en a sauvé 6 est un peu osé mais il ne faut quand même pas oublier les gens sauvés (vous même?) par le méchant “progrès”…

      Répondre
      1. Cautain 22 juillet 2021

        Hélas pour vous ( sous information manifeste ) le rapport meadows a vu tout juste. Bien au contraire ! Même 50 ans après et a la quasi virgule près. !! De grâce renseignez vous .

        Quand au progrès directement issu du pillage de la terre ( la seule ” intelligence ” de l homme ne suffit pas ! ) , il faudra bien en payer le prix et c est demain . Si si !

        Répondre
      2. Cyrille 22 juillet 2021

        Étrangement, lorsqu’on évoque « le progrès », c’est toujours dans un sens exclusivement positif. Nuancer ses bienfaits oscille entre le crime de lèse-majesté et le risque de passer pour un adepte de la lampe à huile. Or, si le progrès a effectivement permis beaucoup de choses, il est aussi synonyme d’excès dans probablement tous les domaines. Nous ne sommes pas seulement mieux nourris, nous sommes surtout trop nourris.

        Répondre
      3. Cautain 22 juillet 2021

        ” On est passé de 2 à 8 milliards d’habitants, sans progrès on serait resté à 2… de là a conclure qu’on en a sauvé 6 est un peu osé ”

        C est un des dominos responsable du collapse en cours . La terre au rytme actuel peut supporter a peine 3 , 5 milliards d habitants . Il n y a donc aucune gloire a en compter 8 puisque les 4,5 autres accélèrent
        considérablementt ce collapse . Ou est le pseudo progrès ??
        De ce point de vue la prochaine guerre mondiale pour les. Ressources fondamentales qui s épuisent largement. , va faire un peu ” le ménage ” ….. Mais chuuuut …tout cela est tabou n est ce pas ?

        Répondre

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